Quand les sondés se rebiffent

Les sondages sont devenus de véritables spams qui nous parasitent à chaque élection. Il est de bon ton de proclamer qu’on ne se laisse pas soi-même influencer. Mais est-ce vraiment le cas ? Quel est le véritable impact de tout ça ?

En posant une question au départ improbable (« Bayrou au 2ème tour »), les instituts de sondages ont laissé entendre à l’opinion publique que seul un troisième homme pourrait battre Sarko au 2ème tour. La question qui semblait déjà vouloir mettre au placard Ségo risque peut-être aussi de se retourner contre Sarko. Qui manipule ? Qui est manipulé ? On a l’impression que des sondages bien orientés, distillés à certaines doses et commentés d’une certaine manière peuvent faire ou défaire des hommes politiques.

Quand ça l’arrange, chaque homme politique se dit insensible aux sondages. Mais quand Ségo baisse dans les sondages, Sarko n’hésite pas à dire d’un air faussement contrit « toutes mes condoléances » dès qu’il rencontre un socialiste. La politique n’est vraiment pas reluisante ces temps-ci !

Ce n’est pas reluisant, mais y’a un truc qui m’a fait sourire la semaine dernière. C’est raconté dans le Nouvel Obs (vous savez, ce journal qu’on ne trouve plus que dans les salles d’attente des dentistes). C’est l’histoire d’un mec qui travaille dans un institut réputé de sondage et qui, il y a quelques semaines, a fait une déclaration devant des journalistes … en étant cagoulé : « Ce que je vais vous dire peut me coûter cher : on est tenu à la confidentialité. Secret d’Etat ». Ce monsieur, qui ne travaille qu’au téléphone, raconte que les sondés lui raccrochent de plus en plus souvent au nez. Mais ce n’est pas le plus grave : il y a une nouvelle génération montante de sondés qui acceptent l’entretien mais qui s’amusent avec le sondeur en donnant des réponses incohérentes et en ricanant avec insolence : « Oui, c’est vrai, je change d’avis toutes les deux minutes. On a le droit, non ? ». Ou alors « Vous nous manipulez depuis des années, alors nous aussi on s’y met. Vous fabriquez vos questions selon vos intérêts. Nous, on fait pareil avec les réponses. » Et cette autre réaction : « Vous nous avez volé notre vote en 2002, maintenant on ne va plus se laisser faire ».

Je dois avouer que ça me plait bien cette nouvelle forme de résistance des sondés. A vrai dire, toutes les formes de résistance me conviennent bien.

51 réflexions au sujet de “Quand les sondés se rebiffent”

  1. Et bien, vivement qu’on m’appelle ; je choisirai la deuxième solution, ça a l’air plus drôle !

  2. Encore plus drôle : dire carrément vraiment ce qu’on pense !

    Je me souviens l’avoir fait une fois lors d’une enquête au téléphone : je répondais le plus sincèrement possible à chaque question posée, sans tenir compte des « cases-réponses » suggérées. La personne en face était à chaque fois bien emmerdée. Elle me disait tout le temps : Mais je coche quoi, alors ? Je lui répondais systématiquement : C’est votre problème si y’a pas la bonne case… vous n’avez qu’à ajouter à chaque fois une case « Autre »… Ou alors cochez ce qui vous semble le plus proche de la bonne case, mais ne me demandez surtout pas de valider cette restriction de ma réponse à une « case » !

    Oserais-je dire que c’est à mon sens la même chose qui se passe lors des élections (qui ne sont que de simples « sondages officiels ») : on nous demande de répondre à des questions qui ne sont pas celles qu’on se pose (c’est flagrant il me semble lors des derniers référendums).

    On cherche des réponses… alors que le problème avant tout me semble être de savoir quelles sont les bonnes questions.

    Seule la démocratie participative, je pense, pourra nous permettre d’avancer dans cette voie, certes difficile, mais sans doute vitale !

  3. A chaque sondage, on parle d’échantillon représentatif. Or, tous les sondages électoraux ont lieu par téléphone. Comment sont représentés, dans cet échantillon représentatif, les gens qui n’ont pas de téléphone ? Et les jeunes qui n’ont qu’un portable (et qui ne peuvent donc être sondés), comment sont-ils représentés ?

  4. D’après les sondeurs (qui s’exprimaient sur le sujet, récemment, dans l’excellente émission de la 5 : C dans l’air), il leur arrive d’appeler justement des numéros de portables (mais ils n’ont pas voulu préciser dans quelles proportions), sachant -je crois me souvenir de la proportion évoquée qui m’avait étonnée – que près de 30% de la population est soit sur liste rouge, soit sans téléphone fixe. Il faut aussi tenir compte de ceux qui ne sont jamais chez eux aux heures de travail des instituts de sondage.

    Ils ont aussi avancé dans cette émission un argument qui m’a semblé intéressant à prendre en compte : « On peut critiquer les instituts de sondage autant qu’on veut – l’usage des résultats qu’ils publient comme leurs méthodes – mais il ne faut jamais oublier que le sondage de l’opinion n’existe et n’a de sens qu’en régime démocratique. »

    Je pense, pour ma part, que le principal souci du sondage est le concept de représentation qui le fonde et qui devient de moins en moins pertinent pour comprendre – et diriger – nos sociétés.

  5. Tant mieux, franchement se faire sonder, c’est pas un synécure : on vient chercher dans vos tréfonds des choses qui n’intéressent que quelques praticiens, sans aucune satisfaction (sacré Mick !).

    Il existe des pratiques beaucoup plus satisfaisantes pour vous, et vous feriez bien, à cet égard, de mieux lire les spams qui vous sont aimablement proposés !
    Bande de Viag… d’ingrats va !

  6. Le Canard enchaîné raconte que dans la fiche technique donnée par Ipsos au journal Le Point, il est écrit que les résultats « doivent être lus en tenant compte des marges d’incertitude : plus ou moins 3 ou 4 points pour les principaux candidats ». Ce qui veut dire, avec un dernier sondage avec Bayrou à 24, Ségo à 25 et Sarko à 26 que Bayrou navigue dans un intervalle compris entre 20 et 28, Ségo entre 21 et 29, Sarko entre 22 et 30. Bayrou ou Ségolène ont donc peut-être 7-8 points d’avance sur Sarko, mais au contraire Sarko en a peut-être 7-8 d’avance sur chacun d’entre eux … Donc, finalement, les sondages ne nous renseignent pas beaucoup !
    Le Canard rapporte aussi qu’à chaque élection, le score du FN se voit scientifiquement multiplié par 2 ou 3 (par rapport aux sondages), ce qui veut dire qu’il est peut-être à plus de 25.
    Au stade où nous en sommes aujourd’hui, on peut donc dire qu’il y a quatre candidats qui sont globalement à égalité. Et comme beaucoup de gens n’ont pas encore choisi leur candidat, autant dire que rien n’est joué et que les chiffres, à ce stade, ne sont absolument pas significatifs. C’est du moins ce que devraient nous dire tout nos journalistes, analystes de la situation. Rien de plus.

  7. Qui paye ces sondages ?

    Les candidats ? Les journalistes ? Nous ? Sans doute les trois !
    En tout cas, vu l’influence qu’ils peuvent avoir (la remontée apparente de Bayrou), il devrait être tentant pour les candidats d’y consacrer une bonne part du budget de la campagne.

    Pour être disque d’or ou premier du hit parade, les yéyés achetaient tous le contenu des bacs à Vynils. Il n’y pas de raison qu’une manipulation aussi simple ne perdure pas.

    Sarko président ? Oh yeah ! Ta mère t’a dit d’aller te faire couper les cheveux !

  8. Qui paye ?
    C’est simple : en fin d’analyse – quoiqu’on observe – c’est toujours « NOUS » !!!

    Pour ce qui est des sondages et de leur influence sur les élections, ce cher Baudrillard (qui vient lâchement de nous abandonner) avait pointé – je ne sais plus trop où – une tendance sourde à égaliser les scores des candidats. Une sorte d’ajustement inconscient collectif (une « stratégie fatale » ou une « ironie du système » était plus dans son vocabulaire) qui tend à rendre inopérant ce Big Brother qu’est le sondage scrutateur et lui retirer cet insupportable pouvoir prédictif qu’il était parvenu à construire. Une illustration supplémentaire du fameux « Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve ».

    Peu importe finalement l’influence sur les résultats, voire même la disparition de la politique qui en découle, car ce qui se joue est – sur le plan symbolique – autrement plus important : retrouver la LIBERTE que les sondages étaient parvenus à tuer en parvenant à prédire « scientifiquement » l’avenir. Par son acte de résistance inconsciente l’opinion sondée prouverait juste que « Rien, jamais, n’est écrit d’avance ».

    A son terme, selon Baudrillard, toute démocratie moderne « sondée » finirait dans l’absurde situation américaine (de je ne sais plus quelle élection) où il a fallu recompter et vérifier les bulletins un par un, tant les résultats étaient serrés. Situation absurde mais qui en même temps redonne du pouvoir à chaque individu (tout autant qu’au hasard) puisque tout finit par basculer d’un côte ou de l’autre à un bulletin près !

    (Je vais tâcher de retrouver le texte de Baudrillard sur le sujet – si ça intéresse certains – car je me rends compte que ma façon de retransmettre l’idée n’est pas très claire)

  9. Excellent article, en effet.
    Les sondages constituent une sorte de « suspensisation » de la campagne électorale dans le cadre de la « société du spectacle ». Une entreprise orchestrée par les medias majoritairement aux mains du grand capital et de ses mandataires politiques, dans le but de détourner l’attention des citoyens des questions politiques véritables.
    Les péripéties événementielles prennent, dans l’opinion, le pas sur les enjeux objectifs : petites phrases diverses consommées en fast-food, soi-disant révélations sur l’imposition des candidats, par exemple.
    Tout particulièrement, la caricaturisation effrennée de l’entourage de Ségolène Royale est caractéristique d’un travail de sape systématique de son image : pas un journal, pas un article, pas un commentaire qui ne répète à satiété qu’elle est cheffe d’un troupeau d’éléphants. Incapable majeure donc !
    L’irrésistible montée de Bayrou entre dans ce scénario. L’évidente sous-évaluation du vote Le Pen également.
    Tout ceci conduiit à réduire à outrance la capacité prédictive des sondages.
    A mon avis, tous les facteurs sont rassemblés pour que la « surprise » des présidentielles de 2002 ou du référendum sur la constitution européenne se renouvelle cette fois encore.

  10. Je ne sais pas exactement quelle est la part des électeurs qui vont se décider au dernier moment, mais elle est j’imagine énorme et semble augmenter d’élection en élection. Le premier parti de France semble être devenu celui de ceux qui ne prennent pas parti : les sceptiques (qui ne croient plus et surtout ne se laissent plus guider aveuglément par les diverses idéologies).

    Faut-il le déplorer ou s’en réjouir ? Prenons-en avant tout acte : une nouvelle ère politique est assurément en train de naître. Le chemin inverse est en effet difficile à concevoir.

    L’attachement aux petits détails plus ou moins annexes me paraît du coup être une conséquence de cette indécision, plutôt que sa cause. Quand ce n’est plus l’idéologie qui guide le choix, dans le fonctionnement actuel centré sur l’élection ad nominem, sur quoi en effet fonder son choix si ce n’est sur la confiance que peut susciter la personnalité du/de la candidat(e) ? Et pour trouver celle-ci, sous le masque construit par les conseillers en communication, ne faut-il pas fouiller les failles, off, et autres lapsus ?

  11. Pas d’accord avec ta dernière phrase, Vincent : « … sur quoi en effet fonder son choix si ce n’est sur la confiance que peut susciter la personnalité du/de la candidat(e) ? Et pour trouver celle-ci, sous le masque construit par les conseillers en communication, ne faut-il pas fouiller les failles, off, et autres lapsus ? ».

    Fouiller les failles, off, et autres lapsus ? N’est-ce pas ce que font la plupart des journaux (infiniment plus d’ailleurs, avec Ségo qu’avec Sarko) ? Et ça me hérisse profondément ce côté très « fouille-merde ».

    Mais sur le fait de fonder son choix sur la confiance inspirée par l’un ou l’autre des candidats, ça me va plutôt bien. C’est d’abord pour ça que je suis profondément anti-Sarko : intuitivement, par manque de confiance. Mais évidemment, il y a d’autres raisons …

  12. Deux infos (intéressantes il me semble), sur le sujet, glanées au cours de l’émission Arrêt sur images qui a abordé à son tour la question (c’est “à la mode” de s’interroger sur les sondages !) :

    1) On médiatise beaucoup les sondages sur les intentions de vote… en oubliant parfois de le corréler à la “sûreté du choix” (la certitude de réellement effectuer ce qu’on dit avoir l’intention de faire) :
    Bayrou : 38% ; Royal : 53% ; Sarkozy : 59% ; Le Pen : 81%
    L’exilé a donc raison de penser que “tous les facteurs sont rassemblés pour que la “surprise” des présidentielles de 2002 ou du référendum sur la constitution européenne se renouvelle cette fois encore.” Comment en serait-il d’ailleurs autrement, vu que rien n’a vraiment changé depuis (ne serait-ce que dans la “compréhension” de ce qui s’est alors passé) ?

    2) TF1 (dont le JT de 20h est le plus regardé de France) ne diffuse aucun sondage. Qui l’eut cru ? Comme quoi…

  13. Si les journaux tendent a davantage « fouiller les failles, off et autres lapsus » de Royal que de Sarkozy, n’est-ce pas simplement parce qu’elle est davantage « masquée » que lui, et rien de plus ?

  14. Joli tour de passe-passe : si elle est victime, c’est parce qu’au fond elle est coupable. Et si un jour elle est violée, c’est qu’elle l’aura bien cherché, la salope !

  15. Trop dur, ce que tu écris Vincent. Sarko fait dix fois plus d’erreurs que n’en fait Ségolène Royal. Connait moins bien ses dossiers. Se contredit sans arrêt. Est d’un opportunisme incroyable. Personne ou presque ne relève. La presse est d’une complaisance incroyable avec Sarkozy et d’une dureté rarement vue avec Ségolène Royal. Venant de De Gaulle, la phrase « vive le Quebec libre » est une grande phrase. Mais venant de Ségolène, une phrase qui veut dire à peu près la même chose serait prononcée par une incompétente ?
    Vas-y Vincent, joins toi à la meute, c’est tellement plus facile !

  16. J’ai juste dit – il me semble – qu’elle était « davantage masquée » (ne serait-ce que dans son agressivité)… sans émettre pour autant les jugements que vous semblez me préter sur son éventuelle « culpabilité » ou « incompétence ». Et ce serait un « tour de passe-passe » facile, un ralliement à « la meute » ??? Mouais… J’vais y réfléchir, mais bon… J’ai du mal à vous suivre sur ce terrain-là, tout de même.

    Quant à la presse, si celle que vous consultez est complaisante avec Sarkozy, allez donc voir ailleurs : je vous assure qu’il existe – en kiosque, à la télé comme à la radio – des journalistes qui ne lui font pas non plus de cadeaux ! Vous ne les connaissez vraiment pas ?

    Je ne sais pas ce que vous ne pensez mais il me semble que ça va devenir de plus en plus difficile de parler (sereinement) de politique ici, à mesure que la date fatidique va approche, non ?

  17. « Dis donc, cette morue va nous casser la cabane ! Neutralise-la, Bon Dieu ! Neutralise la ! »

    En parlant de la femme du cave.
    Le Cave se rebiffe, Michel Audiard, 1962, Jean Gabin

  18. Ben les gars, ça va pas ? Je passe du côté de la meute, merde alors… Je ne vois pas en quoi dire qu’elle est « masquée » doit être pris comme un reproche, mais corrigez-moi si je me trompe. Faisons gaffe à ne pas monter sur nos grands chevaux dès que quelqu’un n’indique pas clairement que Ségolène Royal est géniale, parce qu’on risque de s’autoflageller (comme elle le fait si bien parfois elle-même) d’ici peu… si les élections concrétisent mes tout petits espoirs.

  19. OK, Mag. On peut tout dire et son contraire aussi et c’est dit.
    Mais on peut dire également qu’on est pas d’accord sans être dénoncés pour monter sur des chevaux de tailles diverses.
    Sans trouver Ségolène géniale, on peut être choqué qu’elle soit sans cesse traitée de Mme Loyal d’un troupeau d’éléphants.
    Quant à s’autoflageler bientôt… si les élections concrétisent tes tout petits espoirs, j’avoue que je ne comprends pas ce que tu veux dire.
    Merci de tes éclaicissements.

  20. Ce que j’ai voulu dire Vincent, c’est qu’il y en a marre d’entendre parler des robes de Ségolène Royal, de ses failles, de ses lapsus, il me semble qu’il y a mieux à faire que de rester au même niveau que la grande presse. Et en rajouter une couche avec ce côté « masqué », je dois dire que je ne comprends pas. S’il y en a un(e) candidat(e) qui avance masqué, je ne crois pas que ce soit Ségolène Royal. Suivez mon regard.
    Mag, évidemment qu’elle n’est pas géniale. Mais de là à la dénigrer systématiquement comme le fait la presse dominante… Il y a sûrement un juste milieu, non ?

  21. J’espère vraiment que c’est Ségolène Royal qui remportera les prochaines élections. Mais je doute de mon contentement dans les mois qui suivront si elle est effectivement élue. Je m’attends donc à critiquer sa politique, donc, pour reprendre mes propres termes, à m’auto-flageller.
    Ceux parmi vous qui ont vécu mai 1981 comme une grande fête, comment avez-vous ressenti cette déception (si déception il y a eu ?) de ne pas voir tous vos espoirs concrétisés ?

    Avez-vous écouté France Inter ce matin ? Sarko était l’invité du candidat se met en 4, et il n’était pas vraiment complaisamment interrogé !

  22. Pourquoi autant de haine sur SR ? Parce qu’elle représente un vrai danger pour la droite qu’elle est seul à pouvoir batre ! Et l’UMP l’a bien comprit je pense.

  23. Mag, je suis d’accord à 100% avec le premier paragraphe de ton précédent commentaire, sauf que je ne m’auto-fragellerai pas, trop occupé que je serai à aiguillonner, avec mes modestes moyens, le pouvoir de gauche en place tout comme je l’ai fait sans état d’âme après 81.
    Pas de place pour la déception. Au programme : critique et incitation au changement dès maintenant comme après les élections.
    C’est vrai, en 81 bien des gens de gauche ont cru que, leurs élus aux affaires, les choses allaient automatiquement changer. Erreur, le combat
    politique n’a de cesse que la mort du citoyen ! Nous aurons donc du pain sur la planche si la gauche arrive au pouvoir tout autant que si la droite y demeure.
    J’ai entendu Sarkozy à France Inter ce matin. (J’ai pris la précaution de le ré-écouter cet après-midi, après avoir lu ton appréciation des questions qui lui ont été posées). Effectivement il n’y a pas chez Nicolas Demorand de complaisance et c’est tout à l’honneur de l’émission qu’il anime chaque
    matin sur France Inter, radio de service public.

  24. Pour revenir aux sondages, parmi les plus récents, les intentions de vote au premier tour donnent à la droite (Bayrou + Sarkozy + Le Pen) 62 à 65 %. Royal 25,5 %.
    A mon avis, cette photo-là a du sens : notre pays semble plus que jamais porté à droite.
    Y a-t-il une petite chance que Ségolène soit élue ?
    Que fait-on si Sarkozy l’est, lui ?
    La même chose que sous Chirac ?
    Cette perspective m’écoeure littéralement.

  25. Vincent, tu as raison de dire qu’il existe des médias qui ne sont pas complaisants avec Sarko. Mais je ne crois pas que ce soit dans la grande presse nationale ou dans la presse régionale qu’il faille aller chercher des articles un tant soit peu critiques. Or, la majorité des gens de notre pays ne lisent (ou n’écoutent) que des médias détenus par des grands groupes. Beaucoup de ruraux des campagnes franc-comtoises lisent par exemple l’Est Républicain et écoutent TF1. J’ai l’occasion de survoler l’Est de temps en temps en passant chez mes parents, ce journal semble entièrement à la solde de Sarko (évidemment, ce n’est pas vrai, mais c’est l’impression qu’il donne). On pourrait en dire la même chose, au niveau national, du Monde.

    Cela dit, il est vrai que depuis quelques jours, les choses ont bien évolué et qu’on trouve de plus en plus d’attitudes critiques vis à vis de Sarko, comme le rappellent Mag et l’exilé. Il était temps !

  26. Il est coutume, dans notre pays, qu’il y ait entre les deux tours de l’élection présidentielle un duel télévisé entre les deux candidats restés en lice. Or, bizarrement, je ne me souviens pas de la confrontation Chirac – Le Pen. ça vous dit quelque chose ?

  27. Pour répondre à ta dernière question, Bernard : il n’a pas eu lieu, ce « traditionnel débat »… Chirac se l’est en effet joué « je-ne-discute-pas-avec-n’importe-qui » et tous les « bien-pensants » ont évidemment acquiessé… sans se rendre compte que ce n’était que reporter le problème – accentué – à l’élection suivante. Le Pen ferait-il si peur à « ces gens-là » qu’ils n’osent pas l’affronter de face ? Grossière erreur, à mon sens… mais bon… c’est un sujet encore plus « épineux » que le précédent, je ne m’étendrais pas davantage.

    A propos du « précédent » justement : quand tu laisses entendre que Sarkozy est sans doute plus masqué de Royal, tu insinues quoi ? Qu’il n’est « en réalité » que douceur, humilité, délégation, pardon et bienveillance ? Encore un truc que j’ai du mal à croire, désolé !

    Mais pour tout dire, ce qui me gonfle, de mon côté, ce n’est pas spécialement les pratiques de certains journalistes à l’égard de certains candidats, c’est – de façon je crois plus générale – tout le pataquès qu’on fait pour une élection présidentielle et qu’on ne fera pas pour… les législatives.

    Je rappelle tout de même que dans notre République, les pouvoirs sont normalement partagés : à part deux trois bricoles symboliques au niveau international, le/la Président(e) ne fera que désigner le Premier Ministre, chef de l’exécutif, qui appliquera donc les lois décidées par… les DEPUTES.

    C’est en se focalisant sur les Présidentielles qu’on « personnalise » la politique et incite de ce fait les journalistes à tendre vers le « people ». Disons-leur plutôt haut et fort qu’on s’en tape du Président – et de son prétendu « programme » -… ce qui nous intéresse ce sont LES LEGISLATIVES QUI SUIVENT !!!!!!

  28. Serais-tu en train de préparer ta campagne pour les législatives, Vincent? Ou vas-tu seulement voter ? ;-))

  29. Le rugby ! Au secours, le rugby, il fallait y penser !
    Comme les présidentielles semblent déjà jouées, bottons en touche camarades sur les législatives ! Y a que ça de vrai !
    Comme si, en 5ème République, il s’était trouvé une fois que les résultats des législatives puissent contrarier celui des présidentielles. Comme si, une seule fois, une seule, les députés avaient émis un avis contraire à celui de l’Elysée.
    Donc on s’en foût du Président, et même on s’en foût des députés.
    Vive le bordel mental généralisé.
    Vive le triomphe de mon petit ego facho !
    Et vive un blog où je peux m’éclater, sans risque, à semer la confusion des esprits !
    Putain, je rêve !

  30. Vincent, je crois que tu as déjà écrit sur ce blog, et tu fais bien de rappeler cette chose essentielle, que la vraie place pour faire des choses pour notre pays est celle de premier ministre et non celle de président. Je suis en grande partie d’accord avec toi mais je pense que tu oublies un rôle essentiel du président, c’est celui de RASSEMBLER, rassembler des gens différents autour d’une idée forte. Je pense qu’aucun des candidats n’a vraiment cette envergure là aujourd’hui. Encore que Ségolène a réussi, semble-t-il en Poitou-Charentes, a établir une base plutôt assez large (mais ça reste à prouver, j’ai lu ceci sous la plume d’un journaliste et je me méfie un peu de la presse). La seule chose dont je suis sûr, intuitivement, c’est que Sarko est à l’opposé de cette fonction de rassembleur, c’est profondément un diviseur qui dressera une partie de la France contre l’autre, ceux qui bossent contre les fainéants, les bourgeois contre la racaille, …

  31. C’est assez étonnant l’avis des lecteurs du Monde face à la montée de Bayrou. Certains lecteurs de droite désertent Sarko au profit de Bayrou, au motif que Sarko n’est finalement pas un libéral mais serait simplement un « conservateur bonapartiste ». L’expression m’a bien fait rire. Mais j’avoue que pour moi, sur le plan du libéralisme, Sarko/Bayrou c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

  32. Attention, Bernard ! Le président nomme le premier ministre et quand il veut il le débarque. Chirac : « Je décide, il exécute » (à propos d’un ministre d’état mais c’est la même chose pour le premier ministre). Alors c’est quoi ces salamalecs en dehors de la réalité ? Se parler certes, mais pas pour dire n’importe quoi quand même !

  33. Oui, effectivement, le président peut débarquer son premier ministre, mais faire ce constat et émettre cette réserve n’est pas contradictoire, me semble-t-il, avec le fait de reconnaître le rôle prépondérant qu’a un premier ministre. Merci évidemment de rappeler que ce risque de débarquement est une contrainte qui limite l’action du premier ministre.
    Je n’ai pas l’impression que l’on dise n’importe quoi, chacun donne l’avis qui lui semble bon … au risque de se tromper évidemment. Et cela m’arrive quelquefois, souvent même peut-être.

  34. Le rôle prépondérant s’inscrit dans l’ordre du pouvoir.
    Dans la 5ème République, l’autorité du premier ministre s’exerce sur les ministres, mais celle du président s’impose au premier ministre et à l’ensemble du gouvernement.
    Et cela d’autant plus que le gouvernement a la même appartenance politique que le président.
    Mais encore (à un degré moindre cependant) quand ils sont d’options politiques différentes (Mitterand/Chirac, Mitterand/Balladur, Chirac/Jospin)
    Le pouvoir du président reste prépondérant.
    C’est là une donnée institutionnelle qui, dans son cadre, ne se discute pas.

  35. Petite parenthèse (si je peux me permettre) :

    A propos de masque, L’exilé… tu sais, je crois que tu peux désormais retirer le tien : ce goût pour la confrontation cordiale de positions différentes, cette façon toute délicate de marquer ton désaccord, cette bienveillance dans le choix des termes qualifiant les points de vue des autres lorsqu’ils te dérangent, cette humilité et ce doute systématiques quand tu défends les tiens, cette sympathie irrépressible (et si finement exprimée) notamment pour mes commentaires et cette acuité, enfin, pour déceler mes intentions cachées… c’est trop singulier pour ne pas être « signé ». Je me trompe ?

    Tu serais en plus sans doute plus à l’aise pour me reprocher de « m’éclater, sans risque, à semer la confusion dans les esprits. »

    (PS : Bernard, si tu juges ce commentaire inutile ou malvenu, je t’autorise à ne pas le diffuser)

  36. Merci pour ton utile et suggestive parenthèse quant à ma personne (nous étions, je crois, dans un débat sur les institutions de la République qui semblait tout prêt d’aboutir).

    Je file donc ta parenthèse comme d’autres la métaphore : J’ôterai mon masque quand tu déposeras le tien.
    Mais ça, je ne me permettrai pas de le demander, car est-il si sûr qu’il y ait un visage derrière ?

    Enfin et par extrême ailleurs, si l’évidence de mon identité profonde avait vraiment besoin que Bernard l’approuve au nom d’un tiers, ce serait alors que mon exil intérieur deviendrait insondable.

  37. Non non, je n’enlèverai aucun commentaire. Bien sûr que je suis un peu tenté de le faire parfois. Mais je crois aussi que ce blog peut s’autoréguler.

    Je finirai peut-être un jour à ne parler plus que de papillons, de légumes, de musique … et ce sera peut-être mieux ainsi. Mais pour l’instant, je continue dans la même ligne.

  38. Le pouvoir du président n’est pas du tout prépondérant pendant la cohabitation, qui provoque un transfert de ses pouvoirs vers le premier ministre ; celui-ci mène sa propre politique (même en politique étrangère).

    Par contre, hors cohabitation, les pouvoirs du président me semblent vraiment importants ; même si le premier ministre est censé choisir ses ministres, c’est souvent le président qui « fixe » qui il veut aux postes clés. Il peut également demander que des textes qui ne lui plaisent pas passent en relecture à l’assemblée, il définit les axes de la politique de défense, qu’il fait « exécuter » par le premier ministre…
    Bref, attention aux 2 prochaines élections…

    (C’est cool, je viens de réviser une partie de mon programme d’histoire ! Merci les gens !)

    Autre chose encore : je viens lire avec beaucoup d’intérêt les commentaires divergents sur de nombreux sujets ici. Mais j’ai du mal à supporter que ces avis divergents mènent à des attaques sur les gens… Je pense que pousser une grande gueulante en direct, c’est salutaire, mais en différé et qui plus est par écrits interposés, ce n’est pas très constructif.
    Et si on vient sur ce blog, c’est pour être bousculé dans nos idées, pas dans nos personnes… Enfin, ça n’engage que moi.

  39. Parenthèse (suite et fin) :

    Oui, tu as raison Mag… Après coup je me rends compte que je n’aurais pas dû, par écrit, répondre à l’ironie et l’attaque personnelle par le même ton. La surprise, l’heure tardive et l’écho d’une situation similaire, déjà vécue ici, ne sont, à bien y réfléchir, même pas des excuses. C’est en effet, comme je le soupçonnais, aussi « inutile » que « malvenu ». La prochaine fois (si elle se reproduit), promis, j’essayerai de faire appel au Bernard en moi (si j’ai d’ici-là le temps de le construire !) pour décider s’il faut éditer ou non une réponse de ce type.

    Je vous demande donc à tous, sinon de m’excuser (ce n’est pas, je le crois et le répète, « excusable »), du moins de croire à l’expression de mes regrets.

  40. Mag, je te dois et aux autres moi aussi des regrets pour avoir contribué à perturber le climat du blog.
    Apprendre à faire davantage attention. C’est sans doute sur mon histoire personnelle qu’il me faut travailler. Elle pèse trop sur mon présent. Et je ne sais pas bien comment faire… Je veux m’y employer !

    Pour revenir à la 5ème, c’est certain, le pouvoir du président est réduit en situation de cohabitation.
    Je crois cependant que dans la constitution il reste le chef des armées, il peut, il me semble, dissoudre l’assemblée, démissionner le premier ministre ou tout ou partie du gouvernement.
    Il a la main sur les affaires étrangère : les couples Mitterand/Chirac, puis Chirac/Jospin présents ensemble à Bruxelles ou aux autres réunions internationales d’importance.
    Je crois même qu’il peut refuser certaines dispositions législatives (Ex. les fameuses ordonnances).
    Tout ça, de mémoire. C’est-à-dire partiel et insuffisant.

  41. Peut-être que pour approfondir un peu plus l’importance du président et du premier ministre, on pourrait examiner les deux périodes citées par l’exilé, à savoir les périodes des tandems Mitterand/Chirac et Chirac/Jospin (je préfère le mot tandem à celui de couple). Y-a-t-il eu pendant ces périodes des politiques plutôt de gauche ou plutôt de droite ?

  42. Oui, d’accord avec toi Mag, c’est ce que j’aurais dit en premier. Les 35 H ont été une vraie avancée sociale. Mais c’est peut-être dans la mise en oeuvre que ça a déconné. Il aurait fallu certainement étudier la chose, secteur par secteur. C’est une mesure qui a largement souffert d’être … en avance sur son temps !

  43. Les emplois-jeunes ont permis à des jeunes d’assurer des missions indispensables dans des secteurs tels que la santé, le social, l’éducation, l’environnement. C’était une belle idée que la droite, il faut le rappeler (car la presse n’a jamais mis l’accent là-dessus), s’est empressée de détruire. Et il faut rendre hommage aux 20 régions de gauche qui ont décidé de réagir après le désengagement de l’Etat de droite, et qui ont prolongé le dispositif « emplois-jeunes » par des dispositifs régionaux appelés « tremplins associatifs ». Rien qu’en Franche-Comté, celà représente plusieurs centaines de postes, voire peut-être même un millier.

  44. Je vais peut-être être hors sujet, mais j’ai de plus en plus de mal avec les discours et autres déclarations des femmes et hommes politiques de notre pays.
    D’une part, parce que je crois que les moyens dont ils disposent se réduisent comme une peau de chagrin (que l’on reste ou non dans le cadre institutionnel). Moyens sans doutes plus faibles encore quand la gauche est au pouvoir, étant donnée la faible proportion de gens de gauche aux commandes des très grandes entreprises et du business en général.
    D’autre part, parce qu’aucun d’entre eux ne remet vraiment en cause ce qui provoque la faillite de notre société.
    Quand je parle de faillite, je fais allusion au fait que notre modèle de société ne tient absolument plus compte du bien-être des individus qui la composent. Pire, il met en péril l’ensemble du vivant de la planète tout en creusant l’écart déjà monstrueux entre les plus riches et les plus pauvres (y compris en France).
    Je n’entends aucun projet de civilisation auquel j’adhère.
    Nous sommes pourtant nombreux, il me semble, à ne plus croire que le bonheur c’est d’avoir…toujours plus.
    Je ne sais plus s’il faut croire à des lendemains qui chantent ou si la seule résistance possible se situe dans des minuscules bulles de liberté, quasiment en marge de la société.

  45. Triste constat que je fais aussi Anne… et c’est vrai qu’il faut plus que cela pour se lever dès potron-minet ! Et une fois cette prouesse réalisée, ne pas oublier qu’avant nos souffrances d’internautes, les exclus de ces débats nous crient leur silence…

    Mais c’est aussi cette joute amusante entre l’exilé et Vincent qui motive ma réaction.

    Etant depuis peu blogueur (merci bernard… salaud ! Déjà que je traînais trop sur la toile…), je constate qu’un processus très intéressant est ici à l’oeuvre, et Vincent, en fin psychologue qu’il est, ne me démentira sans doute pas.
    Deux conceptions masculines se confrontent et les appréciations féminines ne manquent pas. Et rien ne manque d’intérêt.
    Il me semble que le blog qui héberge les présentes paroles témoigne d’une réelle parité, et permet par ailleurs une véritable expression de la pensée : c’est là une belle réussite… rare.

    Passionné d’oiseaux, j’ai très souvent remarqué l’absence des femmes chez les naturalistes, comme chez les pêcheurs ou les chasseurs. Et là, l’identification fait mal.
    Merci donc à Dupdup pour me réconforter devant un tel constat.

    Quand au fond politique de cette discussion, je crains que nous n’ayons encore bien des occasions de nous sentir malheureux d’ici au premier tour.
    Après…

  46. Un ami m’a envoyé ce texte que j’ai trouvé rigolo :

    « Si cette lettre t’arrive, ce n’est pas par hasard. Rien n’est dû au hasard.

    Marie P. a voté Bayrou en 2002 ; deux jours plus tard, sa maison a brûlé et tous ses enfants sont morts de combustion spontanée.
    Pierre F. a voté Bayrou lui aussi ; il s’est noyé dans la mare aux canards de sa ferme et on n’a jamais retrouvé son corps.
    Catherine K. a voté UDF aux dernières législatives ; une semaine plus tard, elle a dû se faire poser un anus artificiel.
    Joseph D. a pensé à voter Bayrou. Depuis, il purge une peine à perpétuité dans une prison turque. Le pire, c’est qu’il avait pris un billet d’avion pour Foix, mais il a été victime d’une erreur à l’embarquement.

    NE VOTE PAS BAYROU ou tu finiras comme eux.

    Fais passer ce message à 10 personnes que tu aimes ou tes dents tomberont.
    Si tu ne votes pas Bayrou, tout ira bien, tout le monde te trouvera sexuellement désirable et tu gagneras plein d’argent. »

  47. Très bien ce mantra anti-Bayrou.

    A force de nous remonter contre le danger Sarkozy, on en viendrait à oublier l’apparent gentil Bayrou. Cet homme est sans doute le plus catholique de tous les candidats, et cela m’inquiète.

    De toute façon, pour ne pas subir les affres vécues par ceux qui ont cru en lui, je suis prêt à en dire le plus grand mal : c’est vous dire mon courage et mon honnêteté !

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