Swinging Bach (4)

Pas de Petit dimanche Musical habituel aujourd’hui, je n’ai pas eu assez de temps pour le préparer sérieusement.

Mais un dimanche sans musique serait un bien triste dimanche. Alors, reprenons notre petite série consacrée au fabuleux DVD “Swinging Bach” enregistré en 2000, à l’occasion du 250ème anniversaire de la mort de Jean-Sébastien Bach, sur la place de Leipzig.

Après vous avoir proposé les King’s Singers, le Saxophone Quintessence Quintet et le Turtle Island String Quartet (que vous pouvez retrouver avec le moteur de recherche ci-contre en tapant simplement Swinging Bach), voici deux extraits de Bobby McFerrin, un grand virtuose de la voix. D’abord dans une adaptation de la partita pour violon n°3 :

Puis dans une improvisation sur une musique de Bach. Mais laquelle ? J’en connais le thème mais suis incapable de le retrouver (désolé, l’image de la vidéo que j’ai trouvée sur Youtube est à peine déformée mais je n’en n’ai pas trouvée d’autre) :

29 commentaires pour “Swinging Bach (4)”

  1. jenofa dit :

    Aucun commentaire?
    Si, le mien.
    Pour te dire que je viens d’avoir u coup de coeur pour ton blog.

  2. Robert dit :

    Bernard, je crois qu’il s’agit de l’Andante du Concerto pour violon en Si mineur BWV 1056.
    Quand je pense que Stéphane et Marie fréquentent assidument le vieux maître, je me dis que nous avons bien fait d’aimer ensemble sa musique et celle de Mozart…

  3. Glorfindel dit :

    “This is the 2nd movement from the harpsichord concerto in F minor.”
    selon ry83an dans les commentaires Youtube.

  4. Anne dit :

    Je trouve des ressemblance frappantes entre ce concerto et le morceau de Jacques Higelin J’aurais bien voulu qui se trouve sur l’album HIGELIN & ARESKI. Impossible de trouver une vidéo sur ce morceau, juste un petit extrait à écouter sur
    http://www.emusic.com/album/Higelin-And-Areski-Higelin-And-Areski-MP3-Download/10747115.html
    Mais je ne suis pas sûre que l’extrait, très court, suffise à dire s’il y a véritablement ressemblance.
    En tout cas, en écoutant le morceau par Bobby McFerrin, je me disais, je connais cet air-là et autrement que par Bach. Et puis, tilt, je retrouve que c’est ce morceau d’Higelin. Mais je n’y connais rien en musique. Y aurait-il un musicien lecteur du blog pour me dire si Higelin s’est largement inspiré de Bach ?

  5. Robert dit :

    Nous allons y arriver, Glorfindel :
    Si Bobby Mc Ferrin interprète effectivement le second mouvement du Concerto BWV 1056 de Jean-Sébartien Bach, ce concerto prend deux formes dans son oeuvre :
    . Il est, ainsi que tu le signales justement, pour clavecin en Fa mineur : second mouvement : Largo.
    . Il est également, pour violon, en en Sol mineur (et non en Si ainsi que je je disais par erreur de traduction du G anglais) : second mouvement : Andante.
    Je crois savoir qu’il arrivait fréquemment à Bach de reprendre ainsi certaines de ses oeuvres pour un nouvel usage, voire de retranscrire carrément les oeuvres d’un collègue (Vivaldi, par exemple) pour les mettre à sa propre sauce. La chose était courante et admise à l’époque. Autre temps, autres moeurs.

    A l’écoute de “J’aurais bien voulu t’écrire”, à part un peu dans la manière de chanter, il ne me semble pas, Anne, qu’il y ait un rapprochement mélodique à faire avec l’interprétation de Bach par Bobby Mc Ferrin. Cependant il y a quelque chose de commun entre les deux, une émotion intime peut être…

  6. Steph dit :

    Effectivement dans l’extrait d’Higelin, entre les secondes 13 et 19, y’a une harmonie et une petite “envolée” de voix qui rappelle énormément ce genre de mouvements lents de Bach (celui ci-dessus, mais également le très connu “Air on a G String”)

  7. Robert dit :

    C’est tout à fait vrai, Steph !
    Encore des précisions, pêchées dans un CD-Rom consacré à Bach :
    “Le Concerto en Sol mineur, BWV 1056 a été reconstitué d’après le Concerto pour clavier et cordes en Fa mineur 1056. Le Largo se retrouve également dans la Cantate N°156 “Ich steh mit einem Fuss im Crabe” où il fait office de Sinfonia d’ouverture.”
    Qui a inventé le recyclage, selon vous ?

  8. Steph dit :

    Ca recyclait à la chaine bien avant Bach : des chants grégorien jusqu’à la renaissance, tout était recyclé dans tous les sens possibles ;)

  9. Anne dit :

    Steph, je déroge à la règle des blogs en t’envoyant le morceau entier sur ton mail perso. Le seul extrait que j’avais trouvé accessible sur le net était beaucoup trop court pour te montrer où pouvaient être toutes les similitudes.
    Je précise juste que je ne cherche pas si Jacques Higelin a plagié Bach, mais plutôt à savoir si je peux me fier à mon oreille…

  10. Humeur légère dit :

    Euh, vous êtes sûrs, absolument sûrs, que c’est pas Bach qui a plagié Jacques Higelin ?

  11. Bernard dit :

    Oui, tu as raison Robert, tout était recyclé à l’époque de Bach. Et Bach lui-même a transcrit des tas d’oeuvres. Et pas seulement Vivaldi. Ce qui m’amène à dire qu’il n’aurait sans doute pas renié cette interprétation de Bobby McFerrin.
    Et comme le dit Steph, cela se faisait dans tous les sens possibles. Il n’y avait pas de droits d’auteurs, on usait et abusait de ce qui s’écrivait par ailleurs. On transcrivait, améliorait … et l’art s’en sortait plutôt bien il me semble. Est-ce que la protection sur les oeuvres n’est pas allée trop loin aujourd’hui et n’est-elle pas un véritable frein ?
    Moi, ça me plairait en tous les cas qu’un jeune sans le fric qui n’a pas les moyens de payer des droits se mette à reprendre une oeuvre banale et en fasse une véritable oeuvre d’art. Tout comme Bach a fait avec Vivaldi. Je ne veux pas dire que Vivaldi est banal (car j’adore) mais entre les deux compositeurs, y’a pas photo. Stravinski ne s’y est d’ailleurs pas trompé, lui qui a déclaré je crois “Vivaldi n’a pas fait 600 concertos, il a fait 600 fois le même”.

  12. Steph dit :

    Après une petite intro, le morceau est constitué d’une séquence d’une bonne vingtaine de secondes répétée en boucle (avec des paroles différentes, des petits instruments qui se rajoutent, etc. mais rien qui ne fait évoluer mélodie/harmonie).

    Sur chacune de ces séquences, c’est à dire tout au long du morceau, on retrouve ces mêmes 6-7 secondes qui font vraiment beaucoup penser à Bach.

    Et donc oui, CQFD, tu peux te fier à ton oreille, ça fait penser à Bach tout le long :)

    Mais l’extrait suffisait, le reste du morceau n’apporte rien de supplémentaire, tout y est déjà ;)

  13. Steph dit :

    Quand je dis “n’apporte rien de supplémentaire”, je ne parle évidemment pas au niveau artistique hein, mais juste par rapport à ce qui nous intéressait, à savoir ce qu’il y avait de “proche” de l’univers de Bach !

  14. Anne dit :

    Merci, Steph.
    J’adore ce petit côté magique du blog. Tu te poses une question, et hop, quelques secondes plus tard tu as une réponse précise et argumentée de la part de quelqu’un qui se trouve à plusieurs centaines de kilomètres…
    Sinon, Steph, cet album d’Higelin est magnifique, je te le recommande…

  15. Steph dit :

    Merci pour la recommandation !

  16. Christophe dit :

    Comme-ça, parce que votre avis m’intéresse, aussi car j’aime l’art et surtout les artistes : il me semble qu’un artiste porte évidemment un talent, un mode d’expression ou un message particulier MAIS… lequel ne subit pas d’influence, ne copie pas, ne reprend pas…
    Ce serait tout de même la force de l’art sur le fric : reconnaître l’autre, apporter sa touche sans nécessairement compter en royalties, partager, harmoniser, voire rompre… les références sont tout de même indispensables non ?

  17. Christophe dit :

    Sympa au fait cette variation en bouche majeure sur JSB…

  18. Robert dit :

    Histoire vraie du recyclage d’un piano en composteur.

    Ce vieux presbytère, était maintenant une imposante demeure bourgeoise. En bonne place, dans le salon, un piano droit. On imaginait bien, assises là, de jolies jeunes filles, aux blanches mains et en robe longue, charmer ces murs de tendres mélodies…
    Avant d’entreprendre des travaux de réfection, le nouveau propriétaire nous invita à récupérer la couverture du toit et sa charpente (j’en fis ma cabane de jardin).
    Pour lui rendre service, il nous fallut aussi emporter le piano. Nous constatâmes alors que, hormis le clavier, l’instrument était vide de tout mécanisme et visiblement n’en avait jamais possédé. Depuis plus d’un siècle, ce pseudo-piano trônait dans ce salon sans avoir jamais fait entendre la moindre note de musique, sans qu’une seule jeune personne se soit disposée devant lui.
    Que faire d’un tel monstre ?
    Je le démontai, triai les planches plaquées d’acajou et brûlai le reste dans mon poêle à bois.
    Avec les planches, j’ai fabriqué un composteur…
    Et je sifflote parfois quand j’y dépose des végétaux.

  19. Robert dit :

    Recyclage d’une pièce de musique en hymne intime à l’amitié.

    - Après avoir beaucoup cherché, trouvez un véritable ami.
    - Vivez de bonnes et belles choses ensemble en y mêlant tout naturellement la musique.
    - A un moment inattendu, une pièce de musique (*) s’imposera d’elle-même. Vous comprendrez d’évidence qu’elle évoque parfaitement vos émotions partagées, votre semblable vision du monde.
    - Laissez passer les années, leurs joies, leurs peines. Contre vents et marées, cette musique continuera de cheminer entre vous. Nul égarement, nulle brouille passagère ne parviendront à éteindre sa flamme.
    - Votre ami absent, cette musique vous le rendra immédiatement présent. Elle ne vous surprendra jamais, qu’il ne vous surprenne aussi : vous verrez dans sa pupille qu’il entend intégralement la même chose que vous.
    - Quand, plus tard, vous vous direz que vous aimeriez qu’il l’écoute le jour où vous disparaîtrez, cette musique sera enfin devenue un hymne intime à votre amitié.

    (*) Par exemple, l’Allegro du Quintet en La majeur KV 581, de W.A.Mozart.

  20. Bernard dit :

    Aïe, aïe, aïe, le premier mouvement du quintet pour clarinette par Michel Portal … inégalable effectivement en tant qu’hymne à l’amitié. Cela fait partie des quelques morceaux que je connais où les larmes viennent facilement …

  21. Glorfindel dit :

    Je ne suis pas sur qu’il faille nécessairement que les émotions soient partagées pour que l’on puisse appliquer la suite de la recette.

    Cet hymne à l’amitié me fait d’ailleurs penser à la sonate de Vinteuil devenant l’hymne de l’amour entre Swann et Odette dans Un amour de Swann de Proust.

  22. Robert dit :

    Glorfindel, sur la première partie de ton propos, je ne sais que penser. Peut être que ton hypothèse est valable. En tout cas, je ne l’ai jamais expérimentée.

    Au début de l’histoire entre Swann et Odette, chez les Verdurin, la sonate de Vinteuil joue effectivement un rôle certain entre eux. Elle continue de le faire pour Swann longtemps après, le temps qu’il lui faut pour se détacher d’Odette. Pour Odette, il me semble qu’on n’en sait trop rien, sauf qu’ayant quitté Swann, on imagine qu’elle ne doit plus trop être sensible à la Sonate. Puis, vient le temps de leur union conventionnelle par le mariage et là, alors que les Verdurin ne sont font plus partie de leur vie, la Sonate ne me paraît plus jouer de rôle du tout. Qu’en penses-tu ?

  23. Glorfindel dit :

    Si elle continue à jouer un rôle important chez Swann, ce n’est plus du tout le même ! C’est par elle qu’il comprend l’état de jalousie et de dépression dans lequel il était et qu’il peut alors faire une croix sur son aventure avec Odette. Pour Odette, je crois qu’elle n’est jamais vraiment sensible à la Sonate, elle comprend l’importance qu’elle à pour Swann mais ça ne va pas plus loin.

    (Ça mériterait de relire qq passages mais je n’ai pas le roman avec moi)

    Je pense que l’interprétation de la sonate de Vinteuil comme hymne de leur amour est révélateur de l’illusion de Swann, elle est jouée fausse par Odette et il se force à l’apprécier ainsi.

    La première partie de mon message correspondait à quelque chose de plus personnel, c’est d’ailleurs seulement pendant que je répondais que j’ai fait le lien avec la sonate.

  24. Robert dit :

    Tu vois, j’ai beaucoup de mal à penser qu’il y ait amour entre Swann et Odette. Pour les deux, il s’agit d’une aventure qui s’exalte, s’épuise, reprend et fini par durer, par confort et habitude. De véritable amour, point.
    Il est clair que Swann estime finalement peu Odette. Elle n’est pour lui ni intelligente, ni cultivée. Une très jolie femme sans plus. La réciproque n’est pas davantage le signe d’un attachement affectif profond. Odette est entourée d’une cour masculine. Lors de leur promenade au Bois, deux ou trois galants l’entourent (Marcel en fait partie d’ailleurs). Swann est absent ou suit à quelque distance. Gilberte, elle, préfère aller retrouver ses amies…
    Enfin, me semble-t-il, la sonate ne joue un rôle, je me répète, que dans le premier épisode (les Verdurin), et plus du tout par la suite.
    Donc, je ne parlerai pas en la circonstance d’hymne à l’amour ; mais plutôt de musique d’accompagnement du début d’une aventure finalement durable.

  25. Glorfindel dit :

    Pour le terme d’hymne, c’est le narrateur qui l’utilise.

    “Elle n’est pour lui [qu'] une très jolie femme sans plus.”

    Non, même pas, Swann dit lorsqu’elle lui est présentée par un ami qu’elle n’est vraiment pas son genre. Il le répète après leur séparation à la fin d’un amour de Swann par qqch qui doit ressembler à “Et dire que j’ai faillit mourir pour une femme qui n’était pas mon genre !”

    J’essayerai de retrouver le passage où lors de leur séparation (fin d’un amour de Swann) il entend la Sonate et semble la comprendre avec plus de profondeur. Mais comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas le livre sous la main et je ne l’aurai pas avant la fin de la semaine prochaine.

    Après existe-t-il un amour entre les deux, je ne saurais y répondre directement. Il est indéniable que lors de leur première relation il y a une passion assez violente qui ne se retrouve pas par la suite. Peut on appeler ça de l’amour ?

  26. Robert dit :

    Je crois que nous disons, avec des mots différents, à peu près la même chose sur “Un amour de Swann”.
    Ce qui met la Sonate de Vinteuil à une sacrée distance de l’hymne intime à l’amitié dont je tentais de définir précédemment quelques conditions, ne crois-tu pas ?.

  27. Glorfindel dit :

    Sur le denier point, bien sur c’est totalement diffèrent. Mais elle a pu apparaitre comme une réponse aux autres pendant un temps du moins.

  28. Robert dit :

    Oui, je suis d’accord.
    Il demeure que Proust met magistralement en lumière, avec la Sonate de Vinteuil, le rapport existentiel temps-mémoire/musique et l’écho que cela a dans nos vies.
    Le plus extraordinaire, c’est qu’il le fait également pour la peinture : une personne ou une situation évoque tel tableau de la renaissance italienne, par exemple, et du coup mon regard sur elle en est marqué…
    En cela, il fait apparaître, en arrière fond de la rencontre interpersonnelle, le rôle fondamental de la culture dans la qualité de

  29. Robert dit :

    En cela, il fait apparaître, en arrière fond de la rencontre interpersonnelle, le rôle fondamental de la culture dans la qualité des relations humaines et, de façon plus générale, dans notre vision du monde.

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