Jazz sur Mezzo

J’écoute beaucoup de jazz. Toutes les formes de jazz. Enfin presque, car je ne suis pas très amateur de big bands. Les gros orchestres, la grosse artillerie lourde avec 20 musiciens, très peu pour moi. C’est un peu comme pour la musique classique, je préfère de loin les petites formations.

Chaque année, je vais au festival de jazz de Franche-Comté et de temps en temps au festival des musiques libres et improvisées où le jazz se mélange à la musique électronique pour en faire un mélange souvent complètement déjanté. J’aimerais aller en juillet à Jazz à Vienne mais on y dépasse chaque année les 100 000 personnes (eh oui, le jazz est bien vivant en France), c’est devenu un peu les eurockéennes du jazz et les grandes foules « de type big band » n’ont, là aussi, pas ma préférence.

Heureusement pour moi, il reste Mezzo. C’est une super chaîne qui fait partie du bouquet CanalSat et du bouquet TPS mais qui nécessite un abonnement particulier. D’une manière générale, je n’aime pas la télé (je n’ai pas regardé un seul journal télévisé depuis au moins cinq ans) et je dois avouer que Mezzo est la seule chaîne que je regarde. La chaîne est en grande partie axée sur la musique classique mais, depuis l’automne dernier, le jazz y occupe une place plus importante (voir ici les grilles des programmes de janvier et février). Tous les jours, la chaîne retransmet un concert récent du New Morning, de Jazz à Vienne, de Juan-les-Pin, de Marciac … ou un documentaire jazzy.

Les concerts sont toujours bien filmés, la qualité du son est irréprochable. Il s’agit de jazz actuel, parfois très free, parfois flirtant avec la musique électronique, parfois métissé avec des musiques du monde. Le jazz manouche est souvent à l’honneur. Les concerts repassent plusieurs fois (la première fois à 19H, les autres fois à 22H45 ou beaucoup plus tard dans la nuit). En quelques mois, j’ai vu des dizaines de concerts de très grande qualité : Carla Bley, Joe Zawinul, John Zorn, Erik Truffaz, Michel Portal, Le sacre du tympan, Joshua Redman, Wynton Marsalis, Paolo Fresu, Enrico Rava, Madeleine Peyroux, Magik Malik, Collectif Slang, Trio Rosenberg, Bireli Lagrène, Steve Coleman, Marc Ribot, André Ceccarelli, Didier Lockwood, John McLaughlin, Jacky Terrasson…

Comme je me suis équipé récemment d’un lecteur-enregistreur avec disque dur, j’ai gravé sur DVD les concerts que j’ai aimés, soit déjà une quarantaine en quelques mois. Evidemment, je peux prêter ces DVD aux personnes de ce blog que je connais et qui voudraient les visionner.

28 réflexions au sujet de “Jazz sur Mezzo”

  1. Petite précision: on ne trouve pas Mezzo que sur les bouquets satellites (chers par ailleurs !), mais également, pour moins d’un euro par mois, dans le bouquet des chaînes de la Freebox… pour les dégroupés évidemment :)

  2. Ah, ça existe encore « les dégroupés » ? Je croyais que les dernières personnes qui s’étaient faits dégrouper, ça remontait à la guerre d’Algérie et à 39-45 !

  3. Pour les amateurs de Bireli Lagrène, voici un lien pour une petite vidéo de jeunesse.
    En ce qui concerne le jazz manouche, les musiciens n’apprennent, je crois que par imitation : seuls les bons gardent la guitare au bout de quelques années s’ils ont la fibre, et ils commencent dès qu’ils peuvent empoigner un instrument.
    Cette forme d’apprentissage donne des résultats assez stupéfiants :

    http://www.about-django.com/news/videos/bireli.htm
    Le petit Bireli a bien fait de garder sa gratte !

  4. Merci pour cette vidéo. Comme dirait l’autre : « prends-en de lagrène ».

    Concernant l’apprentissage de la gratte dans le milieu manouche, à voir le film « Swing » de Gatlif.

  5. Steph a abordé le prix de l’abonnement à Mezzo. Pour info : avec Canalsat, l’abonnement à cette chaîne est de 4,50 euros par mois, en plus du bouquet de base.

  6. 4,50 euros sur Canalsat
    1 euro sur Freebox
    …gratos sur blogadupdup

    Merci pour tous ces liens et ces grands moments musicaux.

    Je ne le connaissais pas Pirelli (c’est lui qui fait les calendriers ?) Lagrène et c’est incroyable, il joue comme moi (du moins dans mes rêves)

  7. – Il dit que la musique attendrit la viande.
    – Et c’est vrai ?
    – je sais pas… en tout cas il ade la musique dans sa boucherie et la viande est tendre.

    ***

    La musique, c’est une langue universelle, tu peux faire chier la terre entière si tu joues mal.

    ***

    La grande musique, elle est jamais plus grande que le trou de l’oreille.

    ***

    Le jazz, pas plus d’une demi-heure, de toute façon, c’est toujours pareil…

    ***

    La lumière va plus vite que le son, c’est pour ça que dans la lumière t’as jamais de musique.

    ***

    – Moi, la musique, tout de suite je pleure.
    – Moi c’est l’oignon.

    ***

    Le jazz, dans les magasins, ça fait acheter.

    ***

    Le classique est moins varié que la variété, forcément, mais d’un autre côté les morceaux sont plus longs et ça compense.

    ***

    Sur les disques, entre les morceaux ya pas de pub, mais ça viendra.

    ***

    Non non, la musique c’est pas de la culture, sinon pourquoi y aurait France-Musique d’un côté et France-Culture de l’autre ?

    ***

    Le Noir de la ville va écouter du jazz alors que le Noir de banlieue va écouter du rap… ah si…

    ***

    Quand vous voyez un trio tzigane, vous pouvez être sûr qu’il y a un quatrième pas loin qui attend dans une voiture.

    ***

    – Quand je suis heureux, je suis malheureux.
    – Tu devrais jouer du violon.

    ***

    Un Stradivarius, tu chiales, surtout si tu t’assois dessus.

    ***

    Moi je sui habituée à la musique électrique, alors l’autre musique maintenant, ça me fait plat.

    ***

    Tous les musiciens sont habitués à dix doigts, tu leur en mets onze, c’est la panique.

    ***

    Faire de la musique et être payé en plus, je n ecomprends pas.

    ***

    Quatre-vingt pour cent du jazz, c’est des vieux morceaux.

    ***

    La musique tzigane, c’est beau, mais quand ça te tombe dessus au restau tu dis plus pareil…

    ***

    – Tous les grands du jazz sont morts.
    – De toute façon, ça marchait plus.

    ***

    Le cerveau il est pas gros, on peut même pas écouter deux musiques en même temps.

    etc..
    etc…
    etc…

    (Jean-Marie Gourio, Brèves de comptoir, J’ai lu 1992-2000)

  8. – Vivaldi, il l’a eu dans l’os, on n’a pas eu de printemps.
    – Qui ?

    ***

    – La musique, c’est du bruit dans l’ordre, DO RE MI FA SOL, t’as le quinté dans l’ordre.
    – Et LA SI DO, y court pas LA SI DO ?

    ***

    Un orchestre de cent violons, c’est toute la SPA qui y passe en boyaux de chats.

    ***

    – La musique, ça peut faire pleurer si c’est bien joué.
    – Jamais j’ai entendu de la musique bien jouée, alors !

    ***

    Le métier le plus chic au monde, c’est chef d’orchestre, le moins chic, c’est chirurgien des fesses, à mon avis bien sûr.

    ***

    L’opérette ? C’est l’opéra vinaigrette !

    ***

    – La musique médiévale, tu parles, elle est médiévale comme moi la musique ! C’est de la musique que les mecs ont enregistré hier, et ils font des trous dans les partitions pour faire croire que c’est vioque, et c’est tout !
    – T’y connais rien.
    – Même pour les meubles ça se fait ! Alors pour trois merdes à la flûte, les mecs vont pas se gêner !

    ***

    La musique d’église, tu baisses le plafond, t’as de la variété.

    ***

    Les mauvais chanteurs, ça va sur les disques d’avant, mais sur les CD qui brillent, non non, c’est des bourses sur un plat d’argent.. non non…

    ***

    Cette musique, ça me rappelle des souvenirs, mais je sais plus lesquels…

    ***

    Le rap, c’est de la musique pour foutre sur les nouilles, ça !

    ***

    Quelqu’un qui joue de la flûte traversière sur une petite route, tu peux pas doubler.

    ***

    Trois heures de musique classique, c’est du caviar à la louche, ça veut plus rien dire…

    ***

    C’est toujours des variétés dans les ascenseurs, et du classique quand t’es en attente au téléphone… si tu prends l’ascenseur et que t’es souvent au téléphone, tu connais tout…

    ***

    Tout ce que je comprends dans la musique classique, c’est que ça fait changer d’habits.

    ***

    La musique dans le métro, ça ne me gêne pas, mais quand je vois tous ces musiciens dans le métro, je me dis ils seraient mieux à la campagne.

    ***

    – Les plantes vertes aiment la muique…
    – C’est ce qu’on dit.
    – Moi je mets du Mozart.
    – Moi je mets du Pokon.

    ***

    Le clavecin, c’est du piano sans les couilles à cause de la petite voix.

    ***

    Aujourd’hui, celui qui pisse dans son violon, c’est le Tzigane.

    ***

    Le rap, ça repartira par où c’est venu.

    ***

    Pour l’agilité des doigts, manger du crabe, ça vaut une heure de piano.

    ***

    La Callas qui chante sous la douche, je revends l’eau en bouteille.

    ***

    Le Caprice des dieux, ça fait Wagner comme fromage.

    (…)

    (Jean-Marie Gourio, Brèves de comptoir, J’ai lu 1992-2000)

  9. Un de mes grands regrets : avoir raté le concert de Bireli Lagrène à Port-sur Saône l’été dernier. Il fait partie de ces rares génies qui allient la virtuosité à la générosité. Le plaisir qu’il prend à jouer est communicatif.
    Minor Swing fait autant d’effet sur le public du Gipsy Project que sur moi. Impressionnante, cette vague qui monte à mesure que les gens reconnaissent le morceau dans les premières secondes.
    Quant au document sur Django Reinhardt, il est hallucinant. Pour la musique, bien-sûr, et puis, c’est toujours incroyable de le voir jouer avec ses doigts en moins. Mais aussi pour la manière de filmer et l’ambiance du début du document. La loi anti-tabac n’avait pas encore frappé. Les volutes de fumée de la cigarette que Grappelli a posée sur son dossier donnent une vraie poésie aux images.
    Tu imagines, Bernard, un tripot où on pourrait jouer aux cartes avec des musiciens qui joueraient rien que pour nous ? Ce serait quand-même mieux que les 100.000 personnes du Jazz à Vienne, non ?

  10. Les virtuoses me laissent en général assez indifférent. A la fin des années 70, les plus vieux d’entre nous se souviendront sans doute de ces avalanches de notes jouées par un trio de choc : John McLaughlin, Paco de Lucia et Al di Meola. Je n’aimais pas. Trop froid, trop technique. Reproche que je fais à une bonne partie de la musique jazz-rock de l’époque.
    Dans le jazz manouche de Biréli Lagrène, on retrouve une virtuosité égale à celle de nos trois compères cités ci-dessus mais avec beaucoup plus de chaleur. Je pense que le terme de « générosité » que tu emploies, Anne, est le terme qui convient le mieux. Et puis, il y a cette impression très forte que le musicien fait corps avec son instrument. Je me demande même s’il n’est pas né avec une guitare. Bonjour la maman lors de l’accouchement !

  11. « La clé du « mystère » : un petit mot, et un claquement de doigt. A peu près indéfinissable : un certain rapport entre la tension et la détente, entre l’attaque et le « relax », une manière de créer du rythme et de se faire habiter par lui, le moment où « ça » parle, un élan vital… Un petit mot et un claquement de doigts, pour dire l’essence d’une musique et une manière d’être – quelque chose comme le bonheur : le SWING ! »

    (Michel Le Bris, « L’homme aux semelles de vent », Grasset, 1977)

  12. Oui, le swing a peut-être effectivement un vrai rapport avec le bonheur.
    Sans doute que le swing, bien plus encore que l’improvisation, est ce qui caractérise le mieux le jazz. Mais dans le jazz de ce début du 21ème siècle, le swing manque parfois cruellement. Peut-être que l’époque n’est plus réellement au bonheur.

    Le bonheur en musique me fait penser aux Beatles au début des années 60. Il y avait une réelle joie de vivre qui suintait de leur musique. Je me demande si on pourrait retrouver dans la musique d’aujourd’hui cette inscouciance heureuse et adolescente que l’on trouvait dans les jazzmen des années 30 ou dans la musique du début des sixties.

  13. « On déplore parfois la « pauvreté formelle » du jazz et certains critiques français imbéciles crurent voir dans la recherche d’une complexité harmonique croissante la voie d’un « progrès nécessaire ». C’est refuser d’interroger son propre regard, c’est ne pas voir que l’originalité du jazz est ailleurs : le jazz est essentiellement une manière de jouer, l’interprétation est la création même, la manière d’être, l’être même, vous pouvez jouer note pour note un morceau de jazz sans que cela soit du jazz : il y faut encore un son, un rythme, une expressivité, un « feeling » – et le feeling implique toute une conception du monde… On pourrait, à ce point, reprendre trait pour trait le discours romantique : primat du son, de l’expression, de l’improvisation (l’universel dans l’instant) – la théorie du Witz, du fragment, semble taillée sur mesure pour les musiciens de jazz. Rien d’étonnant, en somme, si certains Noirs américains affirmèrent il y a quelques années (et les érudits critiques de sourire devant une aussi évidente inculture) que Beethoven était décidément un « soul brother », et qu’il n’y avait là rien que de très normal puisque de toute évidence il était noir… »

    (Michel Le Bris, “L’homme aux semelles de vent”, Grasset, 1977)

  14. Allez… qui devinera quel célèbre chanteur français a bien pu écrire ceci (qui n’est pas bien gentil pour le jazz) ?

    « Le jazz est un ferment de décadence. Il est d’ailleurs la décadence. C’est un euphémisme. (…) Il est devenu une façon de penser la musique, un tic rythmique insoutenable (le « swing »). Ce « tic rythmique » s’est tellement accrédité à l’oreille contemporaine,que dire qu’il n’est que ce qu’il est partiticipe déjà du crime lèse-majesté. Le jazz, dans son domaine propre (…), est un fait musical indéniable mais il n’est pas de la musique. »

  15. Les Bréves de comptoir et la citation de Vincent m’ont rappelé un mot d’enfant.
    Nous habitions dans l’appartement en dessous de celui de Robert, le « Maestro » du Cirque Plume. L’immeuble était ancien et mal isolé. Robert composait sur un piano (il y a pire comme nuisance sonore). Marion avait trois ans, elle est montée regarder Robert travailler (elle était déjà fan à l’époque). Elle lui a dit :
    « C’est beau ce que tu joues, Robert, on dirait de la musique »
    Robert aime raconter que c’est un des plus beaux compliments qu’on lui aie jamais fait.

  16. Oui bravo Bernard, c’est bien Léo Ferré (extrait de « La musique souvent me prend… comme la mer », La mémoier ete la mer, 1999)

  17. Je n’avais jamais lu cet extrait de Léo Ferré. J’ai deviné qu’il en était l’auteur car il a composé dans les années une chanson qui s’appelle jazz band dans laquelle il n’est pas tendre avec les musiciens de jazz.

  18. Léo Ferré semble avoir changé d’avis sur le jazz durant sa vie. Il ne l’apprécie guère au début de sa carrière dans les années 50 et 60 (bien que trois chansons au moins « la zizique », « jazz band » et « java partout » aient des couleurs très jazzy. Il paraît qu’au début des années 90 (peu de temps avant sa mort donc), il disait sur Radio Bleu qu’il aimait le jazz contrairement au « rock américain ».

  19. Si je comprends bien le texte de Ferré (d’où j’ai tiré l’extrait cité), à travers ce qu’il appelle le jazz, c’est avant tout la mode en cours à Saint-Germain-des-Prés qu’il visait.

    Faut avouer que le bonhomme n’avait guère d’inclinaison à la « légèreté » !

  20. Pour rebondir sur un commentaire plus haut :

    Plus le que swing ou le jazz, TOUTE LA MUSIQUE a pour moi partie liée avec la JOIE DE VIVRE (mais surtout pas le « bonheur »). Toute la musique EST même cette chose étrange qu’est la joie de vivre… même la plus triste, la plus mélancolique. Surtout celle-la même, d’ailleurs.

  21. « Au Conservatoire, nous considérions que nous étions des merdes tant que nous n’avions pas appris tout ce que nous devions apprendre. Dans le jazz j’ai vu l’inverse : les gens apprennent sur le tas, les uns avec les autres. Quand on me demande ce que j’ai appris du jazz, je réponds : l’essentiel, c’est-à-dire la responsabilité, la liberté, la solidarité, la fraternité, l’égalité, l’art de l’improvisation collective. Improviser, c’est peut-être se mettre en danger, mais si l’on veut et si l’on peut, car c’est dépasser les bornes, c’est critiquer les limites, c’est se convoquer à inventer de l’inconnu c’est-à-dire soi-même. Je est un autre. Si la musique est une prise de risque, c’est de la musique en marche, sinon c’est de la musique marchande. Si la musique est en marche, elle n’a pas le temps d’être une marchandise, elle circule, tu la joues, hop, elle est écoutée et reprise par un autre.

    ***

    Pour rire, je parle de « La recherche du contre-temps perdu ». Dans le jazz, le temps fort c’est le temps faible. Dans la musique occidentale blanche, militaire, le temps fort est le premier temps : c’est ainsi que la Wermacht marchait au pas. Dans le jazz, le temps fort est le temps faible. Le premier temps est presque muet, le deuxième est fort, c’est ce qu’on appelle l’after beat. Le jazz est encore une musique ternaire, donc indivisible en trois parties égales. La musique occidentale est binaire, divisible ad vitam eternam. Dans le jazz ternaire, il y a cette part de masse manquante, de mystère, de matière noire, de mécanique quantique. »

    (Bernard LUBAT, La musique n’esrt pas une marchandise, Golias, 2001)

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