Depuis quelques jours, des tas de mails circulent à propos de l’abeille et de sa disparition. Ce soir, un mail contradictoire me parvient, argumenté par le fait que l’abeille domestique n’est pas forcément une « sentinelle de la biodiversité » et que sa présence, à elle seule, ne garantit pas forcément la diversité des espèces végétales sauvages. Evidemment ! La nature est trop complexe pour se satisfaire de tels raccourcis.
Mais « sentinelle » ou pas, la disparition de l’abeille n’en est pas moins dramatique. J’ai déjà alerté les lecteurs de ce blog sur la diminution des insectes pollinisateurs. J’ai déjà parlé, au hasard d’un commentaire, de ma production de courgettes qui se fait par à-coups avec de longues périodes sans fruits (ils avortent, à peine formés, faute d’insectes). Je crois donc que c’est aussi et surtout au niveau économique que la disparition de l’abeille aura des conséquences cruelles.
Dans le journal Le Monde, Bernard Vaissière, chercheur à l’INRA, spécialiste de la pollinisation, a rendu publiques ses interrogations concernant l’avenir de la production de fruits et légumes sur notre planète. Car l’abeille, qui à elle seule représenterait 10% du poids économique de l’agriculture, disparaît de l’ensemble de la Terre (ainsi par exemple aux Etats-Unis où 25% de la population a été décimée par l’hiver 2006-2007). Cette raréfaction touche aussi bien l’abeille domestique que les mille espèces sauvages connues au monde.
D’après Bernard Vaissière, 80 % des espèces de végétaux cultivés en Europe dépendent directement de la pollinisation par les insectes, des abeilles pour l’essentiel. Evidemment, d’autres vecteurs comme le vent ou l’autopollinisation contribuent à la reproduction sexuée mais « sans les butineuses, la plupart des cultures n’atteignent plus une production satisfaisante ». C’est le cas de la plupart des arbres fruitiers, des grandes cultures oléagineuses (colza, tournesol) et protéagineuses, des cultures maraîchères (cucurbitacées, tomates, fraises), des crucifères (radis, choux, navets), des ombellifères (carottes, céleri, persil) et des alliacées (oignons, poireaux). Il semble donc difficile d’imaginer un repas auquel les abeilles ne soient pas associées de très près !
Vaissière rapporte qu’une étude internationale a évalué, pour la première fois, la dépendance aux pollinisateurs de la production agricole mondiale des 115 cultures les plus importantes. La conclusion est alarmante : 35 % de la production de nourriture, rapportée au tonnage, dépend des insectes. Ne seraient pas concernées cependant des céréales essentielles comme le blé, le maïs et le riz.
Il n’y a pas d’alternative à la disparition des abeilles et les essais d’augmentation de la pollinisation par le vent (en utilisant des hélicoptères) ont été jugés trop peu rentables pour être mis sur le marché.
Bernard Vaissière pointe du doigt les causes de la raréfaction des abeilles : élimination de leurs sites de nidification, raréfaction des plantes qui leur fournissent nectar et pollen, parasites et maladies … Et, surtout, l’épandage de pesticides, car des travaux récents concernant le séquençage du génôme de l’abeille montrent que celle-ci possède peu de « gènes de détoxification ». Les propos de Vaissière confortent mon intuition : je suis en effet persuadé que l’utilisation de pesticides est une bombe à retardement qui aura des effets considérables, pas seulement sur les espèces animales, mais sur la santé publique.
Je pense que cette raréfaction des abeilles (et de l’ensemble des insectes pollinisateurs) va accentuer la pénurie de nourriture au niveau de la planète. Elle va s’ajouter au reste : à savoir que le lait commence à manquer, que les moussons de ne se font plus régulièrement et que la récolte de riz devient moins régulière en Asie, que les terres arables disparaissent et entraînent déjà des exodes de population en Afrique, que le manque d’eau va diminuer la rentabilité des cultures, que la généralisation des biocarburants va avoir un effet dévastateur sur la production de nourriture (et notamment sur ce que l’on daignera laisser aux pays du Sud). Bref, avant même que ne soit rendue publique cette nouvelle menaces sur les insectes, notre planète était probablement déjà en situation d’insuffisance alimentaire.
Bien sûr, cette idée de pénurie alimentaire fait froid dans le dos. Mais je dois dire que j’aime particulièrement cette idée que le destin de l’Homme, quelque part, est intimement lié à celui de nos frères inférieurs. Je ne sais pas s’il y a là, matière à un peu (un tout petit peu) d’optimisme mais il y a en tous cas matière à réfléchir, pour peu que nous soyions en mesure d’en tirer les leçons.



Les biocarburants ne seront pas généralisés si il reste un temps soit peu de bon sens à ceux qui se veulent pragmatiques. C’est pas vraiment crédible à grande échelle et ce n’est rentable qu’en terme de communication pour l’instant, tout ça car on confond trop souvent biologique et écologique.
« Nomina si nescis, perit et cognito rerum » diraient certain.
Il faut aussi ajouter à cela tout les insectes et autres qui aèrent et modifient la structure de la terre, il a de quoi avoir peur aussi à ce niveau (souvent pour les même raisons) …
On a réellement tenté de remplacer les abeilles par des hélicopères ???
Wahou… J’aurais pas aimé me faire piquer !!!!
Les hélicoptères utilisés étaient des mâles, ils ne piquent donc pas (tout comme les mâles d’abeilles appelés « faux-bourdons ») !!!
Ces abeilles qui disparaissent, ça me fout le bourdon !
(…) Autour de moi, tout bruissait, bourdonnait de mille rumeurs grésillantes. C’était la fin du printemps et partout les Abeilles butinaient. Tout le lieu résonnait de vibrations de joie, d’ondes qui racontaient la douceur des pollens. Tandis que j’admirais la beauté retrouvée de ce monde (…) une Abeille vint se poser tout près de moi sur une fleur. Ses mandibules s’écartèrent et sa glosse aspira goulûment le nectar. Ses beaux yeux ocellés ne semblaient pas me voir tant Elle était livrée à l’ivresse des sucs, le corps tout frémissant, les ailes continuant de vibrer au soleil. C’était une vibration très rapide et très douce, une sorte de fin vrombrissement comme si tout son corps ronronnait de plaisir. Mais le plus curieux, le plus surprenant en ce bruit était moins sa persistance et sa douceur étrange que les frissons légers, harmonieux qu’il provoquait dans l’air, comme des mots, ou des bribes ténues, si ténues que je dus m’approcher très près pour L’entendre vibrer, susurrer par ses ailes :
- … je…te… buti…nerai… je… te… buti… nerai …
Je ne m’étonnais guère d’entendre une abeille parler. Mais je fus plus surpris d’entendre pour la première fois un insecte vibrer en conjuguant les verbes, et plus surpris encore de l’entendre émettre ce verbe au futur alors qu’il indiquait une action présente. Ne disait-Elle pas : …je…te…buti…nerai… alors qu’Elle était justement en train de butiner ? Il y avait là une bizarrerie propre, sans doute, aux apidés. (…)
*
Le soleil gagna le haut du ciel, la terre s’embrasa. Les Abeilles butinaient toujours et la prairie bruissait de leurs ronronnements. Pourtant, il me sembla que celui-ci changeait de ton, d’intensité ou de rythme peut-être, d’une façon infime, comme une légère, intime dissonance. J’approchai une fleur où frémissait une ouvrière et, cette fois, je l’entendis nettement, clairement, susurrer :
- … je…te…buti…ne… je…te…buti…ne…
Ainsi, j’avais dû me tromper le matin. J’avais mal écouté ou compris le message vibré. Les Abeilles ne faisaient nulle exception à la règle arthropode qui veut que les insectes n’émettent qu’au présent. Et, satisfait d’avoir résolu cette petite énigme, je choisis un arbre touffu dont l’ombre m’abrita et là, je m’endormis. Dans le ciel, le soleil flamboyait au zénith.
*
Je me réveillai vers le soir. L’ombre des herbes s’allongeait, la terre sentait le crépuscule et ma peau, elle aussi, éprouvait les premiers frissons de l’avant-nuit. Quelques Abeilles isolées s’attardaient encore sur les fleurs et je les dépassais sans trop me soucier d’elles quand je surpris, à nouveau, dans leur ronronnement cette légère dissonance qui m’avait alerté à midi. Cette fois, il s’agissait d’un bourdonnement plus lent, plus retenu, comme étouffé, un susurrement qui disais tandis qu’elles butinaient : … je…t’ai…buti…né… je…t’ai…buti…né… Elles parlaient au passé, et même au passé composé ! Je n’y compris plus rien. J’étais pourtant certain d’avoir distinctement surpris et perçu leurs messages antérieurs. Pourquoi changeaient-Elles ainsi de temps, et pourquoi, sauf à midi, n’était-il jamais accordé à celui de l’action ?
*
Il me fallut longtemps, très longtemps pour comprendre. Il me fallut des jours et des nuits dans le pré lumineux pour élucider le mystère, en écoutant attentivement chaque aube, chaque midi et chaque soir le mystérieux ronronnement qui chaque fois changeait de temps. Mais enfin la lumière se fit (c’est le cas de le dire) lorsqu’un jour, méditant comme à l’ordinaire sur ces verbes incongrus, je regardais machinalement les ombres naître, grandir et raccourcir sur le cadran vert de la terre. Alors, en un éclair, je compris que les Abeilles devaient être sensibles à la longueur et à la direction de ces ombres portées, qu’elles sentaient en leur corps la hauteur du soleil et qu’en somme le temps réel du jour régentait celui de leur verbe. C’était évident, enfantin et j’aurais dû y penser plus tôt ! Pour les abeilles – et pour d’autres insectes peut-être –, le temps des mots était fonction du temps des choses, il suivait, signifiait, reflétait, répétait la course horaire du soleil, au point même qu’il devait comporter des nuances intermédiaires inconnues des humains, selon les heures du jour. Voilà pourquoi elles parlaient au futur lorsque l’aube naissait, au présent quand le soleil flamboyait au zénith, au passé quand la lumière déclinait : pour elles, le sens des mots dépendait de leurs sens physiques qui eux-mêmes dépendaient du sens du soleil ! Et je demeurais là, dans la prairie bruissante, émerveillé par l’évidence et la simplicité de ce langage.
(Le pays sous l’écorce, Seuil, 1980)
Très beau ce texte de Lacarrière qui commence ainsi « Autour de moi, tout bruissait, bourdonnait de mille rumeurs grésillantes… ».
Ce début de phrase me replonge dans le souvenir de mon enfance. Oui, effectivement, je me rappelle quand l’air était plein de ces bourdonnements. Aujourd’hui, les abeilles et les insectes butineurs n’ont plus que des populations éparses. Entendre un fort bourdonnement est devenu rare sur notre terre (ça vous est arrivé dans les dernières années ?). Mais peut-être est-ce moi qui ai avancé dans l’âge et qui est atteint d’un début de surdité !
Petite précision sur mes trois photos publiées sur cet article : elles ont toutes été faites dans les années 80.
L’abeille est trop occupée à recueillir le suc des fleurs pour s’attarder à contempler les chambres paradisiaques où elle pénètre à tout instant. L’homme est trop occupé à « gagner sa vie » pour la vivre !
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L’abeille qui soulage la fleur de son suc rend plus suave son parfum. Femme qui allaite purifie son haleine.
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L’abeille a les plus hauts reins. D’où la prodigieuse force de levier de sa piqûre par rapport à la petitesse de son corps. La hauteur des reins, chez l’homme, augmente la force de son coup de pied.
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Sons aigus émis dans un vase creux, se changent en sons nasillards. Le bourdonnement de l’abeille est le résultat des sons flûtés de ses ailerons-cystes tombant dans les trous d’air, creusés par ces mêmes ailes vibratoires qui fouillent le vent comme des avirons.
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L’abeille « cherche » la fleur. La fleur appelle l’abeille de son odeur. Il n’est de sensations à sens unique nulle part dans la vie.
(Sens plastique, Gallimard, 1948)
Moi j’ai bien entendu des bourdonnements ces dernières années, mais je ne suis pas certain du tout qu’il s’agissait d’abeilles (…peut-être plutôt, si j’en crois Malcolm de Chazal, des petits sons aigus émis dans ma tête creuse).
J’ai bien remarqué les sacs de pollen de chaque côté de l’abeille sur la deuxième photo, ça ressemble exactement à une paire de sacoches sur un vélo. Le pollen, ça lui sert à se doper ?
Zut alors, j’aurais pas cru que ça s’écrivait comme ça. Mon copain me dit souvent « tu veux que je te paulinise ? ». Donc si j’ai bien compris, ça veut pas dire « engrosser Pauline »…
Qu’on arrête de se moquer des abeilles, siouplé, sous prétexte qu’elles ne savent pas manger proprement (cf. première photo). Manger de la semoule sans les mains, vous arriveriez, vous, à le faire sans vous en mettre plein la barbe ?
L’abeille
Emerge.
Curieux que pour toi
Elle n’ait pas plus tôt
Fait son apparition.
C’est sans doute
Qu’il y a deux royaumes,
Deux façons
d’habiter le temps.
*
L’abeille
N’est quand même pas
Une machine à coudre.
La preuve,
C’est qu’elle pique
Un peu partout
Et qu’elle en meurt.
*
Va, obéis, abeille,
On ne sait pas à quoi,
Probablement
Ordonné par la nuit,
Celle d’avant nos nuits.
*
Bien des choses
M’étonnent.
Mais que dans l’air du jour
L’abeille inscrive
Un chemin de la nuit,
C’est là une ouverture
Vers d’autres labyrinthes.
*
La lavande et toi,
Je comprends.
C’est facile,
Un tel attrait
Pour du soleil
Emmagasiné.
Les roses de Noël,
Non ?
*
Entre le papillon et toi,
Quels rapports ?
Quand on le saura,
On comprendra mieux,
Même les couleurs.
*
Lorsqu’on tue l’abeille,
Vient aussitôt la peur
Que s’écroule
Ou que s’écoule un monde
Tangentiel au nôtre
Ou l’englobant.
*
Si je suis informé,
Vous ne creusez
guère vos nids,
Comme les guêpes le font.
Il vous faut des ruches
Faites par l’homme, votre ennemi,
A voir comment
Vous lui en voulez.
*
Vous ne vous caressez pas
Entre vous,
C’est évident.
*
L’eau
Doit vous étonner :
Les flaques,
Les fleuves,
La solitude.
*
Et si
Vous attendiez
Votre heure,
Dissimulatrices ?
J’ai comme une idée
Que vous creuez des trous
Dans les trois dimensions
Et que c’est au-delà
Que vous vous préparez.
*
En attendant,
Vous avez les fleurs,
Vous avez nos peaux,
Qui vous refusent.
*
Vous,
De droit divin,
Les abeilles,
Vous ne vous essuyez
Jamais les pieds
Avant d’entrer
Dans les fleurs,
Dans nos tissus.
*
Pour, comme vous,
Dessiner dans l’air
Des géométries variables,
Il n’y a personne.
*
Vos cantiques,
C’est seulement
Vos bruits d’ailes,
Même entre vous ?
Ou c’est un silence
Instillé par vous
Contre celui qui vous enserre ?
*
Noir
Est en plein soleil
Votre royaume,
Celui que l’on pressent
A vous voir tournoyer.
*
Je te regarde,
Abeille.
C’est encore
La première fois
Et c’est comme si
Tu berçais le monde.
*
La vieillesse,
Vous connaissez ?
Vous connaissez ces choses
Qui vous exaltent sur le tard ?
Cette joie pour l’instant
Qui pourrait vous ôter ?
*
Comment faites-vous
Avec les fils de la Vierge ?
Je n’ai jamais pu
Vous prendre sur le fait.
Vous contournez, je crois.
*
Vous ne contournez pas
Les océans.
Vous préférez
Les ignorer.
Vous ne voyagez guère
Qu’autour de votre ruche.
J’imagine un essaim
Traversant l’Atlantique.
*
Espèce d’abstraction
Qui fabriquez le miel,
Cette colle sucrée,
Auriez-vous
Mauvaise conscience ?
*
Votre peu ordinaire
Agitation.
La transparence
De vos ailes.
La brièveté de votre émergence
Dans l’air terrestre.
*
Bien sûr
Que vous avez votre langage.
Utilitaire,
N’est-ce pas ?
Jamais de causette
Au fond des ruches ?
*
Il ne faudrait quand même pas
Que j’aille
Dans mes divagations,
Jusqu’à vous confondre un peu
Avec les guêpes,
Moins ténèbres que vous
Dans leur méchanceté.
*
De fleur en fleur,
Ta ressemblance
Avec une consonne
A voyelle variable.
*
Entre la fleur et toi,
Je ne suis pas sûr
Que le contrat
Soit consensuel.
*
Je ne parle ici
Que des ouvrières.
Je ne connais pas la reine,
Pas les faux-bourdons.
Je parle
De celles qui me hantent,
Des stériles,
Dont les piqûres
M’ont terrifié.
*
Mais, quand même,
Vous chantez.
Quand même,
Vous êtes un chant
Vers la rigueur
De vos tournois.
Ca chante, là
Où vous passez.
*
Nettoyez-vous les fleurs
Avant de les sucer ?
C’est avec quoi ?
Avec vos pattes ?
Avec vos ailes ?
*
Annonciatrices,
Tu fus,
La première industrie
Etablie sur la terre.
*
Un matin de printemps
Où l’on aimerait voir
Un ballet combiné
De grésil et d’abeilles.
*
Griffures
Sur l’azur.
Vous n’êtes pas
Les seules.
*
Les abeilles le cachent,
Mais entre elles
Il y a de la politesse
Extrême-orientale.
L’entrée dans les ruches,
Le partage des fleurs.
*
L’abeille te pique
Et meurt
De t’avoir connu.
Peut-être le savait.
*
Si fortement
Programmée que tu sois,
Il doit t’arriver
De te surprendre
Inconnue de toi,
Déboussolée
Dans des hauteurs
Bâties sur du vertige.
*
A Paris aussi bien
Que sous les tropiques,
A Kuala-Lumpur,
Par exemple,
On parle des problèmes
Que les gens
Ont avec eux-mêmes.
Toi, Ton OEdipe ?
(Abeille, extraits, 1979)
Le septième « texticule », il fait une bonne synthèse de l’article de Bernard, non ?
Lorsqu’on tue l’abeille,
Vient aussitôt la peur
Que s’écroule
Ou que s’écoule un monde
Tangentiel au nôtre
Ou l’englobant.
« De toutes ces abeilles qui m’avaient précédé, je n’avais rien gardé du miel, seulement l’aiguillon. J’étais bien devenu une guêpe ».
(Les abeilles et la guêpe, Seuil, 2002)
Dans le « mail contradictoire » dont parles Bernard en début d’article (j’imagine qu’il s’agit du texte de Serge Gadoum et Pierre Rasmont intitulé Jachères apicoles et jachères fleuries : la biodiversité au menu de quelles abeilles ?), j’aime beaucoup la distinction faite entre l’Abeille domestique et l’Abeille sauvage, comparable à celle opposant le Charolais (j’aurais plutôt dit le Porc mais bon…) au Sanglier.
Grosse différence toutefois : il y aurait 900 espèces d’Abeilles sauvages (rien qu’en France) pour deux-trois domestiques à peine (les premières étant encore plus en danger que les secondes).
Intrigant :
Rudolf Steiner (vous savez l’inventeur – entre autre – de la méthode de culture dite « biodynamique » qui avait déjà prévu que donner de la nourriture carnée à des vaches pouvait « leur monter à la tête »), lors d’un célèbre « Entretien sur les abeilles », avait mis en garde, dès 1923, contre les dangers de l’élevage intensif et artificiel des Abeilles risquant, selon lui, de mettre en péril la survie de l’espèce dans les 100 ans à venir.
(cf : http://www.editions-triades.com/agriculture/abeilles_fourmis_et_guepes.html)
Qu’est-ce qui t’arrive, Vincent ?
Tu te mets à lire les articles « scientifique » maintenant… et citer des « spiritualistes » de première ?
Comment veux-tu qu’on s’y retrouve, nous ?
« Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’Homme n’aurait plus que quatre années à vivre ; plus de pollinisation, plus d’herbe, plus d’animaux, plus d’hommes…. »
Quelqu’un peut-il me préciser de quel ouvrage elle est tirée, cette phrase (supposée) d’Einstein que l’on retrouve un peu partout dès que le sujet est abordé ?
Oui, effectivement, il faut faire la différence entre abeille domestique et la multitude d’espèces sauvages qui existe. Il est évident qu’on focalise beaucoup trop sur l’abeille domestique alors que les espèces sauvages ont un rôle de tout premier plan dans la sauvegarde de la biodiversité. De toute façon, que l’on se focalise sur els unes ou les autres ne change rien au problème : tous les insectes pollinisateurs disparaissent. Les mêmes effets sont très probablement induits par les mêmes causes.
Concernant Steiner, je ne sais pas trop ce qu’il entend par « l’élevage intensif des abeilles » mais dans notre région, l’apiculture est pratiquée de manière au contraire plutôt extensive. Mais bon, la notion d’intensif et d’extensif sont à manier avec prudence car on se sait pas trop ce que la nature peut supporter comme niveau d’intensification.
Oh! Vous, dont le travail est joie,
Vous qui n’avez pas d’autre proie
Que les parfums, souffles du ciel,
Vous qui fuyez quand vient décembre,
Vous qui dérobez aux fleurs l’ambre
Pour donner aux hommes le miel,
Chastes buveuses de rosée,
Qui, pareilles à l’épousée,
Visitez le lys du coteau,
O sœurs des corolles vermeilles,
Filles de la lumière, abeilles,
Envolez-vous de ce manteau!
Ruez-vous sur l’homme, guerrières!
O généreuses ouvrières,
Vous le devoir, vous la vertu
Ailes d’or et flèches de flamme,
Tourbillonnez sur cet infâme!
Dites-lui : »Pour qui nous prends-tu? »
(…)
(Le manteau impérial)
(…) Au fond, la ruche est un peu comme un monastère, fait de cellules minuscules, avec au-dessus le bourdonnement de laprière, et les abeilles sont un peu comme des religieuses. Il y a des milliers d’extase devant une ruche, qui sont comme une danse d’ivresse. Quant aux abeilles, elles sont comme des danseuses soufies, on peut aussi penser à elles comme à de grandes mystiques. (…)
(La lumière du monde, Gallimard, 2201)
L’abeille
Quittant
Chaque fleur
Sort
Avec
Un geste ivre
(Poèmes, Léo Scheer, 2001)