« Bringing it all back home » (2)

Voici donc une quatrième traduction libre d’une chanson de Dylan, effectuée par notre ami Jean-Louis (qui nous accompagne toujours dans cette aventure insensée qui va durer quatre ans). Il s’agit de la très belle chanson Love Minus Zero/No limit extraite du disque Bringing it all back home que j’ai chroniqué hier. Vous pouvez cliquer ici pour découvrir le texte original et aller sur amazon pour en écouter un extrait de 30 secondes.

Amour moins zéro /Pas de limite

Ma tendre amie me parle comme le silence,
Pas de grands concepts ni de violence
Elle n’a pas à me raconter qu’elle est fidèle,
Mais elle est sincère, comme la glace, comme le feu
Les gens s’offrent habituellement des roses,
Se font des promesses à tout moment,More…
Mon amie, son rire est comme celui des fleurs,
Les jolis coeurs n’ont qu’à bien se tenir

Dans les supérettes et les arrêts de bus,
Les gens parlent de la situation politique,
Lisent des magazines, révisent des cotes en bourse,
Puis ils taguent leurs conclusions sur les murs.
Certains font des discours sur l’avenir de l’humanité,
Ma tendre amie, elle s’exprime tout doucement,
Elle sait que chacun peut apprendre de ses failles
Mais elle connaît aussi la souffrance qu’il en coûte.

Manteaux et dagues sont rangés à leur place,
Les belles dames allument les cierges.
Dans les cérémonies des chevaliers du temps jadis,
Même le simple écuyer devait tenir sa place.
Quand des statues faites de bâtons d’allumettes,
Viennent à s’écrouler les unes sur les autres,
Mon amie me fait un clin d’œil, elle en rigole !
Elle est trop sage pour se perdre en explications.

Le pont tangue sur le coup de minuit,
Le médecin de campagne se paume dans le noir,
Les nièces des banquiers cherchent la perfection
Rêvant de tous les cadeaux qu’un bon parti doit forcément apporter…
Le vent mugit comme un marteau-pilon,
La nuit souffle le froid et la pluie dégouline,
Mon amie est comme une corneille trempée à l’aile brisée
Venue se faire soigner à ma fenêtre.

Interprétation : Jean-Louis Dubois
4 et 7 mai 2006
à ma tendre amie, à Frédéric

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17 réponses à « Bringing it all back home » (2)

  1. Jean-Louis dit :

    Vous croyez que je m’amuse ? Que nenni !

    Par exemple : ma tendre amie fait la gueule depuis que j’ai laborieusement traduit, les deux derniers vers.

    Je m’explique : dans la culture amérindienne, raven en anglais, le Grand Corbeau pour les intimes, symbolise la curiosité, l’intelligence, le recyclage de la matière donc la connaissance des mécanismes du monde (ces « sauvages » étaient proches de la nature…).

    En revanche, dans la culture européenne, le corbeau est oiseau de malheur, compagnon du bourreau, fréquentant les gibets, les champs de batailles et les décharges…

    Comment s’en sortir ? Traduire corbeau-sage-et-savant par blanche colombe serait un grave contresens ! La corneille, maligne, mais il faut l’avouer, un peu pirate, est-elle un compromis acceptable ?

    Une chanson particulièrement émouvante malgré tout !

    Je la dédie à ma tendre amie et à mon médecin de campagne !

  2. Anne dit :

    Je trouve que l’anecdote est intéressante. Elle nous donne une idée plus précise de l’ampleur du travail et des connaissances que demande ce type de traduction. Elle montre aussi qu’on ne maîtrise pas vraiment une langue si on n’est pas en plus imprégné de la culture du Pays. Je trouve ça assez passionnant.
    Par contre, je n’ai pas saisi pourquoi la tendre amie de Jean-Louis faisait la gueule. Parce qu’elle n’est pas d’accord sur le choix fait par Jean-Louis sur cette traduction du mot raven ?

  3. Bernard dit :

    Anne a raison de parler de la rigueur et des connaissances qu’il faut pour traduire. Mais il y a parfois des choses qui sont intraduisibles. Ainsi, dans l’article précédent, j’ai parlé de Robert Shalton, biographe de Dylan, qui parle d’un interview dans lequel le journaliste demande à Dylan : « vous gagnez beaucoup d’argent, si je ne m’abuse ». Réponse de Dylan « Je ne m’abuse ! ».

    A propos de cette anecdote amusante, Robert Vassal, qui a traduit le livre de Shelton, met un astérisque avec un renvoi en bas de page dans lequel il précise :
    « jeu de mot intraduisible : « I take it » (to take : prendre) veut dire aussi – et ici – « je le présume ». Et Dylan : « Je le prends ».

    Ce qui laisse ententre que, à notre niveau, même, avec de belles traductions comme celles dont Jean-Louis nous régale chaque mois, il nous est difficile de saisir toute la subtilité de Dylan.

  4. Vincent dit :

    Jean-Louis, je ne suis pas allé vérifier mais il me semble bien que dans la culture celtique (donc pré-européenne en quelque sorte) le corbeau était également symbole d’intelligence… ce que la science (l’éthologie) a d’ailleurs démontré ensuite en inventant un judicieux stratagème prouvant qu’ils étaient capables de compter jusqu’à 8, je crois. Ceux qui savent… Chut !… les autres vous pouvez essayer de deviner comment ils ont fait ?

    Ta « tendre amie » (la poésie ?) va pouvoir retrouver le sourire… Ton choix est tout à son honneur !

  5. Anne dit :

    Je suis impatiente de connaître le stratagème en question en tant qu’amatrice d’énigmes mathématiques et ornitho néophyte !

    En attendant, la question de Vincent m’a fait pensé à un « Dingodossier » de Gottlieb. L’article commence par une critique virulente de ceux qui prétendent que l’éléphant a une bonne mémoire. L’auteur en veut pour preuve qu’il connaît un éléphant de cirque qui n’est jamais fichu de se souvenir combien font 6 X 7.
    Suit un dossier sur le zèbre sur deux pages… qui se termine par de plates excuses concernant l’éléphant. L’auteur vient, en effet, de se souvenir que durant le même numéro de cirque, l’éléphant fumait environ un paquet de gauloises, et tout le monde connaît les méfaits du tabac sur la mémoire.

    Désolée, Jean-Louis, de faire se juxtaposer un humour si trivial et une si belle traduction.

  6. Vincent dit :

    Petit indice : il suffit de quelques comparses et… d’une grange remplie de graines (ou de je ne sais quoi) qu’ils raffolent et dans laquelle ils peuvent à loisir entrer.

  7. Anne dit :

    Bon, ça m’amuse de continuer à chercher un peu, mais il faudrait d’autres indices…
    Faut-il connaître le comportement des corbeaux pour trouver ?
    Nous ne sommes pas éthologues, suffit-il d’un peu de logique (logique purement mathématique) ?
    Ici, pas question de robinets qui fuient, ni de train qui roule à vitesse constante du point A au point B (ce qui n’existe évidemment pas). Non, nous sommes face à du vivant, avec tout ce que cela implique d’imprévisible.

  8. Vincent dit :

    (Ils aiment bien entrer dans la grange… mais pas qand y’a qqun dedans)

  9. Vincent dit :

    Alors ? Personne ne trouve ? Y’a que Anne qui a envie de chercher ?

  10. Anne dit :

    Je renonce, je démissionne, j’abdique, je me récuse.
    Bref, je donne ma langue au chat.
    Non, je lui prête.

  11. Bernard dit :

    Je crois avoir lu ou entendu un jour ce genre de choses. Des personnes rentrent dans la cabane et en ressortent un peu plus tard, mais une personne en moins à chaque fois. Les corbeaux ne viennent plus manger car ils se rendent compte de la supercherie, à savoir qu’une personne est restée à l’intérieur.
    Mais à partir de 8 personnes, ils ne ne rendent plus compte qu’une personne est restée à l’intérieur. On en a donc ainsi déduit (peut-être hâtivement) que les corbeaux savaient compter jusqu’à 8.

  12. Vincent dit :

    Oui c’est ça !… En tout cas d’après mes souvenirs car c’est cité je crois dans un bouquin de Konrad Lorentz (L’agression) que j’ai prêté. Il faudrait certes d’autres dispositifs permettant d’assurer que c’est bien en comptant qu’ils fonctionnent, mais avouez que celui-ci est plutôt ingénieux, nan ?

  13. Anne dit :

    Vraiment ingénieux !
    Tu ne crois pas, Bernard, que tu as pu le lire dans un numéro de La Hulotte ? (le rare défaut de cette revue est de ne pas avoir de sommaire).
    Je suis presque sûre d’en avoir eu connaissance, et, j’ai vérifié, ça n’est pas dans les articles de Paul Géroudet.
    En tout cas, j’ai plus une tête de linotte qu’une mémoire d’éléphant.

  14. Bernard dit :

    En fait je suis certain de n’avoir lu cette histoire nulle part mais de l’avoir simplement entendue, et à plusieurs reprises. Mais racontée par qui ?

  15. Jean-Louis dit :

    Salut à tous Vincent, Anne, Bernard et… ma tendre amoureuse!
    Quelque peu pris par la rentrée et quelques soucis… sentimentaux, jai un peu boudé le Blog à DUP ces jours-ci…
    Je suis très touché par vos commentaires.
    Puisqu’il s’agit d’Amour (My love…), je voudrais vous en dire ma conception :
    – une part de biologie (phéromones etc..)
    – une part de psychologie (culture et expériences personnels…)
    – une part de mystère… que nul se transpercera sauf à vouloir rompre pour ne pas dire corrompre le charme ! Est-ce seulement possible ? Sûrement pas souhaitable à mon avis ! Pourquoi vouloir tout expliquer !?

  16. Bernard dit :

    Content de te savoir de retour parmi nous, Jean-Louis !

    D’accord avec toi : « pourquoi vouloir tout expliquer ? ». D’ailleurs, si beaucoup de gens ont cherché à expliquer les textes de Dylan, ça n’a duré que peu de temps finalement ! Depuis quarante ans, on n’entend plus dire grand chose sur ses textes. Ce qui explique que Robert Shelton ait écrit qu’à la suite de la sortie de ce dique Bringing it all back home en 1965 « Dylan écrit désormais de façon trop obscure pour que quiconque puisse comprendre précisément le sens de ses chansons, ouvertes du coup à toutes sortes d’interprétations – exactement le but recherché par leur auteur”.

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