Je ne sais pas quelle mouche a piqué le gouvernement d’avoir changé le mode de scrutin pour ces municipales.
D’abord, nos trois grandes villes (Paris, Lyon et Marseille) risquent d’être ingouvernables sans majorité absolue (à l’image de notre actuelle assemblée nationale dans laquelle même les coalitions sont insuffisantes pour que ça fonctionne). Mais ce n’est pas l’objet de mon article.
Ensuite – et c’est le vrai sujet de mon article – il se passe de drôles de choses dans les toutes petites communes (qui, rappelons-le, sont de loin les plus nombreuses).
La loi oblige dorénavant de constituer des listes entières (exemple : liste de 11 personnes dans le cas de ma commune de 450 habitants) avec obligation de parité, ce qui a conduit les têtes de listes à « faire de la retape » dans les foyers pour obtenir à tout prix cette parité qui n’allait pas de soi. On se retrouve donc avec des candidats qui ont accepté, souvent in extremis, de figurer sur une liste sans même rien connaître de leur village (exemple : un futur élu du village d’à côté est venu distribuer son prospectus électoral dans ma boîte aux lettres, ne sachant même pas que les maisons de mon secteur ne sont pas sur le territoire de sa commune).
Jusqu’à présent, dans les villages de petite taille, toutes les personnes qui étaient candidates étaient en général sur la même liste. Alors on barrait certains noms en en laissant au maximum 11 (pour le cas de ma commune) et si une personne laissait plus de 11 noms, on ne prenait que les 11 premiers de la liste. Bien souvent, on ne se privait pas d’en barrer plus et c’était un réel plaisir de le faire (beaucoup de personnes m’ont confirmé cela les jours derniers). Aujourd’hui, on n’a qu’une seule liste (et c’est le cas de la plupart des villages). On vote donc de fait pour toutes les personnes de la liste, sans avoir la possibilité de barrer une seul nom (par exemple j’aimerais barrer le nom d’un candidat qui est raciste, de notoriété publique, et que je n’aimerais surtout pas voir élu). Enfin si, plus exactement, on a le droit de barrer des noms mais dans ce cas-là le bulletin est entaché de nullité.
De toute façon, il sera difficile de barrer un nom, la Préfecture a donner comme consigne de ne pas mettre de stylo dans l’isoloir (Joëlle, qui est actuellement première adjointe, me l’a appris tout à l’heure) et, dans mon village, la seule équipe qui se présente a fait le choix de ne pas distribuer ses bulletins de vote dans les boîtes aux lettres. La seule solution, pour faire un semblant de résistance (je dis bien « un semblant »), serait donc d’entrer dans l’isoloir avec un stylo dans sa poche, sachant que de toute façon c’est juste pour se faire plaisir car au final ça ne sert absolument à rien.
Aussi, je ne m’étonne pas qu’à la réunion publique qui a eu lieu vendredi dernier dans mon village, il n’y ait eu quasiment personne dans l’assistance (alors que d’habitude il y a beaucoup plus d’intérêt que ça pour les municipales). Et je me doute bien que le taux de participation ce dimanche sera en baisse dans mon village et qu’il y aura quand même des bulletins nuls, malgré les mesures prises (absence de stylo et non diffusion des bulletins de vote dans les boîtes aux lettres) pour dissuader les électeurs de barrer des noms.
Et si vous ajoutez à tout cela que les maires des petits villages n’ont quasiment plus de compétences et que celles-ci ont presque toutes été transférées à leur communauté de communes, cette élection en perd encore du sens (je parle bien des petites communes, ailleurs c’est complétement différent).
Pour résumer mon article : Dans mon village, dont la situation ressemble à celle de bien d’autres villages, tous les membres de la liste candidate unique sont certains d’être élus et nous n’avons que l’illusion d’un choix de vote. Que l’on aille voter ou non, que l’on barre un (ou plusieurs) nom(s) ou pas, cela n’a absolument aucune incidence sur le résultat.
Alors, à quoi rime cette mascarade ?
pour méditation : « Voter, c’est abdiquer, par Elisée Reclus (1885) »
https://ottolilienthal.over-blog.com/2022/04/voter-c-est-abdiquer-par-elisee-reclus-1885.html
Wouah, quel texte !!! ça décoiffe au réveil !
Deux textes auxquels je souscris sans réserve.
Surtout le tien Bernard : même constat partagé autour de moi. Je dirais pour renchérir que rayer un ou deux noms constituait même un petit plaisir ! Et cela donnait même une indication lors de la désignation du maire : certaines ambitions ont été justement tempérées par les électeurs (comment choisir un maire, voire un 1er adjoint, dont les citoyens ne veulent pas ?).
Le constat que tu dresses est fortement partagé dans nos petites communes, la démocratie, la liberté, et même le plaisir auront donc étés fortement dégradés ces dernières années.
Comme jamais ? Ben serrons les fesses !
Quant au texte d’Elisée Reclus (quel nom !), il fait partie de ceux qui ont constitué mon armature politique. Reste, malgré là encore une perte de sens), que je vote encore aux municipales, et cette année, sans pouvoir peser sur le podium.
Le taux d’abstention sera forcément important car même avec 11 bulletins validés, les 80 électeurs de ma commune ne seront pas tous là.
Mais peut-être ont-ils lu Elisée Reclus ?!
Déjà au réveil, on s’instruit avec le blogadupdup !
Pour ma part, contrairement à plusieurs d’entre vous, je n’avais jamais entendu parler de Elisée Reclus auparavant
En lisant ceci dans sa lettre …
« L’ouvrier, devenu contre-maître, peut-il rester ce qu’il était avant d’avoir obtenu la faveur du patron ? »
J’ai tout de suite pensé à mon grand-père, ouvrier à Saint Etienne et syndicaliste. Quelqu’un de droit et intègre, un sacré bonhomme.
Lorsque justement, son patron lui a proposé de devenir contremaître, il a refusé pour ne pas trahir les ouvriers. Respect pour lui.
La commune ou j’habite depuis 26 ans a passé ls 1000 habitants il y a une vingtaine d’années. Je me souviens du premier scrutin des municipales ou on pouvait justement ajuster les listes. C’était parlant au dépouillement. Celui qui avait de loin le plus de voix ne voulait pas être Maire. Depuis on vote pour des listes, ou plutôt une liste car il n’y a eu qu’une seule fois de l’adversité.
Cette année encore ça a été difficile de remplir la liste paritaire.
Il n’y a aucun enjeu puisqu’il suffit d’un bulletin exprimé au premier tour pour que ce soit validé.
J’ai l’impression que le problème aujourd’hui est plus de trouver au moins un maire et des bonnes volontés, et que les responsabilités qui vont avec le poste dissuade plus que la « supériorité » qu’il apporte. Je parle des petits villages.
Il y a 25 000 communes en France (sur un total de 36 000) dans lesquelles il n’y aura qu’une seule liste et dans lesquelles donc il ne sert absolument à rien d’aller voter.
Quand on lit (ou écoute) les médias, on voit que dans ces élections municipales on n’en est qu’à la mi-temps et qu’il y a un second tour.
Or, 33 326 communes, soit 96% des communes françaises, ont déjà leur maire,
Une bonne partie de la France est rendue invisible par les médias. Mais ça, on le savait déjà !
Beaucoup de médias parlent de Roubaix en disant que la ville devrait être dimanche prochain la première ville de 100 000 habitants dirigée par LFI.
C’est faux, car la première ville de plus de 100 000 habitants à passer sous la bannière de LFI, et ce, dès le premier tour, est Saint-Denis (150 000 habitants) :
https://www.20minutes.fr/politique/4212147-20260316-resultats-municipales-saint-denis-pere-quatre-enfants-basketteur-bally-bagayoko-nouveau-maire-lfi
Pourquoi n’en parle-t-on pas ? Parce que Bally Bagayoko est un black ? Parce que les villes de la banlieue parisienne ne valent pas les autres villes ? Tout ceci m’interroge …