Comment parler de l’Irak ? « Leblogadupdup.org

Comment parler de l’Irak ?

Depuis quelques temps, j’ai envie d’écrire un petit article sur la situation en Irak. Mais les mots ne viennent pas. Et je crois que les solutions, mêmes politiques, seront difficiles à trouver. L’Irak est condamné au chaos. Si les américains restent, c’est le bordel. S’ils s’en vont, c’est encore plus le bordel. Evidemment, il ne fallait pas y aller. Mais ça ne sert plus à rien de dire ça. Alors, qu’écrire ?

Et puis, comme par hasard, alors que je venais de penser à la difficulté d’écrire un article, Claudine vient de m’envoyer une photo accompagnée d’une légende très humoristique, un truc comme il en circule tant sur internet. Voilà, je mets la photo sur ce blog, peut-être cela nous permettra-il de discuter de ce sujet épineux.

fiston.jpg

Et puis, si la discussion ne vient pas, j’espère au moins que ça vous aura fait rire un peu !



20 commentaires sur “Comment parler de l’Irak ?”

  1. Nico dit :

    Mort de rire le commentaire lié à l’image !!!

  2. Bernard dit :

    Le conflit en Irak n’est plus un conflit interne à ce pays. Il ne l’a d’ailleurs jamais été, les américains étant partie prenante dans cette affaire. L’Iran est accusé par les américains de soutenir militairement les insurgés irakiens chiites. Les Syriens sont par ailleurs accusés par l’Irak en raison de la porosité de leur frontière qui permet à des terroristes d’intervenir sur leur territoire. Les Etats arabes modérés sont pour l’instant dans un rôle d’observateurs attentifs. Mais jusqu’à quand ? N’y a-t-il pas là tous les risques d’un embrasement imminent dans cette partie du globe ?

  3. Vincent dit :

    Pourquoi il hésite à se retirer, à votre avis ?

  4. Mag dit :

    Euh, le père ou le fils ?…

  5. le Russe dit :

    “N’y a-t-il pas là tous les risques d’un embrasement imminent dans cette partie du globe ?”
    Nanard voudrais-tu éclaircir ta pensée? Veux-tu dire que tu envisages un effondrement plus complet des relations bilatérales des pays de la zone? Que ça pourrait etre pire que ce que c’est? (c’est une vraie question, pas un effet de manche). Ne crois-tu pas au contraire que cet état de guerre civile refoulée, reniée avec notre complaisance, soit le pire état civil qui soit? Afghanistan, Irak occuppés. Israel qui étouffe la palestine, attaque le liban comme un chien enragé te mord dans la rue et tu te dis “pourquoi, il n’avait aucune raison de le faire”(tu parles!), Le pakistan calé entre un Afghanistan sous controle américain et une inde émergente atomique…aieaie…je crois que la grande trouvaille de “la nouvelle forme de guerre”, c’est son copté insidieux, qui ne dit pas son nom, ses tortures, ses méthodes ni ses morts, et qui porte à croire (qui porte qui à croire?) que le pire est à venir…mais le pire est là je crois. Il peut varier de degré désormais, pas de Nature (explosion de la zone). C’est peut-etre celle-là, la vraie raison du non-retrait de l’armée américaine. C’est une pure stratégie de pression aveugle, de pression qui n’a aucun autre but qu’elle-meme. Pas la démocratisation ni le retrait ni le pétrole. Mais l’eau. la peur. la vente d’armes et d’antivirus en circuit fermé.
    Je voudrais bien voir les chiffres de l’augmentation de la consomation en Europe et aux states, qui aurait du tomber depuis dix ou quinze ans, en étude comparative avec les pics de terreur médiatiques.
    Vivent les yaourts antistress…

  6. Bernard dit :

    La situation est effectivement celle que tu décris, voir certainement pire encore. Mais il y peut y avoir pire encore. Car dans le domaine de la violence et de la terreur, le pire est toujours possible. On ne touchera jamais le fond de l’innommable. Je ne sais pas quel est le vrai fond de la nature humaine (bon ? méchant ?) mais je crois que celà n’a pas grand chose à voir en fait avec la nature humaine. Tu as dit le Russe une phrase qui m’interpelle : “… de pression qui n’a aucun autre but qu’elle même”. Je crois que l’Homme est absent de bon nombre de problèmes d’aujourd’hui. Par exemple, l’économie a une logique qui lui est propre (n’a aucun autre but qu’elle même) et qui ne laisse aucune place à l’Homme. Une fois la spirale lancée, plus personne ne peut avoir prise sur le phénomène qui s’auto-alimente. Peut-être en est-il ainsi de la guerre, qu’elle soit militaire ou civile… !

  7. Humeur badine dit :

    Plus de 500 ans après avoir découvert l’Amérique, ne serait-il pas temps de la… recouvrir (sous les cendres qu’elle fait naître un peu partout) ?

  8. Marianne dit :

    Plus de 300 activistes tués en 24 h, à Najaf, par les forces américaines et irakiennes. Se souvient-on que c’est pour un crime semblable que Saddam Hussein a été condamné à mort et exécuté à l’issue de son premier procès ?

  9. le Russe dit :

    Las!

  10. Vincent dit :

    Je repose ma question : pourquoi selon vous (ou la presse, pour ceux qui la lisent) reste-t-il là-bas… alors que ce n’est même plus rentable électoralement dans son pays ?

    Pour le pétrole ?
    D’autres intérêts géopolitiques ?

  11. Bernard dit :

    Je crois qu’il y a d’un côté les intentions apparentes d’un Etat, quelqu’il soit, qui ne sont que des os à ronger donnés à la presse et à l’opinion publique et de l’autre les intentions réelles qui sont inavouées et que le grand public ne soupçonne même pas.

    Un premier exemple pour illustrer mes propos :

    Pendant la première guerre du Golfe, l’opinion a cru que les américains allaient s’emparer de Saddam Hussein. Cela aurait été sûrement chose facile, ils en avaient les moyens. Or, j’avais lu il y a quelques années (c’était un point de vue d’historien) que si les américains ne l’ont pas fait à l’époque, c’est parce que Saddam Hussein, malgré le fait qu’il soit dictateur, était un rempart très sûr contre l’islamisme. Et ce que les américains redoutent le plus n’est pas la fin du pétrole irakien mais la possible naissance d’une grande république islamiste (Irak + Iran + Syrie) qui ferait la pluie et le beau temps sur l’économie de l’énergie. Les relations s’étant ensuite dégradées dans cette partie du monde et l’idée d’une république islamiste s’étant donc éloignée à grands pas, Saddam Hussein ne servait plus les intérêts américains, sa capture à l’issue de la deuxième guerre est donc devenue possible et même prévisible.

  12. Bernard dit :

    Un deuxième exemple :

    On a tendance à se foutre de la gueule des américains qui traquent Ben Laden sans jamais réussir à l’attraper. Etonnant non cette incapacité des services secrets et des militaires ricains ? Or, il semblerait que cette lenteur soit voulue. Les américains utilisent ce temps a priori perdu d’une part pour avancer leurs pions en Afganisthan et s’y installer de manière durable, d’autre part pour ménager l’autre pays concerné : le Pakistan. Car là aussi, il semble qu’il y ait des intérêts en jeu.

  13. Bernard dit :

    (suite de mon propos) Les intérêts des Etats ne sont jamais seulement économiques, ils sont souvent d’ordre géopolitique. Un chef d’Etat, aussi nul soit-il, travaille sur le moyen, voire sur le long terme (et je crois que la soit-disant nullité de Bush, relayée par internet, n’est qu’on os à ronger que l’on nous donne, une fois de plus, en pâture). Pendant qu’on a les yeux fixés sur le quotidien, les vrais pions sont avancés dans la perspective d’un but qui se situe à vingt, trente ou cinquante ans de nous. Et nous autres, les quiddams et français moyens ne soupçonnons pas seulement 10% de la réalité et des intérêts en jeu.

    Vous avez déjà lu le Monde diplomatique ? Probablement. Vous aurez remarqué que lorsque le Monde diplo aborde la compréhension d’un conflit dans un pays, c’est d’un complexe inimaginable. Je me méfie donc des jugements à l’emporte-pièce sur ces questions-là et je n’ai donc que peu de choses à dire.

    Cela explique, entre autres raisons, que je n’aie pas abordé ce sujet sur l’Irak de manière directe, avouant par là mon incompétence en la matière, bien que lisant, depuis plusieurs années, au moins deux articles par semaine sur le sujet.

  14. Marc-Edouard dit :

    “On dit souvent que Bush fils veut tuer Saddam parce que son père n’a pas su le faire. Seulement, on ne se demande jamais pourquoi.
    - Pourquoi ?
    Parce que le seul père dans l’histoire, c’est Saddam ! En refusant le sacrifice de Saddam en 1991, Bush père est mort aux yeux de son fils. “Little George” a tellement honte de “Big George” qu’il diabolise Saddam et le fantasme comme nouveau père à tuer ! Il a compris, malgré son éthylisme démocratique, qu’il ne s’agit pas de venger hamlettement un père qui n’est plus que le spectre de lui-même, mais de reporter le désir du meurtre du père sur une figure réellement paternelle. Car Dieu sait si Saddam Hussein est paternel pour tous, y compris pour George W. Bush ! Voilà les vraies raisons pour lesquelles, au fond, Bush fait cette guerre : par admiration pour Saddam et par mépris pour son père. Au-delà des forces du Bien et de l’axe du Mal… Quant aux armes de destruction massive, c’est une façon imagée de parler de ce qu’un père digne de ce nom cache dans son pantalon !”

    (M.-E. Nabe, “Printemps de feu”, éd. du Rocher, 2003)

  15. Vincent dit :

    Mouais…

  16. le Russe dit :

    Les interprétations psychologisantes du pouvoir auront du bon, mais je dois admettre que leur pertinence m’échappe. De même qu’elles m’échappe pour l’explication des actes des individus singuliers. Par contre je t’appuie à cent pour cent bernard sur la géopolitique et l’os à ronger. Il est vrai que j’ai à mon désavantage la lecture assidue et régularissime du monde diplomatique depuis quatre ou cinq ans, où que je sois.
    Pour ajouter de l’eau- toujours de l’eau- au moulin, on a toujours su, et toujours omis de préciser, que ce qui fait la force d’Israël et de ses colonies, c’est le contrôle quasi exclusif de l’eau dans la région. Ce qui confirmerait la thèse de l’os à ronger: Israël a tout pouvoir sur la palestine, il lui suffit de couper les robinets. Je veux dire:
    1-Pour ne même pas parler de pétrole on entend parler des prévisions catastrophiques d’épuisement complet des ressources mondiales d’eau potable d’ici à cinquante ans.
    2-on entend parler de guerres dont on soupçonne que leur but réel puisse être le contrôle de la géopolitique de l’eau. Ce qui, au passage, est la forme de pouvoir capitalistique la plus évidente et la plus nette jamais entreprise. Merveilleux le contrôle de l’eau par des types comme Bush ou Chirac.
    -Obéis.
    -Non.
    -Non? pas d’eau, plus de rebelles!
    3-on peut entendre ça ou là que la guerre, je vous le rappelle, de “libération de l’irak”, est en fait une guerre d’appropriation des sources de pétroles (premier degré d’analyse), puis de sécuristion de la zone tampon entre l’inde et israël (deuxième degré d’analyse), puis de contrôle de l’eau (premier degré d’analyse avancé)

    M’est avis que si “on” entend tout ça, c’est que ce sont aussi et surtout des degrés d’analyses inefficaces, castrés.

    Le problème de ce qui nous arrive, c’est qu’on ignore complètement sur quel degré d’analyse s’arrêter pour agir. Les SDF crèvent, les ménages consommateurs sont malheureux dans une existence sans sens et trop étroite, et crèvent de cancers, l’Afrique crève, l’Asie crève, tout le monde crève de désespoir d’être INCAPABLES de se reconnaître dans le plus petit concept d’humanité, les Américains (l’immense majorité, les pauvres, les sans assurance, les noirs, les jaunes, les bleus) crèvent.
    Crever c’est la parole juste. Au nord du monde on crève (comme un pneu) de cancer de fumeur, de buveur, de mangeur de gras, au sud on crève d’être le dernier maillon de l’écosystème capitaliste (qui, s’il est naturel, n’en est pas moins nocif, comme les virus par exemple), en sicile on crève de mafia.

    Je crois que tous comptes faits il nous reste deux postures d’hommes libres: le dialogue, la diffusion etc…, ou le martyre.

    Ce qui revient au même.

    En grec martyre signifie témoin.

    Ce soir le problème se posait pour moi au niveau de l’action contre la mafia. Sur cette terre, il y en a eu des martyres, des jeunes ou moins jeunes, des curés ou des communistes, des libres-penseurs, qui se sont levés. On les a tous fait rasseoir, dans un suaire. Y compris les juges Falcone et Borsellino.
    Il y a une énorme stèle commémorative sur l’autoroute Palerme-trapani, rappellant cet endroit de la route que la mafia fît sauter au passage de la voiture de Falcone.
    Il faut se souvenir.
    Mais vous vous rendez compte de l’énorme coup de pub pour la mafia. Chaque jour tu passes devant, et ça te rappelle bien le pouvoir de ces gens-là: tuer des juges selon des fuites, et contrôler à tel point la justice qu’ils ne sont jamais inquiétés.
    Le gouverneur de Sicile, Salvatore Cuffaro, est mafieux.
    Le village dans lequel je vis (10000 habitants) n’a plus d’équipe municipale depuis un an. Tous au gnouf pour mafia.
    Berlusconi et son bras droit Dell’Utri se sont sortis par miracle du procès pour la responsabilité des assassinats de Falcone et Borsellino pour un vice de procédure. Un miracle.
    Les Bush et les Ben laden se fréquentent depuis trois générations.
    Le cowboy Marlboro est mort d’un cancer des poumons.
    J’ai mal à l’homme ce soir.

  17. le Russe dit :

    Il paraît que les syriens font pipi dans les puits de pétrole irakiens.
    Et je me suis laissé dire qu’on avait retrouvé dans l’historique de navigation internet d’un musulman pakistanais l’adresse d’un site qui critique explicitement la politique étrangère étatsunienne.
    Ce qu’il y a encore de plus fou que le plus fou, c’est qu’on se scandalise, à raison, de ce genre d’allusions, dont on sait que la conclusion se chiffrera en milliers de morts, en opression, etc, c’est qu’on ne s’étonne plus en revanche de ces méthodes flicardes scandaleuses, de fouilles systématiques, de contrôle permanent de l’homme, le fou du fou en somme. Ce que Michel Foucault nomme le biopouvoir, une forme de pouvoir qui s’étend jusqu’au contrôle de la vie, un pouvoir totalisant, un visage de pouvoir, sa structure-même. Imaginez que la carte d’identité n’a été créée en france qu’aux tous débuts du XXème siècle, et n’était obligatoire que pour les ex-bagnards et les mères de politiciens (ce qu’on appelle aujourd’hui pudiquement des péripatétitiennes).

  18. le Russe dit :

    La tournure de la discussion démontre quand meme quelque chose de fondamental: la question de bernard est extremement bien posée, COMMENT parler de l’Irak, et non pas, au fond, déblatérer sur “ce qui s’y passe”, faits qui nous restent en grande partie inconnus.
    Et la réponse-qui-n’en-est-pas-une qu’y apportait notre gourou, c’était celle de l’humour. (pour les éventuels intèressés il y a de très bons chapitres sur l’humour juif ou stoicien en opposition à l’”ennuyeuse” ironie socratique dans Deleuze, “logique du sens”).
    Il est vrai que l’humour et l’ironie ne sont pas la meme chose et ne s’attaquent ni ne s’attachent pas aux memes racines.
    Ce qui ne signifie absolument pas que l’on DOIVE parler de la guerre sur le mode de l’humour et pas un autre. Mais c’est vrai que le désarroi abyssal qui nous saisit à la confrontation avec les nouvelles de la guerre a une sorte de tendance naturelle à se sublimer en humour, quelque chose d’immatériel, une humeur, qui se fonde peut-etre sur un besoin sociétal d’assumer la violence. Pour l’assumer on en rit, mais je ne crois pas que ça la relativise. C’est peut etre le grand secret et la grande force de l’humour, que l’ironie (pourtant apanage des auteurs criticant un monde qu’ils percevaient typiquement en décadence des valeurs comme le notre, Platon, Voltaire ) ne peut concurrencer.
    Mais encore une fois, ils n’ont pas les memes visées.

Laisser une réponse

:alien: :angel: :angry: :blink: :blush: :cheerful: :cool: :cwy: :devil: :dizzy: :ermm: :face: :getlost: :biggrin: :happy: :heart: :kissing: :lol: :ninja: :pinch: :pouty: :sad: :shocked: :sick: :sideways: :silly: :sleeping: :smile: :tongue: :unsure: :w00t: :wassat: :whistle: :wink: :wub: