(Re)partir en migration

OISEAUX DE TEXEL (2)
Toutes les bonnes choses ont une fin. Me voilà donc revenu d’un petit séjour d’une semaine au bord de la mer du Nord. J’en reviens une fois de plus avec les yeux pleins de milliers d’images d’oiseaux.

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Les huîtriers-pies et les phoques sont toujours au rendez-vous mais je retiendrai particulièrement de ce séjour le balbuzard s’envolant avec un poisson entre les serres, le vol des milliers de bécasseaux variables, l’apparition magique du bécasseau violet, le rassemblement d’un millier de courlis serrés les uns contre les autres et la démarche rapide des bécasseaux cocorlis évoluant au milieu de maubèches rondouillards (sans compter évidemment la skuumkoppe, bière de Texel, bue avec les amis).

J’aime ces périodes de migrations qui poussent les oiseaux à rechercher des cieux meilleurs à l’approche de temps austères.

J’apprécie beaucoup le fait d’être complétement déconnecté de l’actualité, le temps des vacances. Ce matin, un survol rapide de l’actualité de la semaine me donne les principaux événements de la semaine : l’annonce que 2005 a été l’année la plus chaude depuis 12 000 ans, la gauche française qui poursuit son avancée inexorable sur le chemin de la gauche la plus bête du monde, les pauvres qui deviennent encore un peu plus pauvres et les riches un peu plus riches, le projet de budget 2007 qui prévoit la suppression de 8 700 postes d’enseignants, Georges Bush qui est toujours vivant, …

La plongée dans les infos au retour des vacances me fait toujours le même effet et l’envie de repartir me reprend déjà. Ah, si je pouvais, moi aussi, fuir et partir en migration chaque fois que le climat de l’actualité ne me convient pas !

17 réflexions au sujet de “(Re)partir en migration”

  1. Partir en migration chaque fois que le climat ne convient pas ?

    Forcément, dans une civilisation fondée (depuis le néolithique) sur la sédentarité on est tous un peu hanté par le nomade (paléolithique ?) enfoui au fond de nous.

    Mais est-il vraiment « libre » celui dont le comportement est sans cesse dicté par l’extérieur ? Après des millions d’années de soumission aux aléas de la nature, nos aïeux n’ont-ils pas justement tenté de s’en abstraire ? En plein coeur de l’hiver, pour paraphraser Camus, chercher en soi le soleil invincible, plutôt que dans les mers du sud.

    Mais peut-être est-ce justement cette liberté acquise qui finalement nous lasse, nous pèse ?

  2. Non, non, je ne parlais pas du tout de fuir le climat (surtout qu’aller au bord de la mer du nord, ce n’est pas aller dans les mers du sud, non ?), mais de se déconnecter de temps en temps de l’actualité (ou plutôt du mauvais climat de l’actualité).

    D’une part, je ne pense pas que quiconque puisse tenir dans notre monde actuel sans « décrocher » de temps en temps, que ce soit en écoutant ou en faisant de la musique, en pratiquant la lecture, le jardinage, l’observation de la nature, les rencontres avec les amis … D’autre part, je ne pense pas que toutes ces différentes activités que je viens de citer, qui pourraient à priori être considérées comme de la « fuite » à première vue, le soient réellement, bien au contraire. Je dirais même qu’il y a tellement de gesticulation, d’apparence et d’artificiel dans notre société que la vraie vie se trouve forcément ailleurs : par exemple dans l’art, dans la nature, dans son jardin, avec des amis autour d’une bière … mais également dans des tas d’autres situations que je ne connais pas mais que connaissent beaucoup de gens.

    Quant à « chercher en soi le soleil invincible » comme tu le rappelles Vincent, je ne pense pas que l’introspection puisse amener à une quelconque élévation de soi, celle-ci reste stérile sans ouverture sur les autres. Mais c’est un vaste débat !

  3. Malgré l’apparente discorde, je souscris tout à fait la conception intempestive – non conforme à l’air du temps – de l’impasse, voire du danger, de l’introspection, comme de toute forme d’analyse que je ne sais plus qui qualifiait fort justement de « maladie qui se prend pour le remède ». P

  4. (suite) ¨Pas de « vaste débat » donc – du moins entre nous – sur cette question si tu penses aussi que « moins on se connaît, mieux on se porte » (C. Rosset) et que « connais le vaste monde autour de toi ! » est un bien meilleur conseil que le nombriliste « connais-toi toi-même ! »

  5. Désolé Vincent, j’ai très mal écrit ma phrase et ça en correspond pas à ce que je voulais dire. Je pense que l’introspection est forcément nécessaire et qu’elle est même primordiale dans le développement de l’individu mais qu’elle doit obligatoirement s’accompagner d’ouverture sur les autres, faute de quoi elle reste stérile. Il faut mener les deux choses, pas forcément de front d’ailleurs, car il y a des périodes de la vie qui sont plus propices à l’une ou l’autre de ces deux formes.
    Le prochain coup, je relirai mieux, avant de mettre en ligne.

  6. Du coup, on n’est pas d’accord ? C’est bien ça ?
    Le vaste débat reste donc ouvert ??? (Chouette !)

  7. Oui, finalement on n’est pas d’accord.
    Juste un fait pour illustrer mon propos : quand on est gravement malade par exemple, les forces que l’on est capable de tirer du plus profond de soi (introspection) s’ajoutent à tout ce que le monde extérieur (et notamment les autres, enfin les amis) peuvent apporter à ce moment là. La synergie entre les deux est IN-DIS-PEN-SABLE !

  8. Je serais bien curieuse de savoir qui a dit que l’analyse était la maladie qui se prenait pour le remède. Je ne suis pas sûre de trouver cette phrase juste, mais elle a le mérite d’être drôle.

    Je ne suis pas certaine non plus que l’analyse (au sens de cure psychanalytique) puisse s’assimiler à de l’introspection, en ce sens que, sans l’aide du psychanalyste, le sujet ne peut pas accéder au contenu latent de son discours. Il ne peut parvenir seul à interpréter les « signaux » émis par son inconscient.

    Enfin, je ne vois pas d’opposition entre « connais le vaste monde autour de toi » et « connais-toi toi-même ». La curiosité d’apprendre peut s’exercer sur tous les fronts.
    Introspection ne signifie pas forcément repli sur soi. Connaître mieux le monde permet de mieux se connaître dans le monde, se confronter à de nouvelles situations, à des environnements différents qui remettent en cause notre propre système de références.

  9. Et puis je ne trouve pas du tout que ce soit nombriliste que de vouloir mieux se connaître. Je trouve beaucoup plus égocentristes les personnes qui ne se remettent jamais en question, supposant ainsi que c’est aux autres de s’adapter.
    Quant au « moins on se connaît, mieux on se porte », cela me paraît relever de la politique de l’autruche (au fait Bernard, sais-tu pourquoi les autruches s’enfouissent la tête ?).
    Je reconnais qu’on peut pratiquer l’introspection à outrance, et que, pour certains, l’analyse devient un prisme au travers duquel tout est déformé.
    Mais je me demande si Vincent, qui semble bien heureux de souscrire à une conception à contretemps, ne provoque pas juste pour animer le débat.
    Si c’est le cas, ça aura marché, une fois de plus.

  10. Je trouve ça étonnant que la première image que tu retiens de ce séjour à Texel est celle du Balbuzard pêchant, car celle qui m’a peut-être le plus frappée est celle de l’épervier attrapant un moineau à moins de deux mètres de nous.
    Je me suis demandée s’il s’agissait de résurgences d’instincts enfouis de l’époque où nous étions pêcheurs et chasseurs…
    Je pencherais plutôt pour une autre hypothèse : J’adore observer les oiseaux, mais j’aime surtout les voir se comporter, je veux dire, les voir en action, et les deux moments que nous avons retenus sont des moments de vie.

  11. Deux raisons au fait que j’aie cité le balbuzard plutôt que l’épervier :

    – La dernière matinée du séjour à Texel (alors que tu nous avais quitté pour partir pour la Corse. Veinarde !) a été marquée par la présence du balbuzard devant nous pendant un quart d’heure. Nous l’avons tous observé dans la longue-vue au vol (il avait tendance à faire du sur-place contre le vent), il est resté si longtemps qu’au bout d’un moment nous nous sommes mis à rengarder d’autres oiseaux. C’est la première fois que je l’observais aussi longtemps. Et puis c’était une observation fait le jour du départ, notre dernière « belle observation ». Alors, il y a un peu de nostalgie derrière tout ça. Quitter l’île à regret mais avec cette belle image dans la tête, ça me plait plutôt bien !

    – C’est vrai que la capture du moineau par l’épervier à quelques mètres de nous a sans soute été très spectaculaire mais nous n’étions pas dans la même voiture. Tu as certainement dû voir la scène infiniment mieux que moi, n’ayant saisi que les tous derniers instants, celle de cette femelle épervier repartant juse après l’attaque (avec une très belle image en contrejour, si je me souviens bien, qui mettait en lumière la structure des ailes). Comme j’ai la chance d’observer quelques scènes de ce type chaque hiver (lorsque je fais du nourrissage hivernal et que l’épervier vient y attaquer les petits oiseaux), j’ai peut-être attaché moins d’importance à la scène de Texel que je n’aurais dû. Mais de toute façon, je l’ai assez mal vue.

    Pour ce cas particulier, mon choix ne relève pas de « résurgences d’instincts enfouis de l’époque où nous étions pêcheurs et chasseurs », mais pour ce cas particulier seulement. Car là où tu as raison, c’est qu’il y a souvent, dans ma vie (pas seulement dans ma vie de naturaliste mais aussi dans ma vie tout court), des restes de cette époque lointaine … que je ne renie pas d’ailleurs, et que j’aurais bien aimé vivre par certains côtés.

  12. Je réponds un peu tard à la remarque d’Anne, désolé.

    « Moins on se connaît, mieux on se porte » est extrait de « Loin de moi, étude sur l’identité » de Clément Rosset, ouvrage et auteur qui ont trop compté pour moi pour que leur référence soit une simple provocation de ma part.

  13. C’est vrai, et ça prouve l’acuité de sa vue, parce que moi à 10 cm, avec un tuba et un masque, je pourrais laper la roue, euh rouler la paix, enfin louper la raie quoi !

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