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Récolter ses graines de tomates

LE COIN DU JARDINIER (10)

Le summum pour un jardinier, c’est de participer au cycle complet de la plante : non seulement semer des graines plutôt que d’acheter des plants, mais aussi produire ses propres graines. La production de graines est peu facile pour la plupart des légumes (en raison d’hybridations possibles entre différentes variétés) mais c’est relativement aisé de le faire avec ses tomates. D’abord, la fleur de la tomate est autoféconde mais elle a aussi une configuration particulière qui empêche généralement toute fécondation croisée lors des visites d’insectes pollinisateurs. Mais attention : quand on veut produire soi-même sa propre graine (enfin, la graine de ses tomates … !), on ne peut le faire qu’avec des variétés anciennes, car les hybrides modernes F1 sont conçus pour ne pas pouvoir être reproduits par le jardinier.

Ce matin, j’ai entrepris de récolter les graines d’une superbe variété de tomate orange qu’on vient juste de me donner (et qui est probablement la variété de tomate yougoslave dont j’avais perdu la graine il y a quinze ans).

tomateorange.jpg

Il faut savoir que dans la tomate au jardin, toutes les conditions sont réunies pour que la graine germe dans le fruit car il y a de l’humidité, de la chaleur et de l’obscurité … sauf que la nature fait bien les choses et que les graines ont une enveloppe protectrice qui contient des composés chimiques qui empêchent la germination. Le jardinier qui veut conserver ses graines doit donc au préalable se débarrasser de cette enveloppe protectrice. La première méthode est un peu longue : après avoir ouvert la tomate, on fait fermenter quelques jours les graines dans très peu d’eau jusqu’à l’apparition d’une moisissure en surface indiquant que l’enveloppe a été détruite. Il ne reste ensuite qu’à faire sécher les graines.

La deuxième méthode que j’expérimente depuis quinze ans avec succès, que j’ai trouvée tout seul comme un grand, est beaucoup plus rapide, c’est une méthode de fainéant et elle a donc, de ce fait, ma préférence. Je frotte vigoureusement les graines dans une petite passoire à mailles fines sous le robinet, ceci pendant une période de cinq bonnes minutes.

robinet.jpg

Je fais sécher ensuite les graines sur du papier journal (par exemple le Canard Enchaîné qui permettra ensuite aux tomates de bien commencer dans la vie, riches d’un certain bagage intellectuel et d’un certain esprit critique, ce qui n’est pas négligeable par les temps qui courent).

journal.jpg

Attention de bien déplacer souvent les graines sur le papier journal, pour éviter qu’elles ne collent entre elles. Lorsque les graines sont très sèches (j’insiste sur le “très sèches”), les conserver dans une enveloppe, dans un local sec, après avoir indiqué sur l’enveloppe le nom de la variété et l’année de récolte.

Les graines ayant une durée germinative moyenne de 4 ans mais pouvant aller bien au-delà (jusqu’à 10 ans), j’ai l’habitude de récolter toutes les graines d’une tomate (il y avait près de 200 graines dans la tomate de ce matin) et de n’en semer qu’une partie chaque année, ce qui me permet de ne renouveler la graine que tous les cinq ans et de minimiser ainsi les faibles risques de dégénérescence génétique des tomates.



23 commentaires sur “Récolter ses graines de tomates”

  1. Anne dit :

    Si quelqu’un vient de te donner une tomate ancienne, probablement Yougoslave, et que tu cherches depuis plusieurs années, c’est qu’il existe une espèce de club des conservateurs des espèces anciennes de tomates ?
    Comment êtes-vous organisés ? Comment se passent les échanges ?

    Tu dis qu’avec une tomate, tu fais, environ, cinq générations pour minimiser les risques de dégénérescence génétique. Quels sont ces risques s’il n’y a pas de fécondation croisée ?
    Je n’ai pas de connaissances dans ce domaine mais je croyais, qu’au contraire, les jardiniers réutilisaient les graines de leurs fruits et légumes pour renforcer l’adaptabilité des générations futures uax particularités du terrain, et qu’ils avaient, alors, intérêt à ne faire qu’une génération avec les graines d’un fruit. Tu peux éclairer ma lanterne ?

  2. Nico dit :

    On peut voir sur la dernière photo, que tu utilises une page du “canard enchainé” pour y mettre tes graines de tomates…
    Bizarrement, elles sont placées juste sur un article parlant de De Villepin !
    C’est ta manière à toi de lui jetter des tomates à la figure ? ;)

  3. Vincent dit :

    Comme Anne, je n’ai pas trop compris le renouvellement de la graine tous les 5 ans pour minimiser les faibles risques de dégénérescence génétique des tomates.

    Sinon, tout en n’étant pas jardinier j’aime beaucoup ce genre d’articles très pratiques, concrets. Pas seulement parce qu’ils font un contraste bienvenu avec les autres articles (aux commentaires parfois un peu “verbeux”… je sais de quoi je parle !!!) mais aussi parce que tout ce qui appartient à la réalité est forcément passionnant, même (et surtout ?) si cela paraît insignifiant ou anecdotique. “Méfiez-vous, écrivait Guillevic, l’essentiel est parfois dans les détails” !

  4. Bernard dit :

    Aïe, aïe, aïe, je vais être obligé d’être un peu, et même beaucoup, technique.

    La tomate est auto-féconde, ce que j’ai dit dans mon article, mais en fait si l’autofécondation est la régle générale, il y a quand même quelques risques minimes de fécondation par d’autres plantes. C’est ce que l’on appele en jargon scientifique “l’autogamie préférentielle” (c’est à dire auto-fécondation de préférence, mais pas obligatoire). Ceci est dû aux particularités de certaines fleurs de tomates.

    En général, sur la fleur de tomate, le pistil n’émerge pas à l’extérieur du cône d’étamines et il n’y a pas de risque de pollinisation par les insectes. Comme la fleur penche vers la terre, le pollen tombe directement du pistil sur les étamines et les féconde, c’est donc de l’auto-fécondation et c’est le cas le plus général.

    Mais il y a parfois problème car dans certaines variétés, le pistil émerge un peu du cône d’étamines et dans ce cas particulier il est, du fait qu’il dépasse des étamines, accessible aux insectes pollinisateurs qui peuvent alors y prendre du pollen et le mener sur d’autres plantes. C’est vrai que les insectes vont peu sur les fleurs de tomates car les tomates fleurissent à une époque où les insectes ont suffisamment d’autres fleurs, mais ça arive quand même. Il y a donc un risque, faible certes mais néanmoins possible, que la fleur de tomate ait été visitée et fécondée par un insecte qui était auparavant allé sur une autre variété de tomate. Dans ce cas, la fleur donnera une tomate dont les graines donneront l’année suivante d’autres tomates, à priori semblables, mais cependant pas tout à fait conformes, d’un point de vue génétique, à la variété.

    Si l’on sélectionne sa graine chaque année, on risque d’obtenir au bout de 5 générations, c’est à dire au bout de cinq ans, une tomate qui a déjà été modifiée sensiblement par rapport à ce qu’on espérait avoir. Si on ne sélectionne sa graine que tous les cinq ans, on divise ce risque par 5.

    Je suis désolé, c’est technique, j’avais essayé de simplifier dans mon article et je ne voulais pas embrouiller le lecteur en parlant de ce léger risque de fécondation croisée qui est somme toute relativement faible.

    J’espère que j’ai été à peu près clair.

  5. Vincent dit :

    Je crois avoir compris… donc j’ose poser une question qui va peut-être prouver le contraire : en fait c’est en quelque sorte du clonage ? Le but est d’éviter tout brassage génétique ? Pourquoi ne pas procéder par bouturage alors ?

  6. Bernard dit :

    Oui, le but est bien d’éviter tout brassage génétique et de conserver en l’état les caractéristiques d’une variété.

    En théorie, c’est vrai que le bouturage est la manière la plus fiable d’y arriver. Or, à ma connaissance, le bouturage ne se pratique pas sur les tomates. Pourquoi ? Je pense que la raison en est relativement simple : le bouturage se fait à partir d’un végétal VIVANT (on récupère un bout de branche qu’on remet en terre) ; or, quand on veut planter des tomates au printemps suivant, le pied de tomate de l’année précédente est MORT et n’est plus utilisable.

  7. Bernard dit :

    Anne pose la question suivante : “Je croyais, qu’au contraire, les jardiniers réutilisaient les graines de leurs fruits et légumes pour renforcer l’adaptabilité des générations futures aux particularités du terrain, et qu’ils avaient, alors, intérêt à ne faire qu’une génération avec les graines d’un fruit. Tu peux éclairer ma lanterne ?”

    Je pense qu’autrefois, effectivement, les gens refaisaient leurs semences chaque année et renforçaient ainsi rapidement l’adaptation des variétés utilisées à leur terrain. Mais à l’époque, il n’y avait peut-être qu’une ou deux variétés de haricot par région, éprouvée par des générations successives de jardiniers et ces variétés avaient, comme le dit Anne, acquis une réelle adaptation au terrain. Il n’y avait aucun risque d’hybridation avec d’autres variétés qui étaient situées à plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres de là.

    Aujourd’hui, quelqu’un qui voudrait faire ses propres semences de haricot, par exemple, se heurterait au fait que dans son entourage les jardiniers plantent sur le secteur, non pas une deux variétés de haricots, mais toutes sortes de variétés très différentes les unes des autres, probablement des dizaines de variétés (vous avez vu tout ce qui est disponible en magasin et dans les catalogues, c’est effarant !).

    Alors, dans de telles conditions, impossible d’isoler les plantes de leur environnement. Un haricot à toutes les chances d’être pollinisé par du pollen issu d’autres variétés. Il faudrait isoler les plantes auxquelles on donne un rôle de production de graines de semences, en les cultivant sous tunnel ou en les isolant par des voiles de protection, ce qui est techniquement possible mais assez contraignant pour le jardinier amateur.

    Ce que je viens de dire pour le haricot, qui n’est qu’un exemple, est valable pour bon nombre d’autres légumes.

    C’est encore la tomate qui échappe encore le plus à ce type de problème, bien que, comme je l’ai dit plus haut, le taux d’hybridation croisée, bien que faible, est quand même réel.

    Merci de me poser toutes ces questions, ça m’oblige à me replonger dans ces problèmes, de vérifier certaines choses dans les bouquins pour ne pas vous dire trop de conneries. Passionnant !

  8. Anne dit :

    Non, non, Bernard, ton explication n’est pas trop technique. Je crois avoir compris aussi.
    Tes articles donnent vraiment envie d’avoir un jardin !
    J’hésite, parfois, à faire une demande aux jardins familiaux, mais il y a des saisons qui demandent une pratique quotidienne, difficilement conciliable avec le fait que le jardin ne soit pas très proche de l’habitation.

  9. Bernard dit :

    Pour Nico : c’est le hasard qui a voulu qu’il y ait Villepin à côté de tomates. Mais peut-être qu’il n’y a pas de hasard !

    En mai dernier, j’avais écrit un article “plantons des tomates - le coin du jardinier (7)” et j’avais, dans les commentaires, raconté l’histoire du premier jet de tomates, qui est intéressante. Nico, tu peux t’y référer (dans la rubrique “coup de pioche”). En plus, dans les commentaires, il y avait pas mal de choses intéressantes sur ce légume-fruit, je me rappelle avoir pris mon pied, comme aujourd’hui, pour répondre aux différentes interrogations sur la tomate.

  10. BUTTERFLY dit :

    Je vais me permettre à poser une question qui n’a rien a voir avec les legumes ni avec le thème de cet article je me pose une question à propose de Bernard mais comme je ne trouve pas d’endroit adéquate pour la poser je vais le faire ici..

    Toi amoureux des oiseaux , des papillons et bien d’autres , je me demandais si tu pratiquais la peche ou la chasse??

    Assez paradoxale comme question quand on pense que dans ces activités il est question de tuer.
    Oui mais tuer pour l’équilibre de la nature , alors toi amoureux de la nature…je me demandais.
    Je cotois pecheurs et chasseurs et tous me disent que c’est un moment de communion avec la nature , en quelques sorte retablir l’ordre des choses et surtout de respect.

    Voila peut etre que ca pourra te donner une idée pour un eventuel prochain article.

  11. Bernard dit :

    Je répondrai à la dernière question sur la chasse et la pêche demain.

    En attendant, je poursuis mes recherches bibliographiques sur ces histoires d’autofécondation, je commence à en savoir un peu plus sur le sujet et je peux rajouter quelques compléments d’infos aux éléments techniques apportés ci-dessus.

    En fait, au départ, les tomates sauvages étaient pourvues d’un système de fécondation croisée et étaient fécondées grâce aux insectes qui transportaient le pollen d’une plante à l’autre, ce qui était possible car le “style” dépassait de la fleur. Des études très pointues ont montré récemment que les sélections faites par les hommes ont eu pour effet (à priori involontaire) de réduire la longueur du style et de le rendre inaccessible aux insectes. C’est donc par l’action de l’homme que la tomate est devenue auto-féconde (=autogame), ce qui est maintenant le cas de la plupart des variétés, mais pas toutes.

  12. Vincent dit :

    Un truc me tracasse :
    Si les jardinier “amateurs” (dans le sens de “qui aiment ce qu’il font”) se contentent de reproduire des clones ne laissent-ils pas finalement toute évolution de l’espèce, toute création de nouvelle variété, aux seuls laboratoires des grands semenciers (dont les intérêts sont, on le sait, avant tout financiers) ? Sur le long terme, n’affaiblissent-ils pas l’espèce ? Ne serait-il pas plus judicieux (mais peut-être est-ce trop laborieux) de mener les 2 objectifs de front : conserver à l’identique et… tenter et sélectionner de nouveaux croisements ?

  13. Bernard dit :

    Ouah, que de questions pour un thème aussi technique !

    Difficile de répondre à ta question Vincent car le type d’amateur dont tu parles n’existe pas, ou plus exactement n’existe quasiment plus. Les amateurs dont je fais partie ont plutôt tendance à récupérer des variétés à droite et à gauche, de les diffuser auprès d’autres mais sans réel souci du devenir desdites variétés sur le long terme.

    Il y a par exemple trois variétés de tomates que je cultive depuis quinze ans, je n’ai pas fait d’effort particulier pour les conserver intactes sans modifications génétiques (j’aurais dans ce cas isoler le pied producteur de semences par un voile) et je n’ai pas fait d’effort non plus pour faire évoluer ces variétés (dans ce cas, j’aurais observé mes tomates, selectionné comme tomate pour la récolte de graines, une tomate pas tout à fait conforme au type originel et ainsi de suite, année après année). Non, je me suis contenté de les cultiver simplement. Probablement qu’elles ne sont plus tout à fait les mêmes qu’il y a quinze ans mais ce ne doit pas être décelable encore à mon niveau.

    Quant à obtenir de nouveaux croisements comme tu le dis, c’est à dire “forcer la nature” de manière artificielle, c’est une opération délicate. Elle se pratique à la main avec un pinceau qui va prélever le pollen d’une fleur d’un parent et le déposer sur le stigmate d’une fleur d’un autre parent. Ce travaile est probablement très méticuleux, c’est un “travail d’orfèvre” jusqu’ici réservé aux professionnels me semble-t-il. Peut-être que je m’y emploierai un jour (quend je serai en retraite), ce doit être passionnant mais bien ingrat aussi car les chances sont toujours faibles d’obtenir une nouvelle tomate intéressante.

  14. Bernard dit :

    Continuons avec ce passionnant problème d’hybridation. Voici un texte de Jean-Luc Danneyrolles qui est très intéressant et assez synthétique :

    “La sélection, l’échange, le brassage avaient conduit à diversifier d’une manière extraordinaire le potentiel génétique des plantes domestiques, dont la tomate. Des centaines de variétés avaient ainsi été créées puis fixées, dont le jardinier pouvait récupérer les graines. Les plants obtenus en les ressemant reproduisaient fidèlement les caractères de la variétés.

    L’hybridation va peu à peu, au cours du XXéme siècle, remplacer la sélection. A l’inverse des variétés fixées, les graines des hybrides ne peuvent être ressemées l’année suivante. Non pas qu’elles soient stériles, mais une loi génétique fondementale s’applique : le semis des graines du fruit d’un hybride de première génération (ou F1) donne dans un certain désordre les caractères des parents. On ne retrouve pas les qualités supposées de l’hybride, mais une mutitude d’individus. Le jardinier, dépossédé de ses graines, abandonne peu à peu des savoirs qui souvent leur sont associés : cela constitue une forme de “déculturation”…”.

  15. Bernard dit :

    Je continue donc sur ce problème de l’hybridation en précisant qu’en 1996, dans le catalogue officiel français, il existait 280 variétés hybrides de tomates mais seulement 17 qu’un jardinier peut reproduire lui-même dans son potager.

    Par ailleurs, comme la tomate moderne est devenue plutôt fragile, victime de ravageurs qui s’adaptent rapidement à des poisons de plus en plus violents, les chercheurs pratiquent ce que l’on appelle des rétrocroisements. C’est à dire qu’ils croisent une espèce moderne productive avec une variété sauvage connue pour sa résistance. Mais les tomates sauvages sont devenues rares sur la planète. Elles sont toutes en Amérique du Sud. C’est pourquoi les rares endroits où poussent des tomates sauvages sont actuellement considérés comme de véritables sanctuaires et sont classés “réserves mondiales de biosphère”.

  16. Bernard dit :

    Réponse à Anne sur la manière dont se transmettent toutes ces variétés anciennes :

    Je vais prendre comme exemple cette magnifique tomate orange qui est probablement la tomate yougoslave que je recherchais (enfin, au bout de quinze ans, elle n’est plus yougoslave de toute façon, peut être serbe, peut-être croate … !).

    Je ne l’ai pas récupérée auprès d’un club d’échanges. C’est ma belle-soeur qui me l’a donnée. Elle avait récupéré un plant ce printemps près de sa mère qui l’avait elle-même obtenu chez une autre personne. C’est à mon avis une pratique assez courante ce type d’échanges entre personnes.

    Mais il y a aussi la possibilité de se fournir en graines chez quelques rares fournisseurs qui sont assez connus des amateurs (car comme je l’ai dit dans mon autre commentaire ci-dessus, il y avait encore 17 variétés anciennes en 1996 dans les catalogues des semenciers). Une fois qu’un client a acheté l’une de ces variétés anciennes, il peut à partir de ce moment-là produire sa graine et la diffuser auprès de ses proches et l’on repart dans le schéma ci-dessus avec un client, la mère de ma belle-soeur, ma belle soeur, moi, mes amis …

    Et puis il y a le cas particulier de l’association Kokopelli qui fait un travail remarquable, qui milite pour la diffusion des variétés anciennes et qui en a plusieurs centaines à son catalogue. Sauf que Kokopelli s’est fait tapé sur les doigts par les semenciers qui veulent absolument “confisquer le vivant” et cherchent à interdire la vente des variétés anciennes non inscrites au catalogue officiel. C’est une honte ! Ainsi les graines Baumaux ont attaqué Kokopelli en justice. Je crois savoir que malheureusement Kokopelli a perdu en première instance et qu’il doit y avoir une procédure d’appel, mais je ne suis pas au courant des dernières péripéties de cette affaire.

    Quant aux clubs d’échanges de graines entre particuliers dont parle Anne, je n’en connais pas, mais peut-être qu’en faisant une recherche sur internet, on trouverait des choses. Mais je ne crois pas trop à des échanges à l’échelle d’un grand territoire. Je pense que la pertinence de telles actions se situerait plutôt à un niveau plutôt local (à cause de l’adaptation des plantes au terroir). Mais bon, peut-on encore parler d’adaptation au terroir alors que les changements climatiques sont en train de bouleverser tout ça ? Vaste problème !

  17. Anne dit :

    Tu dis, Bernard, qu’il y a trois variétés de tomates que tu cultives depuis quinze ans.
    Tu en cultives bien plus aujourd’hui, non ? Je suis retournée sur la galerie de photos du blog, mais c’est impossible de les compter.
    Si ce n’est pas vraiment dans un but de conservation des espèces, qu’est-ce qui te motive précisément ?
    Je dois dire que j’ai au moins un élément de réponse, puisque j’ai eu le privilège de manger de la salade de tomates chez vous ! Salade de toutes les couleurs et de toutes les saveurs, qui, à elle seule, justifie bien ce travail.

  18. Bernard dit :

    Oui, effectivement, j’en cultive plus de trois variétés : une douzaine de variétés en ce moment, ce qui est bien moins qu’il y a dix ans : je pense avoir cultivé à cette époque une centaine de variétés différentes.

    Les trois variétés que je cultive assidûment sont des variétés dont je ne connais pas la provenance et qui seraient difficiles voire impossible à retrouver. Donc, pour ces trois variétés, je m’assigne un réel rôle de conservation.

    Je récolte aussi les graines des autres variétés que je cultive mais j’y attache un peu moins d’importance car je sais qu’en cas de perte je pourrai les retrouver, notamment chez Kokopelli.

    Et puis il y a aussi les autres variétés dont j’ai les graines mais que je ne cultive que peu souvent, uniquement les années où je veux renouveler les graines qui deviennent trop vieilles.

    Qu’est-ce qui me motive dans tout ça ? Vaste question ! Disons que la réponse qui me vient à l’esprit est une curiosité sans limite dans certains domaines et à certains moments : curiosité en premier lieu pour les couleurs, les formes et les origines des variétés puis curiosité, mais de manière plus secondaire, pour l’aspect gustatif qui n’est pas prioritaire pour moi. Je dis “curiosité à certains moments” car cette année par exemple, j’ai un peu délaissé les tomates (ma curiosité naturelle s’étant un peu reportée sur les potirons et les plantes à racines) … mais c’est évidemment pour mieux les retrouver plus tard.

    Drôle de fonctionnement, non ? Fonctionnement identique qu’on retrouve par ailleurs au niveau de mes autres centres d’intérêt comme la musique !

  19. Pierre CUXAC dit :

    De la tomate à la pomme de terre …peu de différence …enfin presque…
    J’ai mes patates qui sont encore dans la terre et depuis mon retour de vacances … surprise !!! il pleut…et il pleuvra encore les jours à venir…
    Penses - tu qu’elles puissent rester encore dans la terre en attendant le prochain rayon de soleil???

  20. Bernard dit :

    Aïe, aïe, aïe, très mauvaise année pour les pommes de terre.

    Il y a des jardiniers qui ont eu la très mauvaise surprise d’avoir récemment leurs pommes de terre qui fermentaient en terre (dû sans doute à une chaleur exceptionnelle suivie d’une pluviométrie tout aussi exceptionnelle … dans les dix derniers jours, il est tombé 120 litres par m2).

    Il y a d’autres jardiniers qui ont eu une autre surprise aussi mauvaise : les pommes de terre qui sont en terre se mettent à produire de petites pousses comme au début de printemps. Il va sans dire que ces pommes de terre sont fichues et ne pourront pas être conservées cet hiver.

    Pierre, si tes pommes de terre sont encore saines, le mieux à faire est sans doute de les récolter le plus rapidement possible … c’est ce qui me semble le plus logique mais je n’en suis qu’à moitié certain car je n’ai jamais été confronté à une année aussi particulière. Ou alors, arrache un pied de temps en temps pour vérifier leur état puis arrache-les toutes dès que le moindre problème apparaît.

  21. Bernard dit :

    Petite réponse aux interrogations de Butterfly à propos de la chasse et de la pêche.

    Je ne pratique ni la pêche ni la chasse mais lorsque j’étais ado, j’ai été passionné par la pêche. Je me souviens de moments mémorables en bordure de rivière, avec des ambiances très particulières au petit jour, le martin-pêcheur qui passait au ras de l’eau … je pense qu’effectivement ce sont là de purs moments de communion avec la nature et je connais des pêcheurs qui ont aussi aujourd’hui ce type d’émotion.

    Je suis plus réservé par rapport à la pratique de la chasse qui me semble être une activité beaucoup plus violente (chaque coup de fusil perturbe beaucoup l’environnment, non seulement au niveau de l’environnement sonore mais aussi au niveau des activités de l’ensemble des espèces animales).
    Quant à l’aspect “communion avec la nature”, j’ai un peu de mal à imaginer ce que ça peut être pour un chasseur. Peut-être qu’autrefois, à l’époque où les chasseurs se faufilaient dans les herbes des marais, à la tombée de la nuit, …ça pouvait signifier quelque chose. Les chasseurs étaient plutôt du genre solitaires. Aujourd’hui, la chasse telle qu’elle se pratique est essentiellement une chasse en groupe, en battue, et les conditions en sont si artificielles que je ne vois pas trop en quoi ça peut être une certaine communion avec la nature. Mais ce milieu m’est tellement étranger que je me trompe peut-être. J’aimerais parfois comprendre et je ne demande qu’à comprendre ! J’ai moins d’à-priori aujourd’hui sur ce sujet.

    J’ai autrefois fait partie du ROC (Rassemblement des Opposants à la Chasse) mais aujourd’hui j’ai une attitude beaucoup plus nuancée par rapport à la pratique de la chasse (même si, bien sûr, il m’arrive parfois d’être un peu excédé par l’attitude de certains). Mon attitude est d’autant plus nuancée que je considère aujourd’hui que la chasse n’est qu’un petit problème parmi d’autres plus importants. Il y a tellement d’autres atteintes à l’environnement qui sont plus graves (destruction des habitats naturels, pesticides, pollution des eaux, retombées atmosphériques, changements climatiques…) !

    Il y aurait certainement des points de convergence entre chasseurs (dont je ne fais pas partie) et écolos (dont je ne fais pas partie non plus) mais ces deux mondes ne sont pas appelés à collaborer, les attitudes des uns et des autres sont trop épidermiques !

    Contrairement à l’idée répandue, il n’y a pas besoin de la chasse pour qu’il y ait un équilibre dans la nature … sauf en l’absence de grands prédateurs. La plupart des espèces animales se débrouillent très bien sans l’homme. Mais c’est vrai qu’il y a quelques espèces qui n’ont pas de prédateurs et qui ont besoin d’être régulées, tant que les lynx et les loups ne seront pas présents partout (ce qui arrivera un jour), ce sont essentiellement le sanglier, le chevreuil et le cerf. La chasse aux autres animaux ne se justifie pas à mon avis.

    Voilà, j’espère t’avoir apporté quelques réponses, j’ai essayé de ne pas être polémique car j’ai conscience que ce sujet est plutôt délicat, vite passionnel.

  22. Vincent dit :

    Au fait, on ne l’a pas dit sur le coup, mais je pense n’avoir pas été le seul à être épaté par ce texte “juste et mesuré” sur un sujet aussi épineux ! Bravo Bernard !!!

    Maintenant, juste pour voir, tu peux nous proposer la version plus “polémique” (que tu as quelque peu retenue d’après ce que tu laisses entendre dans ta conclusion) ?

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