Naturaliste et/ou photographe

Le naturaliste est, par définition, un bon observateur. Muni de sa paire de jumelles, de sa loupe ou de sa longue-vue, peu de choses lui échappent.

Le photographe, au contraire, est plutôt un mauvais observateur. Déjà parce qu’il n’est pas forcément dans une logique d’identification des espèces. Mais aussi pour la simple et bonne raison que le viseur d’un bon reflex, aussi bon soit-il, donne infiniment moins de détails qu’une bonne paire de jumelles ou qu’une longue-vue.

Mais le photographe a la fâcheuse manie de photographier tout ce qui passe à sa portée. Aussi, finalement, et c’est là le paradoxe, il enregistre des choses que les naturalistes ne voient pas.

Deux exemples pour étayer mes propos.

Premier exemple : la semaine dernière, les naturalistes qui étaient présents au mas d’Agon en Camargue recherchaient une guifette leucoptère ou un faucon kobez de passage mais personne ne pensait à regarder les hirondelles ou les martinets qui passaient. Or, parmi les quelques hirondelles rustiques qui survolaient l’étang, il y avait … une hirondelle rousseline (espèce que je n’avais jamais vue) !

IMGP6001IMGP6003Quelques jours plus tard, un naturaliste souvent présent sur le site m’a dit que si l’hirondelle rousseline est aussi peu observée en Camargue c’est parce qu’aucun naturaliste ne passe du temps (pour ne pas dire « ne perd du temps ») à regarder les hirondelles.

Deuxième exemple : sur la plage de Salins-de-Giraud (toujours en Camargue), un groupe de naturalistes recherchait jeudi dernier les quelques limicoles de passage susceptibles d’être encore présents (bien qu’on soit très tard dans la saison). Des goélands leucophées passaient au-dessus d’eux. Faudrait être un peu fêlé du ciboulot pour passer du temps à regarder ces goélands-là, tant ils sont communs. Or, parmi la bande de goélands survolant ces braves naturalistes se cachait … un goéland railleur  (que personne n’a vu passer) !

IMGP9434Il fallait être chercheur d’images, donc un peu photographe, pour voir ces deux espèces-là.

Alors, les photographes qui ont tendance à être méprisés par les naturalistes, sont-ils si nuls que ça ?

19 réflexions au sujet de “Naturaliste et/ou photographe”

  1. Magnifiques ces deux oiseaux photographiés « par hasard ». :wub:
    Bernard dit :
    « le viseur d’un bon reflex, aussi bon soit-il, donne infiniment moins de détails qu’une bonne paire de jumelles ou qu’une longue-vue »
    Pour l’observation des oiseaux, c’est sans doute vrai.
    Mais comme tu parle de naturaliste au sens large, je voudrais juste faire remarquer qu’il est très très courant de voir sur une photo des détails d’une plante qu’on avait pas vu sur le terrain .
    Je n’ai pas de réflex mais un minuscule appareil photo (excellent à mon goût) qui a une fonction loupe très puissante que n’ont pas les réflex. Pour des toutes petites plantes, ma vue vieillissante n’est pas top et c’est bien souvent en regardant mes photos sur l’ordinateur que je vois ce que mes yeux n’ont pas pu voir.
    Je pense en particulier (mais c’est un exemple parmi tant d’autres) à Listera cordata (Brin d’paille nous avait placé son nom français: listère cordée, dans un atelier d’écriture), une minuscule orchidée. Déjà, la plante fait guère plus de deux centimètres de haut et la fleur 1 ou 2 mm. Même couchée à plat ventre (la position favorite des photographes botanistes), je n’ai pas réussi à voir la fleur. Heureusement, mon APN était là :wink:

  2. Vaste sujet qui mérite débat !
    Moi , je suis d’abord un observateur qui prend quelques photos pour agrémenter des articles , et ceci , dans le but d’un partage sur le net par le biais d’un site .
    Il est vrai que j’ai eu moi aussi de belles surprises en classant mes photos du jour devant l’écran de l’ordinateur . Comme un Butor dans les roseaux en arrière plan , un Goéland argenté aux pattes jaunes … Un Agrion de Vander linden au milieu des jouvencelles , un Sympétrum à nervures rouges au milieu de striés …. Des tas de choses que je n’avais su observer à l’oeil nu . Il m’est aussi arrivé d’enregistrer le chant d’un oiseau , et d’entendre sur la bande son , un autre chant moins commun dans la région , comme celui de l’Alouette lulu ou encore L’Hypolaïs polyglotte ! C’est pour ça que pour moi , l’observation avec des jumelles , la photographie et l’enregistrement des sons , sont complémentaires pour une bonne observation de la nature .Le tout est , de pratiquer dans le respect de celle-ci .

  3. Etincelle, entièrement d’accord avec ce que tu dis. Ce que j’ai écrit concerne avant tout les oiseaux. Depuis l’avènement du numérique, la photo est devenue un précieux auxiliaire des botanistes et de ceux qui s’intéressent aux insectes (et à tout ce qui est petit d’une manière générale).

    Yves, d’accord à 100% avec ta démarche, la photo a peu d’intérêt si elle n’est pas partagée. Le jour où j’arrête ce blog, il y a toutes les chances que j’arrête également la photo à ce moment-là (à moins que je parte sur un autre mode de communication°.

  4. Je prendrai le temps d’une réponse plus longue demain si je peux.

    Au sujet de ces images qui apportent une connaissance a posteriori, je dois dire qu’il s’agit d’un beau sujet et d’un changement de posture intéressant.

    Comme cela a été justement rapporté tout récemment sur un forum de discussion de cocheurs invertébrés, le premier Faucon de l’Amour « british » a été identifié 10 ou 15 j après son arrivé. L’oiseau était initialement pris pour un kobez.
    Et récemment, en France, un gobemouche à demi-collier a aussi été identifié sur image, après coup.

    Finalement, pas beaucoup de changement avec le 19 ème siècle où les bestioles étaient identifiées après le coup de fusil…
    Les derniers appareils photo reflex numériques ont une puissance de feu impressionnante.

  5. Je remets ici mon dernier commentaire de l’article sur le faucon kobez où je faisais écho à celui de Christophe car finalement, il a mieux sa place ici …
    « C’est vrai que comme dit Christophe, un botaniste s’intéresse aussi souvent aux insectes ou aux oiseaux et un ornithologue aux fleurs et aux petites bêbêtes …
    Avec un bémol quand même …
    Je connais énormément d’orchidophiles qui ont de véritables oeillères pour tout ce qui n’est pas orchidée (mais tous ne sont pas comme ça heureusement).
    Il sont capables de rester 10 minutes à observer une orchidée sans voir que à son pied pousse une jolie petite plante originale qui mérite amplement quelques instants d’attention. »

  6. @Bernard

    merci de déplacer ma demande sur les édelweiss dans le chapitre que tu jugeras le mieux.
    Jacqueline

  7. merci pour ta réponse bernard au sujet de l’autour a peine rentrée te voici ennuyé par l’enquiquineuse de service qui ne connais strictement rien aux oiseaux mais qui les aime et les admire j’espère que tu n’as plus mal au dos
    ma tribu est venue pour la fête des mère et mon petit fils de dix ans a voulu défragmenter l’ordi resultat de l’operation je me bat pour retrouver toutes mes icones

  8. Une petite parenthèse … Il y a pas mal de gens qui me demandent des renseignements sur des coins pour observer la nature , d’autres sur l’appareil photo qu’il faut acheter pour prendre tel ou tel sujet … Car maintenant qu’ils sont à la retraite , ils vont s’intéresser aux oiseaux , insectes , bref , à la nature . Moi ce qui m’embête un peu là-dedans , c’est que pendant plus ou moins de 60 ans , ils ont fermé les yeux là-dessus ou n’ont pas pris le temps !! Et puis d’un coup , poouuff , mon dieu que c’est beau , ça leurs pète à la figure comme un beau feu d’artifice !! J’espère simplement qu’ils n’arriveront trop tard ou juste pour admirer le bouquet final …
    :unsure:

  9. « Mieux vaut tard que jamais … » ne dit-on pas ? :wink:
    Pour la question de Jacqueline au sujet des edelweiss …
    Je n’ai aucune idée de ce que cela donne lorsqu’on transplante une edelweiss car je ne prélève rien dans la nature.
    Je sais juste qu’il s’en vend en pot dans certains centres touristiques de montagne et que j’en vois parfois dans les jardins en montagne.
    Quand aux feuilles duveteuses que tu vois pousser à l’emplacement de tes edelweiss, c’est difficile de savoir sans les avoir sous les yeux ou au moins une photo.
    Dans deux mois environ, tu auras de toute façon la réponse. (L’edelweiss fleurit en août vers 2500 mètres d’altitude, en plaine, aucune idée)

  10. hou, moi qui cherche désespérément une compagne, Etincelle a enfin trouvé « une » edelweiss !!!!!!!!!!!!! :whistle: :tongue:

  11. oui ,on peut le dire comme ça!!!!mais lui n’est pas comme son frère il a réellement voulu rendre service a son papy

  12. Exact ! On doit dire un edelweiss.
    Mais dans le milieu montagnard, tout le monde dit toujours une edelweiss alors moi itou :blush:
    Tout comme les habitants des montagnes disent le choucas au lieu du chocard à bec jaune. Mais sur ce coup là, je ne les suis pas :biggrin:

  13. merci Etincelle, mais je précise que nous n’avons rien volé à la montagne, nous avions acheté une plante en jardinerie. Nous allons sagement attendre un peu pour voir quelle fleur va paraître.
    Bonne soirée.

  14. La question soulevée par Yves est importante.
    Elle interroge la place du vivant, son respect, en lien avec le temps, en particulier la parenthèse travail.
    Longue parenthèse, mais parenthèse. Il y a avant, après, et… Pendant.

    Pas si mal finalement qu’une fois la parenthèse fermée, ce soit l’appel de la nature qui prime. Pas plus mal qu’un photographe incapable de respecter la nature, ou de la contempler avant de la figer.

    Il me semble que cette question de la place du vivant, humain compris, se retrouve peu à peu au centre de bien des réflexions, et du coup, si ce que je constate n’est pas trop erroné, il y a lieu de se réjouir.
    Mais il faudra que les naturalistes prennent le temps de l’explication de leur passion, de la transmission de leurs clés, car il est coûteux de quitter un conditionnement pour retrouver un système régi par d’autres valeurs que l’argent.

    Je comprends bien ta désillusion Yves, mais que faire d’autre que nourrir de tels appétits en les accompagnants ?

    Qui aujourd’hui peut reconnaître des fleurs communes.
    Pour le coup, je rejoindrais plutôt le sens indiqué par Bernard.

    Mais gare aux photographes qui ne recherchent que l’image, sans en avoir rien à faire du sujet : un problème de déontologie non ?

  15. Pour illustrer ce que je disais sur les différences entre botanique et ornithologie et la complexité de la botanique comparée à l’ornitho, prenons par exemple les oiseaux appartenant à la famille des fringilles. Tout le monde (ou presque) peut, en un temps minimum, apprendre à reconnaître un bouvreuil, un verdier, un chardonneret …
    Prenons un exemple botanique : le pissenlit. Le pissenlit n’est pas une espèce, c’est un terme générique qui regroupe des centaines d’espèces (sans compter les sous-espèces) que seuls les bons botanistes (et encore !) arrivent à déterminer ; l’homme de la rue (contrairement à mon exemple ci-dessus pour les oiseaux) ne peut arriver à déterminer à quelle espèce de pissenlit il a affaire et si jamais il ouvrait une clé de détermination lui permettant d’arriver à l’espèce il n’y comprendrait que dalle.
    Cela dit, je n’ai pas dit tout cela pour dénigrer l’ornitho, c’est juste une manière pour moi de dire en quelle estime je tiens les botanistes.

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