TRADUCTION LIBRE DE LA CHANSON “ABSOLUTELY SWEET MARY”
Nouvelle traduction d’une chanson de Dylan par notre ami Jean-Louis.
La chanson de ce mois, extraite donc du disque Blonde on Blonde s’appelle Absolutely Sweet Marie. Décidément, en ce moment, Jean-Louis donne dans le registre “amoureux” !
Voir le texte original en anglais et écouter 30 secondes de la chanson.
Marie absolument douce
Ouais, ta barrière de passage à niveau,
tu sais que je ne suis pas capable de la franchir.
Il y a des jours
où la visibilité est si mauvaise !
Alors, je reste là
à ronger mon frein
avec toutes ces promesses
que tu m’avais faites…
Mais où es-tu donc passée ce soir,
douce Marie ?
Oui, je t’ai attendue
alors que je n’étais pas très en forme.
Oui, je t’ai attendue
alors que tu me haïssais.
Je t’ai même attendue
coincé dans des embouteillages glacés
alors que tu savais
que j’aurais été mieux ailleurs…
Maintenant, où es-tu ce soir
douce Marie ?
Tous ces autres ne peuvent pas être
exactement pareils à moi,
évidemment !
Symétriquement, très peu de gens
peuvent se comporter comme toi,
et c’est très heureux !
Les six chevaux blancs
que tu m’avais promis
ont finalement été conduits au pénitencier.
Mais pour vivre en hors-la-loi,
il faut aussi savoir se comporter honnêtement !
Je me souviens
tu disais toujours
que tu étais d’accord avec cette idée.
Très bien, alors où es-tu passée ce soir
douce Marie ?
Je n’ sais comment ça se fait,
seul le capitaine du bateau à vapeur
comprend quel sort est le mien !
Le reste de l’humanité, et toi avec,
vous devrez donc patienter !
Je n’ai que de la fièvre
au fond de mes poches.
Un saoulard venu de Perse
me suit à la trace.
Je pourrais le mener vers ta maison
Mais je ne pourrai pas déverrouiller la porte :
Tu vois, t’as simplement oublié
de me laisser la clé !
oh, où es-tu ce soir
douce Marie ?
Oui, je suis allé en prison
alors que tous les messages disaient
qu’un chic type ne doit pas laisser son adresse
à des individus de mauvaise compagnie.
Et maintenant, je me tiens là
devant ta voie de TGV jaunasse,
au milieu des ruines
de ton balcon effondré.
Et je me demande
où tu es ce soir douce Marie ?
Texte blues sur une musique rapide et tonique :
encore une trouvaille dylanienne…
Premier commentaire sur l’album :
Il y a plusieurs « monuments » dans « Blonde on blonde »… Le plus imposant serait « Sad eyed lady of de lowland », pas seulement pour la durée (= un quart d’heure ! toute une face de la VO vinyle !), surtout pour la poésie, la tendresse, la patience qui s’en dégagent…
Aussi pour le chouette tempo à 6/8, chaloupé, dansant…
Si j’étais plus doué et moins paresseux (Aïe donc !), je traduirais ça pour ma tendre amoureuse ! Un morceau de choix, sans équivalent à ma connaissance !
J’aime bien que Jean-Louis utilise le blog de Bernard pour faire des déclarations d’amour (ce n’est pas la première)
Non, non, Anne, c’est pas “le blog à Bernard” mais le blog de “nous tous”, de tous ceux qui le font vivre (et tu n’es pas la dernière placée avec tes nombreuses contributions !).
Jean-Louis, tu as opté pour la traduction de “Absolutely Sweet Marie” plutôt que “Sad-eyes Lady of the Lowlands”. Voci ce que dit Robert Shelton de ces deux chansons :
“ABSOLUTELY SWEET MARIE : Un blues shuffle au temp alerte, du pur Memphis. Quelques accessoires de scène qui fontionnent : un balcon en ruine, une voie ferrée jaune, un homme tapant sur sa trompette, un capitaine d’eau douce. Le narrateur a fait son temps, mais il est amer aussi pour le temps qu’il a fait pour Marie. Du vieux blues ici, bien que des touches comme l’ivrogne persan soient strictement du Dylan. Les six chevaux blancs font écho à Blind Lemon Jefferson. Une expression souvent citée comme raisonnement contre la loi de l’oppression de classe : “Mais pour vivre hor la loi, il faut être honnête”. “Marie” est saisissante et brillante, une grand proclamation à l’orgue y mettant le feu aux poudres. L’interlude suivant le premier et le troisième refrain prolonge le jeu très fourni. Le son d’ensemble du groupe est serré, par-dessus la batterie insistante. Un âcre solo d’harmonica suit le quatrième refrain”.
“SAD-EYES LADY OF THE LOWLANDS : avant de l’enregistrer, Dylan m’avait dit qu’il considérait celle-ci comme “la meilleure chanson que j’aie écrite”. Sur la dernière face de “Blonde”, la tradition folklorique rencontre la poésie moderne. Le vers du titre, rappelé dans les cinq couplets, a une saveur antique, car la ballade anglo-écossaise évoque souvent les terres basses, les Lowlands. Paul Nelson a qualifié ce portrait captivant de “célébration de la femme en tant qu’oeuvre d’art, figure religieuse et sujet de majesté et d’émerveillement éternels”. La femme venue de l’autre monde souffre des incursions du monde matériel. Elle est spirituelle bien que corporelle, mystique bien qu’humaine, noble bien que pathétique. Ses douleurs semblent dépasser le supportable, pourtant elle irradie une force intérieure, une aptitude à renaître. Dylan est ici au comble du romantisme. “Bob n’a jamais écrit une chanson sur une personne précise, m’a dit un jour Neuwirth. Elles parlent d’un tas de gens, et quelquefois de personne du tout”. On peut savourer “Sad-eyes lady” sans en connaître le modèle. Il s’agit néanmoins d’un chant nuptial pour Sara Shirley H. Lowndes qui fut mariée à Dylan lors d’une cérémonie civile privée le 22 novembre 1965….”
J’imagine un passionné de Dylan, qui fait des recherches sur le net, et qui tombe sur le blog à Bernard. Il se dit qu’il a trouvé un filon, qu’il apprend des trucs sur la vie et l’œuvre du Bob, qu’il a droit à des réactions à chaud de gens qui l’aiment ou qui le découvrent, et même à des traductions libres de certains des morceaux.
Mais qu’est-ce qu’il doit se taper d’articles sur les courges et les papillons !
Et inversement : tu imagines les passionnés de nature et de jardinage qui viennent avec l’intention de trouver des tas de choses sur ce blog, qu’est-ce qu’ils doivent se taper comme articles sur Dylan !!!
J’aim’ pô Dylan
J’aim’ pô la nature
J’aim’ pô le jardinage
Mais qu’est ce que je fais là ?
lol
Coucou !
Voir le bonus offert au internautes dans les commentaires de “Blonde on blonde”.
A part ça, j’ai un grain de sel à apporter sur l’expression “marin d’eau douce” proposée pour “the captain of the riverboat (he knows my fate)”.
Pour avoir lu un peu de Mark twain, je suis tenté de penser qu’il y a contresens si l’on traduit par “marin d’eau douce”.
Le Mississipi est un fleuve très capricieux. Les capitaines de bateaux à vapeurs étaient de véritables expert en navigation, connaissant chaque courrant, chaque banc de sable… Pas des marins d’eau douce au sens péjoratif et français…
C’est vrai que l’expression “marin d’eau douce” est très péjorative. Pourtant, quelques chanteurs ont fait de belles chansons sur ces marins qui voyagaient autrefois sur nos rivières : écoutons “Les mariniers” de Jacques Brel et “Batelier mon ami” de Jean-Roger Caussimon.