L’art du flamenco (3)

Il y a quelques jours, je suis resté scotché devant un concert de flamenco diffusé par la chaîne mezzo. Cette chaîne – la seule chaîne télé que je regarde à vrai dire – a choisi l’Espagne comme thème musical du mois d’octobre. Le concert qui m’a le plus accroché est donc ce concert de flamenco donné par El Chocolate, un Monsieur issu à n’en pas douter de la tradition la plus pure du flamenco. Sa figure ne m’était pas inconnue car j’avais déjà mis une vidéo en ligne le 23 août dernier (l’art du flamenco – 2) enregistrée alors qu’il était beaucoup plus jeune.

En fouillant un peu sur Youtube, j’ai trouvé quelques vidéos de ce chanteur. Je vous en livre une aujourd’hui.

J’ai trouvé quelques éléments biographiques sur El Chocolate dont le vrai nom est Antonio Núñez Montoya, né en 1931 à Jerez et dont l’enfance fut passée à Séville au contact de grands chanteurs tels que Tomás Pavón et Caracol. C’est d’ailleurs à Séville qu’il allait, pendant la guerre, prendre à pleines mains le chocolat que les usines jetaient (faute de pouvoir l’écouler, j’imagine). Son surnom d’El Chocolate avait donc déjà cours avant le démarrage de sa carrière d’artiste. Ses vrais débuts d’artiste flamenco datent des années 60, période de longues tournées en solitaire mais aussi d’enregistrements historiques avec Niño Ricardo et Melchor de Marchena. El Chocolate est encore considéré aujourd’hui comme l’un des pilliers historiques du chant flamenco.

Après l’émission télévisée de Mezzo enregistrée il y a quelques années seulement, je m’étais dit que j’irais bien écouter un jour ce grand chanteur. Sauf que sa biographie m’apprend qu’il est décédé le 20 juillet 2005. Qui c’est qu’est chocolat ?

Cette entrée a été publiée dans Petit dimanche musical. Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

13 réponses à L’art du flamenco (3)

  1. Anne dit :

    J’avoue ne pas prendre de plaisir à écouter le flamenco.
    C’est le troisième article sur le sujet et chaque fois, j’ai regardé et écouté la vidéo.
    Mais non. Rien. Je crois que je n’ai pas la clef.
    J’écoute pourtant des genres de musique très différents. Du blues au rock en passant par le folk, le punk, la chanson, le lourd,…
    On parlait, il y a peu de temps, de la capacité des blancs à jouer du blues. Je crois que ce qui est exprimé dans le blues est plus universel que ce qui est exprimé dans le flamenco. Enfin, je n’en suis pas sûre. Mais je ne vois pas en quoi la culture des noirs du sud des Etats-Unis me serait plus proche que celle des Andalous ?
    Parce que le blues se trouve aux racines d’une musique que j’écoute beaucoup (le rock, au sens le plus large du terme) ?

  2. Vincent dit :

    Moi c’est l’inverse… je suis à chaque fois profondément « touché » (beaucoup plus qu’avec le blues) sans trop savoir pourtant pourquoi.*

    Je ne comprends en effet pas plus l’espagnol que l’anglais.
    Je ne suis pas non plus particulièrement éduqué aux subtilités orientales des quarts de ton.

    Que dire alors ?

    J’y sens une force archaïque extrêmement brute et puissante mêlée à une subtilité rythmique et mélodique d’une grande finesse (comme au rugby, soit dit en passant), une prise de risque émouvante (comme un scat d’Ella Fitzgerald) et surtout un sentiment du tragique exceptionnellement et magnifiquement assumé (comme dans la philosophie de Nietzsche).

  3. Humeur badine dit :

    Hé bé… il faut attendre les vingt dernières secondes pour entendre le fameux Mi corason qui fait toute bonne chanson espagnole. Il aime faire monter le suspens El Chocolate (vous trouvez que ça lui va bien, vous ce nom ? vous ne trouvez pas que El Cafe corse lui irait mieux ?)

    (Sinon, Vincent, pas la peine de débuter tes commentaires par « Moi c’est l’inverse », on s’en doute…)

  4. Bernard dit :

    Je ne crois pas qu’il faille vraiment de clé pour apprécier le flamenco, ça se joue au niveau des tripes et du ressenti. Même quand on écoute beaucoup de musique (ce qui est ton cas, Anne), il en est certaines pour lesquelles on ne ressent rien. Il en est de même pour moi. Par exemple, je n’aime pas la musique contemporaine (j’en suis resté à Shostakovitch) mais là je sais pourquoi, c’est trop technique, trop froid et sans émotion apparente. Par contre, je me suis souvent demandé pourquoi je n’aimais pas trop les musiques africaines et les rythmes latino-américains. Peut-être est-ce parce que j’ai un problème avec la danse en général (je reçois plus la musique dans ma tête que dans mon corps).

  5. Bernard dit :

    Si j’aime le flamenco, c’est aussi à cause de la présence de la guitare classique. J’aime le son de cet instrument. Il me transporte littéralement. C’est vrai que le flamenco, comme je l’ai déjà dit, est avant tout, historiquement, un art vocal et que la guitare ne fait qu’accompagner ce chant. Mais sans la guitare, j’aimerais probablement moins cette musique.

  6. Anne dit :

    Bon, je ne suis pas beaucoup plus avancée. J’aurais aimé avoir quelques pistes. Pourquoi certains types de musique nous touchent et d’autres non ?
    Histoire de sensibilité, bien-sûr, mais on doit pouvoir creuser un peu, non ?
    L’oreille s’éduque, comme le goût (de ce qu’on mange, de ce qu’on regarde,..).
    Concernant la musique contemporaine dont parlait Bernard, je ne sais pas s’il est possible de l’apprécier sans un (long) apprentissage – comme une bonne partie de l’art contemporain, d’ailleurs.
    Mais pour en revenir au flamenco et au blues, j’ai l’impression que ce sont des musiques beaucoup plus immédiates. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais choisi le blues comme comparaison. Immédiates parce que faciles d’accès. Nul besoin de comprendre la langue pour savoir quelle émotion le morceau dégage.
    Même si j’en écoute pas mal, je crois me souvenir que le blues m’a tout de suite émue. Bref, que cette émotion-là m’étais accessible dès le début.
    Et c’est ça qui m’intrigue et que je n’arrive pas à analyser.

    Une petite piste quand-même : je dois être tout à fait dans la norme puisque pour Vincent, c’est l’inverse !

  7. Bernard dit :

    Le flamenco, si j’ai bien tout compris, c’est « flamme et passion », autrement dit « flamme & Co », tout est dit !

  8. Humeur badine dit :

    Pas surprenant en même temps qu’il soit décédé. En l’entendant chanter, on se rend compte qu’il a sûrement mal quelque part !

  9. Bernard dit :

    Le flamenco n’est-il pas, par essence même, lié à la douleur ? Plus que le blues je crois.

  10. Vincent dit :

    …A la douleur oui, qui est en quelque sorte synonyme du tragique que j’évoquais.
    Mais je n’en perçois pas forcément le blues plus éloigné. Qu’est-ce qui te fait penser ça, Bernard ?

  11. Vincent dit :

    Tiens, la musique (savante) contemporaine, encore un sacré sujet d’échanges et discussions : tout le monde la trouve-t-elle, comme Bernard, froide, technique et inexpressive ?

  12. Christian Bobin dit :

    (…) « Une belle vie, c’est une vie où on a beaucoup souffert » : cette parole est celle d’un Gitan. Elle est magnifique. Elle mériterait d’être d’être publiée et reliée dans du cuir repoussé d’or, car dès qu’une telle phrase a traversé l’air, plus personne n’est abandonné : même ceux qui ont été broyés par la vie retrouvent une dignité de seigneurs. (…)

    (La lumière du monde, Gallimard, 2001)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

:alien: :angel: :angry: :blink: :blush: :cheerful: :cool: :cwy: :devil: :dizzy: :ermm: :face: :getlost: :biggrin: :happy: :heart: :kissing: :lol: :ninja: :pinch: :pouty: :sad: :shocked: :sick: :sideways: :silly: :sleeping: :smile: :tongue: :unsure: :w00t: :wassat: :whistle: :wink: :wub: