Variétés de courges et de potirons (2)

En Franche-Comté, le temps n’est pas encore venu de semer ses courges et potirons car traditionnellement on les sème en pleine terre courant mai (même si la tendance actuelle est de les semer en godets, notamment pour mieux gérer le problème des limaces). Si cela est vrai pour la plupart des courges appartenant aux deux espèces dominantes (cucurbita maxima et cucurbita pepo), il est une espèce de courge qu’il est impératif de semer plus tôt car son cycle de développement est plus long. Il s’agit des courges appartenant à l’espèce cucurbita moschata, que l’on appelle couramment courges musquées ou muscades. Ces courges sont à mon avis les meilleures (en tous les cas des « valeurs sures ») de toute la grande famille des courges et potirons. De couleur discrète, ces courges-là sont pourtant bien moins « tape à l’oeil » que leurs cousines présentées habituellement sur les étals (potimarrons, rouge vif d’Etampes, …).

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Deux courges appartenant à ce groupe des courges musquées sont très connues.

La première est la muscade de Provence. Elle se reconnaît à son aspect côtelé et sa couleur devenant bronze à maturité.

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La chair de cette courge est ferme, légèrement sucrée (rappelant paraît-il un peu le goût de la carotte), de très bonne qualité. La saveur est épicée (d’où le nom de « musquée »).

IMG_0009On peut l’utiliser aussi bien pour les potages, la purée, les gratins, les tartes, la confiture et les flans. Personnellement, je trouve que c’est en potage qu’elle développe le plus ses qualités, notamment son côté onctueux (mais je n’ai pas essayé cette courge en tarte, confiture ou flan, n’étant pas habitué aux courges cuisinées sucrées).

IMGP6182A noter que cette courge, plutôt volumineuse (régulièrement plus de 15 kg), se conserve bien mieux que les autres variétés une fois entamée.

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La deuxième courge est, elle aussi, de très bonne qualité. Il s’agit de la courge butternut.

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En fait, on devrait parler des courges butternut car le nom « butternut » correspond à un type de courges se déclinant en de nombreuses variétés. Ces variétés se différencient par la taille, la forme plus ou moins longue ou ventrue. L’utilisation est globalement la même que pour la muscade de Provence précédemment décrite. Les graines de la courge sont concentrées du côté renflé du fruit. Deux exemples de variétés de Butternut :

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Il y a une troisième courge musquée que je cultive tous les ans. Je l’ai achetée sous le nom de F1 Barbara, elle me semble extrêmement proche des butternut par sa forme et la qualité de la chair. C’est un hybride japonais d’obtention assez récente.

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A noter qu’en plus des utilisations précédemment citées, elle peut se cuisiner sautée ou dans une ratatouille. Elle est très productive et l’on peut avoir plus de dix fruits par pied.

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Autre avantage : la plupart des courges musquées sont de très bonne conservation. Si vous avez encore des courges à consommer en mai, il s’agit certainement de courges musquées pour la plupart.

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Je disais en début d’article que toutes les courges appartenant au groupe des courges musquées devaient être semées en godet car elles avaient un cycle de développement plus long que les autres courges. La photo suivante montre par exemple qu’une courge musquée de Provence ne prendra pas sa couleur bronze si on la sème trop tard. Elle restera alors couleur vert bouteille et ne mûrira que très peu en cave. En plus sa durée de conservation sera faible et sa qualité gustative bien moindre. Il n’y a donc que des avantages à les semer dès avril afin qu’elles aient le temps d’aller au bout de leur cycle.

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Je les sème en général les courges musquées (quelque soit la variété) en godets vers le 10/15 avril (c’est donc le moment de le faire), je mets trois graines par godet et je les recouvre d’un cm de terreau.

IMGP7245Il sort alors deux ou trois plantules par pot (selon la qualité des graines). Au bout de quelques jours, je sépare très doucement les plantules (opération très délicate) et les repique en godets individuels (important : même s’il n’est sorti qu’une seule graine, repiquer quand même la jeune plantule dans un autre godet individuel, histoire de lui changer de terre).

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Un peu plus tard, lorsque la taille du godet s’avère trop petite, je les repique une deuxième fois dans un pot plus gros (c’est indispensable car les courges poussent très vite). La mise en terre définitive se fait lorsque les gelées ne sont plus à craindre. Le repiquage en pleine terre est également délicat, il faut faire attention de ne pas bousculer le chevelu racinaire qui est très fragile.

Attention également aux limaces (surtout celles dont vous entendez le cri de guerre « où vais-je, où cours-je ! »

Cette année, d’un point de vue lunaire, les dates du 10, 11, 12 et 19 avril sont très bonnes pour les semis de courges musquées. Alors à vos graines toutes !

38 réflexions au sujet de “Variétés de courges et de potirons (2)”

  1. Merci pour cette piqûre de rappel bien utile : mes différents plannings se télescopent très fortement au printemps.
    Je bénis donc ta sciatique qui te contraint évidemment au repos : elle t’oblige à faire tes devoirs bloguesques !
    Tiens, en parlant calendrier, quand sème-tu tes choux à choucroute ?

    PS : désolé, je te souhaite de cavaler au plus vite et je compatis, je connais bien la sciatique, c’est une vieille copine bien toxique perdue de vue. Je connais 2 ou 3 trucs pour la faire déguerpir. :wink:

  2. C’est une épidémie de sciatique ma parole ?
    Moi, ça va (je touche du bois), mais j’ai plusieurs amis qui sont touchés assez méchamment, tout comme toi.
    Pour un jardinier, souffrir d’une sciatique au printemps, ce n’est pas la joie …
    Je compatis.

    Sur ta 4ème photo, il me semble que la courge est posée sur un tapis de mouron des oiseaux (Stellaria media). Sais-tu que tu pourrais agrémenter ton velouté de courge avec du mouron des oiseaux ?

    J’allais oublier …
    Tu ne m’enverrais pas quelques graines de ces courges ?
    Des fois que j’arrive à en cultiver :whistle: (l’an dernier, tout a crevé et je n’ai pas eu une seule courge de quelque variété que ce soit et je ne sais pas pourquoi)

  3. Effectivement, sur la photo 4 il s’agissait d’une courge qui se faisait beaucoup de mouron, ce qui ne l’a pas empêché toutefois de pousser normalement.
    Merci pour la recette.

  4. D’accord avec toi Cath. Les jardins où les renoncules abondent sont difficiles à travailler. C’est une plaie pour le jardinier.

  5. Cela dit, si on avait trouvé une manière de cuisiner les boutons d’or, les limaces … ça se saurait et on n’en serait pas là aujourd’hui … :angry:

  6. @Christophe : je sème mes choux destinés à faire de la choucroute (soit la variété Quintal d’Alsace, soit Filderkraut) en mai.

  7. C’est peut être parce que l’on n’a pas testé. La petite boutique près de chez moi vends des vers et autres bestioles grillés pour l’apéro, ça devient très branché sur Paris. Rien a faire ça me tente pas. Pour les boutons d’or il est possible de faire des soupes mais là non plus je n’ai guère envie, alors peut être des tartes? j’aimerais bien savoir si quelqu’un a déja essayé.

  8. Cath, je suis surpris que les renoncules, avec leur côté âcre, puissent être cuisinées. Même les vaches ne les mangent pas. Franchement, à part quelques écolos parisiens, je vois pas qui … :whistle: :devil:

  9. A savoir que cette plante perd son caractère vénéneux une fois séchée !
    De plus ,
    Elle favorise un bon sommeil … Il suffit de croquer un bout , on dort !!
    :w00t: :sleeping:

  10. Alors c’est plus pour moi , ça fait deux ans que j’ai arrêté de fumer !!
    :wink:
    Par contre on si ça se boit …. Faut pas tout arrêter quand même !
    :smile:

  11. la butternut, c’est aussi ma préférée, et comme toi, je la cuisine en potage. Avec un peu de céleri rave, ou de céleri branche, avec quelques petites poignées de lentilles corail, c’est délicieux aussi ou bien des poireaux…. J’ai aussi une recette où tu fais d’abord griller tes morceaux de courge au four et tu les fais en soupe ensuite.

    Personnellement, je n’en mets pas au potager, car ici, en montagne, on peut déjà avoir des petites gelées fin août début septembre. Et vu la place que cela prend, les mettre en couche me parait difficile.

  12. Plusieurs personnes que je connais pensent aussi que la butternut est la meilleure des courges. S’il fallait que je ne garde qu’une seule variété, ce serait soit la butternut soit la musquée de Provence. Joëlle a la même appréciation que moi.

  13. Pour les boutons d’or, c’est ma grand mère qui m’avait dit il y a fort longtemps qu’elle en mettait dans la soupe pendant la guerre. Y a-t-il différents boutons d’or? Sur le net, c’est pas net

  14. En général, on donne le nom de bouton d’or à la renoncule âcre (Ranunculus acris) mais il est probable que ça et là on donne aussi ce nom aux autres renoncules qui sont proches : renoncule bulbeuse (Ranunculus bulbosus), Renoncule rampante (Ranunculus repens), Renoncule des montagnes (Ranunculus montanus) ou Renoncule des champs (Ranunculus arvensis) (sans compter qu’il en existe encore bien d’autres). Toutes contiennent des substances vénéneuses, soit l’anémonine, soit la proto-anémomine, soit même souvent les deux. A noter qu’une autre renoncule proche, le caltha des marais, contient aussi les mêmes substances vénéneuses. Mais, comme l’a dit Yves plus haut, la plante perd son caractère vénéneux en sèchant. Mais de là à la consommer … !
    François Couplan, dans son guide nutritionnel des plantes sauvages et des légumes, ne parle pas du bouton d’or.

  15. Mes courges musquées qui ont été semées en godet vendredi en début de matinée sont en train de sortir de terre. Soit 4 jours tout juste ! Elles étaient dans des conditions favorables : à la maison à 20°C … et avec de la bonne musique baroque italienne ! :wink:

  16. Merci pour les graines que je trouve dans ma boite aux lettres en rentrant de vacances :smile:

  17. Les graines que tu m’as envoyées ont enfin germé … Au bout de 10 jours voire peut-être plus ?
    Faut pas croire mais la Drôme, ce n’est pas si chaud que ça :ermm:
    Peut-être aurais-je du les mettre à l’intérieur ?
    Bon, maintenant, il y a l’étape suivante « très délicate ».
    Ouh là là, comment vais-je m’en sortir ? :cwy:

  18. Ah bon, tout va bien alors sauf que je vais récolter « éventuellement » des courges pour Noël :lol:

  19. Désolé pource message personnel mais impossible Bernard de te joindre par mail, téléphone depuis hier…
    Tout ça pour dire que les cènes sont arrivés.
    Je répète, les cènes sont arrivés. :smile:
    Ils datent de samedi, sont précieusement conservés donc pas de panique mais il faut qu’on fasse la jonction.

    Pour ne pas être trop égoïste, il s’agit de la Cèbe de Lézignan, un oignon doux excellent en salade ou dans la fameuse pissaladière provençale.

    En voici la description… l’or blanc comme le dit moi voisin méridional, fournisseur officiel. On exagère tout dans le sud.
    Ici l’or blanc, c’est la neige. :sad:

  20. Nous avons constaté que trois potirons datant de 2014 étaient encore intacts au sous-sol. Il s’agit de deux potirons bleus de Hongrie et de la courge butternut F1 Barbara. On a cuisiné avant-hier un bleu de Hongrie. Très bon, malgré son grand âge (récolté il y a près d’un an).

  21. Puisque tu parle de la lune …
    Je viens de lire, à propos de la construction d’un refuge à la Meije dans les années 1890 ceci :
    « C’est un bois très resserré, coupé à la pleine lune, séché avec des méthodes de luthiers. La pointe est coupée, elle aspire toute la sève pendant un ou deux mois. »
    L’un d’entre vous sait-il pourquoi le bois est coupé à la pleine lune ?

  22. Oui, c’est parce que par pleine lune, on y voit plus clair pour couper le bois ! :tongue:

  23. C’est plutôt la lune descendante, d’une façon générale, qui est privilégiée pour la coupe du bois, cela résulte de l’expérience des anciens, de leurs observations, du souci d’économiser les gestes, le rude labeur.
    C’est compliqué en fait : selon que l’on veuille du bois d’œuvre, des manches d’outils, du bois de chauffage…
    Aujourd’hui, on se moque largement de tout ça, on coupe même lorsque la sève est montée, et on passe à l’étuve. Mais pour faire un escalier en chêne qui ne craque pas… ça ne suffit pas. Dans ma famille paternelle de menuisiers charpentiers, le bois d’œuvre était hérité de la génération précédente, un processus presque impensable aujourd’hui.

  24. Dans cet article qui date de 2015, je parlais de la courge F1 Barbara qui est une obtention japonaise. L’une de ses qualité est sa très bonne capacité de conservation. Mais je ne pensais pas jusqu’à présent qu’elle se gardait une année complète. Il m’en reste trois récoltées à l’automne 2017 et on en a encore consommée ce soir.

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