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Archive pour mars 2006

John Mayall, figure de légende (1)

Mercredi 8 mars 2006

Le blues a imprégné de manière durable toute la musique occidentale et influence encore de nombreux groupes rock d’aujourd’hui. Cette musique est née dans les années 20 aux Etats-Unis mais y est restée plus ou moins confidentielle, concurrencée fortement pas le jazz. Ainsi, la plupart des bluesmen pionniers de cette époque ont vite sombré dans l’oubli. Au début des années 60, la jeunesse blanche américaine redécouvrait certains de ces authentiques musiciens (c’est par exemple le cas de Skip James dont traite le film de Win Wenders : the Soul of a man, que je vous conseille) mais la plupart des musiciens créateurs du blues étaient morts à cette époque, certains n’ayant même pas été enregistrés par les producteurs. Probablement que l’impact considérable du rock ‘n roll, joué surtout par des musiciens blancs (Elvis Presley, Eddy Cochran, Gene Vincent …), musiciens qui avaient finalement repris le cadre musical du blues (avec ses trois accords de Mi7, La7 et Si7) a conduit la jeunesse américaine à se replonger dans les racines du rock et à découvrir cette filiation directe avec le blues.

Rejetés ou incompris dans leur pays d’origine, certains bluesmen authentiques n’ayant pas trouvé le succès aux Etats-Unis sont venus s’installer en France dans les années 60 et ont contribué à faire connaître cette musique dans notre pays. C’est notamment le cas du guitariste Big Bill Broonzy et du pianiste Memphis Slim (dont il existe un somptueux enregistrement live de l’époque, au caveau des Trois Mailletz à Paris en 1962).

Mais ce sont surtout les musiciens blancs qui ont contribué à faire connaître le blues en Europe. Les Rolling Stones étaient de vrais amoureux du blues (ils étaient en particulier fans de Muddy Waters) et leurs cinq premiers disques témoignent de leur profond attachement à cette musique … l’énergie rock en plus ! Plus tard, les Stones deviendront cette immense institution que l’on connaît aujourd’hui.

John Mayall fut celui qui contribua le plus à perpétuer cette musique en Europe. Après avoir fait ses armes musicales avec des groupes divers dès 1956, il fonde en 1963 le légendaire “Bluesbreakers” qui eut une influence considérable sur la musique de cette époque. Les musiciens des années 60 qui passèrent à l’école “Mayall” connurent des destins prestigieux : d’abord Eric Clapton (aujourd’hui infiniment plus connu que le maître), Jack Bruce (qui fonda avec Clapton le groupe Cream) et Mick Taylor qui alla ensuite rejoindre les Stones (dont il fait encore partie aujourd’hui) après la mort de Brian Jones. L’année 1969, avec la sortie du célèbre disque “Turning Point” marque la fin des Bluesbreakers (que Mayall reformera de manière épisodique dans les années 80) et le départ du bluesman pour les Etats-Unis qu’il ne quittera plus. John Mayall est un musicien “accompli” qui joue aussi bien de l’harmonica, de la guitare que du piano. Aujourd’hui, John Mayall a plus d’une cinquantaine de disques à son actif et je pense d’ailleurs parler prochainement dans mon blog d’une petite sélection de ses disques incontournables (il me faudra aussi parler des deux autres grands musiciens de blues blancs : Rory Gallagher et Johnny Winter).

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En 2003, John Mayall a fêté ses 70 ans, entouré d’Eric Clapton et de Mick Taylor, lors d’un concert mémorable à Liverpool.Cet article dans mon blog n’a qu’un but, certains l’avaient peut-être déjà compris : vous dire que le vieux bluesman qui vient se produire le 23 mars prochain à Besançon n’est pas n’importe qui !

Un beau livre à s’offrir

Mardi 7 mars 2006

Les ornithos de l’Est de la France se souviendront longtemps de l’hiver 2004-2005. Beaucoup d’entre eux (et j’en fais partie) voyaient pour la première fois cet oiseau extraordinaire venu des forêts de la taïga : le jaseur boréal.

De tous temps, l’arrivée de cet oiseau a marqué les esprits, tant son irruption pouvait prendre des allures d’invasions spectaculaires, que l’on retrouve chroniquées dans la littérature (ainsi en 1413, 1519, 1682, 1779… et plus récemment en 1965 et 1988). Ces oiseaux ont d’autant frappé l’imaginaire collectif que la croyance populaire les associait à l’arrivée imminente de malheurs, tels que la guerre, la famine ou la peste (les Hollandais l’appellent d’ailleurs “pestvogel”).

L’invasion de l’hiver dernier a été particulièrement remarquée en Suisse, avec la présence de plus de 10 000 individus. C’est donc tout naturellement que deux photographes suisses ont réalisé un superbe ouvrage consacré à cet oiseau. Les deux auteurs s’appellent Jean-Lou Zimmermann et Blaise Mulhauser. Ce magnifique ouvrage de 100 pages contient 45 superbes photographies, une vingtaine de dessins au crayon et raconte la vie du jaseur, le mystère de sa migration et la richesse de son comportement.

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On peut commander cet ouvrage à la Maison de la Réserve - 28 avenue de la gare - 25160 LABERGEMENT SAINTE MARIE au prix de 30 euros + 5 euros de frais de port. Bonne lecture !

La neige déboussole les oiseaux

Dimanche 5 mars 2006

Abondance hier au poste de nourrissage hivernal pour oiseaux ! On aurait dit que les oiseaux migrateurs, tels que les pinsons du nord et les tarins, lassés d’être sous les feux de l’actualité because la grippe aviaire, étaient venus se réfugier chez moi.

La neige avait commencé tôt le matin, dès 6H45 et était tombée régulièrement toute la journée. Le nombre d’oiseaux a augmenté régulièrement au cours de la journée et en milieu d’après-midi il y avait une vingtaine de chardonnerets, une quarantaine de pinsons du nord et une soixantaine de tarins, soit à peu près le double que les jours précédents.

Le soir, le vent s’est levé et la neige a continué à tomber de plus belle. Vers minuit, il y en avait quasiment quarante centimères. Je ne me rappelle pas avoir vu autant de neige dans la vallée de l’Ognon (à minuit, ma voiture ayant refusé de me ramener pour cause de patinage pas très artistique, j’ai même dû me faire raccompagner … en tracteur, mais ça c’est une autre histoire !).

Ce matin, au lever du jour, le silence était total, pas un cri d’oiseau, on aurait dit que la neige avait recouvert toute la nature d’une chappe de plomb. Les premières mauvaises surprises étant dissipées (beaucoup d’arbres abîmés sous le poids de la neige), j’ai tassé avec ma pelle la neige au sol pour pouvoir y mettre des graines à disposition des oiseaux. Seuls quelques-uns sont venus en début de matinée, d’autres sont arrivés plus tard mais je n’ai pas retrouvé le nombre d’oiseaux de la veille. Quasiment plus de tarins et de chardonnerets, où sont-ils donc passés ?

J’ai souvent remarqué que la neige avait pour conséquence de déboussoler les oiseaux ; on voit alors passer des bandes de passereaux qui fuient vers le sud, même en fin d’hiver. Une partie de “mes” oiseaux avait donc dû partir aussi. Guy P. m’a fait remarquer que de nombreuses bandes ont survolé Besançon ce matin, au niveau de la rue de Belfort, y compris des vanneaux (ce qui est surprenant en milieu urbain).

Plusieurs de mes amis, lecteurs de ce blog, nourrissent aussi des oiseaux en hiver. Ont-ils fait des constatations identiques ? A moins qu’ils n’aient arrêté cette activité à cause de la grippe aviaire !

Faut-il des riches, faut-il des pauvres ? (1)

Vendredi 3 mars 2006
Si l’on se fie aux vieux adages, “il faut de tout pour faire un monde”, on peut alors admettre que nos sociétés vivent avec des gros et des maigres, des beaux et des laids, des gens cons et des gens qui le sont un peu moins (par exemple des gens qui regardent TF1 et les autres), des écolos et des chasseurs, des gens de gauche et des gens de droite, des hétérosexuels et des homosexuels, etc …Jusque là je suis évidemment d’accord. Mais des riches et des pauvres ? Oui, mais jusqu’à quel point ? Par exemple, gagner dix fois plus ? Comme je suis intimement persuadé que les choses les plus importantes de la vie ne peuvent pas s’acquérir avec de l’argent (l’amour, les amis, la santé, la culture…) ça ne me gêne pas plus que ça si certaines personnes gagnent dix fois plus que d’autres et, si ces personnes ont axé l’essentiel de leur vie sur l’acquisition de biens matériels, pourquoi pas, c’est avant tout leur problème ! Mais gagner cent fois plus ? Là, ça commence à poser question. Et mille fois plus ? J’entends déjà les lecteurs de mon blog qui sont persuadés que je vais parler des grands dirigeants d’entreprises dont les salaires et les stocks-options ont fait la Une des journaux au cours des dernières années et qui gagnent infiniment plus que nous, pauvres miséreux que nous sommes. Et bien même pas ! Je veux parler de ceux qui gagnent, non pas mille fois plus que d’autres, ni dix mille, ni cent mille, ni même un million mais DIX MILLIONS DE FOIS PLUS.

Vous allez me dire : “ce que tu nous dis là, Dupdup, c’est pas possible !” Et bien “Si” : si les pouvoirs publics et les journalistes nous bassinent à longueur de journée avec le problème de la grippe aviaire, c’est peut-être pour qu’on ferme les yeux sur la triste réalité de ce monde, sur des problèmes infiniment plus importants et dont on ne veut surtout pas nous parler, à savoir que les écarts entre riches et pauvres n’ont jamais été aussi importants. Je vous donne l’information parue dans Télérama (n° 2923 de janvier dernier) : “la fortune des 225 personnes les plus riches est égale au revenu des 2,3 milliards les plus pauvres”. Oui, vous avez bien lu, mettez une deuxième paire de lunettes (si vous faites évidemment partie des riches de la planète qui ont les moyens d’avoir des lunettes), c’est bien un rapport de 1 à 10 millions qui existe entre les gens. Un chiffre à faire vomir.

Que vous inspire ce chiffre ? Les riches deviennent de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres (y compris dans nos sociétés occidentales) mais n’a-t-on pas dépassé depuis longtemps le seuil de l’insupportable ? Vous et moi ne faisons pas partie des très riches de la planète mais encore moins des plus pauvres. Il faut bien l’admettre, nous dénonçons cet écart qui s’agrandit entre riches et pauvres, mais comme nous faisons partie, d’une certaine manière, des nantis de la planète, nous ne le disons pas trop fort … ! Jusqu’à quand celà peut-il durer ?

La culture du “risque zéro”

Mercredi 1 mars 2006

Yohann devait partir ces jours-ci avec les enfants de sa classe observer les oiseaux au bord du lac du Der en Champagne. L’éducation Nationale lui a interdit de partir, pour raison de grippe aviaire. Quand on connaît le lac du Der et le fait qu’aucun oiseau ne peut y être observé à moins de trois cent mètres (l’eau est très loin des zones d’observation), on reste sceptique quant au risque réel que représentent ces oiseaux. Mais bon, on est en pleine période de psychose collective et ceci explique sûrement cela !Cette anecdote soulève le problème plus général de la sécurité et du risque. Depuis de nombreuses années, notre société est obnubilée par le « tout sécuritaire » et nous voyons apparaître, dans tous les domaines, des normes et des réglementations de tous genres dont on peut douter de l’efficacité à long terme. Quand j’étais enfant, c’est en se brûlant au moins une fois que l’on apprenait que le feu est dangereux et c’était là une expérience – douloureuse certes - mais très formatrice et riche d’enseignements. Aujourd’hui, tout est devenu dangereux : le feu, l’eau, le moindre outil, la moindre aspérité, la moindre marche d’escalier … La peur s’installe partout et l’apparition de la grippe aviaire cristallise toutes ces peurs, de manière irrationnelle.

J’ai gardé précieusement un texte relevé dans le courrier des lecteurs de Télérama (en date du 25 octobre 2003), écrit par un enseignant de Lyon, qui soulève ce problème du risque avec beaucoup d’ironie et des mots très forts. 

Voici ce texte : “RISQUE ZERO : Parents, soyez tranquilles ! Je suis un des rares instits de France qui veillent encore sur la sécurité de vos enfants. Il paraît que le risque zéro n’existe pas. Foutaises. Ce n’est qu’une question de volonté. Il y a belle lurette que je me suis débarrassé des sorties et autres vétilles qui mettent en péril vos chérubins. Plus de gymnase à l’extérieur de l’école, plus de spectacles ou d’animations à la médiathèque. La rue est trop dangereuse. Les classes vertes et autres excursions de fin d’année ne font plus partie de mon vocabulaire. Faute d’ascenseur, je me suis battu pour ne plus avoir ma classe à l’étage. Malheureusement, quelques marches d’escalier attendent encore traîtreusement vos enfants trop pressés. Haro donc sur les déplacements inutiles et les distractions. Les salles de sciences, d’informatique, d’arts plastiques, de musique ne sont plus fréquentées. Les récréations durent dix minutes montre en main. Ils n’ont plus le temps de jouer, donc de se blesser. On a enlevé tout ce qui pouvait fâcheusement blesser vos enfants : cages, paniers de basket, jeux extérieurs. Les arbres ont été rasés, les ballons sont en mousse, les colles sont bio, les ciseaux en plastiques (et tant pis, si ça ne coupe pas), les compas interdits. Les fenêtres sont toujours fermées même avec 34°. J’évite d’envoyer les élèves au tableau. Un jour un élève a trébuché contre un pupitre et s’est cassé une côte contre le dossier d’une chaise qui n’était pas aux normes. Et puis zut ! Tant qu’à faire, gardez vos enfants chez vous … Ils auront vingt fois plus de chances d’être accidentés, mais moi au moins, je serai irréprochable et vous n’aurez pas à monnayer votre deuil devant un tribunal.”