Il y a 25 ans : Brassens

Le 25ème anniversaire de la mort de Brassens a eu lieu dimanche dernier, 29 octobre. Je m’attendais à ce que les médias s’apesantissent sur l’oeuvre du bonhomme mais non, peu de choses ont paru dans la presse. La couleur de la jupe de Ségolène avait sans doute plus d’importance. Même Télérama n’a pas été de la fête ! Jusqu’à quand ce journal – le plus parisien de tous les journaux parisiens – va-t-il continuer de baisser dans mon estime ? Celà va t-il s’achever par le non-renouvellement de mon abonnement ?

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Signalons toutefois le dernier numéro de la revue trimestrielle Chorus, qui consacre 57 pages au maître. Je n’avais pas lu cette revue depuis plusieurs années, et je dois dire que j’ai d’abord été agréablement surpris par sa présentation très claire et bien illustrée. Et puis je m’attendais au pire car presque tout a été dit sur Brassens. Il faut dire que de son vivant, il était devenu au fil des années une véritable et vénérable institution, qu’il s’était « statufié » et que son « histoire officielle » s’est définitivement écrite dans les années 60 et 70. Histoire écrite dans le marbre. Plus rien donc à ajouter. Et puis Brassens est devenu tellement consensuel … !

Justement, le premier article de Chorus (écrit par Bertrand Dicale) a pour titre « Brassens, en danger de consensus » et rappelle que Brassens n’est pas seulement l’auteur de textes que l’on trouve dans les livres de français et aux épreuves scolaires, mais aussi celui qui a écrit de véritables textes subversifs, tels que « les patriotes », que l’Education Nationale ne proposera jamais à la réflexion des élèves.

Un excellent article signé également de Bertrand Dicale s’appelle « la prière du mécréant » avec comme sous-titre « Et si Georges Brassens le mécréant avait conservé pour la religion de son enfance une nostalgie inavouée ? ». Là aussi, la question posée n’est pas habituelle et ce n’est pas pour me déplaire. Le contenu de l’article est à la hauteur de ce que semblait laisser espérer le titre.

Un autre article est consacré à une interview de Patachou, qui avait permis à Brassens de chanter pour la première fois en public en mars 1952. Patachou avait toujours refusé de parler de Brassens. Mais voilà qu’à 88 ans, elle se livre un peu au travers de deux petites phrases : « Mon histoire avec Brassens, ça se résume à peu de choses ….mais au fond je crois que c’était surtout l’histoire d’un homme et d’une femme qui se sont aperçus qu’ils avaient une furieuse envie l’un de l’autre. Ils ont fait ce qu’ils avaient envie de faire ensemble, pour le temps que ça a duré, c’est à dire un an, jusqu’à ce que je parte pour l’Amérique ». Tiens, tiens, c’était pas dans l’histoire officielle, tout ça… !

Parmi les autres articles de la revue, je retiendrai celui où des chanteurs actuels donnent leur sentiment sur l’oeuvre de Brassens. Parmi eux : Aldebert, Alexis HK, Benabar, Vincent Delerm, Jamait, ….

A acheter donc sans réserves, même si le prix (13 euros) est un peu élevé. Attention, la plupart des bureaux de tabac n’ont pas cette revue. Il faut donc chercher un peu avant de trouver.

J’ai toujours aimé Brassens pour la manière dont il traite la mort dans ses chansons. J’avais envie d’écrire un petit article sur le sujet mais voilà que leMonde.fr, qui me gonfle beaucoup en ce moment, s’est rattrapé hier, jour de la Toussaint, en publiant un excellent article de Francis Marmande. Avec un nom pareil – la marmande étant une super variété de tomate – je dois dire que j’ai lu l’article avec un a-priori plutôt positif !

18 réflexions au sujet de “Il y a 25 ans : Brassens”

  1. C’est une très bonne idée d’arrêter ton abonnement à télérama. Un premier pas vers l’arrêt définitif de la télé !

  2. Non non, rien à voir avec la télé. Je suis abonné à Télérama mais ne regarde jamais la télé, sauf la chaîne musicale Mezzo (et encore : uniquement en hiver !).

  3. Arrêter ton abonnement à Télérama ? Quelle drôle d’idée ! Et comment tu feras pour connaître la programmation des théatres parisiens ? Bon OK, j’arrête, le dernier numéro que j’ai eu entre les mains, il doit dater d’au moins deux ans, et c’est toi qui l’avait ramené au bureau… alors bon, je ne suis pas très objective. Tu pourrais pas ramener Chorus plutôt ?
    En voyant la photo, je viens de me rendre compte que Brassens est le seul homme qui porte une moustache que je trouve beau ; mais là non plus, je ne suis pas très objective !

  4. De Patachou à toutes les Mag actuelles… il a dû en faire tomber des filles avec son air de ne pas y toucher, le saligaud !!!

  5. Ouais, enfin il a eu la mauvaise idée de mourir lorsque je me faisais engueuler à l’école maternelle parce que je chantais Fernande… Si ça peut vous rassurer, je ne comprenais pas toutes les paroles !

  6. A propos des paroles des chansons de Brassens que Mag ne comprenait pas (évidemment, à l’école maternelle … !), je me suis rendu compte qu’au départ (je devais avoir 15 ou 16 ans), je n’ai pas vraiment fait gaffe aux paroles de ses chansons. C’est l’aspect musical qui m’a permis d’accrocher à Brassens. Ce n’est que lorsque j’ai eu « absorbé » toutes ces musiques extraordinaires que les paroles me sont enfin entrées dans la tête et que j’en alors saisi toute la portée. Bizarre, non ?

  7. Il n’y avait pas que la chanson « Fernande » qui était orienté sur le sujet car je viens de me souvenir d’un article du blog a Dupdup dans la rubrique archive, coup par coup qui parlait d’un petit air de Brassens qui n’arrivait plus à sortir de la tête à Bernard … la voici ! :
    “Quatre-vingt quinze fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant, qu’elle le taise ou le confesse, c’est pas tous les jours qu’on lui déride les fesses…”. :D
    Désolé Bernard ! je te l’ai peut être refilé ! … lol

  8. Mag, je suis très vêxé par ta remarque concernant la moustache de Brassens…. j’ai l’impression de compter pour du beurre!…

  9. Bon, OK, il y a aussi Dan, mais j’aurais voulu que ça reste secret, c’est un lieu publique ici !

  10. Ah la moustache de Brassens !
    Moustache était aussi le nom d’un batteur de jazz, ami de Brassens, qui a joué avec Claude Luther et Sidney Bechet. Son vrai nom était François-Alexandre Galepides mais a été surnommé Moustache en raison de ses belles bacchantes. Il a d’ailleurs fondé un groupe qui s’appelait Moustache et ses moustachus (peut-être que parmi ces moustachus, Mag en aurait trouvé un à son goût !).
    C’était aussi un comédien qui a joué dans plus d’une trentaine de films (il a joué par exemple le rôle de Sergent Garcia dans Zorro).
    Moustache était très ami avec Brassens. C’est lui qui a été l’instigateur du disque Giants of jazz play Brassens. Il est mort en 84 dans un accident de voiture.

  11. La célèbre « bande à Brassens », celle des fidèles copains, fait désormais partie de la légende. Ce serait évidemment un sacrilège que de remettre en cause cet aspect important de l’histoire « officielle ».

    Or, voici des extraits de ce qu’a osé écrire Jean-Pierre Chabrol (l’un des membres de cette bande) dans le Figaro Littéraire et qui se montre féroce (comme seuls savent l’être peut-être les vrais amis) :

    « Je me sens coupable d’usurpation de fonctions. Ecrire sur Brassens est le privilège de René Fallet, pas le mien. En lisant « l’aventure » de Lucien Bodart, je ne pouvais m’empêcher de remarquer d’inquiétantes similitudes entre ce que Bodard nomme l’entourage du général de Lattre – ou la cour du roi Jean – et ce que la presse nomme les copains de Brassens.

    Le roi Georges a aussi ses maréchaux de camp dont son histographe officiel, Fallet, a gravé la liste limitative le 20 décembre 1966 sur fronton Delanoël : Gibraltar, chef du protocole, chargé des Relations Extérieures ; Bertola, chef de la Sécurité, grand maître de la Maison militaire ; Delpont à la Maison civile, Battista aux Sports, Petit Bobo aux Provinces, Bonnafé pour l’Education et les Vertes Années, etc. Onze et pas un de plus, et une dame, l’épouse du dresseur de liste.

    Ce martyrologue porte en exergue « A tous les amis du Gros, à la bande de cons », mots choisis, particulièrement significatifs du langage borné, des plaisanteries épaisses, des bourrades accentuées, qui forment le savoir-vivre d’une cour dont le spectacle évoque des potaches attardés. Je n’ai jamais entendu là un mot digne d’être retenu, et pas un de ces cancres quadragénaires dont le foie supporte l’alcool !

    Comme dans la plupart des cours, la conversation ne s’anime un peu que pour calomnier les maréchaux absents. Brassens adore ça. Il s’amuse à dresser ses féaux les uns contre les autres. Il gourmande, tonne, décore, exile, mord le chien, refait le monde, accuse n’importe qui de lui voler ses pipes, oppose Lepoil à Lénine, me jette dessus son perroquet, qui, déjà, m’en veut depuis toujours, se goinfre soudain d’infâmes galettes aux algues que les maréchaux s’empressent de trouver délicieuses avant de repartir chacun chez soi, triste ou guilleret pour une moue ou une algarade souvent mal interprétée, tandis que le souverain réhabilite Victor Hugo en réclamant son café sur un ton pleurnichard. Bref, il règne.
    ….
    Je me suis souvent demandé comment Brassens pouvait se complaire dans cette chambrée falucharde. Au temps de ses difficiles débuts, passe encore ! Mais le fait est qu’il s’y plaît de plus en plus. Finalement, je ne vois pas d’autres explications : ces douves remplies de jobardises stagnantes sont une nécessité vitale. C’est que, plus il monte, plus il lui est difficile de vivre ».

    Je ne sais pas comment ça s’est passé, le jour où Chabrol, après avoir écrit cet article au vitriol, a réintégré la bande des 11 cons du Gros (puisque lui-même en faisait partie). J’aurais bien aimé être la petite souris de service ce jour-là !

  12. C’est la première fois que je lis un texte qui n’encense pas le « maître »… et ça fait du bien de le rendre humain !
    Qui en connaît d’autres, des propos de cet accabit ?

  13. Sur la moustache de Brassens… J’ai connu quelqu’un qui, face au cancer, se plaignait avant tout que la perte des poils engendrée par la chimio lui donnait l’impression d’être désormais « tout nu » lorsqu’il chantait Brassens.

  14. Oui, oui, la belle époque ! La maladie, quand on ne travaille pas, ça laisse du temps pour se consacrer à ses passions !

  15. Oui Vincent, je suis d’accord avec toi, ça donne un côté très humain à Brassens, il était trop parfait jusqu’à maintenant. Déjà, les derniers du texte de Brassens (ceux qu’il n’a pas eu le temps d’enregistrer) montraient un bonhomme différent, moins « image d’Epinal », un peu désabusé, voire même aigri sur la fin, et çe n’était pas pour me déplaire !

  16. Bernard, tu n’aurais pas les paroles d’une des chansons de Moustache au temps où il s’appelait « les Gros Minets » ? Le titre s’appelle aussi « Les Gros Minets ». Ca commençait comme cela : « C’est nous les gros, nous les gros minets, le monde est cassé, pour le remplacer …. »

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