LE COIN DU JARDINIER (10)
Le summum pour un jardinier, c’est de participer au cycle complet de la plante : non seulement semer des graines plutôt que d’acheter des plants, mais aussi produire ses propres graines. La production de graines est peu facile pour la plupart des légumes (en raison d’hybridations possibles entre différentes variétés) mais c’est relativement aisé de le faire avec ses tomates. D’abord, la fleur de la tomate est autoféconde mais elle a aussi une configuration particulière qui empêche généralement toute fécondation croisée lors des visites d’insectes pollinisateurs. Mais attention : quand on veut produire soi-même sa propre graine (enfin, la graine de ses tomates … !), on ne peut le faire qu’avec des variétés anciennes, car les hybrides modernes F1 sont conçus pour ne pas pouvoir être reproduits par le jardinier.
Ce matin, j’ai entrepris de récolter les graines d’une superbe variété de tomate orange qu’on vient juste de me donner (et qui est probablement la variété de tomate yougoslave dont j’avais perdu la graine il y a quinze ans).

Il faut savoir que dans la tomate au jardin, toutes les conditions sont réunies pour que la graine germe dans le fruit car il y a de l’humidité, de la chaleur et de l’obscurité … sauf que la nature fait bien les choses et que les graines ont une enveloppe protectrice qui contient des composés chimiques qui empêchent la germination. Le jardinier qui veut conserver ses graines doit donc au préalable se débarrasser de cette enveloppe protectrice. La première méthode est un peu longue : après avoir ouvert la tomate, on fait fermenter quelques jours les graines dans très peu d’eau jusqu’à l’apparition d’une moisissure en surface indiquant que l’enveloppe a été détruite. Il ne reste ensuite qu’à faire sécher les graines.
La deuxième méthode que j’expérimente depuis quinze ans avec succès, que j’ai trouvée tout seul comme un grand, est beaucoup plus rapide, c’est une méthode de fainéant et elle a donc, de ce fait, ma préférence. Je frotte vigoureusement les graines dans une petite passoire à mailles fines sous le robinet, ceci pendant une période de cinq bonnes minutes.

Je fais sécher ensuite les graines sur du papier journal (par exemple le Canard Enchaîné qui permettra ensuite aux tomates de bien commencer dans la vie, riches d’un certain bagage intellectuel et d’un certain esprit critique, ce qui n’est pas négligeable par les temps qui courent).

Attention de bien déplacer souvent les graines sur le papier journal, pour éviter qu’elles ne collent entre elles. Lorsque les graines sont très sèches (j’insiste sur le « très sèches »), les conserver dans une enveloppe, dans un local sec, après avoir indiqué sur l’enveloppe le nom de la variété et l’année de récolte.
Les graines ayant une durée germinative minimale de 5 ans mais pouvant aller bien au-delà (jusqu’à 10 ans, voire plus), j’ai l’habitude de récolter environ 150 graines de chaque variété et de n’en semer qu’une partie chaque année, ce qui me permet de ne renouveler la graine que tous les cinq ans et de minimiser ainsi les faibles risques de dégénérescence génétique des tomates ou les rares cas d’hybridation au jardin entre variétés différentes.














