18 réflexions au sujet de “Hirondelles rustiques”

  1. Chaque hirondelle inlassablement se précipite – infailliblement elle s’exerce – à la signature, selon son espèce, des cieux.

    *

    Plume acérée, trempée dans l’encre bleue noire, tu t’écris vite !
    Si trace n’en demeure…
    Sinon, dans la mémoire, le souvenir d’un élan fougueux, d’un poème bizarre,
    Avec retournements en virevoltes aiguës, épingles à cheveux, glissades rapides sur l’aile, accélérations, reprises, nage de requin.
    Ah ! je le sais par coeur, ce poème bizarre !

    *

    L’Hirondelle : mot excellent ; bien mieux qu’aronde, instinctivement répudié.
    l’Hirondelle, l’Horizondelle : l’hirondelle, sur l’horizon, se retourne, en nage-dos libre.
    L’Ahurie-donzelle : poursuivie – poursuivante, s’enfuit en chasse avec des cris aigus.

    *

    Flèche timide (flèche sans tige) – mais d’autant véloce et vorace – tu vibres en te posant ; tu clignotes de l’aile.
    Maladroite, au bord du toit, du fil, lorsque tu vas tomber tu te renvoles, vite !
    Tu décris un ambage aux lieux que de tomber
    (comme cette phrase).
    Puis, – sans négliger le nid, sous la poutre du toit, où les mots piaillent : la famille famélique des petits mots à grosse tête et bec ouvert, doués d’une passion, d’une exigence exhorbitantes,
    Tu t’en reviens au fil, où tu dois faire nombre.
    (Posément, à la ligne.)

    *

    Flammèche d’alcool, flammes bleues ! (je veux dire à la fois flamme et flèche).
    Flammes isolées, qui de leur propre chef vont fort loin – fort vite au loin, et plus capricieusement que des flèches.
    Sont-elles dirigées, de l’intérieur, par elles-mêmes ? (…)
    Ou plutôt, à distance, par l’espèce ?

    *

    Quoi qu’il en soit, ce sont les flammes, ce sont les flèches que nous sentons les plus proches de nous ; et presque qui font partie de nous, qui sont nôtres.
    Elles font dans les cieux ce que ne sachant faire, nous ne pouvons que souhaiter ; dont nous ne pouvons avoir qu’idée.
    Plus souples à la fois et plus roides, elles ressemblent à notre âme, à notre désir parfois.
    (…) S’il nous fallait faire ce qu’elles font !
    Elles nous mettent, elles nous jettent en position de spectateurs.

    *

    Voyez ! Ce masque vénitien des hirondelles : plutôt, même, extrême-oriental.
    Ces yeux tirés, ces bouches fendues. Fendues comme par un sabre ; le sabre de la vitesse.
    Casques et costumes : ces combinaisons, où les lunettes prennet la plus grande importance ; tout – à partir de là – s’étirant vers les côtés des tempes vers les oreilles – jusqu’à l’extrémité des ailes !
    Soyons donc un peu plus humains à leur égard ; un peu plus attentifs ; considératifs ; sérieux.
    (…) Et voici ce qui dans leur condition, peut-être, est atroce : elles ne se déshabillent, ne se démaquillent jamais !
    Concevez cela ! S’être réduit à si peu de chose contraint à te tels étirements, de telles grimaces ; s’être corseté ainsi – et ne plus pouvoir revenir à une autre condition… Oh ! les malheureuses !

    *

    Non seulement chasse entre elles, mais sport.
    Deux hirondelles volant de front créent un rail grinçant surtout à l’endroit des courbes.
    Mais le plus souvent elles se poursuivent, en file indienne.
    Leur émulation : elles s’y excitent.

    *

    Pourtant, il semble que dans les hauteurs de l’atmosphère parfois elles aillent voler seules, plus calmement.
    Relâchant dès l’instant leur style alimentaire, sensibles aussitôt au mouvement des sphères.
    Passives, otieuses (dans ces parages-là n’y ayant plus d’insectes) ; du tiers comme du quart se balançant du reste, et jouant à plaisir l’indétermination.

    *

    Hirondelles, à tire-d’aile,
    Huez le hasard infidèle !
    Hirondelles, et allez donc !
    Huez donc !
    Contre mauvaise fortune, bon coeur !

    Accélérez l’allure !
    Accentuez vos cris !
    Courez, volez les insectes aux yeux !
    Pourchassez ces vies infimes,
    Terrifiez-les par vos cris !

    Pourchassez ces mots infimes,
    Absorbez ces minuscules,
    Nettoyez l’azur des cieux !
    Récriez-vous, hirondelles !
    Et vous dispersant aux cieux,
    Quittant enfin cette page,
    Enfuyez-vous en chasse avec des cris aigus !

    (Francis Ponges, Pièces, Gallimard, 1962)

  2. Jamais les hirondelles
    N’attendent la réponse

    A leurs questions jetées.

    (Eugène Guillevic, Relier, Gallimard, 2007)

  3. I

    Elles me donnent ma leçon de chaque jour.
    Elles pointillent l’air de petits cris.
    Elles tracent une raie droite, posent une virgule au bout, et, brusquement, vont à la ligne.
    Elles mettent entre folles parenthèses la maison où j’habite.
    Trop vives pour que la pièce d’eau du jardin prenne copie de leur vol, elles montent de la cave au grenier.
    D’une plume d’aile légère, elles bouclent d’inimitables parafes.
    Puis, deux à deux, en accolade, elles se joignent, se mêlent, et, sur le bleu du ciel, elles font tache d’encre.
    Mais l’oeil d’un ami peut seul suivre, et si vous savez le grec et le latin, moi je sais lire l’hébreu que décrivent dans l’air les hirondelles de cheminée.

    II

    LE PINSON : Je trouve l’hirondelle stupide : elle croit qu’une cheminée, c’est un arbre.
    LA CHAUVE-SOURIS : Et on a beau dire, de nous deux c’est elle qui vole le plus mal : en plein jour, elle ne fait que se tromper de chemin ; si elle volait la nuit, comme moi, elle se tuerait à chaque instant.

    III

    Une douzaine d’hirondelles à cul blanc se croisent sous mes yeux avec une ardeur inquiète et silencieuse, en un espace limité comme une volière. C’est à mon nez un tissage rapide d’ouvrières pressées par le temps.
    Que cherchent-elles éperdues, dans l’air criblé de leur vol ? Demandent-elles un refuge ? Ont-elles quelque adieu à me dire ? Immobile, je sens la fraîcheur des souffles légers, et je crains, j’espère une rencontre où deux de ces folles se briseraient. Mais, d’une adresse qui décourage, elles disparaissent tout à coup sans un choc.

    (Jules Renard, Histoires naturelles)

  4. COMME L’HIRONDELLE

    Je voudrais écrire comme l’hirondelle
    Petite ancre noire plus belle qu’un avion
    Je voudrais écrire une histoire, celle
    Celle des beaux jours lorsque nous avions

    Lorsque nous avions comme l’hirondelle
    Tout l’espace à nous, à nous tout le temps
    Je voudrais l’écrire, pas comme un savant
    Je voudrais l’écrire comme l’hirondelle

    Dans un cri perçant, ivre de ciel clair
    De mes longues ailes, de ma fine fourche
    Je voudrais écrire, libre comme l’air
    Les mots virginaux que rêvait ma bouche

    Lorsque nous avions comme l’hirondelle
    Tout l’espace à nous, à nous tout le temps
    Je voudrais l’écrire, pas comme un savant
    Je voudrais l’écrire comme l’hirondelle

    Comme les hirondelles et leur cri perçant
    Leur corps top model habillé de vent

    Aujourd’hui aucune, elles sont ailleurs
    Essayant les plumes d’un nouveau tailleur

    (Claude Nougaro)

  5. Avec toutes ces reprises (de phrases, de mots) Nougaro n’exprime-t-il pas au plus près ces zig-zags incessants (et toujours surprenants) que les autres auteurs pointent également comme étant caractéristiques du vol des hirondelles.
    Par ces répétitions (qui peuvent paraître au premier regard maladroites), finalement il me semble qu’il parvient concrètement à « écrire comme une hirondelle ». Vous ne trouvez pas ?

  6. Une critique toutefois : « ailes longues », « cri perçant » (au singulier !), etc… il ne parle pas d’Hirondelles en fait, mais de… Martinets !!! (Encore un qui les confond !)

  7. Un des rares qui ne les confond pas (et pointe même leur hostilité foncière), René Char :

    LE MARTINET

    Martinet aux ailes trop larges, qui vire et crie sa joie autour de la maison. Tel est le coeur.

    Il dessèche le tonerre. Il sème dans le ciel serein. S’il touche au sol, il se déchire.

    Sa répartie est l’hirondelle. Il déteste la familière. Que vaut dentelle de la tour ?

    Sa pause est au creux le plus sombre. Nul n’est plus à l’étroit que lui.

    L’été de la longue clarté, il filera dans les ténèbres, par les persiennes de minuit.

    Il n’est pas d’yeux pour le tenir. Il crie, c’est toute sa présence. Un mince fusil va l’abattre. Tel est le coeur.

    (René Char, Fureur et mystère, Gallimard, 1962)

  8. Il ne les confond pas, d’accord, mais il les compare au « coeur »… Quelle faute de goût !!! Pourquoi pas aux « fleurs », aux « anges », à l’ « amour », pendant qu’il y est ???

  9. Oui, tu as raison H.B. ou plutôt : je suis d’accord avec toi (pour une fois que ça arrive, autant le signaler). J’ai moi aussi toujours pensé que cette poésie de René Char gagnerait à effacer les deux « Tel est le coeur » qui la font basculer dans une sorte de romantisme anthropocentré de mauvais alois.

  10. On a envie de lui dire : « Arrête ton Char, René !!! »

    (Bernard étant en vacances, il fallait bien que quelqu’un le fasse à sa place… désolé !)

  11. Sinon, sans vouloir provoquer le moins du monde (c’est pas du tout mon style !), je suis tout à fait d’accord avec Jules Renard lorsqu’il dit, par PINSON interposé, que… « c’est vraiment con une Hirondelle ! »

  12. Dans le style, j’en verrais bien un autre (Président) qui illustrerait sans doute mieux les zig-zags nerveux des Hirondelles… mais il n’a pas souhaité être pris en photo avec sa « panoplie » !

  13. LE PREMIER VOL DE L’HIRONDELLE

    Mes ciseaux à peine aiguisés
    Coupent le ciel qui se déplace.

    Une brasse. Encore une brasse.
    Dans l’ouverture de la nasse

    – Bon hirondeau chasse de race –
    Un moustique s’est enfourné.

    Ce petit nid où je suis né
    Comme il s’éloigne dans l’espace !

    A tire-ligne d’hirondelle
    C’est un nom nouveau que j’écris

    Et je l’écris à tire-d’aile
    Et je l’écris à tire-cri.

    (Pierre Menanteau)

  14. Si je dis le mot “hirondelle”,
    Il me vient un goût de printemps
    Entre les lèvres. Quel bruit d’ailes !
    Quel brin de ciel entre les dents !

    Le mot et l’être, c’est pareil.
    Ecoutez s’envoler le son
    De ce nom qui danse à l’oreille
    Semant en nous des horizons.

    Hirondelle, cela s’épelle
    Avec un sourire aussi rond
    Que les grains de blé dont la belle
    S’empara, selon la chanson ;

    C’est féminin comme donzelle
    Mais tranchant comme yatagan,
    La lyre et le violoncelle
    En elle s’épousent souvent.

    Et les pays en ribambelle,
    De l’Asie aux îles du vent,
    Tournent au fond de ses prunelles
    Ainsi qu’en nos veines le sang.

    Mais moi, si je vous parle d’elle
    Avec l’âme émue d’un amant,
    C’est qu’en ma voix l’oiseau fidèle
    Revient nicher chaque printemps.

    (Marc Alyn)

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