Le fléau du mildiou

LE COIN DU JARDINIER (24)
J’avais promis à Michèle que j’écrirais un texte sur le mildiou. C’est vrai que ce champignon est un fléau redouté par les jardiniers, notamment lors d’années humides comme 2007. Car le mildiou se développe en raison de l’alternance pluie/soleil qui va favoriser toutes les maladies dites “cryptogamiques”.

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Alors que cette année, les pieds de tomates de la plupart des jardiniers ont quasiment tous rendu l’âme, ceux de mon jardin sont pratiquement exempts de mildiou. Mais je touche du bois, ça m’étonnerait que ça dure encore longtemps, j’ai quelques signes de présence de ce champignon depuis quelques jours.

Le mildiou est un truc très compliqué que j’ai du mal à comprendre. Des variétés semblent parfois bien résister alors que ce seront les premières à être atteintes l’année suivante. Il peut arriver que votre voisin qui ne traite pas du tout ses tomates ait plus de chances que vous-même qui bichonnez les vôtres avec un soin extrême. Il semble qu’il n’y ait pas vraiment de règle et de logique dans l’apparition ou non de ce champignon. Cela blesse d’ailleurs un peu mon orgueil de jardinier. Car j’aime bien comprendre ce qui se passe dans le jardin. Mais là, j’avoue que je suis perplexe et même parfois un peu perdu.

Voici quand même, à l’intention de Michèle et des autres jardiniers de ce blog, quelques réflexions et quelques constats issus de mes observations et de ma toute petite expérience :

1 - L’apport de cuivre, sous forme de bouillie bordelaise ou d’autres formes, me semble indispensable : tous les quinze jours en temps normal, tous les dix jours lors des années “à risque” (exemple : 2006 et 2007). Rassurons les consommateurs qui peuvent être effrayés par les trainées bleuâtres provoquées par la bouillie bordelaise, en leur disant que celle-ci est tolérée en agriculture biologique. La bouille bordelaise n’est efficace qu’à titre curatif. Une fois que la plante est atteinte, il est trop tard.

2 - Lors des attaques de mildiou, chaque variété réagit différemment des autres. On aura donc intérêt, pour limiter le risque, à planter deux pieds de six variétés différentes plutôt que douze pieds d’une seule variété. Sachez que les variétés modernes ne sont pas plus résistantes que les variétés anciennes, cette réputation n’est due qu’à la publicité mensongère qui a été faite (c’est même une véritable arnaque). J’ai déjà cultivé plus d’une centaine de variétés différentes, modernes ou anciennes, et je n’ai pas constaté de meilleure résistance des variétés récentes.

3 - On peut utilement enterrer quelques poignées d’orties au pied de chaque pied de tomate lors de la plantation. Un purin d’ortie (à diluer à 5% maximum) pulvérisé régulièrement sur le feuillage renforcera les défenses des plantes. Idem paraît-il pour les décoctions de prêle, de saule ou d’osier mais je n’ai pas testé ces dernières.

4 - Les pieds de tomates que l’on achète sont stressés dès le départ (pour des tas de raisons) et se comportent toujours moins bien que ceux que vous avez semés vous-mêmes et dont vous avez changé régulièrement le pot avant la plantation. Cela est d’ailleurs vrai pour toutes les plantes potagères.

5 - Contrairement à une idée répandue, les tomates n’ont jamais besoin d’eau, ne les arrosez donc pas, cela favorise le mildiou. Si le temps est trop sec, contentez-vous d’un paillage au pied qui va limiter l’évaporation et faire ainsi remonter vers la surface un peu de fraîcheur.

6 - Il faut qu’il y ait un certain rapport entre la masse du feuillage et celle des fruits. Un pied en bonne santé a généralement beaucoup de feuillage et cela lui permet d’être plus résistant. Deux conséquences à cela : d’abord ne pas trop tailler les tomates (voire ne pas les tailler du tout, je consacrerai un prochain article au problème de la taille), ensuite choisir plutôt des variétés anciennes car leur masse de feuillage est généralement plus fournie. Je me demande d’ailleurs si le fait que les jardiniers mettent des variétés modernes dont la production de fruits est groupée sur une très courte période, ne contribue pas à affaiblir considérablement le pied, ce qui permettrait au mildiou de s’installer plus facilement (ce n’est qu’une hypothèse).

7 - Planter les pieds de tomates au minimum à un mètre les uns des autres afin qu’ils soient aérés. Mieux : isolez-les ça et là dans le jardin, la maladie se propagera alors plus difficilement.

8 - Les tomates secrètent dans le sol des substances qui vont les aider à mieux résister les années suivantes (tiens, ça me plait bien cette idée). Cela veut dire que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, il vaut mieux replanter les tomates chaque année aux mêmes places.

9 - Les tomates que je cultive en terre sablonneuse en plein champ sont plus sensibles au mildiou que celles que je cultive dans mon jardin en terre argileuse alors que je les traite tout aussi amoureusement. La nature de la terre doit donc certainement influer mais je ne saurais en dire plus pour l’instant.

10 - Il existe une catégorie particulière de tomates anciennes, dites “à feuilles de pommes de terre” (exemple : la variété Matina) qui me semblent mieux résister au mildiou que la plupart des autres variétés. J’expérimente ce type de tomates dans plusieurs situations différentes. Même si les résultats me semblent plutôt probants pour l’instant, je ne tirerai de conclusions définitives qu’au bout de trois ans (c’est le délai que je me donne chaque fois avant de conclure car tout me semble compliqué en matière de jardinage, il y a tellement de paramètres qui influent).

11 - Il se peut que les tomates semées tardivement (fin mai) se comportent mieux face au mildiou et assurent une bonne production d’arrière-saison en septembre-octobre. C’est l’une des mes hypothèses que je suis en train de mettre à l’épreuve.

Toutes ces précautions devraient vous permettre de mieux réussir vos plantations de tomates mais rien n’est garanti à 100%. Si malgré cela vous n’arrivez pas à avoir des tomates saines et que la tomate est la seule et unique passion de votre vie, il ne vous restera alors au choix que le gaz, la corde, la noyade ou les roues du train (ces dernières ayant l’avantage de produire avec votre corps ce très beau jus de tomates dont vous rêviez du temps de votre vivant… ! Oui je sais, c’est de très mauvais goût mais cet article est long et si j’ai le neurone un peu fatigué, c’est la faute à Michèle).

7 commentaires pour “Le fléau du mildiou”

  1. Vincent dit :

    Hé bé qu’est-ce que ça sera quand ta “toute petite expérience” sera devenue grande ?

    Dis-moi, en passant, le purin d’ortie, c’est pas un “truc” de Biodynamistes, ça ? Tu as vraiment vérifié plus ou moins expérimentalement l’efficacité (en en pulvérisant par exemple que sur une moitié de ta plantation et comparant les résultats) ou tu pratiques “parce qu’on t’a dit que…” ?

    Ça ne peut pas faire de mal, c’est sûr… Mais est-ce que ça marche vraiment ?

  2. Bernard dit :

    J’utilise le purin d’orties tous les ans et globalement j’ai de bons résultats mais je n’ai pas expérimenté son application avec la rigueur scientifique qui s’impose. J’imagine que d’autres l’ont fait, alors j’applique bêtement !
    Mes tomates résistent infiniment mieux que la moyenne, alors je me dis que le purin d’orties est un élément qui a pu aider, comme d’autres éléments d’ailleurs ont pu aider aussi, c’est ce que j’essaie de dire dans mon article.

  3. Bernard dit :

    Vincent, tu écris “ça ne peut pas faire de mal, c’est sûr…”. Et bien non, ce n’est pas sûr du tout, il faut que le purin d’orties soit très dilué, sinon il brûle les feuilles. On dit que le purin d’orties utilisé pur est un désherbant, que dilué à 20% au pied des plantes il sert d’engrais et que dilué à 5% seulement sur le feuillage il renforce les défenses des plantes. Donc attention, on peut brûler la plante facilement.

  4. BF 15 dit :

    A propos de tomates, je pense à la rencontre de mardi prochain, mais je ne sais pas comment arriver chez toi.
    Peux-tu faire passer l’adresse ou un plan d’accès simple ?
    Merci

  5. MICHELE dit :

    Super !
    Aujourd’hui jour de reprise du boulot, et re-connexion avec le blogadupdup !
    Qel plaisir, pour la 2ème, pas pour la 1ère.
    Bref j’avais bien noté le rdv de demain soir sur mon éphéméride…j’y serai, en retard, mais si j’ai bien compris le message de Vincent, on va en apprendre des chôses !

  6. Balézeux dit :

    Une petite question d’étymologie :
    MILDIOU, est-ce bien un mot d’origine anglaise ?
    Il me semble que oui ; et parfois on le traduit par “rosée de farine”, et d’autres fois par “rosée de miel” (!). C’est Alain Rey qui nous propose la deuxième traduction.
    Pour ma part j’opte pour la première. Plus proche de la réalité.
    Qu’en pense le tomatologue ?
    PS : je ne pourrai pas me joindre aux fidèles de ce blog, le 21 chez Bernard. A moins qu’au dernier moment….
    En tous cas je vous souhaite à tous une excellente réunion, chaleureuse, conviviale et entièrement tournée vers l’avenir de ce medium riche, dynamique et varié.

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