A propos de la grippe aviaire (7) « Leblogadupdup.org

A propos de la grippe aviaire (7)

On se souvient de la psychose de la grippe aviaire qui avait frappé les médias de l’automne 2005 au printemps 2006, période entrecoupée par le mois de décembre 2005 où la grippe aviaire avait bizarrement complétement disparu de l’actualité (il fallait bien vendre les dindes de Noël, non ?).

On se souviendra longtemps du vent de panique provoqué par la découverte d’oiseaux migrateurs, morts ou même vivants. Par contre, ce dont le grand public ne se souvient pas, c’est que des enquêtes sérieuses avaient émis des doutes et montré du doigt les élevages industriels. Lobbying oblige, ces enquêtes n’ont jamais été reprises ni par les grands médias, ni par les hommes politiques, ni par leurs services secrets (vous aurez évidemment reconnu au passage villepingouin, Sarkoq et les services d’Interpoule).

Ce n’est pas un hasard si la grippe aviaire est apparue dans les pays d’Asie où les élevages industriels sont poussés à leur paroxysme (plus de trente poules par mètres carrés, nourries avec des résidus d’os et même des fientes). Ce n’est pas un hasard si la maladie est apparue le long de la liaison ferroviaire qui relie l’Asie et l’Afrique et qui est justement le siège d’intenses trafics de volailles entre ces deux continents. Ce n’est pas un hasard si cette liaison ferroviaire orientée Est-Ouest ne correspond pas du tout à l’axe de migration des oiseaux migrateurs asiatiques. Ce n’est pas un hasard non plus si le Laos, qui est le seul pays asiatique à ne pas pratiquer d’élevage intensif et à avoir fermés ses frontières aux volailles étrangères et aux farines animales, a été le seul pays asiatique épargné.

Avec un milliard d’oiseaux qui transitent chaque année par Europe occidentale et probablement un million d’entre eux qui meurent de mort naturelle chaque jour en France (eh oui, les chiffres sont énormes, ils sont de cet ordre là), il n’y avait aucune raison objective de succomber à la panique au moindre oiseau trouvé mort.

La psychose de la grippe aviaire s’est aujourd’hui arrêtée, mais objectivement, il n’y a pas de raisons de s’inquiéter moins ou de s’inquiéter plus qu’il y a un an, les élevages industriels continuant leur course concentrationnaire à la productivité.

Le sujet est quelque peu revenu sur le tapis les temps derniers. Pas en France mais en Grande Bretagne.

Le virus H5N1 est apparu récemment dans un élevage du Norfolk dans l’Est de l’Angleterre. Les autorités anglaises ont fait exactement ce qu’auraient fait les autorités françaises : laisser accuser les oiseaux migrateurs. Manque de pot (poule au pot !), les experts qui doutaient d’un tel scénario, viennent tout juste de s’apercevoir que le groupe éleveur Matthews (qui emploie 7 000 personnes) possèdait plusieurs succursales, dont une en Hongrie, de laquelle il importe chaque semaine 38 tonnes de volailles. Et le virus qui a décimé l’élevage anglais est exactement de la même souche que celui qui a décimé un élevage hongrois. Si l’affaire fait du bruit en Angleterre, c’est que Tony Blair était au courant de ces échanges de volailles, qu’il n’avait pas daigné avertir le Parlement et l’Union Européenne et que son ministre a même déclaré “qu’il n’y avait aucune sorte de lien hongrois”.

Mais bon, la vie est ainsi faite, les hommes au pouvoir ne risquent rien de nos jours. Ils peuvent jouer avec les médias, avec la santé publique, mentir avec aplomb, ils resteront quand même en place. Allez, roule ma poule !!!



21 commentaires sur “A propos de la grippe aviaire (7)”

  1. Christophe dit :

    Oui, c’est la terrible vérité.
    Contrairement à une idée généralement fausse, il semble qu’une grande partie du Moyen-âge ait été une période heureuse et calme.
    On ne pas en dire autant de ces deux dernières décennies, mais les historiens en jugeront.
    Mais si je fais un parallèle avec le Moyen-âge, c’est que certaines périodes ont été terribles : famines, épidémies…
    Nous y voilà revenus avec tous les progrès connus.
    Et il y aurait un article tout à fait saignant (merci, pas trop cuit le steack) à faire sur la santé et l’usage de la pharmacopée.
    De vieux démons ramènent leurs gueules puantes et pourraient bien abreuver nos sillons !
    Tonton Georges en a une là-dessus et même plusieurs : celle où il explique qu’il n’est pas né à la bonne époque et celle dans laquelle le temps ne ferait rien à l’affaire.
    En attendant, les gueules puantes font de belles affaires.
    Vive le ministère de la consommation-santé-agricole !

  2. Vincent dit :

    Plus heureux ? Moins heureux ? Difficile à évaluer… d’autant plus que la notion même de “bonheur” évolue avec le temps.

    Et ce qui complique le tout, comme aimait à dire Alphonse Allais, on peut avoir connu des moments de bonheur, mais ce n’est pas forcément là qu’on a été le plus heureux !!!

  3. CQFD dit :

    La ferme d’élevage moderne telle qu’elle se pratique de nos jours : les porcs chient entre des grilles, la merde tombe dans l’eau, les poissons la bouffent et nous, pauvres humains, bouffons les poissons. Quand cesserons-nous ce type d’absurdité ?

  4. Vilain P'tit Canard dit :

    P’t-être quand on s’ra moins nombreux (ne reste plus qu’à trouver le moyen d’y arriver) ou quand on aura les moyens de se payer de la viande de meilleure qualité (ne reste plus qu’à trouver le moyen d’y arriver)

  5. Bernard dit :

    Le Vilan P’tit canard a certainement raison de dire “quand on s’ra moins nombreux”.
    Il paraît que depuis sept-huit ans, la planète n’est plus en état de suffisance alimentaire. Il doit probablement y avoir un rapport direct entre nombre d’habitants et qualité alimentaire. Quelqu’un a des infos là-dessus ?

  6. Bernard dit :

    Je vais dire quelque chose qui va en choquer plus d’un. Mais j’assume.

    Chaque espèce animale sur terre connaît, à un moment donné ou à un autre, une régulation de ses effectifs. Bien souvent, il s’agit des ressources alimentaires qui deviennent insuffisantes et qui provoquent une baisse, parfois drastique, de la population. La prédation est aussi un autre facteur de régulation. Et puis il y en a un autre, dont on parle moins, qui est l’existence de parasites, de virus. Les populations d’insectes par exemple en sont très tributaires.

    L’homme, dans son incroyable vanité, imagine que le système de croissance de sa population est un système viable. Or, qu’il s’agisse d’une croissance arithmétique ou d’une croissance exponentielle importe peu : ces deux modèles mathématiques sont condamnés à l’échec en ce qui concerne l’évolution de la population humaine.

    Quand je dis vanité, c’est que l’homme a oublié d’être humble, il est persuadé qu’il peut s’affranchir des lois de la nature ou des lois de dynamique de populations ou des autres lois qui ont cours ici-bas. Or ces lois, à un moment donné ou à un autre, le rattraperont. Il y aura donc des régulations de la population humaine. Et il ne pourra s’agir que de régulations drastiques car si l’on regarde froidement les chiffres, ils sont vertigineux. Même si l’on éliminait 100 000 personnes chaque jour de la planète, ce serait insuffisant car l’augmentation du nombre d’habitants est supérieure à ce chiffre. On voit bien, avec ces chiffres, l’ampleur du problème.

    L’arrivée d’un virus hautement pathogène, qu’il soit de type H5N1 ou autre, sera peut-être le prochain agent régulateur de la population humaine. Il fera des millions de morts, peut-être même beaucoup plus mais en tout état de cause, ce sera infiniment préférable à la guerre qui pourrait devenir inéluctable : guerre pour l’énergie, guerre pour l’eau, guerre pour la nourriture … ou même toutes ces guerres combinées à la fois.

  7. Vincent dit :

    Je ne pense pas que ce tu présentes là soit “choquant”.
    La nuance est peut-ête délicate, mais c’est je crois quand on glisse de cette pensée neutre (de l’ordre du constat) au “souhait” que les choses soient comme tu les énonces (et si possible le plus vite possible) que le “mur de la morale” est franchi et que s’ouvrent alors tous les champs de l’indignation.

  8. Vincent dit :

    On peut tout de même te titiller sur ce point-là : en quoi trouves-tu que des millions de morts par maladie soient “préférables” à des millions de morts à la guerre ? Des morts prématurées sont des morts prématurées donc, quelles qu’en soient leur cause, foncièrement inacceptables (moralement parlant), nan ?
    La seule chose légitimement “préférable”, ce serait que la population puisse croître tranquillement sans aucun souci. A partir du moment où les contraintes indépendantes de notre volonté ne le permettent pas, comment choisir entre la peste ou le choléra ? Notre seule dignité face à ce choix cornélien (sophien ?) est peut-être juste de lutter à armes égales contre les deux fléaux sans choisir celui qui en fin de compte nous tuera.

  9. Christophe dit :

    Ce discours me paraît dangereux à plus d’un titre :

    - d’abord parce qu’il est satisfaisant de penser qu’une punition suivra la transgression (celle du respect du vivant dans son unité et sa diversité). Et à ce sujet, il est évident que ceux qui sont punis les premiers ne seront pas les coupables… les polllueurs pas les payeurs, justice insupportable.

    - ensuite parce que l’homme a montré sa capacité à s’adapter toujours mieux à son environnement : avez-vous songé au rêve mercantile que serait une société totalement affranchie de la nature ? à l’avènement des pires scénaris de SF ? Alors, et c’est le modèle en cours, pas flippant pour bien des urbains (le modèle en cours), seuls le marché et l’écran 50 pouces montreront encore leur capacité à évoluer et à sélectionner.

    - je ne suis pas sûr non plus que notre bonne planète soit dans l’incapacité de nourrir tant de bouches. On est quand même pas mal sur cette planète et beaucoup de nos frères humains crèvent à deux pas de la nourriture qui leur manque et ne manquerait à personne.

    - et encore parceque les problèmes de santé publique posés aujourd’hui dépassent largement le H5N1, mettons-y un peu de téflon, quelques biocides salutaires, un nouvel antibiotique, et j’en passe… rien n’y fait : humains toujours plus nombreux et toujours plus malades !

    Allez “une bonne vieille guerre !”, encore une terrible pensée fabriquée quand on ne peut soi-même accepter le bonheur, la joie de vivre l’instant et que nos craintes les plus folles nous animent mieux.
    Quand on confond vie et prolifération, mort et cancer, ne se place t-on pas dans une position abusive, celle qui laisse penser à une toute puissance… celle dont on souffre et que l’on ne sait combattre en soi-même, celle à laquelle nous font croire les médias, y compris Internet ?

  10. Bernard dit :

    Je persiste à dire qu’il y aura un facteur de régulation à l’expansion de l’espèce humaine. Même si, comme tu le dis Christophe, il y a peut-être suffisamment de nourriture pour la population actuelle, ça ne change rien au problème. L’expansion a forcément une fin. Et pour les autres espèces, c’est souhaitable, non ?

  11. Christophe dit :

    Peut-être, mais je ne souhaite pas être le facteur de régulation !
    Sans doute que l’un de ces facteurs est déjà prêt, et même concocté par notre propre espèce. Je tiens même encore souvent le même discours que le tien, avec le plaisir aussi de provoquer ou le besoin d’entendre un argumentaire net.
    Mais le glissement sémantique que ce discours induit (contrôle, espèce supérieure, etc.) n’est pas au profit non plus de ce que l’humanité (bon sang !) a produit de mieux.
    C’est ce que ma réaction voulait souligner, rien de plus. Je rêve en fait souvent d’un Homme qui prélèvera dans son environnement ce qu’il lui faudra, en sera reconnaissant, et en jouira dans un équilibre imparfait mais régi par des lois naturelles. Je sais que c’est un rêve, mas je sais aussi que certains de mes ancêtres très proches et très civilisés vivaient ainsi.
    Et je sais que certains de mes semblables vivent encore ce rêve… éveillés qu’ils sont.

  12. Bernard dit :

    Oui, entièrement d’accord. Finalement, sur le fond, nos positions sont assez proches. Et surtout, on a le même rêve.

  13. Christophe dit :

    En effet !
    Alors bonne nuit, bons rêves, et surtout… bon réveil !

  14. le Russe dit :

    Bon réveil!
    Je veux mettre en avant quelque chose ce matin. Il fait excessivemet beau et chaud, je me prépare en ce moment à quitter Eden pour Paris, et tant de belles choses m’incitaient à écrire: plus que des rêves ce sont des pespectives rationnelles. ça ne signifie pas qu’elles soient froides ou à brève échéance(l’idée de suicide collectif de l’humanité est, lui aussi, fils de ce rêve d’équilibre avec la nature si on y regarde de près). ça signifie que la conformation-même de notre “mens”, de notre réalité mentale, correctement dévelloppée, ne peut nous pousser à penser autre chose. Ce qui fait la force de cet espace de discussion, je le retrouve dans l’éthique spinozienne (”Le bien que désire pour soi-même chaque sectateur de la vertu, il le désirera aussi pour les autres hommes, et ceci d’autant plus qu’il aura une plus grande connaissance de Dieu”, éthique, IV,37). Se mettre ensemble pour découvrir que le rêve de chacun est l’espérance normale de tous, dont l’accomplissement est inéluctable. Nos rêves, multipliés pas l’expérience de la rencontre, se révèlent être des notions bien rationnelles, fondées sur la responsabilité individuelle et l’effort pour se comprendre. Spinoza donne une formidable matrice théorique à ce mouvement qui se découvre chaque jour un peu plus, qu’on connaît sous la “virgule” qui l’aurait fait condamner s’il l’avait faite publier de son vivant, “Deus, sive Natura”. Dieu, ou la Nature. N’oublions pas de trouver notre communité, notre communauté, avant d’insister sur nos différences. C’est ce qu’on retrouve tout au long des discussions du blog, un fil conducteur selon moi: l’homme comme maillon de la Nature dont la folie consiste à s’en croire le maitre (erreur cartésienne d’ascendance catholique) ou l’étranger (erreur de la transcendance, mère de la première). Le monde et la pensée moderne redonnent raison à contre-coeur à cette pensée spinozienne de l’immanence, des équilibres.

  15. le Russe dit :

    Les grandes épidémies, l’instinct guerrier, la molesse de caractère comme régulateurs immanents des équilibres naturels. Si l’épistémologue ou l’éthologue laissent le profit personnel réguler les avancées scientifiques, celles-ci, filles de la connaissance de la Nature, agissent comme elles le doivent: elles détruisent dans un climat de peur (H5n1, Sida ou quoi que ce soit d’autre). Au niveau météorologique on le perçoit bien: tu fais le con avec l’air, en y rejettant une surcharge inouïe de gaz de combustion utilisés à but de profit, tu te retrouves avec des tornades démentes et des sècheresses. Idem pour la grippe aviaire. En ce sens je disais que le monde capitalistique moderne donne raison à contre-coeur à spinoza: le quidam devant la télévision (Spinoza appelait le dieu créateur et colérique invoqué par les traditions du lvre l’”asile de l’ignorance”, ça correspondrait aussi pas si mal au “paysage audiovisuel”, notre nouveau catéchisme, vous ne trouvez pas?) se trouve obligé, quitte à ce que ce soit à contre-coeur, à faire des liens logiques entre production capitaliste, mondialisation boursière des flux, et H5n1 dans son assiette.

  16. Humeur badine dit :

    Je ne suis pas certain d’avoir tout saisi, le Russe… mais tachant de “ne pas oublier de trouver notre communité, notre communauté, avant d’insister sur nos différences” je vais m’attacher à ce que j’ai compris (clin d’oeil !)

  17. Nico dit :

    Ben moi j’vous souhaite à tous une bonne St Valentin !! et plein de bonheur !!

  18. Bernard dit :

    Oui, grippe aviaire ou pas, la Saint Valentin est là. A priori, y’a pas beaucoup de rapport entre les deux. Sauf que, avant hier soir, au resto, la serveuse nous a dit que le soir de la Saint-Valentin les couples avaient l’air pressé d’aller se coucher. C’est à dire à l’heure des poules !
    Nico, beaucoup de bonheur à toi aussi et à ta “Mag au lit” !

  19. Myxomator dit :

    N’allez quand même pas baiser comme des lapins, j’ai lu auparavant l’article sur l’introduction d’espèce dans le milieu naturel… une situation qui me révulse !

  20. Roland dit :

    Très brièvement un commentaire.
    La régulation des espèces, espèce humaine y comprise, se fait de manière insidieuse et chronique, mais aussi par crises où une conjonction de diverses causes (alimentaires, sanitaires, climatiques, sociales…) réduit la fertilité, affame les organismes, affaiblit les défenses immunitaires etc…
    Un petit aperçu historique nous montre que l’état sanitaire de l’humanité a subi, subit et subira les assauts de souches microbiennes contingentes contre lesquelles il n’y a pas de parade, et lorsqu’on en a mis une au point, déjà une nouvelle nous menace (cf Légionellose,…VIH et H5N1…Ebola… Chikungunia…Fièvre du Nil… )
    Ceci dit j’ai lu avec délectation les commentaires du Russe, de Christophe et de Bernard (une fois de plus !)….

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