25 réflexions au sujet de “Le cancer de la démocratie”

  1. Pour un 400ème article (eh oui déjà !), c’est un peu facile comme article : prendre une phrase d’un autre et la mettre en ligne.
    Oui, mais si ça nous permet de discuter … !

  2. Alors ? « Pour » ou « contre » les partis ?
    Sont-ils un obstacle, ou au contraire le garant (voire le garde-fous) du bon fonctionnement de la démocratie ?
    Prenez parti et débattez-vous… C’est partiiiiiiiiiiiiii !

  3. En même temps tu prends un sacré risque, Bernard, en lançant ce sujet un beau dimanche de septembre, car si ça se trouve tout le monde est parti à la Chasse, à la Pêche, dans la Nature ou, Tradition dominicale oblige, dîner en famille !

  4. Le sujet est délicat me semble-t-il. Le pire, c’est que je lance cet article sans avoir d’avis sur la question. Je ne sais pas trop où ça peut nous mener. Enfin, on verra… !

  5. La seule chose qui me semble évidente sur ce sujet, c’est que si les partis garantissent la démocratie, leur fonctionnement interne n’est pas du tout de type démocratique, ceux qui sont à la tête ont verrouillé le système et les grands partis de notre pays sont sclérosés, frappés d’immobilisme. Le PS en est certainement l’exemple le plus criant mais il doit en être de même des autres grands partis.

  6. De mon point de vue, le PS est en crise, certes, mais pas parce qu’il est comme tout parti « sclérosé », mais avant tout parce que toute la gauche l’est (en crise)… et qu’il en est tout bonnement le reflet plutôt fidèle. Après, ses « pesanteurs » (comme toute organisation il en a forcément), permettent peut-être juste que tout ne parte pas dans tous les sens.

    Bref, je suis pour ma part plutôt pro-partis !

  7. Ces partis qui devaient porter des valeurs semblent n’être plus que des machines de guerre électorale, des piédestals à présidents. Le jeu du pouvoir a accentué le trait et la démocratie y a sans aucun doute perdu.

    Je trouve qu’il n’y a plus guerre de différence entre une religion et un parti politique aujourd’hui, tant la parole et la liberté d’échapper au dogme paraît confisquée. Il est bien dramatique que toutes ces formes de pouvoir dépendantes de leur ouailles ne les respectent pas plus, il me semble que le peuple est avide de parole, et que bien des pistes à explorer seraient ouvertes si l’on ne le méprisait pas à ce point.
    Les quatre derniers présidents ne s’y sont pas trompés, et ils ont en plus laissé croire que rien d’autre n’était possible : UDF, PS, RPR, UMP… le PC et le FN ne sont-ils pas en définitive les ultimes bastions d’une pensée radicale, presque unanimement combattue ? Et si le consensus mou était plus maître que le libéralisme ? Et si l’extrémisme n’était qu’un leurre, une muleta ?

    En définitive, pour l’instant au moins, il semble que la montagne a accouché d’une souris ! Sarko semblait fort en pilote de char d’assaut ; il ressemble de plus en plus à un Bernard-l’hermite ayant égaré sa coquille. Il brasse.
    Je réalise en l’écrivant que cette drôle de bête porte le même nom que le maître du Blog… pourtant tout semble opposer ces deux animaux !

  8. A l’ami Chistophe « va-t’en-guerre » : tu pars en guerre contre les partis et la religion ? Beau lapsus en tous les cas que ce « guerre » au lieu de « guère » !

  9. Sans parti, on aboutit à de la démocratie directe qui fait envie à certains (libéraux-libertaires ?) mais qui me semble bien dangereuse.
    Elle fait en effet disparaître tout intermédiaire collectif entre le candidat et l’électeur dans son isoloir. C’est, en quelque sorte, au niveau politique, l’équivalent du passage de l’utopie de la ville à celui de la zone pavillonnaire, ou de l’idéal du « vivre ensemble » à celui du « vivre à côté (chacun pour soi) ».

    Ce ne sont pas les partis qui ont inventé la « guerre électorale » et le « piédestal présidentiel » dont parle Christophe mais… le principe même de la démocratie : à partir du moment où on choisit de voter, à intervalles réguliers, pour un seul chef, il ne faut pas s’étonner de voir apparaître de la concurrence et de la personnalisation.

    Je ne vois en plus aucun élément historique objectif permettant, en plus, d’avancer l’idée que les partis seraient « en décadence », qu’ils auraient connu une sorte d’âge d’or passé dénué de toute compromission avec ce qu’implique la recherche du pouvoir.

    Enfin, jusqu’à preuve du contraire (ou peut-être de la construction d’une démocratie participative qui reste à inventer), le système des partis reste le meilleur garde-fou pour éviter l’arrivée au pouvoir du premier démago venu (n’en délaise à certains, Sarkozy n’est pas Tapie) et, en fin de compte, le seul endroit « réel » où s’établit du débat politique.

    Parce qu’on peut toujours ironiser et refaire virtuellement le monde (ne serait-ce que le monde « politique ») en restant derrière un journal, un écran, une bière ou un café. Mais pour le changer concrètement, il faut peut-être quand même, un jour ou l’autre, se confronter aux autres et tenter de convaincre, rassembler… On a alors le choix entre rejoindre un groupement qui a déjà une histoire (un parti établi), ou créer un nouveau mouvement (qui cherchera à en devenir un).

    Non ?

  10. « L’individu isolé ne peut développer à lui seul ses propres ressources anthropologiques. Voilà qui montre la limite de l’individualisme actuel. Il faut la présence active d’une microsociété (…) et qu’elle soit, sur des points significatifs, représentative de la macrosociété. (…) Seul, l’individu peut s’opposer, se révolter, casser ; il lui est impossible de construire. »

    (Pourquoi la démocratie est en panne, construire la démocratie participative, La Découverte, 2003)

  11. Bonne mise au point de Compay Segundo.
    Aussi dois-je préciser ma pensée : il me semble que l’alliance cachée droite et gauche modérée, malgré des désaccords profonds a plusieurs intérêts inavouables pour les partis concernés (UMP, UDF, PS pour les principaux) :
    – préserver des positions souvent proches dans les instances du pouvoir
    – préparer lesdites positions en cas de retournement de situation d’autant plus plausible que des périodes de cohabitations ont pu accentuer le rapprochement logique… déjà préparé lors de la formation de nos élites : même école !
    – maintenir deux partis fortes au sein d’une scission droite/gauche de moins en moins pertinente… Sarkozy a au moins compris cela et le panachage politique actuel en témoigne gravement.
    – saborder tout courant politique alternatif pertinent… ou impertinent !

    Bref, la politicodiversité semble suivre la même pente que la biodiversité… guère réjouissant pour moi.
    merci Astrid : guère de guerre en ce qui me concerne… et guère de religion non plus !

  12. Deux petites citations qui arrivent après plus de 400 pages (donc qui ne se suffisent pas vraiment à elles même mais c’est pas dramatique).
    L’ultime chance du progrès humain
    La seule voie pour sortir d’une telle impasse, et redonner ses chances au projet du progrès humain, est à la fois très simple et très étroite, pour ne pas dire peu probable.
    Elle est simple. Une gauche unie sur un projet résolument opposé à la dissociété néolibérale peut rencontrer l’attente refoulée par la majorité résiliente. Mais cela à deux conditions, sur lesquelles je reviendrai plus loin : 1) la promesse d’une révolution démocratique, qui placera la mise en oeuvre des politiques sous le contrôle effectif des citoyens; 2) une révolution du discours politique, qui redonnera du sens au débat et à la participation politique. Mais la probabilité de cette révolution des institutions et de la parole politiques est mince, parce qu’elle suppose un renouvellement important de la classe politique, renouvellement problématique tant que cette révolution n’a pas eu lieu !
    Le lecteur ne sera pas surpris de retrouver ici la nature circulaire des interactions sociales. Par définition, on ne peut compter sur la seule classe politique en place pour opérer une révolution qu’elle n’a pas songer à entreprendre jusqu’ici. Par ailleurs la ligne politique de la social-démocratie européenne ne changera pas si les militants qui l’ont désertée, ceux qui ont jusqu’ici préféré le seul engagement associatif et, enfin, de nouveaux citoyens encore passifs n’investissent (ou ne réinvestissent) pas les partis politiques. Mais pourquoi des centaines de milliers d’individus, pour qui l’état actuel des partis a justifié leur désengagement ou leur non-engagement, décideraient-ils subitement de les rejoindre ? A chaque fois que je suis invité à débattre par un mouvement quelconque, je rencontre des militants qui me disent « je reviendrai au partis socialiste quand il aura changé ! » A quoi je répond immanquablement : « Comment changera-t-il si tout ceux qui espèrent son changement ne le rejoigne pas ? »[…]
    Voilà pourquoi ceux qui entendent remobiliser des troupes citoyennes dans le combat pour le progrès humain doivent se faire les inventeurs et les promoteurs de ce que j’ai appelé la « démocratie effective ». Son principe est très simple : quelles que soient le s institutions et les règles du jeu politique, économique et social, elles ne sont légitimes que dans la mesure où le peuple des citoyens dispose effectivement de la capacité à exercer sa souveraineté. Il ne s’agit pas d’instaurer un démocratie « directe », ou une démocratie « participative », ou encore une démocratie vraiment « représentative ». Tous ces projets ont l’inconvénient de définir la démocratie par une technique spécifique d’exercice du pouvoir, dont aucune ne peut à elle seule garantir l’objet de la démocratie qui n’est autre que la souveraineté des membres de la communauté politique. La vie de la communauté a besoin de la participation directe des citoyens autant que de la médiation des partis et des élus. La démocratie « effective » n’est pas une technique politique, c’est une philosophie politique qui suppose le recours à une pluralité de techniques, selon des combinaisons variables dans le temps et l’espace, pour peu qu’elles soient décidées par le peuple souverain.
    La Dissociété, Jacques Généreux, Seuil 2006)

  13. Christophe, je crois que la diversité politique est plus marquée en Italie (d’où nous viennent ces propos) qu’elle ne l’est en France mais je suis loin d’être réellement informé sur le sujet.

    Elle est positive, peut être, dans le sens où un plus grand choix électoral accessible est présenté mais elle conserve le modèle discret du choix ponctuel entre quelques alternatives.

    Le combat démocratique n’est pas discret, il est continu et comporte bien plus que la dimension unique, le demi-cercle, que l’on peut trouver aujourd’hui. Diversité politique ou pas l’expression actuelle de la démocratie ne rend accessible qu’une sous partie négligeable de l’ensemble des possibles.

  14. « Le pouvoir central, la gestion d’une société, et le changement d’une société sont deux choses différentes. La vrai « pouvoir » ne loge pas dans le « pouvoir » central d’Etat, dans la gestion politique d’une nation. C’est par des faiseceaux multiples de micro-pouvoirs qu’une société évolue. Le modèle en la matière ets celui du mouvement féministe, qui a changé la face du monde sans jamais viser le pouvoir. Pour changer les choses, la société civile doit créer elle-même les conditions de possibilité du renversement de nos représentations. Le pouvoir central n’est là ensuite que pour accompagner, de gré ou de force, ces mouvements. »

    (in Philosophie magazine n°8, avril 2007)

  15. J’ai tendance à penser que le pouvoir central n’est pouvoir de gestion que par anomalie ou/et défaut démocratique.

    Après, il est plutôt heureux que la société évolue par elle même dès lors où ce pouvoir central n’est pas en mesure de représenter un moteur de la réflexion et de l’action citoyenne encore que ces faisceaux de micro-pouvoirs dont parle M. Benasayag m’évoquent une forme de lobbyisme.

    Pour ce qui est du féminisme, il me semble que même si le nom n’existait alors pas, il est né avec la révolution donc bien dans la revendication du pouvoir central.

  16. Au fait qui c’est cet acteur italien Beppe Grillo ?

    Et quand cesserons-nous (enfin !) de croire que le salut viendra d’une « table rase » (détruire ceci… ou cela, qui empêche la réalisation – ou le retour – du Paradis sur Terre) ?

  17. D’accord avec Compay Segundo : il faut détruire l’envie de… tout détruire ! ;-)

  18. Voila ce que dit LeMonde.fr de Beppe Grillo :

    « C’est Méduse ! Cet homme a une tête de gorgone, visage rond grimaçant, auréolé d’une tignasse bouclée et mangé par une barbe poivre et sel. Il en a aussi le pouvoir légendaire, ayant, semble-t-il, hérité sa capacité à pétrifier l’adversaire. Depuis le 8 septembre, c’est toute la classe politique italienne que Beppe Grillo a figée d’effroi. Gauche et droite sont restées interdites devant le succès de son Vaffanculo Day. Une manifestation au titre plutôt grossier – « La journée va-te-faire foutre » – qui exprime un ras-le-bol destructeur dans un pays en pleine crise du politique.

    Ce jour-là, tandis que 50 000 personnes acclamaient la harangue du comique sur une place de Bologne, partout dans le pays on faisait la queue pour signer sa pétition en faveur d’une « politique vraie et propre ». En 24 heures, sa proposition de loi a recueilli plus de 330 000 signatures, beaucoup plus qu’il n’en faut pour être soumise au Parlement. De quoi s’agit-il ? Un, interdire à un homme ayant été pénalement condamné de se présenter aux élections. « Il y a 24 parlementaires dans ce cas actuellement », rappelle Beppe Grillo. Deux, limiter les mandats à deux législatures : selon ce critère, un parlementaire sur trois perdrait son siège. Trois, instaurer un « vote direct par les citoyens » au lieu de la représentation par listes « fabriquées par les fonctionnaires des partis ».

    On comprend que les responsables des Chambres ne se précipitent pas pour mettre la « loi Grillo » à l’ordre du jour. Elle aura d’autant moins de chances d’être adoptée que, pour faire bonne mesure, l’artiste appelle à la disparition des partis, « une conception morte de la politique ». Il leur préfère des « listes civiques », comme celles qu’il va lancer, sous son label, pour les municipales de 2008. Le V-Day a provoqué quelques autocritiques de dirigeants politiques, mais on a surtout crié à la « démagogie » et au « populisme ». Dénoncé comme le chantre de l' »antipolitique », Beppe Grillo est devenu un dangereux « gourou », un « barbare ». La droite ménage cet homme de gauche qui s’acharne sur « cette gauche pire que la droite ». La gauche est embarrassée, car le « peuple de Grillo », comme on appelle désormais le pan de société civile révélé par le V-Day, constitue une part de son électorat.

    « Je ne suis pas un leader, mais un détonateur, se défend Beppe Grillo. Le problème vient d’en bas, je n’y suis pour rien, c’est un virus, c’est Ebola et la grippe aviaire réunis, mais ils ne comprennent pas. » « Ils », ce sont les hommes politiques italiens, accusés de vivre hors de la réalité. Il est allé le leur répéter de vive voix, le week-end dernier, à la fête du quotidien de gauche L’Unità. Puis, l’homme de spectacle a repris sa tournée, qui le conduit de théâtres en salles polyvalentes à travers la Péninsule.

    Chaque soir, il poursuit ses monologues déchaînés, distribuant des baffes de gauche à droite, faisant rire du « nain » Berlusconi comme de Romano Prodi, le chef du gouvernement italien, rebaptisé « Valium ». Désormais, il souhaite « faire silence radio », mais il résiste mal au micro qu’on lui tend. La voix est cassée, elle déraille dès qu’il s’emporte, c’est-à-dire en permanence. Il s’en excuse auprès de son interlocuteur : « Cela fait cinq jours que je hurle. » Faux, cela fait trente ans que ce petit homme rond de 59 ans hurle et fait hurler de rire les Italiens.

    Il a d’autant plus de mérite qu’il est depuis longtemps interdit à la télévision. C’était le 15 novembre 1986, sur la première chaîne publique dont il était, grâce à son émission « Fantastico 7 », l’un des piliers d’audience. Le socialiste Bettino Craxi, alors président du conseil, n’a pas digéré sa blague sur une délégation italienne visitant la Chine : « S’ils sont tous socialistes ici, alors qui volent-ils ? » Exit de la RAI, où son humour corrosif sévissait depuis le milieu des années 1970.

    Originaire de Gênes, Giuseppe Piero Grillo, arrivé dans le show-business un peu par hasard, avait rapidement grimpé les marches du succès, connaissant même la gloire d’animer en 1978 le festival de San Remo, la très institutionnelle référence de la variété italienne. Après la disparition du pouvoir craxien, Beppe Grillo n’a retrouvé le chemin du petit écran qu’à de très rares exceptions. Son « Beppe Grillo Show » a été retransmis deux fois sur la RAI, en novembre et décembre 1993. Son « discours à l’humanité », parodie de l’adresse présidentielle du 31 décembre, diffusé en clair de 1998 à 2001 par Telepiù, version Canal+, ne survivra pas au rachat de la chaîne cryptée par Rupert Murdoch. Trop corrosif, le petit artiste de variétés devenu pourfendeur de toutes les dérives du pouvoir. Et surtout trop crédible.

    A la cocasserie et à la férocité des mots, il a peu à peu ajouté une connaissance profonde des dossiers qu’il aborde. Plus qu’à un Coluche, avec lequel il a tourné dans Le Fou de guerre, de Dino Risi, c’est à Michael Moore que s’apparente le satiriste italien. Sa verve est parfois prophétique, comme pour le krach du géant agroalimentaire Parmalat, qu’il est le seul à prédire, avec des semaines d’avance sur les banques et les experts financiers. Est-ce dû à sa formation de comptable ? Il n’a pas son pareil pour décortiquer les bilans, éplucher les comptes d’exploitation, transformer les assemblées générales d’actionnaires en happenings délirants : il tenta « une OPA à la génoise » sur Télécom Italia à la tête de petits porteurs. En guérilla permanente, Beppe Grillo est sur tous les fronts : des scandales bancaires aux combats écologistes, en passant par le travail précaire qu’il stigmatise dans un livre, Schiavi moderni (Esclaves modernes).

    Pour être sûr d’être lu, il a mis le bouquin en ligne gratuitement. Il est vrai que, depuis trois ans, l’artiste comique a découvert l’arme de communication massive par excellence : son blog. Avec 160 000 connexions quotidiennes, il est le 12e site le plus consulté de la blogosphère mondiale. Le « peuple de Grillo » navigue sur Internet. C’est ce qui fait, selon lui, la différence avec Nanni Moretti, le cinéaste qui lança en 2002 les girotondi (rondes citoyennes) contre Silvio Berlusconi : « Il était le produit des moyens de communication, aussi quand les caméras de télévision se sont éteintes, son mouvement s’est arrêté. Moi, je suis le produit du réseau », estime Beppe Grillo.

    Ne risque-t-il pas de perdre de son efficacité en changeant de posture, passant du rôle d’observateur critique à celui d’acteur de terrain ? « Je suis pour une politique joyeuse et allègre, lance-t-il. Avant tout, je suis un professionnel du sourire. »

  19. Le principal ennemi de la démocratie n’est-il pas, caché au fond de nous, le rejet sourd qu’elle nous inspire dans son principe même (ce que Jacques Rancière nomme carrément La haine de la démocratie) et qui ressort, plus ou moins masqué, dans les critiques qu’on lui porte ici ou là ?
    (Faut avouer que c’est somme toute un truc très intello. Rien de naturel, en effet, dans ce principe abstrait d’égalité.)

  20. Les maîtres-penseurs de la cause démocratique seraient bien étonnés d’apprendre que le peuple lui-même est foncièrement animé du principe aristocratique. Même si son exigence « réelle » est celle de l’égalité, de la liberté et du bien-être, le ressort spirituel de l’aspiration populaire, l’obscur objet de son désir, reste la gloire, la fortune et le sacrifice.

    (Cool Memories V, Galilée, 2005)

  21. Il y a certes le « cancer de la démocratie » (qui reste peut-être encore à bien cerner, le débat ne semble pas fini)… mais on peut aussi parler de la « démocratie du cancer » : riches ou pauvres, hommes ou femmes, fumeurs ou non fumeurs, végétariens bios ou carnivores aux hormones… On n’est pas encore tout à fait égaux devant la maladie, mais avec un peu de bonne volonté, on devrait y arriver !!!

  22. (…)
    En quoi la démocratie est-elle un scandale ?
    Le scandale démocratique est déjà perceptible chez Platon. Pour un Athénien bien né, l’idée de la capacité de n’importe qui à gouverner est inadmissible. Mais la démocratie apparaît aussi comme un scandale théorique : le gouvernement du hasard, la négation de toute légitimité soutenant l’exercice du gouvernement. Ce scandale de l’absence de légitimité du pouvoir, il le transpose sur un mode sociologique en représentant la démocratie comme un gigantesque bordel où tout le monde fait ce qu’il veut, les enfants commandent aux parents, les élèves font la leçon aux maîtres, les animaux occupent la rue, etc. Tout le bavardage qu’on entend aujourd’hui sur l’individualisme consumériste n’est que l’habillage contemporain de la critique première de la démocratie.

    Pourquoi cette haine de la démocratie revient-elle précisément aujoud’hui ?
    La fin du soviétisme a été décisive. Tant qu’on pouvait identifier l’ennemi totalitaire, on pouvait nourrir une vision consensuelle de la démocratie comme l’unité d’un système constitutionnel, du libre marché et des valeurs de liberté individuelle. Les oligarchies étatiques et financières pouvaient identifier leur pouvoir à la gestion de cette unité. Après l’effondrement soviétique, l’écart est vite apparu entre les exigences d’un pouvoir oligarchique mondialisé et l’idée du pouvoir de n’impore qui. Mais, en même temps, la critique marxiste sans emploi a trouvé à se recycler en critique de la démocratie. Des auteurs venus du marxisme ont transformé la critique de la marchandise, de la société de consommation et du spectacle, en critique de l’individu démocratique comme consommateur insatiable. Ce qui était auparavant perçu comme la logique de la domination capitaliste est devenu le vice des individus et, à la limite, l’individu démocratique a été déclaré responsable du totalitarisme : Jean-Claude Milner expliquait le génocide comme conséquence de la démocratie, et Alain Finkelkraut, les révoltes des banlieues comme une manifestation de la barbarie consumériste.

    (in Philosophie magazine n°10, juin 2007)

  23. La démocratie, c’est la ménopause des sociétés occidentales, la Grande Ménopause du corps social. Et le fascisme est leur démon de midi.

    *

    Les hommes politiques, le pouvoir lui-même sont abjects parce qu’ils n’incarnent que la profondeur du mépris que les hommes ont de leur propre vie. Leur abjection est à l’image de celle des dominés, qui trouvent par là même quelque manière de s’en débarrasser. Il faut savoir gré à l’homme politique d’assumer l’abjection du pouvoir, et d’en débarrasser les autres. Celle-ci forcément le tue, mais il se venge en refilant aux autres le cadavre du pouvoir. Cette antique fonction héréditaire n’a jamais été démentie.

    *

    Le problème actuel de la classe politique, c’est qu’il ne s’agit plus de gouverner, mais d’entretenir l’hallucination du pouvoir, ce qui exige des talents très particuliers. Produire le pouvoir comme illusion, c’est comme de jongler avec des capitaux flottants, c’est comme de danser devant un miroir.
    Et s’il n’y a plus de pouvoir, c’est que toute la société est passée du côté de la servitude volontaire. Cette mystérieuse figure, sur laquelle on s’est interrogé depuis le XVI e siècle, n’est plus un mystère désormais, puisqu’elle est devenue la règle générale. Mais d’une façon étrange : non plus comme volonté d’être serf, mais comme chacun devenu serf de sa propre volonté. Sommé de vouloir, de pouvoir, de savoir, d’agir, de réussir, chacun s’est plié à tout cela, et la visée du politique a parfaitement réussi : chacun de nous est devenu un système asservi, auto-asservi, ayant investi toute sa liberté dans la volonté folle de tirer le maximum de lui-même.
    Mais alors, le pouvoir n’a plus de sens, puisqu’il n’y a plus besoin de lui pour perpétuer cette forme mystérieuse qu’est la servitude volontaire. A partir du moment où le pouvoir n’est plus l’hypostase, la transfiguration de la servitude et que celle-ci est parfaitement diffuse dans la société, alors il n’a plus qu’à crever comme une fonction inutile.

    *

    Toute société doit désigner un ennemi, mais elle ne doit pas vouloir l’exterminer. Ce fut l’erreur fatale du fascisme et de la Terreur. Mais c’est celle aussi de la terreur douce et démocratique, qui est en train d’éliminer l’Autre encore plus sûrement que par l’holocauste. (…)

    *

    Plus besoin de s’en prendre à la classe politique. Elle pratique l’autodestruction spontanée. Tout ce qu’il faut faire, c’est pratiquer une non-assistance implacable à personne en danger.

    *

    Comme le scorpion menacé par le feu darde sur lui-même son propre venin, ainsi la démocratie encerclée par les flammes du libéralisme et du nouvel ordre mondial instille en ses veines le venin fulgurant de la corruption. La pensée elle aussi, encerclée par cette lugubre réalité, préfère se suicider en avalant son propre concept.

    *

    L’indifférence au politique serait due à la désintégration du lien social. Or, c’est tout le contraire. C’est le niveau élevé de disponibilité de la société civile et l’intensification des réseaux de communication, en même temps que la promotion d’une liberté dont nous avons l’usufruit perpétuel, mais dont nous n’avons plus le concept, qui créent cet absentéisme à soi-même et aux autres dont l’absentéisme politique n’est qu’un symptôme.

    *

    Le pouvoir n’existe que parce que nous nous en défaussons profondément. Et le politique n’est là que pour masquer cette défection par un système de représentation en trompe-l’oeil.
    La vie pourtant, telle qu’elle est, nous en avons envie aussi. Et la puissance, nous en avons envie aussi, irrésistiblement. Mais peut-être moins profondément que du contraire.

    *

    Le refus de la domination ne se borne pas au refus d’ête dominé, il implique celui de dominer. Si celui-ci avait la même violence que le refus d’ête dominé, il y a longtemps qu’on ne rêverait même plus de révolution.

    (Cool Memories)

  24. J’ignore si ceci provient de la forme de démocratie actuelle en France, si c’est le fruit d’une histoire particulière ou s’il s’agit d’une tare congénitale mais je constate avec perplexité une nette déficience personnelle de l' »homopublicus », de l’être publique, du citoyen, en somme. Cette infirmité me laisse souvent très désarmé devant l’expression de ceux qui me paraissent très politisés, ou plutôt qui ne semblent pas souffrir de cet handicape notoire. Pourtant une autre voix m’exhorte à interroger ce symptôme particulier hors du simple champ psychologique pour le situer justement dans le champ du politique, et voir s’il ne serait pas aussi l’expression « pathologique » si ce n’est pathétique, d’une maladie de notre démocratie actuelle. En effet, le système de délégation absolue qui admet de décharger le citoyen de ses responsabilités vis à vis de la collectivité en les confiant à des spécialistes de la chose publique, à l’intérieur d’une cité, d’un état ressemblant de plus en plus à une simple entreprise dans son organisation, sa gestion ou même ses objectifs finalement, ne doit-il pas aboutir à cette atrophie totale de l’être politique chez certaines personnes sans doute prédisposées à ce qu’elles développent ainsi un individualisme forcené ?

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