Antonio Vivaldi

Il est souvent pénible d’écouter une Nième fois le Boléro de Ravel, la 40ème symphonie de Mozart ou le Nouveau Monde de Dvorak. Ces oeuvres ont été tellement jouées qu’on finit par ressentir une certaine lassitude, même lorsqu’il s’agit de versions nouvelles. Non pas que ces oeuvres soient médiocres, elles sont au contraire magnifiques, mais trop de succès finit toujours par nuire à la musique.

Il y a pour moi quelques exceptions à cela car quelques oeuvres ultra-connues et ultra-rabâchées me procurent toujours le même plaisir. Il s’agit de la 6ème symphonie de Beethoven (dite « la pastorale »), de l’ouverture de Tannhaüser de Wagner et des Quatre Saisons de Vivaldi. Hé oui, les Quatre Saisons … !


(« le printemps », premier concerto des Quatre Saisons)

Les temps derniers, il m’est souvent arrivé de parler de Vivaldi avec des amis mélomanes. On est à peu près d’accord sur le constat : Vivaldi ne saurait, musicalement parlant, se comparer à Bach (le grand architecte de la musique !) mais il y a chez lui un sens de la couleur et de l’exubérance qu’on ne retrouve pas chez les autres grands compositeurs. Le mot exubérance est d’ailleurs faible, il s’agit plutôt de folie. Une folie débridée. Une folie créatrice qui traverse toute l’oeuvre de Vivaldi. Il y a chez lui un dynamisme à tout crin qui fait du bien quand on l’écoute. Vivaldi, c’est la musique du matin qu’on écoute quand on se lève, elle vous insuffle l’énergie qu’il faut pour affronter la journée (évidemment, il y a aussi d’autres musiques pour cela). Bach lui-même ne s’y est pas trompé car Vivaldi est le compositeur dont il a le plus transcrit de musique (à l’époque, on s’appropriait continuellement la musique des autres sans que cela pose de problème à quiconque, le droit d’auteur n’existait pas encore).

Au-delà de la qualité de l’inspiration, je crois que ce qui me plaît aussi beaucoup dans cette série de concertos des Quatre Saisons (et dans les autres concertos d’une manière générale), c’est la brièveté des mouvements. Dans tous les genres musicaux que j’écoute, j’ai toujours aimé les morceaux courts. Tout doit être dit en deux ou trois minutes à mon avis. Ainsi en était-il du rock à ses débuts. Ainsi en était-il aussi du jazz dans les années 30 et 40. Pourquoi a-t-il fallu qu’à un moment donné les musiciens se sentent obligés de développer, souvent avec excès, leurs thèmes ? Le plaisir des musiciens n’est pas celui du public. La dilution enlève bien souvent de la force au discours musical.

Mais revenons à Vivaldi.

Vivaldi (1678-1741) était un génie novateur : il a été l’un des tous premiers chefs d’orchestre de l’Histoire, il  a inventé le concerto pour soliste, il a découvert des tas de combinaisons rythmiques et harmoniques et des alliages imprévus d’instruments, il a donné au violoncelle une place de choix en tant qu’instrument soliste et il avait un sens inné de l’orchestration et de la place des instruments. Tout ceci explique la gloire internationale qu’il a connu à l’époque (le premier à être devenu aussi célèbre de son vivant ?), tous les touristes passant alors par Venise (oui oui, le tourisme existait déjà à l’époque) cherchaient alors à écouter « le prêtre roux » qui en plus des qualités énumérées ci-dessus était un virtuose hors pair, maniait son violon comme personne et avait avec cet instrument un « jeu électrisant », presque diabolique (pas mal pour un prêtre !).

Vivaldi a eu la mauvaise idée de quitter Venise (sans doute à cause des scandales, vrais ou supposés, entourant sa personne – l’amour de la femme n’étant pas la chose la plus facile à assumer quand on est prêtre …) et c’est à Vienne qu’il mourut un an plus tard dans la misère (préfigurant ainsi la fin misérable de Mozart dans la même ville tout juste cinquante ans plus tard). Son oeuvre sombra dans l’oubli et ne ressuscita pour le grand public que dans les années 1940. C’est encore bien plus récemment que l’on a découvert un aspect plus méconnu de son oeuvre : la musique vocale, qu’elle soit sacrée ou lyrique (un prêtre qui composait des dizaines d’opéras, c’est étonnant non ?).

Quelques vidéos illustrant l’oeuvre prolifique de Vivaldi (768 oeuvres dont plus de 500 concertos) :

– un concerto pour violoncelle

– un extrait de la Stravaganza

– un concerto pour mandoline

– un concerto pour flûte
https://www.youtube.com/watch?v=6a23YlIKDaM

– et pour finir, un air d’opéra interprété par Phlippe Jaroussky

Bon week-end à tous !

19 réflexions au sujet de “Antonio Vivaldi”

  1. Il y a une musique de Vivaldi que je suis capable d’écouter en boucle sans m’en lasser jamais.
    C’est celle-ci :

    J’adore la voix et la façon de chanter de Michaël Chance

    La même par Philippe Jarrouski (à partir de la 5ème minute) :

    C’est bien aussi.

  2. Je connais bien ce morceau-là. Tout le Nisi Dominus de Vivaldi est magnifique.
    J’avais entendu Jaroussky sur Mezzo il y a quelques années, voici donc le même morceau que tu as mis mais avec l’image :

  3. D’ailleurs ne pas confondre le Nisi Dominus de Vivaldi avec le Dixit Dominus qu’il a écrit.

    J’en profite pour faire de la pub pour ce coffret de 11 CD qui a reçu un très bon accueil des critiques musicaux et qui contient toute la musique vocale sacrée de Vivaldi. L’orchestre du King’s Consort est dirigé par Robert King (je remarque d’ailleurs que je préfère souvent Vivaldi quand il est interprété par des Anglais – par exemple Trevor Pinnock ou Christopher Hogwood – que par des Italiens, c’est assez curieux).

  4. Fort juste ce chapitre sur Vivaldi.
    J’ai délaissé ce compositeur près de 15 ans et un jour, j’entends un air…
    Bon sang, c’étaient les 4 saisons. J’ai réécouté, et adoré. Peut-être trop abreuvé à une époque.
    Il y a quand même, et ça apparaît dans vos commentaires, la qualité de l’interprétation : il faut le talent.
    Mais il reste l’œuvre, sa vigueur.
    Je pense que la musique, comme la cuisine, ou d’autre arts, méritent régulièrement une nouvelle visite : beaucoup de plats, d’auteurs ou de compositeurs vite éliminés me sont revenus… approuvés. :wink:

  5. Peut-être aussi qu’on joue Vivaldi aujourd’hui de manière plus incisive et moins ampoulée qu’il y a quelques décennies. Ce que tu as écouté il y a longtemps n’est peut-être pas la même chose que ce que tu as écouté 15 ans plus tard.

  6. En matière de musique vocale sacrée, il faut bien vérifier en fait le numéro d’opus (RV dans le cas présent) car Vivaldi a composé deux Nisi Dominus, deux Dixit Dominus et trois Laudate pueri.

  7. En ce qui concerne les 4 saisons, on en a tous été plus ou moins dégoûtés à un moment ou à un autre, à force de l’entendre à toutes les sauces, même en musique de fond faisant ses courses au supermarché !

  8. Je me demande si ce n »est pas que le premier mouvement du « printemps » qui a été rabâché en musique de fond. Je ne suis pas certain finalement que le reste des Saisons (puisqu’il s’agit de 4 concertos de trois mouvements chacun) soit aussi unanimement connu que ça.

  9. Comme Étincelle, je pourrais écouter ce morceau (« Cum Dederit ») sans jamais me lasser.
    Mais bizarrement, alors que souvent, je préfère les voix d’homme, cette fois-ci et pour ce morceau en particulier, je le trouve « plus intense » interprété par une femme.

  10. Je n’ai encore regardé que les 5 premières minutes de cette longue vidéo consacrée à Sandrine Piau (que je ne connaissais pas) mais… !!!!!!!!! :wub:

  11. Je viens de regarder également le début. Je lisais hier (car je lis beaucoup de choses sur Vivaldi ces temps-ci) que la technique d’écriture de Vivaldi pour ses oeuvres vocales, notamment pour les parties virtuoses, était à peu près la même que celle qu’il utilisait pour le violon. Je n’y connais pas grand chose en musique mais il me semble que ça s’entend dans la première oeuvre jouée dans la vidéo.

  12. Belle découverte en tous cas de Sandrine Piau dans Vivaldi (je ne l’avais entendue jusqu’à présent que dans quelques airs de Mozart sur France-Musique). :wub:

  13. Parmi les oeuvres vocales de Vivaldi, il faut signaler les cantates qui sont rarement enregistrées sur disque et qui sont magnifiques. Il s’agit le plus souvent de cantates profanes et non de cantates sacrées comme chez Bach. Voici une de ces cantates par une soprano que j’aime beaucoup : Marjon Strijk :

  14. Très vivifiante la musique de Vivaldi, ça fait du bien de l’entendre même dans les œuvres plus sombres.
    Ma préférence, habituelle, pour le violoncelle et le chant.
    Je partage l’avis de Léa pour la voix féminine, et ceci bien que Jaroussky soit comme d’habitude impeccable : le timbre est plus franc, plus puissant.

  15. Est-ce que Vivaldi aurait composé des oeuvres sacrées si le hasard ne l’y avait point aidé ? En effet, c’est parce que le maître de choeur de la Pieta (où Vivaldi enseignait) était parti en congés en 1713, qu’il ne revint jamais, qu’on ne l’a pas remplacé avant 1719 et que pendant ce temps-là on a confié l’écriture de musiques liturgiques à Vivaldi que celui-ci composa une partie importante de ces oeuvres. Idem 35 ans plus tard, deux ans avant sa mort, quant il dû assumer un intérim entre deux maîtres de choeur.

    Et puisque vous parlez de voix masculines et de voix féminines, une anecdote que j’ai lue hier dans le livret qui accompagnait un disque. Je résume :
    La Pieta était un orphelinat célèbre pour la qualité musicale des enfants qu’on y formait. Il y avait des jeunes filles et des jeunes garçons. Mais les garçons orphelins étaient obligés de quitter l’orphelinat dès le début de l’adolescence, ce qui fait que Vivaldi ne disposait que de voix féminines pour ses choeurs. Alors il confia les deux pupitres habituellement dévolus aux hommes (ténor et basse) « à une poignée de femmes aux voix exceptionnellement graves ». C’est aussi parce qu’il ne disposait pas d’hommes sous la main que toutes les parties solos composées par Vivaldi sont à destination des voix de femmes (soprano et alto).

  16. « Prêtre catholique, sa chevelure rousse le fit surnommer il Prete rosso, « Le Prêtre roux », sobriquet peut-être plus connu à Venise que son véritable nom, ainsi que le rapporte Goldoni dans ses MémoiresC 1. Comme ce fut le cas pour de nombreux compositeurs du xviiie siècle, sa musique, de même que son nom, fut vite oubliée après sa mort. Elle ne devait retrouver un certain intérêt auprès des érudits qu’au xixe siècle, à la faveur de la redécouverte de Jean-Sébastien Bach ; cependant, sa véritable reconnaissance a eu lieu pendant la première moitié du xxe siècle, grâce aux travaux d’érudits ou musicologues tels Arnold Schering ou Alberto Gentili, à l’implication de musiciens tels Marc Pincherle, Olga Rudge, Angelo Ephrikian, Gian Francesco Malipiero ou Alfredo Casella, et à l’enthousiasme d’amateurs éclairés comme Ezra Pound.

    Aujourd’hui, certaines de ses œuvres instrumentales et notamment les quatre concertos connus sous le titre « Les Quatre Saisons » comptent parmi les plus populaires du répertoire classique. »
    in Wikipedia… :cool:

  17. Pour bien comprendre le contexte musical dans lequel a joué Vivaldi :
    Vivaldi, contrairement à d’autres musiciens de l’époque n’était pas un musicien de Cour. Pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait pas de Cour car Venise était une république (avec un Dodge certes mais qui n’avait que très peu de pouvoir politique, c’était un conseil qui dirigeait la république)
    L’enseignement qui avait lieu à l’orphelinat la Pieta dans lequel travaillait Vivaldi était essentiellement musical. Les musiciennes de cette institution étaient les meilleures de Venise et elles allaient se produire dans des tas de lieux musicaux, qu’ils soient publics ou privés. C’étaient pour la Pieta une très grosse source de revenus.

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