Tomates et changements climatiques

La tomate est de culture très simple. Sans doute est-ce même le légume le plus facile à cultiver.

Jusqu’à présent, la seule difficulté était liée au mildiou qui, certaines années, peut anéantir l’ensemble de la production dès la fin de l’été, parfois même dès le mois d’août. Mais, dans la dernière décennie, on a remarqué que d’autres problèmes sont apparus. Ces différents problèmes semblent tous liés aux modifications climatiques en cours. Sans doute que la plupart des jardiniers qui consultent ce blog ont remarqué ces impacts. J’en ai recensé six concernant la tomate (mais sans doute en existe t-il d’autres) :

  • La nécrose apicale (appelée « cul noir) est due à un stress hydrique provoqué par l’irrégularité des précipitations, ce stress hydrique entraînant un problème d’assimilation des ions calcium par les racines de la plante. A noter que, comme ces ions calcium ont du mal à atteindre les extrémités de la plante, ce sont les tomates allongées, comme les cornues des Andes, qui sont les plus atteintes.
  • Les coups de soleil sont aujourd’hui devenus fréquents, ils se manifestent par l’apparition d’une grosse plaque blanchâtre, qui reste dure même lorsque le fruit murit, sur la face la plus exposée au soleil.
  • Une certaine dureté de la peau de la tomate se manifeste lors des étés très secs, la texture de la tomate en devient assez désagréable sous la dent. Cette dureté de la peau à une justification : c’est un mode de résistance de la tomate à la sécheresse.
  • L’arrêt du développement du plant de tomate est manifeste pendant les périodes les plus chaudes, la plante ne pousse plus (ou quasiment plus) au-delà d’une température de 29°C (dès 10H du matin on est parfois déjà au-dessus de cette température). Ce bloquage du développement est particulièrement net au niveau du fruit, la chaleur provoquant un arrêt de la production des carotènes et des lycopènes nécessaires à la formation et la transformation du fruit.
  • Le mûrissement des fruits est perturbé par les vents et très peu de jardiniers le savent. En effet, les tomates produisent autour d’elles un petit nuage d’éthylène favorisant leur murissement (cette technique est d’ailleurs mise à profit pour les tomates industrielles qui mûrissent en chambre froide dans une atmosphère artificielle d’éthylène et d’azote). Or, ce petit coussin gazeux qui entoure les tomates de nos jardins est souvent dispersé par les vents, de plus en plus forts au fil des années.
  • A noter également la stérilisation du pollen par la chaleur, ce qui explique que certaines fleurs ne sont pas fécondées et que les grappes de tomates contiennent parfois moins de fruits.

Alors, quel mode de culture pour tenter de remédier à ces inconvénients liés au climat ?

Voici quelques pistes (liste non exhaustive) :

1 – Le choix des variétés
Le choix des variétés est important. D’un point de vue de la croissance de la tomate, il faut distinguer deux types de variétés : celles à croissance indéterminée qui constituent la base de nos variétés traditionnelles et celles à croissance déterminée qui sont développées depuis un siècle. Les variétés anciennes, outre qu’elles sont plus adaptées à lutter contre le mildiou (ce que j’avais expliqué dans un autre article), sont mieux armées pour lutter contre la sécheresse. L’explication est très simple : elles grandissent constamment, sont donc plus vigoureuses et ont par conséquent un système plus développé qui leur permet de puiser loin en profondeur l’humidité dont elles ont besoin. On a par ailleurs intérêt à diversifier les variétés que l’on met en terre. On a actuellement un choix énorme de variétés, de toutes les formes, de toutes les couleurs. Chaque variété réagit différemment des autres aux différents stress, différentes attaques … On aura donc intérêt, pour limiter les risques, à planter deux pieds de dix variétés différentes plutôt que vingt pieds d’une seule variété. Il y aura toujours des variétés qui s’en sortiront bien. Et quand on a pris goût à la biodiversité, on la recherche constamment …

2 – Tailler ou ne pas tailler ?
Je suis partisan du fait de ne pas tailler ou de très peu tailler les pieds de tomate et j’avais expliqué cela également dans mon article sur le mildiou. Le fait de laisser beaucoup de feuillage est intéressant également pour limiter les coups de soleil sur les fruits, les tomates étant protégées de temps en temps au cours de la journée par l’ombre du feuillage.

3 – Arroser ou non ?
Cela fait 40 ans que je cultive des tomates et je ne les arrose jamais. Ici, en plein champ, personne ne les arrose non plus et ça marche. L’arrosage maintient une humidité en surface mais ce n’est qu’une illusion, car l’arrosage incite les racines à rester en surface alors qu’elles devraient au contraire aller en profondeur pour y trouver un peu d’humidité et des nutriments. Il faut absolument que les fines radicelles des plants de tomates descendent le plus loin possible, ce qui permettra à la tomate de s’affranchir (relativement) des conditions météo et de passer les périodes difficiles sans trop de problèmes. Mais il faut tout de même relativiser mon propos, le non-arrosage n’est pas forcément signe de réussite assurée, car si cette technique marche bien dans les sols profonds, humifères, avec une certaine teneur en argile (tels qu’on les trouve dans ma vallée franc-comtoise), cela est plus compliqué dans les sols peu profonds ou les terres sablonneuses qui ne retiennent pas l’eau.

4 – Bien commencer sa vie de tomate !
Il faut que les pieds de tomates aient bien commencé leur vie. Je m’explique. Un pied qui a été stressé au départ sera moins bien armé pour développer ses propres défenses, notamment face aux aléas climatiques de notre époque. Il faut donc mieux avoir semé ses tomates soi-même plutôt que d’acheter des plants dont les racines « tournent autour du pot » car manquant déjà d’espace pour se développer. Et on aura soin de repiquer plusieurs fois ses jeunes plants en les transplantant dans des godets chaque fois un peu plus gros (deux repiquages minimum, trois étant sans doute l’idéal). Attention aussi à tout autre type de stress des jeunes pieds de tomates (excès de chaleur dans une serre, godets de repiquage desséchés en manque d’eau …) qui nuirait à la croissance future du plant de tomates. Pas de stress donc, mais paradoxalement, il faut quand même élever ses tomates « à la dure » pour fortifier les plants (j’en parlerai dans un autre article)

5 – Echelonner ses semis
Voici le point le plus important de mon article.  L’ancienne méthode qui consistait à semer toutes ses tomates en mars (méthode qui fonctionnait) ne marche plus vraiment aujourd’hui. Trop de contraintes climatiques. L’échelonnement des semis est donc devenu la règle, règle basée sur l’adage très connu « il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». Il faut savoir qu’un pied de tomate qui a donné des fruits pendant deux mois a fait son boulot. On peut certes prolonger un peu artificiellement sa vie par des moyens de lutte (contre le mildiou notamment) mais le mieux est encore d’étaler la production de ses tomates en échelonnant ses semis. Un pied de tomate qui n’a été semé qu’au mois de mai, c’est-à-dire deux mois après la période la plus habituelle, ne donnera sans doute des fruits qu’à partir de la fin août, mais comme le pied n’a pas encore été épuisé par la production de fruits (vu qu’il commence seulement à en donner), il résistera infiniment mieux aux maladies et aux brouillards de l’automne.

Au cours de trois dernières années, j’ai affiné ma méthode qui me permet non seulement de faire face aux aléas climatiques, mais aussi de consommer des fruits sur une période minimale de cinq mois (six mois les années exceptionnelles).

Je sème doranavant mes tomates sur une longue période de six mois, à six reprises différentes : début janvier, début février, début mars, début avril, début mai et début juin. Il y a évidemment une part de risque dans cette méthode. Car il est possible que les semis extrêmes (ceux de janvier et de juin) ne donnent rien certaines années mais les quatre autres réussiront sans problème. A noter que la prise de risque concerne surtout le fait de mettre au printemps en pleine terre ses plants de très bonne heure. Mais cette stratégie, qui marche 4 années sur 5, s’avère au final très payante. Cette année par exemple, la dernière journée de gel a été le 4 avril sur le secteur de Besançon, soit cinq semaines avant les saints de glace. Ceux qui ont mis leurs plants de tomates en pleine terre dès le 5 avril (quitte à les protéger la nuit en cas de temps très froid), ont consommé ce printemps des tomates dès le 20 mai.

Mon premier et mon dernier semis sont un peu particuliers : pour celui de début janvier, je ne sème que deux ou trois variétés très précoces (dont Stupice). Pour le dernier semis de juin, dont les réulstats peuvent être aléatoires, je ne sème que des variétés qui ont moins d’importance pour moi : ce sont soit, dans la plupart des cas, des variétés dont j’ignore les noms (et que j’ai appelées « petite jaune », « grosse rouge »…), soit des variétés que je teste, par exemple des variétés qu’on m’a remenées d’autres pays (et qui sont en général très décevantes car dans la plupart des cas il s’agit de variétés industrielles … l’uniformisation de la biodiversité cultivée est en marche partout !).

Et je répartis toutes mes autres variétés (60 par an), de manière à peu près équilibrée entre les semis de février, de mars, d’avril et de mai (16 variétés en février, 16 en mars, 16 en avril et 12 en mai … le chiffre de 16 est pratique pour moi, il correspond pile-poil au nombre de godets que je mets sur un plateau). A noter que mes très grosses variétés destinées à faire du jus sont toutes semées dans la série de mars, ça permet ensuite en été de concentrer la période de fabrication de coulis sur une courte période (parce que sinon, ça s’éternise sur tout l’été !).


A noter également, même si cela n’a rien à voir avec mon sujet de départ (les changements climatiques), que mes 360 variétés de tomates correspondent à 60 variétés par an avec un roulement de six ans (une variété donnée ne revient que tous les six ans, ce chiffre correspondant à la durée moyenne de germination des graines) et que j’ai équilibré les différentes années entre elles, à savoir que chaque année je cultive le même nombre de rouges, d’orange, de rayées, … et que dans chaque catégorie de couleur je cultive le même nombre de grosses, de moyennes, de cerises … cela afin d’éviter de me retrouver certaines années avec trop de tomates jaunes, trop de petites …

EN CONCLUSION :
La culture de la tomate, qui était quelque chose d’assez simple, excepté le problème du mildiou, est devenue bien plus problématique aujourd’hui en raison des modifications climatiques en cours. Parmi les manières de s’adapter (pour l’instant, car tout est évolutif …!), il faut en retenir trois principales : la diversité des variétés que l’on met, l’échelonnement des semis sur une période très longue et un mode de culture le plus naturel possible (pas ou peu d’arrosage, pas ou peu de taille, faire ses propres semis).

 

Dis papa, c’est quoi une tête d’oeuf ?

Je ne crois pas vraiment aux experts. Enfin si, je crois à la science, mais l’avis des experts est devenu bien plus politique que scientifique et cela enlève toute la crédibité du propos. Quand on paye quelqu’un pour avoir un avis, on obtient l’avis qu’on a envie d’entendre. Et quand celui qui donne son avis au Pouvoir défend des intérêts extérieurs privés, cela ne laisse plus aucun doute sur le sujet … Et on en arrive à voir paraître des documents expertisés disant que les rivières franc-comtoises sont en bon état alors que la merde crève les yeux !

Par contre, si je suis devenu très sceptique sur ce qui se dit sur le plan scientifique, je crois beaucoup plus au bon sens. Et comme je viens de ma cambrousse, j’ajouterai « le bon sens paysan ». Ce bon sens a souvent raison. Pas toujours, mais souvent. Je n’ai pas forcément partagé les revendications hétéroclites des gilets jaunes. Mais il y avait beaucoup de bon sens dans certaines d’entre elles et notre pays aurait gagné à débattre de ces idées. En tous les cas, on n’avait pas à les écarter d’un revers de main.

A propos de cette oppostion « bon sens / expert », exemple des changements climatiques. Dans les années 70, le paysan qui observait un peu autour de lui observait déjà des changements, celui qui avait une vigne commencait de s’apercevoir qu’on vendangeait de plus en plus tôt, celui qui jardinait notait des choses très inhabituelles, celui qui s’intéressait un peu aux oiseaux ou aux insectes constatait déjà l’arrivée d’espèces méridionales, celui qui allait se promener en montagne voyait déjà l’évolution de l’étagement de la végétation, …. Les ONG environnementales ont alerté très tôt l’opinion sur ces changements climatiques. Et pendant ce temps-là, des experts discutaillaient sur le sujet et, pour la très grande majorité d’entre eux, niaient ces changements. Il aura fallu 40 ans pour que la communauté scientifique s’accorde (à peu près) sur le fait que ce que l’homme de la rue avait pressenti quelques décennies auparavant était vrai. C’est assez incroyable.

En ce qui concerne la crise sanitaire actuelle, si Macron avait demandé à une personne lambda qui possède juste un sou de jugeotte (je ne parle même pas d’intelligence moyenne), ce qu’il faut faire pour empêcher les gens de trop se côtoyer et de se contaminer, la plupart des personnes interrogées auraient répondu plein de choses évidentes, à savoir qu’il ne faut aller que dans les lieux les moins fréquentés (c’est à dire autoriser les gens à aller dans les forêts, à aller se promener à des dizaines de kilomètres de la ville loin du monde, à quitter même la ville pour aller en vacances ou en résidence secondaire à la campagne, … ), à autoriser l’ouverture des magasins sur des amplitudes horaires les plus larges possibles pour fluidifier la fréquentation, à avoir des règlements différenciés selon que l’on habite dans des zones à forte densité de population ou au contraire dans les déserts ruraux, …

Mais voilà, Macron a demandé à ses têtes d’oeufs.

C’est quoi une tête d’oeuf ? J’ai recherché tout à l’heure la définition de ce terme, j’en ai trouvé plusieurs qui valent ce qu’elles valent mais qui, pour beaucoup, visent des énarques (et autres sortis des grandes écoles) qui prennent des décisions abstraites loin des réalités de terrain. Pour moi, ce sont avant tout des gens dont la devise est « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? ».

Alors ces têtes d’oeufs ont proposé l’interdiction d’aller se promener dans les forêts (c’était au printemps dernier), de faire des activités extérieures en groupe (sauf la chasse !), de quitter la ville pour aller à la campagne, … Et on se retouve avec des situations ubuesques, en tous les cas incompréhensibles pour le commun des mortels : le fait de pouvoir aller dans une église mais pas au théâtre, d’aller se serrer au milieu de centaines de personnes dans le métro mais de limiter à six convives les regroupements familiaux, le fait de ne plus pouvoir aller dans des galeries de peinture (là où il n’y a personne), mais par contre d’aller dans des galeries marchandes (là où il y a plein de monde). Et surtout, cette mesure incroyable d’interdire l’activité de certains magasins (au printemps dernier surtout) et d’instaurer un couvre-feu dans certains départements dès 18H. En interdisant certains lieux et en réduisant l’amplitude horaire des lieux ouverts, on ne pouvait qu’avoir une conséquence désastreuse (vis à vis de l’objectif fixé par le gouvernement), à savoir qu’on a concentré l’activité humaine sur certains lieux et sur certains horaires. L’exact contraire de ce qu’aurait dit l’homme de bon sens.

Tout à l’heure, il y avait un monde fou au Super U de Devecey (tout çà parce que le magasin est obligé de fermer le magasin à 17H45, couvre-feu oblige). Je vous dis pas la promiscuité !

Perso, je ne suis que très peu impacté par tout ça car, en tant que retraité, j’ai énormément de latitude pour m’organiser et, bien évidemment, je n’ai pas à me plaindre. Mais, avoir fait toute cette casse économique et sociale de la vie de nos enfants (et petits enfants), sous prétexte de lutte sanitaire alors qu’en fait les mesures aboutissent à l’inverse, je ne comprends pas …

Il fallait vraiment être tête d’oeuf pour concevoir toute ce dispositif abracadabrantesque (merci Chichi pour avoir popularisé ce mot !).

Et, comme je suis dans l’oeuvre de Brassens en ce moment, je vous propose le Grand Pan. C’est une chanson connue pour sa chute peu réjouissante (« j’ai bien peur que la fin du monde soit bien triste »). Mais si je vous la propose c’est surtout parce que chaque fois que je la chante sur ma guitare, je change l’expression « la bande au professeur Nimbus est arrivée » par « la bande au professeur Macron est arrivée ». Et ça me fait bien rire. Et j’en ai bien besoin en ce moment !

Meilleurs voeux

Contexte compliqué pour celui qui se risque à faire des voeux en ce moment. Car 2021 ne se présente guère mieux que 2020.
Il sera difficile de lutter contre la casse énonomique et la casse de notre démocratie. Tout cela est implacablement en marche.
Mais pour ce qui est de la casse des relations sociales, il y a encore bien des meubles à sauver, c’est à chacun de se bouger, et on le peut ! On a des tas de moyens à notre disposition pour maintenir, voire développer les relations avec nos proches, et notamment nos amis. Alors, je vous souhaite avant tout pour cette nouvelle année de très belles relations d’amitiés. Je considère d’ailleurs que le degré de civilisation et le degré d’humanité de chacun peuvent se mesurer essentiellement aux relations fortes que chacun noue avec les autres. Et que relations d’amitié et relations d’amour c’est un peu kif kif finalement (« Entre l’amour et l’amitié il n’y a qu’un lit de différence », Henri Tachan).
Et pour illustrer mon propos sur la prépondérance de l’amitié dans nos vies, une chanson qui a beaucoup d’importance pour moi, à travers une petite séquence filmée qui est une vidéo d’anthologie. Ce petit film est chargé d’émotion, notamment parce que Brassens (pétri d’humanité, son visage nous le raconte) ne sait pas, au début de la chanson, qu’il a derrière lui des amis musiciens qui s’apprêtent à jouer.

Peut-être que cette vidéo préfigure d’autre choses sur ce blog, si c’est le cas j’en dirai plus dans quelques semaines.

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » (2)

« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » C’est une question que je me pose souvent, notamment en cette période trouble (c’est le moins qu’on puisse dire) où je me sens de moins en moins concerné par ce monde qui commence à aller bien trop vite pour moi et pour mes pauvres neurones vieillissants. Et comme je suis très en colère en ce moment avec l’actualité liée au Covid, il faut que je prenne du large, ceci explique aussi pourquoi je me replonge avec délectation dans ce que j’appelle mes « musiques et textes fondateurs », c’est à dire tous les écrits et toutes les musiques qui ont contribué à former l’ado que j’étais il y a bien longtemps (j’ose pas dire le chiffre !). Et j’ai un peu la nostalgie (sans doute une nostalgie de vieux con, mais j’assume) d’une époque où il y avait une belle fusion de la poésie des grands auteurs avec celle de la musique. Retour donc à mes racines.

Aragon m’a beaucoup marqué lorsque je l’ai découvert dans les années 70 (c’est Alain, un cousin journaliste qui me l’avait fait connaître). A la lecture de ses textes, il est évident qu’il y a une telle sonorité des mots eux-mêmes (et de leur phrasé) qu’ils ne pouvaient qu’être mis en musique tôt ou tard (ce que je dis là est un lieu commun, cela a été souvent écrit par plein de gens) . Une première expérience, magistrale, de mise en musique d’un texte d’Aragon avait été faite par Brassens en février 1954 (« il n’y a pas d’amour heureux ») (je ne m’en rappelle pas du tout, j’avais encore deux mois à vivre bien au chaud avant d’apparaître sur terre), puis bien plus tard par Ferré et par Ferrat.

Ferrat a eu un succès retentissant pendant toutes les années 60, et notamment grâce à une douzaine de chansons d’Aragon enregistrées sur les albums allant de 1963 à 1969 et regoupées ensuite sur une édition de 1971 (« Ferrat chante Aragon ») (titres les plus connus : « Que serais-je sans toi », « Aimer à perdre la raison », « Nous dormirons ensemble », « Un jour, un jour », « Le malheur d’aimer » …).

Mais c’est le disque de Léo Ferré (« Ferré chante Aragon ») qui m’a le plus marqué. Il a été publié en 1961 et Ferré avait commencé à travailler sur ce projet dès 1958. Les textes choisis pour être mis en musique par Ferré  étaient plus difficiles sans doute que ceux choisis par Ferrat, mais avaient une charge émotionnelle bien plus forte (d’ailleurs, ce fut un très beau succès pour Ferré, le public ne s’y est pas trompé). Les deux morceaux les plus emblématiques de ce disque furent « L’affiche rouge » (dont j’ai déjà parlé sur ce blog) et « Est-ce ainsi que les hommes vivent » (j’y reviendrai tout à l’heure).

J’ai toujours aimé la complémentarité entre poésie et musique, cette alchimie si particulière (que l’on retrouvera d’ailleurs chez Ferré un peu plus tard avec de magnifiques mises en musique de Verlaine, Rimbaud, Apollinaire et Baudelaire).

Deux citations concernant cette alliance poésie/musique. La première est d’Aragon qui avait été impressionné par le travail de re-création de ses poésies par Ferré et qui vouait d’ailleurs beaucoup de gratitude au chanteur : « À chaque fois que j’ai été mis en musique par quelqu’un, je m’en suis émerveillé, cela m’a beaucoup appris sur moi-même, sur ma poésie ». (extrait de « Léo Ferré et la mise en chanson », Aragon)

Deux autres citations, cette fois-ci de Léo Ferré. La première : « Je crois à une double vue, celle du poète qui a écrit, celle du musicien qui voit ensuite, et perçoit des images musicales derrière la porte des paroles. » (« Les chants de la fureur », anthologie posthume Gallimard 2013). Deuxième citation, beaucoup plus connue : « La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n’être que lue et enfermée dans sa typographie n’est pas finie; elle ne prend son sexe qu’avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l’archet qui le touche. » (texte écrit en 1956, publié seulement en 1971 dans la chanson « Préface »).

Si j’écris cet article aujourd’hui c’est parce que je suis tombé tout à l’heure sur deux interprétations magnifiques de la chanson « Est-ce ainsi que les hommes vivent » (texte d’Aragon/musique de Léo Ferré).

La première vidéo (2011) est d’une simplicité et d’une profondeur désarmantes. Elle me touche beaucoup. Je n’ai pas vraiment trouvé le nom de l’interprète (sans doute Brigitte …, Youtube ne donne pas beaucoup de renseignements).

La deuxième est de Philippe Léotard (1993), version que je connais par coeur (le disque « Léotard chante Ferré » est une vraie merveille) mais que je n’avais jamais vue en vidéo avant ce soir.

Et puis, pour rappel (car j’avais déjà écrit un article sur le sujet en 2009), la version de Lavilliers avec un orchestre symphonique …

… et celle de Mélanie Carp (2009)

Joyeuses fêtes à tous !

Le guêpier, joyau de la vallée de l’Ognon

Cet article a été écrit pour le bulletin annuel de la Société d’Histoire Naturelle du Doubs, dans lequel il paraîtra prochainement. Je me suis dit qu’il pouvait aussi intéresser les lecteurs de ce blog.

Nul doute que pour un œil profane, le guêpier est l’un des oiseaux de notre région les plus spectaculaires. La palette de couleurs du plumage est telle qu’on se dit qu’il y a là « un miracle de la nature ».

Dans les dernières décennies du 20ème siècle, les Franc-comtois amoureux des oiseaux qui avaient envie de « se rincer l’œil » allaient observer cette espèce, rare à l’époque, dans la basse vallée du Doubs, à la limite de la Saône et Loire, sur le secteur de Champdivers, Petit-Noir, … Quand était-il arrivé dans notre région ? Aucune réponse sûre à cette question. La seule certitude est que le premier couple nicheur y a été noté en 1977 (Pierre Piotte). La population du Bas-Jura n’a eu cesse d’augmenter durant ces décennies-là, jusqu’à atteindre 163 couples en 2002. A cette époque, cette population jurassienne de guêpiers représentait la quasi-totalité de l’effectif franc-comtois.

A partir du début de notre siècle, la situation a évolué rapidement et l’espèce est partie, avec succès, à la conquête de nouvelles rivières franc-comtoises. Quelle est la raison de cette extension ? Sans doute que les changements climatiques globaux sont en bonne partie responsables de cette évolution, car il semble assez logique que de nouveaux espaces plus au nord soient conquis les uns après les autres. Mais il y a sans doute aussi une dynamique interne propre à l’espèce, accentuée par la grande capacité d’adaptation de cet oiseau qui tolère plutôt bien la présence humaine, notamment celle des pêcheurs et autres usagers du milieu aquatique.

Tous les dix ans, la LPO Franche-Comté réalise un inventaire régional des effectifs de guêpiers et les chiffres donnés dans cet article proviennent des recensements successifs qui ont été effectués par cette association régionale.

En 2005, pour la basse vallée du Doubs, on était à un niveau très haut : 407 couples (un chiffre inégalé depuis), soit 93% de l’effectif régional. C’est la première fois qu’apparaissait cependant le guêpier dans la vallée de l’Ognon, mais très timidement (un seul couple).

Dix ans plus tard, en 2015, les effectifs de la basse vallée du Doubs ont fortement diminué : 146 couples, soit 2,8 fois moins qu’en 2005. Par contre, l’augmentation était importante au niveau de la vallée de l’Ognon (37 couples), cette rivière devenant alors la deuxième rivière franc-comtoise pour la reproduction du guêpier, suivie par la Loue (17 couples), la Lanterne (10 couples) et la Saône (9 couples). A noter que cette étude 2015 a montré non seulement une baisse importante du nombre de guêpiers sur l’ensemble de la Franche-Comté (226 couples contre 436 couples 10 ans plus tôt) mais aussi une tendance très nette à l’éclatement des colonies : un plus grand nombre de colonies certes (52 au lieu de 39 en 2005), mais beaucoup moins de couples par colonie (68 couples dans la plus grosse colonie en 2005, 38 seulement en 2015 ; moyenne de 4 couples seulement par colonie en 2015 au lieu de 11 en 2005).

Depuis quelques années, je surveille attentivement mon secteur situé dans la partie de la vallée de l’Ognon qui est la plus proche de Besançon. Je n’y avais noté jusqu’à présent que quelques couples peu nombreux, dont un isolé à quelques centaines de mètres de la maison. Mais en 2019, j’ai commencé de mener une prospection systématique de mon secteur. Enfin, j’espérais le faire ! Car dès le premier jour de prospection le long de la rivière, je suis tombé sur une très belle colonie, dans un endroit superbe.  Alors je me suis contenté d’en prendre « plein les yeux », je ne suis d’ailleurs pas allé plus loin, je suis resté tout bêtement là à observer cet oiseau magnifique. Cette première année, je n’ai pas vraiment estimé le nombre de couples mais je pense qu’il pouvait y en avoir une douzaine.

Et, évidemment, j’y suis retourné en 2020, bien plus sérieusement, bien plus assidûment (une vingtaine de visites). Dès le début de la saison, j’ai senti qu’il y avait plus d’activité que l’année précédente. Par recoupements successifs, j’ai estimé la population de la colonie à une bonne quinzaine de nids, sans doute 17 ou 18. Ce chiffre m’a été confirmé en juin car, en pleine période de couvaison, les oiseaux se sont soudainement envolés des terriers (j’étais avec Gilles S, nous n’avons pas compris la cause de leur frayeur, si frayeur il y avait …, et nous avons alors compté 31 oiseaux au vol). Chiffre important donc, car la taille moyenne des colonies est de 4,3 couples en Franche-Comté (recensement 2015).

Que dire sur l’activité du guêpier ? Pour schématiser, de manière assez approximative, disons que la vie de cet oiseau est très phasée avec le rythme mensuel :

  • En mai, tous les guêpiers reviennent de migration et se mettent très vite à l’ouvrage : formation des couples (pour les couples qui ne seraient pas encore appariés), creusement des trous de nidification dans les berges de la rivière (au moins 5kg de terre évacuée pour un tunnel qui fait toujours plus d’un mètre de profondeur, parfois 2 mètres), accouplements …
  • En juin, c’est la période de la couvaison. Celle-ci dure trois semaines environ. Le site est alors bien plus calme, mais mâle et femelle se relaient souvent sur le nid (au moins toutes les demi-heures), d’où une certaine activité tout de même dans la colonie.
  • En juillet, c’est l’effervescence, ça vole de partout ! Les oisillons (en général 6 par nid) sont nourris sans cesse, parfois une visite par nid toutes les minutes, mais avec parfois de longues pauses dans la journée. Autant dire que pour une bonne quinzaine de nids, il y a un va-et-vient incessant, parfois un nourrissage toutes les 10 secondes dans la colonie. Ce mois de juillet, notamment pendant la période allant du 15 au 25, est donc, en raison de cette activité tonitruante, le meilleur mois pour observer les guêpiers sur leur site de nidification.
  • En août, c’est l’envol des jeunes puis leur apprentissage, sous tutelle parentale, de la chasse aux insectes. Dès le début du mois, l’activité dans la colonie décroît puis cesse complètement. Tous les oiseaux sont déjà ailleurs, les jeunes apprennent à subvenir à leurs besoins sur un secteur assez vaste, se regroupant toujours le soir pour passer la nuit ensemble (dans ma commune, il y a eu pendant une semaine à la fin août une centaine de guêpiers qui passaient la nuit à la cime d’une vieille plantation de peupliers, ils s’envolaient tous ensemble vers 8H30 le matin pour ne revenir sur le lieu que le soir). Désormais, je vois chaque année des groupes d’une centaine d’individus qui survolent mon jardin ou ma maison à la fin août. C’est devenu chose courante et cela témoigne de la très bonne reproduction du guêpier dans la vallée de l’Ognon.
  • Au début septembre (dans les tous premiers jours, au plus tard le 10), c’est le départ général. Direction l’Afrique (les guêpiers ignorent le confinement) !

La nourriture du guêpier est composée uniquement de gros insectes. Dans le cas de la colonie que j’ai suivie, il y a eu une prédominance de libellules jusqu’au début juillet, puis au fil des semaines qui passaient une très grosse dominante de diptères (taons notamment) et d’hyménoptères (énormément de bourdons, mais aussi des abeilles, des guêpes et, plus rarement, quelques frelons). J’ai estimé qu’au début juillet il y avait un minimum de 1000 libellules (essentiellement des grosses espèces) capturées quotidiennement par les guêpiers de cette colonie.

Cela suppose une très forte richesse du milieu naturel à proximité immédiate de la colonie (car les guêpiers ne vont pas chasser bien loin s’ils le peuvent). Dans le cas présent, l’existence d’un bras mort de la rivière, très productif, permet de répondre aux exigences alimentaires de la colonie.

D’autres observations faites par ailleurs dans la vallée me laissent à penser que le chiffre de 37 couples (dernier recensement LPO de 2015 pour la vallée) est déjà largement dépassé (les deux colonies que je connais sur mon secteur atteignent à elles seules ce chiffre).

A suivre donc avec attention dans les années qui viennent, mais tout porte à croire que la vallée de l’Ognon est devenue, malgré la forte baisse des effectifs au niveau régional, « un bastion fort » de la population de guêpiers en Franche-Comté. Pour le plus grand plaisir des yeux des habitants du secteur !

La dictature parfaite …

J’avais cité un jour sur ce blog cette phrase connue de Rosa Luxemburg : « Celui qui ne bouge pas ne sent pas ses chaînes ».

Je suis tombé récemment sur une autre phrase qui, elle aussi, corrobore l’idée que la privation de liberté est très souvent largement acceptée. Cette nouvelle citation que je vous propose est de Aldous Huxley (l’auteur de « Le meilleur des mondes ») :  « La dictature parfaite serait une dictature qui aurait les apparences de la démocratie, une prison sans mur dont les prisonniers ne songeraient même pas à s’évader. Un système d’esclavage où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude ».

Evidemment, toute ressemblance avec la situation actuelle ne peut être que pure coïncidence ! :whistle:

Au café du canal

L’époque n’est pas drôle et vous avez envie de vous jeter dans le canal ?
Ecoutez plutot ceci (mon coup de coeur du moment) … ! En attendant des jours meilleurs …

Les oiseaux de l’hiver 2020-2021

Le nourrissage hivernal des oiseaux a sans doute commencé pour la plupart d’entre nous.

Comme chaque année, cet article est là pour qu’on échange, entre tous les amoureux des oiseaux qui viennent sur ce blog, sur les différentes espèces que chacun peut observer cet hiver à son propre poste de nourrissage.

Quelles seront les tendances de cet hiver ? Beaucoup d’oiseaux ? Des espèces inhabituelles ?

On a souvent une attitude très paradoxale vis à vis de ces oiseaux. On aime bien en voir beaucoup autour de soi en hiver …  même si l’on sait pertinemment que si l’on en voit beaucoup ça peut être parce qu’ils crèvent de faim et qu’il n’y a pas grand chose à bouffer dans la nature. Plaisir égoïste sans doute … Mais bon, l’Homme est ainsi fait. Pas de raison donc de bouder son plaisir et de ne pas se rincer l’oeil !!!

A noter que, comme il a souvent été dit sur ce blog, les observations sont toujours très difficiles à interpréter. Une abondance de mésanges au poste de nourrissage peut vouloir dire que les effectifs de mésanges sont très importants. Mais cette abondance peut aussi signifier aussi le contraire, à savoir qu’en raison d’une pénurie de ressources alimentaires dans la nature, toutes les mésanges se regroupent de manière artificielle au poste de nourrissage et donnent l’illusion qu’elles sont nombreuses. Soyons donc prudent dans l’interprétation de nos observations.

J’ai remarqué qu’en général, lors d’une « année normale », il y a une quinzaine d’espèces différentes au poste de nourrissage. Mais que ce chiffre passe à une dizaine seulement les années basses, une vingtaine les années hautes, jusqu’à 25 les années exceptionnelles (ce qui est tout de même très rare, cela correspond en général à des hivers exceptionnellement froids comme janvier 1985 ou février 1986).

Alors cette quinzaine d’espèces habituelles, quelles sont-elles (évidemment, ce n’est valable que pour l’Est de la France) ? Je mets ici des images des espèces qui constituent pour moi la base de ce que l’on peut voir quasiment chaque hiver, les autres espèces non citées (tarins, pic mar, bouvreuil, …) étant un peu plus aléatoires.

Mésange charbonnière

Mésange bleue

Mésange nonnette

Sittelle torchepot

Pic épeiche

Rouge-gorge

Merle noir

Chardonneret

Verdier

Gros-bec

Pinson des arbres

Pinson du nord

Moineau domestique

Accenteur mouchet

Pie bavarde

Alors, il se passe quoi dans votre jardin ?

Pourquoi le poulet …

Il y a quelques semaines, Joëlle m’a transféré par mail l’histoire du poulet qui traverse la route. Je ne connaissais pas cette histoire, elle m’a beaucoup fait rire, mais en faisant quelques recherches sur le net, je vois que la question « pourquoi le poulet traverse t-il la route ? » est une question très ancienne, très « humour british »  sur laquelle des tas de générations ont essayé successivement, depuis le 19ème siècle, de répondre de manière rigolote, chacun imaginant ce que les hommes célèbres auraient dit sur le sujet.

Alors, qu’auraient dit nos très Grands Hommes à la question « Pourquoi le poulet traverse-t-il la route ? » Quelques réponses, pour la plupart très connues (on les trouve toutes sur internet) :

DESCARTES : Pour aller de l’autre côté

PLATON : Pour son bien. De l’autre côté est le Vrai.

ARISTOTE : C’est la nature du poulet que de traverser les routes.

KARL MARX : C’était historiquement et socialement inévitable car, poussé par la pression sociale, le poulet exploité est contraint de traverser la route.

HIPPOCRATE : c’est en raison d’un excès de sécrétion de son pancréas.

MARTIN LUTHER KING : J’ai fait un rêve où tous les poulets seraient libres de traverser la route sans avoir à justifier leur acte.

MOÏSE : Et Dieu descendit du paradis et Il dit au poulet : ” Tu dois traverser la route”. Et le poulet traversa la route et Dieu vit que cela était bon.

SIGMUND FREUD : Le fait que vous vous préoccupiez du fait que le poulet ait traversé la route révèle votre fort sentiment d’insécurité sexuelle latente.

EINSTEIN : Le fait que ce soit le poulet qui traverse la route ou que ce soit la route qui se meuve sous le poulet dépend uniquement du référentiel dans lequel vous vous placez.

STALINE : le poulet devra être fusillé sur le champ, ainsi que tous les témoins de la scène et 10 autres personnes prises au hasard, pour n’avoir pas empêché cet acte subversif.

SHAKESPAEARE : Traverser ou ne pas traverser, là est la question.

CONFUCIUS : Le poulet qui d’abord regarde des deux côtés, vivra assez pour voir une autre journée.

DARWIN : Les poulets ont été naturellement sélectionnés de telle sorte qu’ils soient génétiquement modifiés enclins à traverser les routes.

BOUDDHA : Poser cette question revient à renier votre propre nature de poulet.

EPICURE : Pour rigoler.

NIETZSCHE : Par affirmation de sa volonté de puissance

SADE : Parce qu’il est naturellement vicieux.

GALILEE : Et pourtant il a traversé …

ROUSSEAU : Parce que le poulet est bon par nature.

SARTRE : Le poulet était condamné à traverser la route.

Au fil des générations qui passent, on fait référence à d’autres personnages plus récents :

BILL GATES : Nous venons justement de mettre au point une application « poulet 3.0 » qui ne se contentera pas seulement de faire traverser la route à vos poulets mais qui couvera aussi leurs oeuf, les classera par taille, …

TRUMP : Le poulet n’a pas traversé la route, je répète, le poulet n’a JAMAIS traversé la route.

ERIC CANTONA : Le poulet, il est libre le poulet. Les routes, quand il veut, il les traverse.

L’EGLISE DE SCIENTOLOGIE : La raison pour laquelle le poulet traverse est en vous, mais vous ne le savez pas encore. Moyennant la modique somme de 1000 € par séance, une analyse psychologique vous permettra de la découvrir.

ZEN : Le poulet peut traverser la route, seul le Maître connaît le bruit de son ombre derrière le mur.

NELSON MONTFORT : J’ai à côté de moi l’extraordinaire poulet qui a réussi le formidable exploit de traverser cette superbe route : ” Why did you cross the road ? “, ” Cot cot !”
eh bien il dit qu’il est extrêmement fier d’avoir réussi ce challenge, ce défi, cet exploit. C’était une traversée très dure, mais il s’est accroché, et…”

RICHARD VIRENQUE : C’était pas un lapin ?

JEAN-CLAUDE VANDAMME : Le poulet la road il la traverse parce qu’il sait qu’il la traverse, tu vois la route c’est sa vie et sa mort, la route c’est Dieu c’est tout le potentiel de sa vie, et moi Jean Claude Super Star quand le truck arrive sur moi, je pense à la poule et à Dieu et je fusionne avec tout le potentiel de la life de la road ! Et ça c’est beau !

FOREST GUMP : Cours poulet cours !!!

EMMANUEL MACRON : C’est parce que le poulet a trouvé du travail.

CASTANER : Pour vérifier si vous avez bien votre attestation de sortie….

CHIRAC : Parce que je n’ai pas encore dissout la route.

Arlette LAGUILLER : Poulettes, poulets, ne vous laissez pas spolier par le patronat qui vous oblige à traverser les routes.

Alain MADELIN : Parce que c’est la loi du marché.

Francis BOUYGES : Il fallait bien justifier la contruction de cette route à péage.

TEMOINS DE JEHOVAH : Parce que la fin du monde aura bientôt lieu de son côté.

Charles PASQUA : Qui critique les poulets ?

Neil ARMSTRONG : Un petit pas pour le poulet, un grand pas pour le poulailler.

BISON FUTE : Le week-end prochain, éviter la RN12 pour cause de traversée de poulets.

Jean CASTEX : Le poulet ne traverse pas la route mais le gouvernement y travaille.

MELENCHON : Si le poulet était un Insoumis, il ne traverserait pas la route.

En y réfléchissant un peu, je me dis que, sur plein de sujets, chacun y va de sa réponse et que finalement la réponse (si réponse il y a) ne peut être qu’une réponse de bon sens. Interrogez l’homme de la rue, il aura sans doute une réponse bien moins brillante, bien moins intelligente, mais pas forcément à côté de la plaque. Voici par exemple ce qu’aurait répondu Dupdup si on lui avait posé la question « pourquoi le poulet traverse t-il la route ? » : « Tout simplement parce qu’il y a une belle poulette de l’autre côté de la route ».

Tout ça pour dire … Pour dire quoi au fait ? Que nous sommes dans une période incroyable où chacun a envie de se réfugier derrière la paroles des gens connus, des experts de toutes sortes plus ou moins autoproclamés. Mais que parfois la réponse la plus évidente nous échappe.

Sur le sujet du covid 19, avec tout ce que vous racontent les uns et les autres, tous des habitués de la scène médiatique, vous n’avez pas l’impression, vous, que la vérité toute simple vous échappe ?

La revanche des culs serrés

Je les appelle les « culs serrés ».

Les culs serrés, c’est quoi, c’est qui ?

Petite tentative de description.

Les culs serrés, ça ne boit pas, ça ne va jamais dans un bar, ça ne trinque jamais avec les copains.
Les culs serrés, ça ne baise pas. Ou si peu. Ou « par inadvertance » (selon une formule de Bernard Dimey).
Les culs serrés voient peu de monde, ils restent parfois des journées entières sans rencontrer quelqu’un. Sûrs d’eux-mêmes et de leur propre valeur, ils sont persuadés qu’ils n’ont pas besoin des autres.
Les culs serrés ne sortent jamais de leurs gonds, jamais les yeux embués à la lecture d’une poésie ou à l’écoute d’une musique. La froideur du coeur et l’impassibilité du visage sont de mise en toutes circonstances.
Les culs serrés ont peur des autres. L’Autre est une menace potentielle. Et pour se prémunir du danger, les culs serrés vous tendent la main avant même que vous n’ayez eu l’idée saugrenue de leur faire un bisou.
Les culs serrés en arrivent à avoir peur d’eux-mêmes. Seuls dans leur bagnole, ils mettent un masque pour se préserver. De qui ? De quoi ? D’eux-mêmes ?
Les culs serrés ne déambulent pas sous la pluie, ne marchent pas dans la rosée du matin, ne sortent pas quand il fait froid, ont peur de la nuit. La nature est pour eux le lieu de tous les dangers.
Les culs serrés ne touchent jamais la terre, sauf avec des gants. Ils n’entendent pas le chant des oiseaux, le bruissement des feuilles, craignent la fraîcheur du vent sur leur visage.
Les culs serrés restent sagement chez eux à regarder BFMTV en caressant le chat d’une main et en mangeant des cacahuètes de l’autre.
Les culs serrés ne consomment que la nourriture la plus insipide possible.
Les culs serrés ne s’expriment jamais sur un sujet sensible (« quand on entend c’qu’on entend, qu’on voit c’qu’on voit, qu’on lit ce qu’on lit, on a bien raison de penser c’qu’on pense, hein ma bonne dame ! »). Ils font pourtant croire qu’ils ont une opinion.
Les culs serrés sont des êtres soumis. Jamais à une manif ! Un cul serré, ça ne se bat pas. Peut-être même pas le moindre bulletin de vote dans l’urne. Car les culs serrés, ça ne rêve pas du monde de demain, ça ne fait que ressasser les aigreurs et les rancoeurs du passé.
Les culs serrés sont des êtres constipés (par définitition), mais ils chient pourtant dans leur froc à la moindre crise sanitaire. Et sans doute est-ce pour cela qu’ils dévalisent les stocks de PQ dans les supermarchés …

Mais il vient de se passer un truc incroyable. Jusqu’à présent les culs serrés avaient une incapacité congénitale à jouir de l’existence, à profiter de la simple vie comme vous et moi en avons l’habitude. Mais tout cela est d’un autre temps : maintenant, avec le confinement, les culs serrés jouissent enfin ! Alleluia !!! Mais de quoi jouissent-ils ? De voir les autres, ces autres qu’ils jalousent tant, avoir progressivement une vie aussi étriquée, aussi merdique, qu’eux. Car désormais les autres ne peuvent plus aller au bar, aller à un concert, voir leurs proches (y compris leurs enfants), s’exprimer dans la rue… Comme les culs serrés, les autres ne peuvent désormais que rester (ou presque) cloîtrés chez eux …

Et en plus, c’est grâce aux culs serrés qu’on en arrive là. Car sans cette majorité silencieuse, qui a réussi à transférer sa peur viscérale de la mort au niveau collectif de notre société, sur quoi s’appuierait le pouvoir en place pour imposer toutes ces mesures liberticides, dont la plupart sont inadaptées à la situation sanitaire actuelle ?

A qui ont dit merci ? Aux culs serrés bien entendu !

Elle est pas belle la vie ?

La fin du blog (suite)

Ce nouvel article ne remet pas en cause la fin du blog.
Mais, à situation exceptionnelle mesures exceptionnelles.
On a commencé à parler entre nous de la crise liée au coronavirus mais sur des articles tellement disparates (jardinage, oiseaux, grippe aviaire, …) qu’il est impossible, même pour moi qui suis censé administrer le blog et qui lis tous les commentaires, de suivre ce qui se dit.
Et ce, d’autant plus que j’ai l’impression d’avoir arrêté le blog à une mauvaise période, c’est à dire à un moment important où il se passe des choses sur lesquelles on a tous besoin de s’exprimer.
Alors ce nouvel article est simplement là pour tenter de donner du lien à la discussion.
Alors vous, comment vivez-vous ça ?

La fin du blog

Ce blog s’arrête définitivement. Enfin en théorie … ! Car, comme je crains un peu de regretter ma décision, je me garde quand même une petite possibilité, même si celle-ci est infime, de repartir ultérieurement. Je vous donne rendez-vous le 1er janvier prochain, histoire de vous faire un dernier coucou (cas le plus probable) ou de reprendre mon bâton de pèlerin pour faire encore un bout de chemin ensemble (mais c’est peu probable, il faudrait vraiment que je sois dans un état d’esprit bien différent de celui qui est le mien aujourd’hui). De toute façon, dans tous les cas de figure, ce blog restera en ligne plusieurs années, afin de permettre la discussion permanente. Je me mets en congés, mais je ne vous mets pas en congés (ça c’est le côté sadique du Dupdup !!! :devil: )

Voici donc le dernier article. Le 2020ème !

L’aventure aura duré un peu plus de 14 ans avec une intense participation de vous tous (plus de 65 000 commentaires, 32 en moyenne par article, près de 3 millions de visites).

Je crois qu’il en est ainsi des projets, comme des gens. Les choses naissent, se développent et meurent. C’est dans l’ordre naturel des choses.

Je savais que ce jour arriverait et, honnêtement, je pensais même qu’il arriverait bien plus tôt.

Il n’y a pas une seule raison à cet arrêt, il y en a plusieurs. Certaines ont d’ailleurs déjà été évoquées sur ce blog (car j’ai souvent eu des états d’âme sur le fait de continuer ou non). Ces raisons, les voici, en vrac (c’est à dire sans ordre d’importance) et de manière assez concise :

La première raison est l’impression que j’ai dit à peu près tout ce que j’avais envie de dire. J’ai encore une bonne centaine d’articles dans ma tête et suffisamment de photos pour illustrer mes articles, mais à quoi bon un Nième article sur les oiseaux de Texel, sur la diversité des tomates ou sur les chansons de Brassens … ? Bref, il me faut arrêter avant de devenir un vieux qui radote (c’est déjà un peu fait, non ?)

La deuxième raison, importante dans mon cheminement personnel, tient au fait que je ne me sens plus vraiment concerné par le monde actuel dans lequel je vis. Ce monde de l’inculture et de l’ultra-consommation tire l’ensemble de l’humanité vers le bas. C’est effrayant. Et en plus c’est un mode de théâtre, un monde de carton-pâte, un monde de figurants, dans lequel peu de choses sont vraies. Alors je vais vivre dans ma petite bulle faite de  choses vraies, c’est à dire faite surtout d’amis, de bonnes choses à partager, de contacts avec la terre, avec la nature, au milieu de mes bouquins, de mes musiques, … On ne peut pas sauver le monde, mais au moins on peut essayer de préserver son âme ! Pour l’état du monde, advienne que pourrira !

La troisième est liée à l’impossibilité de dire maintenant des choses sur certains sujets d’actualité. J’avais prévu trois articles « à charge », le premier sur la laïcité, le deuxième sur la « perm’arnaqu’culture », le troisième sur le mouvement vegan). Ces articles sont prêts (sur mon ordi ou dans ma tête) mais ne seront pas publiés. A quoi bon écrire des choses qui ne sont pas dans la bien-pensance actuelle, si c’est pour se faire laminer sur les réseaux sociaux ? Je sais que j’ai tendance à prendre les choses à cœur et que tout conflit n’est pas bon pour moi. Cet arrêt du blog, à l’heure où j’avais pourtant vraiment envie d’écrire sur des sujets moins consensuels, est donc la seule solution que j’ai trouvée pour me préserver.

Il y a bien sûr aussi la déception qu’il peut y avoir parfois à écrire un article qui suscite peu de commentaires (surtout quand l’article était important pour moi). Mais comme ça fait forcément partie de la règle du jeu (sinon j’aurais arrêté le blog dès le départ), ça m’affecte au final assez peu. Mais les articles en question m’ont pris tout de même beaucoup de temps … Et de toute façon, il n’y a qu’un public très confidentiel pour la musique de Miles Davis, les chansons de Jacques Bertin, les variétés de piments, …

La dernière raison tient à mes « différents métiers de retraité ». Je mène de front trop d’activités différentes : brassage de bière, jardinage, conférences, animations au jardin, production et diffusion de semences, pratique de la guitare et du chant, blog, photographie,  … sans compter les projets en cours (projets d’écriture, préparation d’une série de concerts pour 2021, mener à bien le projet des « fêlés de la graine »). Et évidemment ma vie de famille à préserver ! Au cours de mon existence, j’ai toujours trouvé le temps de faire ce que j’avais envie de faire, même lorsque j’étais en activité professionnelle, mais là, pour la première fois, c’est un peu plus tendu … !

Ce fut une bien belle aventure. Riche d’échanges. Riche de relations humaines. Et je sais que cette partie là n’est pas complètement terminée et que je reverrai, toujours autour d’un verre, la plupart des fidèles de ce blog.

Ce blog est né dans un contexte très particulier. A une période difficile de ma vie, j’ai commencé d’écrire en 2002 un petit livret sur mon lit d’hôpital, pour moi d’abord, puis ensuite pour mes proches, avec juste des choses qui me passaient par la tête. Deux ou trois choses importantes sans doute, mais surtout des choses anodines, comme il en passe dans la tête de tous les gens malades. Et Stéphane, ayant remarqué que j’avais peut-être deux ou trois trucs à dire, m’a « formaté » un peu plus tard ce blog (ce fut son cadeau de Noël 2005). A l’époque, je ne savais même pas ce qu’était un blog. Et ce fut le début d’une belle expérience pour moi, car ce blog m’a permis d’ordonner des choses éparses que j’avais dans la tête et que j’ai dû ensuite structurer pour en faire quelques sujets d’articles.

Il y a eu tellement de chemin parcouru depuis que j’ai l’impression que ce blog a toujours fait partie de ma vie (alors qu’il n’a que 14 ans). C’est pourquoi la séparation ne peut pas se faire pas sans une certaine douleur. Mais j’assume évidemment le fait de prendre cette décision qui devait avoir lieu inévitablement un jour ou l’autre.

Merci à tous ! Merci de votre compréhension.

Ce blog ayant cette spécificité très rare – et c’est grâce à vous – de voir des discussions repartir parfois plus de dix ans après la parution d’un article, nul doute que s’il s’éteint de sa propre vie ça ne sera que dans quelques années … car il vous reste sans doute beaucoup de choses à dire.

Je voulais terminer cet article en ajoutant une petite touche de couleur, avec quelques photos emblématiques de ce blog. Mais que choisir ? Le guêpier ? La buse variable (dont j’ai tant parlé) ? Un panier coloré de légumes ? … ? Et puis finalement, non, au moment de mettre un point final à cet article, j’ai juste envie de mettre quelques images de mon village, photographié depuis la maison. Et je crois que ça illustre bien ce besoin que j’ai de me recentrer.

Images d’un petit séjour à Texel

LES OISEAUX DE TEXEL (44)
Pour ce dernier article consacré aux oiseaux, voici une série d’images réalisées il y a près de deux ans déjà, du 8 au 14 avril 2018, sur l’île de Texel en Mer du Nord (nous y étions allés avec les enfants pour fêter le départ en retraite de Joëlle).


La période de la première quinzaine d’avril est très intéressante pour l’observation des oiseaux en Mer du Nord car on peut y croiser des populations d’oiseaux qui sont à des périodes différentes de leur cycle de vie : hivernants, nicheurs, migrateurs.

Certaines espèces, telles la bernache cravant ou le canard siffleur qui ont passé l’hiver sur l’île, sont encore hivernantes et n’ont pas encore regagné leurs lieux de nidification situés bien plus au Nord.

D’autres espèces sont en

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Elections 2020

Comme je l’ai annoncé, ce blog va suspendre son vol, mais il me reste encore quelques articles à publier. Ce site restera tout de même en ligne afin que les discussions continuent.

Si j’intitule cet article « élections 2020 » c’est donc pour permettre à celles et ceux d’entre vous qui suivent l’actualité politique, de mettre des commentaires sur les élections à venir, françaises d’abord (municipales et sénatoriales), mais aussi internationales, avec notamment un œil fixé sur les élections aux États-Unis où l’on joue gros (présidentielle + législatives + sénatoriales) et où se joue une partie de l’avenir du monde (si toutefois il a un avenir …).

Juste quelques phrases pour lancer la discussion sur les municipales (qui risquent d’ailleurs d’impacter un peu ma vie familiale, Joëlle étant encore plus investie cette fois-ci).

Après l’effondrement des deux partis autrefois dominants, le paysage politique est radicalement modifié … mais cela est sans doute plus visible au niveau national qu’au niveau local. Et cela sera moins visible aussi en milieu rural pour les prochaines municipales car l’enjeu est forcément moins politique dans les petites communes. Et il faut dire aussi que les gens aiment plutôt bien leurs maires (on oublie souvent de le dire) et mettent l’appartenance politique, quand elle existe, souvent au second plan. Beaucoup de mairies sont d’ailleurs bien gérées par des élus de tout bord, malgré la baisse des moyens (car tout est de plus en plus accaparé par les agglos et les communautés de communes, sans compter la baisse des dotations d’État, … mais c’est un autre débat !).

De toute évidence, pour ces municipales-là, il va se passer des choses dans les villes importantes (pour info : il y a en France 125 villes de plus de 50 000 habitants, dont 42 de plus de 100 000, source wikipedia) et il semblerait bien que des bastions socialistes et républicains vont tomber. Au profit de qui ?

Les écolos devraient, après l’exemple précurseur de Grenoble en 2014, rafler un certain nombre d’autres villes. La presse a déjà parlé d’un certain nombre de grandes villes qui pourraient basculer (Montpellier, Bordeaux, Strasbourg, Nîmes, Rouen …).

Il y a toutes les chances d’ailleurs que Besançon, l’une des rares villes de tradition très socialiste (depuis 65 ans sans discontinuité) vire au vert. Impensable il y a encore un an !

Après avoir fait fureur dans les campagnes, le Rassemblement National va sans doute lui aussi faire un tabac dans les villes. No comment de ma part !

Ainsi va la vie politique de notre pays.

Portier pour chat !

Il y a deux ans, j’ai récupéré un chat. Enfin, plutôt une chatte. Elle avait fui son ancien maître qui a eu la malheureuse idée d’acheter un chien. J’adore les chats (mais je n’aime pas les chiens, personne n’est parfait hein !), mais je n’étais pas très favorable à l’idée d’en avoir un, d’une part à cause de tous les oiseaux qui sont autour de la maison, mais aussi parce que Joëlle est plutôt allergique aux poils de chat. Mais bon, vous le savez tous, si le maître choisit son chien, ce n’est pas le même cas de figure pour le chat : le chat choisit son serviteur. Et la gamine nous a choisis (je dis « la gamine » car notre voisin l’appelait ainsi).


Bien évidemment, on a établi une règle : la chatte vient dans la maison quand elle veut, mais pas pour dormir la nuit. D’ailleurs, le soir, dès qu’on prononce le mot « dodo », elle va devant la porte pour sortir, elle a compris. Par contre, elle n’est pas jetée à la rue la nuit, elle a un accès permanent au sous-sol. C’est donc plutôt une chatte qui ne passe que très peu de temps chez nous, juste quelques dizaines de minutes par jour. Enfin l’été ! Car en hiver, ce n’est pas la même chose, elle vient roupiller souvent dans la journée sous le radiateur (un chat dort au moins 15 h par jour). Elle passe donc pas mal de temps à la maison pendant la mauvaise saison.

Quand la gamine veut rentrer dans la maison, elle miaule (dès le matin quand je me lève). Alors je lui ouvre la porte. Quand elle veut ressortir, elle miaule aussi. Je lui ouvre aussi la porte.

Parfois, la situation est ubuesque. Exemple. La chatte miaule pour sortir par la porte d’entrée et je lui ouvre la porte. Mais quelques minutes plus tard, je l’entends miauler en haut des escaliers du sous-sol car elle veut rentrer. Et, évidemment je lui ouvre. 5 mn plus tard, elle remiaule pour sortir. Je ne suis pas du genre à céder aux caprices d’un animal. Mais, évidemment, pour que la gamine s’arrête de miauler et de nous casser les oreilles, je lui ouvre de nouveau la porte.

Pffhhh, dur dur la vie de retraité !

Vous l’avez compris : « portier pour chat » est mon nouveau métier. On croit que les retraités ont tous arrêté leur activité professionnelle. Non, dans mon cas, je bosse toujours. Mon nouveau patron, c’est cette gamine de malheur.

J’en discutais avec un ami (Christophe d’Etuz) il y a quelques semaines, autour d’une bière (bien évidemment). Il me disait qu’à un moment donné il avait eu trois chats et que lui aussi était devenu portier pour chat. Il a même pris le soin un jour de noter les allées-et-venues de ses trois chats. Ce jour-là, Christophe a ouvert la porte … 72 fois !

Pour conclure cet article, moi qui considère que les chats sont des êtres supérieurs, je suis tombé sur une citation que j’aime bien et qui m’a fait beaucoup rire. Je vous la livre, elle parle de nous, leurs supposés maîtres :
Le chien se dit « ils me protègent, ils me nourrissent, ce doit être des dieux ». Le chat se dit « ils me protègent, ils me nourrissent, je dois être Dieu ».
Chat m’amusait de vous la raconter celle-là !

« Retouches à un roman d’amour de quatre sous »

J’aimerais vous présenter aujourd’hui une chanson peu connue de Brassens. Je dis « peu connue » car Brassens n’a pas eu le temps de la chanter.

Trois ans après sa mort, Jean Bertola (qui faisait partie du cercle des amis de Brassens) s’est lancé en 1984 dans un très beau projet : enregistrer les chansons que Brassens n’avait pas eu le temps de chanter et, pour certaines, composer les musiques destinées à coller au mieux à des textes qui étaient seulement couchés sur papier. Bertola, grâce à la complicité des musiciens de Brassens (Pierre Nicolas et Joël Favreau) a eu ce grand mérite de nous faire connaître de magnifiques chansons qui auraient pu rester dans le fond d’un tiroir.

Une dizaine d’années plus tard, Maxime Le Forestier reprenait à son tour ces chansons dans de magnifiques interprétations (chansons qu’il a d’ailleurs souvent produites ensuite sur scène, dont à Besançon au Kursaal le 1er février 2006, j’en avais fait l’un de mes tous premiers articles du blog).

Parmi les 29 chansons qui n’ont eu qu’une vie posthume, il y en a une que j’aime particulièrement. Il s’agit de « Retouches à un roman d’amour de quatre sous ». Vous pouvez lire les paroles en cliquant ici.

Les deux premières vidéos que je vous propose sont sans image. Il s’agit-là des enregistrements faits successivement par Jean Bertola (1985) et Maxime Le Forestier (1996). Ces deux interprétations sont aux antipodes l’une de l’autre, jugez-en !

Brassens n’avait auparavant jamais traité ce thème, celui de la vie que les gens s’inventent. Et je trouve que cette chanson, qui aurait pu paraître vieillotte a priori (de par son thème), prend une toute autre dimension aujourd’hui. Car nous sommes entrés de plein fouet dans un monde factice, un monde dans lequel les technologies modernes (smartphones, blogs, facebook, et globalement internet …) permettent à chacun de peaufiner son image et de donner aux autres l’impression que l’on mène une vie très reluisante, que l’on fait telle ou telle chose … la plupart du temps très loin évidemment de la réalité. Ainsi va le monde …

On trouve sur Youtube d’autres versions de « Retouches à un roman d’amour de quatre sous », souvent réalisées par des amateurs (mais pas que !). Il y a même pas mal de versions et ça m’a surpris très agréablement.

Je vous propose successivement quatre lectures très différentes de cette chanson de Brassens (j’adore la première) :

Brassens n’ayant jamais chanté ces chansons, il est évident que cela décuple les possibilités d’interprétation de ceux qui voudraient se les approprier. D’où les grandes différences d’un interprète à l’autre.

Il y a longtemps, Dan et Dom m’avaient offert un magnifique cadeau : les trois volumes représentant les manuscrits de Brassens. Ouvrages superbes ! Concernant cette chanson, on remarquera, comme pour ses autres manuscrits, la calligraphie si particulière, si reconnaissable, de Brassens.

Il est possible que certains d’entre vous (pour les rares qui auraient écouté toutes les vidéos) aient remarqué une petite différence portant sur un mot : il y a ceux qui disent « que je garde la vérité » et ceux qui disent au contraire « que je farde la vérité ». Le verbe « farder » est bien plus fort évidemment, et surtout infiniment plus juste car on n’imagine pas Brassens annonçant qu’il va « garder » pour lui une vérité qu’il va ensuite raconter, cela n’aurait ni queue ni tête. Et comme Brassens avait le sens du mot exact, nul doute qu’il s’agit bien de « farde ». D’ailleurs, quand je regarde le fac-similé des manuscrits de Brassens, je remarque qu’il écrivait ses « f » quasiment comme des « s » et qu’il n’y a plus de doute possible, il s’agit bien de « farder ».

Petite anecdote concernant ce manuscrit : Brassens avait écrit une strophe incomplète en marge de son texte. Elle n’était sans doute pas destinée à être chantée (il y manquait deux vers) mais ça m’a fait sourire.

Enfin pour terminer : y aura peut-être dans un an une autre version sur Youtube : celle de Dupdup qui s’est remis à la guitare et qui prépare un petit truc pour 2021, année du centenaire de la naissance de Brassens.

L’oiseau-vilebrequin

Ah, ça y est enfin, le rêve de ma vie s’est réalisé !

On m’avait toujours dit que le pic était le meilleur oiseau pour percer des trous dans les arbres. Je le savais certes, mais j’avais toujours dans ma tête une petite réserve. Oui, un pic, qu’il soit pic épeiche ou pic vert, reste – aussi beau soit-il – moins efficace pour percer un arbre qu’un véritable outil vendu par Casto.

Alors, bien qu’étant très peu bricoleur, je me suis mis à la recherche de l’oiseau-outil idéal, celui qui allait laisser sur place tous ses concurrents vendeurs de visseuses, perceuses, foreuses …

En quarante cinq ans, depuis que j’ai commencé à m’intéresser à l’ornitho, j’ai fait des milliers d’heures d’affût. Parfois je croyais l’avoir enfin photographié, mais quand je revenais à la maison et que je faisais développer les photos, il n’y avait rien sur le négatif. Combien de stocks de pellicules gâchés ! N’était-ce là qu’un effet de ma consommation de bière excessive ?

Et puis le temps a passé. Les années, puis les décennies …

Et là, surprise, bien que ma consommation de bière n’ait pas baissé, l’oiseau-vilebrequin, dont je suis le premier à démontrer l’existence, a bel et bien été capté par mon nouvel appareil numérique. Il était perché sur un arbre du quartier (c’est à dire « branché sur le secteur »). La preuve de ce que j’avance :


Il existe même une deuxième espèce d’oiseau vilebrequin que j’ai également réussi à photographier. Cette espèce est encore plus performante en ce qui concerne le nombre de tours par minute !

Evidemment, en tant que découvreur d’une nouvelle espèce, c’est à moi que revient le privilège de donner un nom.

Vous avez envie de m’aider ? Qu’à cela ne tienne ! Quel nom latin donneriez-vous à cet oiseau ?

Si vous êtes la personne qui propose le nom le plus original, je vous offre un nombre d’oiseaux-vilebrequins suffisant pour terminer les travaux de votre maison.

Qu’on se le dise dans les chaumières !

« Les fêlés de la graine » (2)

Dans un précédent article, je vous ai parlé de la constitution d’un groupe local de jardiniers dont le but est de parvenir collectivement à l’autonomie du groupe au niveau des graines potagères.
Comme nous travaillons tous ensemble ce sujet très compliqué (car chaque légume pose un problème particulier), nous mettons en place des outils destinés à aider chacun d’entre nous.
A noter que j’avais également mis en ligne un autre article qui parlait des grands principes de la sélection des graines. Les personnes qui seraient de nouveaux lecteurs sur ce blog auraient intérêt à lire cet article « Graines, Tour de France et Shadoks » avant d’aller plus loin.

Lorsqu’on aborde la production de graines de tel ou tel légume, se posent trois questions essentielles auxquelles on est obligé de répondre :

– La plante est-elle annuelle ou bisannuelle ? La question est importante. Prenons l’exemple de la carotte qui a son cycle de développement sur deux années (et qui est donc bisannuelle). Comment procéder pour faire passer l’hiver aux carottes (plantes gélives) que l’on a sélectionnées pour la production de graines ?  Quelles plantes sélectionner (sachant qu’il ne faut surtout pas sélectionner les plantes inadaptées qui auraient tendance à fleurir dès la première année) ? Le jardinier s’attaque rarement à la production des plantes bisannuelles (les poireaux parfois) car il sait, d’instinct, que c’est beaucoup plus complexe que pour les autres plantes.

– La plante est-elle autogame (c’est à dire en autofécondation) ou allogame (c’est à dire à fécondation croisée) ? C’est là sans doute la plus grande difficulté du sélectionneur car seules les plantes autogames sont faciles à reproduire pour le jardinier. Non seulement toutes les variétés des plantes allogames s’hybrident entre elles (par exemple plusieurs variétés de radis ensemble) mais en plus elles s’hybrident avec leurs homologues sauvages (par exemple le radis avec la ravenelle, la carotte avec la carotte sauvage, la chicorée avec la chicorée sauvage …). Et par ailleurs, il faut savoir que plusieurs légumes, qui semblent d’apparence différente, peuvent appartenir à la même espèce botanique et donc forcément s’hybrider entre eux (exemple des bettes, des poirées à couper, des betteraves rouges et des betteraves fourragères qui ne constituent qu’une seule et même espèce). Vous l’avez compris : si vous vous lancez dans la production de graines, vous ne pourrez cultiver qu’une seule variété (de courge, de chicorée …) et à la condition expresse qu’il n’y ait pas d’autres jardins dans votre secteur. Cela donne l’ampleur du défi que notre groupe de « fêlés de la graine » s’est fixé.

– Enfin, il est important de connaître la durée de vie germinative des graines et d’établir un planning de récoltes des graines. Car nous sommes toujours placés devant plusieurs options. Exemple : les graines de courges musquées ont une durée de vie de cinq ans. Vais-je produire ces graines dans mon jardin tous les ans ou tous les cinq ans ? Dans le premier cas, j’adapte plus vite les graines au changement climatique mais j’augmente de cinq fois les risques d’hybridation fortuites avec d’autres variétés. A chacun d’avoir sa stratégie !

Quand on regarde la complexité du problème, on comprend pourquoi les jardiniers qui produisent leurs propres semences ne le font que pour certains types de légumes très faciles : tomates, poivrons, piments, aubergines, laitues … en général moins d’une dizaine de légumes alors que nos jardins en possèdent parfois une cinquantaine.

Nous avons établi un tableau synthétique qui donne pour chaque légume les trois caractéristiques dont je viens de parler : annuelle ou bisanuelle ? Autofécondation ou fécondation croisée ? Durée de germination des graines ? Avec, en plus, mais ça concerne peu notre problématique de sélectionneur de graines, une colonne indiquant les températures et les temps de germination propre à chaque légume.

La suite de ce tableau en ce qui concerne les plantes aromatiques que nous avons préféré mettre à part :

Et enfin, la liste des plantes que notre groupe reproduira sous d’autres formes que les graines.

A noter que ces tableaux ne sont pas d’une grande netteté, je crois que Photoshop est très performant pour les images mais pas pour le texte, il m’aurait fallu « illustrator » que je ne possède pas. Mais bon, ça reste lisible, et en plus je peux envoyer ces tableaux sous forme pdf et word à ceux qui les voudraient.

Vous avez remarqué dans ce tableau que la grande majorité des plantes est allogame et présente donc plein de risques de fécondation croisée. La grande majorité des légumes est donc difficile a reproduire pour les amateurs que nous sommes. Difficile mais pas impossible.

Il a fallu beaucoup de temps pour faire ce tableau, car on a dû regrouper des choses que l’on trouve très éparpillées dans des bouquins, sur des sites internets, … alors on espère surtout qu’il servira à d’autres (c’est d’ailleurs le but : trouver d’autres Fêlés !).

Notre groupe arrivera-t-il à terme à devenir autonome en ce qui concerne la soixantaine de légumes cités dans les tableaux ci-dessus ? Rien n’est moins sûr. Mais c’est un beau défi, non ?

Populations d’oiseaux en berne !

L’endroit où j’habite est très préservé : forêt derrière la maison, nombreuses haies, végétation diversifiée, peu de cultures aux alentours …

Mais, malgré tout, les populations d’oiseaux baissent au fil des années. Je ne parle pas de la fréquentation du poste de nourrissage en hiver qui a toujours été très fluctuante, mais de la densité d’oiseaux nicheurs à la belle saison.

Quelques exemples :

Le troglodyte ne niche plus autour de la maison depuis trois ou quatre ans.


Je ne vois plus la mésange à longue-queue que certains hivers, et jamais en période de reproduction.

Le pic mar se fait rare, lui aussi ne se manifeste plus qu’en hiver … et encore très rarement !

Même la fauvette à tête noire, encore très nombreuse il y  a quelques années, a vu ses effectifs chuter en 2019.

Mais c’est surtout au niveau des espèces dites « cavernicoles, qui se reproduisaient autrefois dans mes nichoirs, que la population baisse.

Aucune nidification des rouges-queues noirs et à front blanc depuis trois ans.


Aucune reproduction de l’étourneau dans mes nichoirs depuis au moins 10 ans.

Disparition complète du moineau friquet.

Pour la première fois, la sittelle ne s’est pas reproduite autour de la maison en 2019.

Et surtout, disparition complète du torcol qui était en quelque sorte l’espèce la plus emblématique de la maison.

Globalement, le bilan n’est donc pas très rose (mais attention, je ne parle que de la zone qui est directement autour de la maison, pas de ce qui est un peu plus distant).

Et chez vous ?