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La Culture en France vue par les candidats

Curieusement, la culture ne semble pas être un enjeu de l’élection présidentielle. Les candidats n’abordent quasiment pas ce thème. Télérama est allée interviewer les principaux candidats : Buffet, Le Pen, Sarkosy, Bayrou, Royal et Voynet.

Voici quelques phrases tirées de ces interviews. Je ne préciserai pas quels sont leurs auteurs (on a souvent tendance à juger une personne à travers une petite phrase sortie de son contexte, c’est un procédé trop pervers pour que je l’utilise ici). Il s’agit juste de lancer la discussion entre nous sur un sujet important et pas encore abordé sur ce blog.

Voilà donc, pêle-mêle, quelques phrases des candidats :

- “la culture est un droit fondamental de la personne humaine, autant qu’un facteur puissant de cohésion sociale”
- “Le ministère de la Culture doit promouvoir une culture du peuple et pas une culture de masse”.
- “La démocratisation culturelle a échoué. 10 à 20 % seulement de la population française est destinataire de l’essentiel de la politique culturelle.”
- “La culture est un enjeu du développement économique”.
- “Je ne suis pas sûr que l’Etat doive décréter ce qu’est l’art, le talent et le bon goût ! Sa mission est la préservation du patrimoine et pas sa création.”
- “Faire de l’enseignement artistique la clé de la démocratisation culturelle”.
- “C’est quoi l’exception culturelle à la française ? Des oeuvres de prestiges qui ont pour but d’être sélectionnées aux Oscars ou des créations plus intérieures, plus exigeantes ?”.
- “L’Etat doit assurer à tous l’accès aux pratiques culturelles”.
- “On a jamais eu autant de chaînes publiques et aussi peu de culture à l’écran”.
- “Je suis adversaire de la gratuité. Quand on a payé, on se sent plus engagé à profiter d’un spectacle.”
- “C’est en élargissant l’accès à la culture que l’on peut lutter contre le repli sur soi, le racisme, les violences et la désespérance des cités, l’échec scolaire”.
- “Si les petits cochons ne le mangent pas, internet préfigure un nouveau modèle de développement pour l’humanité”.
- “Ou bien on pense que la culture est une activité marchande et il faut laisser le marché s’en occuper, ou on considère qu’elle joue un rôle important dans l’épanouissement de l’individu et elle relève de l’intérêt général.”

Voilà, si ça vous inspire, allez-y de vos commentaires !



73 commentaires sur “La Culture en France vue par les candidats”

  1. L'exilé dit :

    Précision : en particulier, la chanson “Vas-y Bové !” Assez décapante !

  2. Jean dit :

    “Je sais que la poésie est indispensable. Mais je ne sais pas à quoi.”
    (Cocteau, 1954)

  3. Vincent dit :

    Il y a, je crois, un vrai problème du statut de l’artiste en démocratie.

    C’est en effet un statut foncièrement aristocrate qui, à mon sens, ne peut pas tenir bien longtemps autrement qu’artificiellement. Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui tout le monde a la chance en gros d’avoir accès à l’art. Je ne raisonne cependant pas ici en terme de consommation mais de pratique : tout le monde peut aujourd’hui peindre, écrire, composer… Tout le monde peut et surtout de plus en plus veulent le faire, percevant bien l’épanouissement qu’ils pourraient en tirer (certains l’envisagent carrément en terme de thérapie).

    Pourquoi certains s’accapareraient ce privilège (et la joie que cela procure comme le laisse entend Isidore) et laisseraient les autres trimer dans des boulots de moins en moins épanouissants ? Parce qu’ils ont du talent ? Comment savoir si les autres n’en ont pas davantage ?

    Je crois vraiment que le mouvement de la société est vers la vulgarisation et l’individualisation des pratiques artistiques et donc la disparition du statut d’artiste par dilution dans la masse. Perdra-t-on en qualité ce qu’on gagnera en quantité ? Sans doute… mais peut-on foncièrement s’en offusquer ? Voire simplement aller contre ?

  4. Isidore dit :

    Sans doute le sentiment de liberté s’épanouit-il au coeur de cette tension entre soumission à l’ordre établi et aliénation (de aliénés … oui, ceux qu’on enferme parfois) de la marginalité ?
    Sans doute aussi chaque société, chaque époque, chaque réel rendent-ils plus ou moins viable cette tension ?
    Disons-donc que la vivre joyeusement c’est peut-être avoir encore la force de la vivre.

  5. Vincent dit :

    Je ne sais pas pourquoi celui ou celle qui a dit“Si les petits cochons ne le mangent pas, internet préfigure un nouveau modèle de développement pour l’humanité.” a davantage peur des petits cochons que du loup, mais je trouve réconfortant que certain(e)s candidat(e)s prennent conscience que des nouveaux outils (l’imprimerie, la machine à vapeur, l’automobile, la télévision, Internet, etc.) peuvent bouleverser les sociétés beaucoup plus que n’importe quelle décision politique. Y’en a-t-il simplement un(e) qui - au-delà de ce genre de phrase un peu “bateau” - ait une vision ou un projet en la matière ?

  6. Isidore dit :

    Personnellement, je trouve tout à fait formidable que tout le monde puisse avoir plus facilement accès aux outils de l’art et puisse à la fois s’y exercer et développer ses propre facultés; ceci ne peut qu’enrichir l’expérience commune. Toutefois le problème reste entier pour ceux qui se sentent d’y engager leur vie, et je pense même que ça le complique du fait principalement des confusions que cette facilité apparente induit, mais aussi à cause de l’imposture et du mensonge qui consistent à mettre sur le même plan toute “production” artistique pourvu que ça y ressemble vaguement et en voulant ignorer l’engagement vital de celui (ou celle évidemment) qui tente l’aventure. Beaucoup d’artistes,aujourd’hui, n’ont plus accès à leur outil de travail, ni à la place dont ils auraient pourtant besoin pour développer efficacement leur activité, et se voient condamner à végéter plus ou moins dignement tandis que nombre d’imposteurs occupent illégitimement leurs places en profitant de la confusion ambiante et du refus d’élever le débat sur l’art en dehors des préoccupations marchandes. On a pourtant de solides penseurs qui ont déjà largement posé les questions relatives à l’art et nous ont apporté des réponses qu’on feint encore d’ignorer. Relisons Beaudelaire critique d’art, Hugo dans ses écrits et discours politiques, Hegel et son Esthétique incontournable etc…
    Pour conclure, je voudrais dire que vivre en marge, contrairement à ce que prétend Vincent, n’est ni une sinécure joyeuse tandis que les autres vont trimer ni un choix d’existence raisonnable (dans la mesure où il s’apparente davantage à une inexistence pure et simple), mais plutôt un dernier réflexe de survie pour continuer malgré tout un combat vital. Comme je le vois malheureusement perdu pour beaucoup, qu’il le soit au moins joyeusement et dignement, que diable! Et ceci est valable pour tous ceux qui tentent de créer quelque chose sur cette bonne planète et dans tous les domaines evidemment, l’art n’ayant pas le monopole de la création.

  7. Vincent dit :

    “La culture est un enjeu du développement économique.” Oulah, ça fait peur ça !!!

  8. cheap viagra dit :

    cheap viagra…

  9. Vincent dit :

    Bernard, tes commandes de Viagra, fais-les sur ton mail perso plutôt que sur le blog si tu veux que ça reste discret… mais peut-être veux-tu que ça se sache ? (mdr)

  10. Bernard dit :

    Oui, je suis effectivement envahi de spams que j’élimine au fur et à mesure. J’en ai juste laissé un pour que les lecteurs de ce blog comprennent le sens de ton commentaire, Vincent, mais ça commence à m’inquiéter. Je me demande si mon blog n’est pas menacé. Jusqu’à présent, ça n’apparaissait que sur des articles très anciens sur lesquels les lecteurs ne vont plus, mais le phénomène s’accentue depuis une semaine, sur des articles récent, ça m’inquiète beaucoup.

  11. Humeur badine dit :

    A ton avis, comment ont-ils su que c’était un blog de “vieux” (donc susceptibles d’ête intéressés par le Viagra) ? Aux sujets abordés ou… à l’orthographe respectée ?

  12. Mag dit :

    Vieut toit maime !

  13. Bernard dit :

    On sent bien, dans les propos d’Isidore le questionnement des artistes d’aujourd’hui sur leur positionnement dans une société qui évolue très vite. Mais comment peut-on établir objectivement une frontière entre l’art (qui suppose un engagement) et le simple produit de loisirs ? C’est vrai que toutes les cartes sont brouillées et que les limites sont floues et mouvantes. Et c’est vrai aussi qu’il y a tromperie sur la marchandise : derrière ce que l’on croit être la culture se cache bien souvent un simple produit de consommation à vocation marchande. Comment, dans un tel contexte, les artistes peuvent-ils défendre leur place si importante et si spécifique ? Isidore, quelles sont les réponses que les grands penseurs ont amenées et que l’on feint d’ignorer ?

  14. Isidore dit :

    Je ne pense pas que “l’artiste” soit une espèce particulière ni que cette faculté de représenter le monde ne soit pas justement ce qui est le plus partagé dans notre humanité. Par contre il me semble que les notions d’engagement et d’objectifs poursuivis établissent finalement la hiérarchie entre ce qui relève du simple loisir et divertissement de ce qui appartient à une ambition artistique plus affirmée et suceptible d’être reconnue comme telle par la postérité lorsque l’artiste parvient à se réaliser.

    Des trois penseurs cités précédemment, je ne peux traduire que ce qui m’a parlé fortement. Pour résumer brièvement disons que:

    - Hugo, à travers ses discours politiques m’a fait prendre conscience du lien entre culture et politique, et donc de son relâchement au fur et à mesure de la domination de l’idéologie libérale actuelle (c’est d’ailleurs peut-être l’exil peu à peu du penseur et donc de la pensée qui a permis cette victoire, sans doute d’ailleurs passagère). Il m’a fait aussi comprendre ce qu’il peut y avoir de dévoyé (à l’issue de choix ou de non choix politiques) dans la conception du commerce tel qu’il se pratique aujourd’hui exclusivement au service de l’argent plutôt qu’au service des êtres humains.

    -Beaudelaire, critique d’art, nous donne une approche objective de l’oeuvre d’art pour sortir du “c’est une question de goût ….Tout est purement subjectif… Comment oser affirmer que ceci a de la valeur ou pas?…sur quels critères? ” Evidemment le débat reste éternellement ouvert, et chaque époque approfondit à sa manière et sur la base des travaux antérieures, cette réflexion sur l’art.

    -Hégel a l’immense mérite de tenter une approche objective du Beau, et d’avoir construit un édifice de pensée extraordinaire pour nos aider à sortir du grand “flou artistique” dans lequel nous pataugeons avec virtuosité. En posant que l’Art est la quête du Beau idéal, un point c’est tout, il se donne, et nous donne une base de travail extrêmement féconde, sur laquelle on peut s’appuyer encore des siècles durant, et qu’on aura bien du mal à mettre à bas quand on découvre la puissance et la richesse du développement qu’il a su en tirer dans son Esthétique. Rien de plus simple et, finalement, de moins évident que ce postulat de base: l’Art est la quête du Beau. Qu’est-ce que c’est le Beau? Et le Beau idéal en plus, c’est quoi ce truc? C’est bien-sûr la première question que l’on peut se poser. Et bien, effectivement ce n’est pas de la tarte d’y répondre d’une façon un peu crédible. Et c’est là qu’on se rend compte, losqu’on se préoccupe de création artistique, que c’est bien la question centrale…même aujoud’hui, malgré tout ce qu’on peut dire en croyant dépasser ces “vieilleries romantiques”.

    Pour terminer ma bafouille (oui je promets que je m’arrête, parceque quand on me branche sur ce sujet j’ai tendance à me laisser entraîner inconsidérément), j’ai envie d’ajouter que nous souffrons aujourd’hui d’un art qui est devenu simple spectacle de lui même, comme tout ce qui appartient à la culture, et finalement à la vie elle-même, où tout est devenu pur spectacle que nous apprenons à contempler plus ou moins esthétiquement depuis un balcon, une loge, ou dieu sait quel espace protégé (derrière un écran par exemple) qui nous permet l’économie de… de quoi, au fait ?

  15. Vincent dit :

    A l’éternelle question “C’est quoi l’art (ou un artiste) ?”, la meilleure réponse que j’ai pu entendre ne vient pas d’un philosphe mais de… Roberto Bénigni. Il racontait, je ne sais plus où, cette petite fable (que je cite de mémoire) :

    “Dix hommes essaient de porter un tronc d’arbre et n’y parviennent pas. L’artiste est celui qui monte sur le tronc et permet, en chantant, aux neuf autres de trouver les ressources pour parvenir finalement à le soulever.”

  16. Bernard dit :

    Vous remarquerez que cet article est régulièrement parasité par des spams concernant des produits pharmaceutiques. J’élimine les spams tous les soirs en rentrant chez moi (déjà une cinquantaine). Pourquoi les envoyeurs de spams ont-ils choisi comme cible cet article sur la culture ? Peut-être parce que la culture en France a bien besoin d’un bon coup de viagra, non !

  17. Roland dit :

    Coup de gueule : la communication aseptisée va devenir impossible sur Internet : on passe un temps fou à nettoyer nos courriels de ces intrusions idiotes et redondantes. La communication va tuer la communication !!! Vous avez remarqué que ces messages sont émis à la même heure : c’est un arrosage systématique par des pros du spam !

  18. Vincent dit :

    S’ils ont choisi cet article comme cible… faisons-en une sorte d’arbre-piège (comme pour éliminer les scolytes) : laissons-les s’acharner ici et allons continuer la discussion ailleurs, nan ?

  19. Mag dit :

    Ouaip…
    Internet, objet de diffusion de la culture ?

  20. Vincent dit :

    En même temps, si on les lit à haute voix, avec un peu de bonne volonté, ça ressemble un peu à de la poésie serbo-croate (ou hongroise) contemporaine.

  21. Bernard dit :

    ça y est, enfin un candidat qui nous parle des intermittents du spectacle :
    http://www.lemonde.fr/web/depeches/0,14-0,39-30051151@7-354,0.html

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