Outre leur aspect décoratif, les massifs de fleurs qui poussent au milieu des pelouses sont un abri précieux pour toutes sortes de bestioles. Leur masse importante de feuillage entretient une bonne humidité au sol, recherchée par certains petits animaux. Avec les années qui passent, les massifs de notre pelouse deviennent de plus en plus gros et j’ai l’impression qu’ils sont de plus en plus habités.
Les escargots de Bourgogne s’y régfugient, les orvets s’y reposent la journée et les couleuvres vienent y trouver un peu d’ombrage et d’humidité.
Lorsque le temps devient trop sec, les couleuvres à collier recherchent encore plus la fraîcheur et peuvent alors entrer dans des caves ou des garages. C’est ce qui nous est arrivé les semaines dernières alors que la forte bise avait désséché le sol. A trois reprises, j’ai capturé une petite couleuvre à collier dans le sous-sol, puis l’ai relâchée près des massifs de fleurs.
Mais chaque fois, quelques jours plus tard, elle était de nouveau dans la maison. Elles lui plaisent pas mes fleurs ?


LE SERPENT :
« Allez, Bernard, laisse-moi entrer dans chez toi (dans ton sous-sol) ! »
BERNARD :
« Non, je ne succomberais pas à la tentation ! Retourne dans ton jardin d’Eden ! »
JOELLE :
« Dommage ! »
;-)
Les serpents sont comme les femmes :
- Les couleuvres (celles qui ont non pas un « collier » mais une « bague au doigt ») ne sont pas trop dangereuses.
- Les vipères, en revanche, (celles qui n’ont pas de « bague au doigt »), peuvent méchamment piquer… les maris !
…à moins que ce ne soit le contraire !
Le célèbre serpent de la Genèse était-il couleuvre ou vipère ?
Serpent, nous le sommes tous un peu encore, ne serait-ce que par ce réflexe tout reptilien de répondre aux attaques par une attaque, que des siècles d’efforts spirituel n’ont pas même émoussé.
(Je frémis en le racontant, horresco referens, Plon, 2000)
Adam et Eve furent coupables d’être végétariens. Ils auraient dû manger le serpent.
(Le livre de la déraison souriante, Plon, 1991)
Serpents de mes nuits
Serpent de minuit,
Qui tourne dans ma tête,
A la recherche de cette pluie,
Qui pourrait devenir tempête.
Serpent du démon,
Ta langue me brûle le coup,
Ton venin a trouvé sa prison,
Dans ce corps si pur et si doux.
Serpent à sonnettes,
Sonne, siffle et serpente,
Un jour, cela sera ta sellette,
Et tu connaîtras cette mort si lente.
Serpent des sables,
De tes barkhanes, tu glisses,
Tel une caresse si agréable,
De ton attaque profane, tu te délisses.
Serpent à lunettes,
N’a jamais réellement cessé,
Qu’aux bras de Morphée,
D’aligner ces conquêtes.
Serpent de mes rêves,
Je ne te donnerais pas mon âme,
Et contrairement à Eve,
Je ne ferais d’amalgame.
Serpent à plumes, serpent à poils,
Sortez de mes rêveries,
Et laissez briller ces étoiles,
De leur splendeur, éclairer mes nuits.
Male Eduqué
(nov. 2003)
(…)
Même chez Jheronimus Bosch, chez Callot, chez Goya, chez Daumier, on n’avait pas vu souvent, parmi les borgnes, les manchots, les culs-de-jatte qui hantent places et ruelles à l’aide de petits tréteaux à mains, planches en équerres, attelles, caisses à roulettes, semblable estropié qui, seulement, est un torse…
De quelle guerre revient-il ? S’il a laissé ses membres en gage, pour quelle contrepartie ? S’il en a été démuni, dégradé, pour quelle infamie ?
Voyez cette tête, comme écrabouillée déjà par un talon, cette face de gueule cassée où il n’y a plus d’oreilles, à peine de nez, des paupières collées, mais deux fossettes qui accrochent un sourire jaune énigmatique… (…)
Voyez cette langue furtive qui, tout à la fois, est un nez, un doigt, une tétine, une trompe, un troisième œil, l’unique trait d’union de la bête avec l’extérieur… Cette langue mince et noire, dont les dames du trottoir, de mémoire et d’instinct, innocemment entre leurs lèvres reproduisent le va-et-vient, voyez-la, telle une fine lanière sensuelle éperdu. (…)
Voyez enfin cette peau, à innombrables rides carrées d’antiques paysanne parvenue à l’indicible, maturée par les éléments, le soleil et les chagrins. Ou bien cette peau, à incrustations princières, au point de croix brodée… Mais cette peau dont il est encagoulé, plus qu’un membre du Ku Klux Klan, jusques et y compris les trous des yeux, dont le sort s’acharne à le dépouiller.
(…)
(Je frémis en le racontant, horresco referens, Plon, 2000)
Joli tableau abstrait que ce fond de seau, j’aime beaucoup… Belle idée aussi ce serpentin de peinture marron, tout juste sorti du tube !
D’où vient cette peur qu’ont la plupart des gens à l’égard des reptiles ? Je me le suis souvent demandé.
Sérieusement, Bernard, l’instinct archaïque qui provoque une violente méfiance devant ce qui est potentiellement dangereux (entre autres les animaux mortels) tu ne l’as pas en toi ? Ou tu ne le perçois plus ? Ou tu l’as sublimée ?
La mue pour les serpents, comme les règles pour les femmes, ne se limitent pas à leurs spectaculaires manifestations extérieures. Jours de vulnérabilité extrême pour les uns et pour les autres, ces mini-deuils sont des mini-fêtes… Quelque chose entre soi et le monde est en train d’avoir lieu. A chaque instant quelque chose entre soi et le monde a lieu, et chaque instant, à ce titre, est un petit événement. Notre distraction naturelle ne permet pas d’en discerner la portée. Mais, grâce aux signes tangibles que sont la mue et les règles, serpents et femmes de toutes espèces ont le privilège de pouvoir, en conscience, vivre ces quelques heures où le cours historique d’une vie vient, en un point d’intersection fabuleux, croiser avec l’éternité des temps. Il s’agit d’une ouverture par le haut. Par là, en accord avec la roue des cycles, le serpent va… de mieux en mieux, et la femme aussi, qui y gagne sa longévité. Je ne vois pas, toutefois, que le serpent se laisse surprendre en pleine activité, ni qu’il pratique la chasse tout vêtu de lambeaux traînant ses loques sans égards, comme certaines qui continuent, par ces jours consacrés, de courir, nager et danser… Non, il jeûne. Fait retraite. A ce moment d’instruction sévère accorde une qualité d’expectative. Les mues sont ses occasions uniques d’évolution.
Infiltré d’une eau jaune, venue sourdre entre l’ancienne et la nouvelle peau et favoriser l’atroce travail de décollement, le corps, en effet, purulent, obèse, incolore, ayant perdu tout éclat, cherche très exactement à se vomir… C’est par les lèvres que va débuter le monstrueux accouchement. Le serpent les a minces et dures, mais voici qu’elles s’emplissent de cette eau mystérieuse, enflent et lui pètent au visage. Rien ne va plus. Les joues gondolent. Le nez rebique. D’invisibles ficelles maniées du haut du ciel semblent tirer et soulever par ses points cardinaux l’ensemble de la face… Et tandis que le regard s’empreint du laiteux de l’œil crevé, se détache à son tour, de chacun des globes oculaires exorbités, l’écaille transparente qui les scellait, et qui, pour dire d’un homme qu’il s’est enfin confronté avec la vérité, a donné l’expression : « Les écailles lui sont tombées des yeux ».
L’heure est venue, pour le voyeur aux yeux clos, le jésuite des forêts, tant de lever le masque et d’être vu, que de regarder les choses en face et de les voir…
C’est donc ça, cet air effaré… Donner sa peau pour recevoir, être nu pour commencer à voir, se démunir pour progresser, de faux prince, devenir vrai misérable, voilà brièvement mais tout au long de son existence, la vérité qui est répétée à ce donneur de leçon, écorché vif que rien ne touche, nu à l’extérieur, habillé à l’intérieur, vieil avare imperméable devenu cette outre suintante… Au fond de la redingote périmée brillent des feux de leurs couleurs, neuves et humides, les pierreries futures… Mais avant qu’à la branche de l’arbre se balance, seule, tel le manteau sur cintre de l’assassin, la sinistre houppelande, son propriétaire percé à jour, œil blanc, visage flottant, robe explosée, dans l’horreur de soi portée au comble, se sera derrière le tronc, ignominieusement, troussée…
(Je frémis en le racontant, horresco referens, Plon, 2000)
Pour ce qui est de la peur des serpents, elle vient peut être simplement de la symbolique qui était le sienne dans des pays où les serpents étaient vraiment dangereux. Cette même symbolique étant largement diffusée par la bible entre autre…
Mais alors comment expliquer la peur des araignées, …
La encore en Europe il ne me semble pas qu’il y ait plus à sublimé pour rester de marbre devant une araignée que pour ne pas se sauver en hurlant devant un bourdon.
Réponse à humeur badine : si je n’ai pas peur des reptiles, c’est peut-être parce que je ne rencontre (presque) jamais de vipères mais uniquement des couleuvres et je sais qu’elles ne sont pas dangereuses. Je n’ai jamais rencontré la peur avec des animaux sauf avec les chiens et c’est lié à mon expérience personnelle à l’époque où j’étais enfant. Par contre, lorsque j’étais étudiant, l’appartement sommaire dans lequel je vivais avec Joëlle était envahi de blattes (cafards) et depuis je nourris pour cet insecte une certaine aversion. De la répulsion seulement, ce qui est un sentiment différent de la peur.
Du parles de « sublimer la peur », je ne sais pas si cela est possible.
Pour en revenir aux reptiles, je ne crois pas que la peur qu’ils inspirent aux gens vienne de très loin, de l’inconscient collectif. J’ai déjà raconté sur ce blog que mon expérience d’animateur m’avait montré que les enfants, naturellement, n’ont pas peur des reptiles. Ce n’est que plus tard, bien plus tard … Alors, pourquoi plus tard ? Cette question m’intrigue.
Si ça ne vient qu’à l’adolescence, ça conforterait l’association symbolique du serpent à la sexualité.
LA COULEUVRE
De quel ventre est-elle tombée, cette colique ?
(Histoires naturelles)