J’irai lire sur vos tombes

Il y a un mois, j’étais à un baptême dans un petit village de la vallée de l’Ognon. Comme chaque fois, je m’emmerde pendant l’office. Un enterrement, c’est beaucoup plus pratique, il y a toujours beaucoup de monde (surtout dans les campagnes) et, en n’arrivant pas trop tôt, on se retrouve systématiquement à l’extérieur, faute de place. Un baptême, ce n’est pas pareil. La foule s’y presse moins. Dans le cas présent, même avec cinq baptêmes à la fois (on fait ça à la chaîne maintenant), l’église était aux trois quarts vides. Impossible donc d’éviter l’office.

Le curé était super bien, du genre cool à la voix douce, une voix d’agneau. Mais je me méfie de ceux-là, c’est les plus dangereux à mon avis. Alors je suis sorti discrètement au bout de dix minutes.

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Comme le cimetière du village est installé autour de l’église, j’ai commencé à déambuler au milieu des tombes, d’autant que ce petit cimetière, dont une partie est sous forme de terrasses, a beaucoup de cachet. Et puis, je dois dire que j’aime l’ambiance particulière des cimetières (comme celle des églises d’ailleurs, s’il n’y avait pas ces soutanés curés !). Je comprends Brassens qui a beaucoup écrit à ce sujet et qui aimait beaucoup ces lieux chargés d’histoire.

Parfois quelques tombes nous livrent des fragments de la vie des gens. Aini une tombe de ce cimetière affichant un portrait de Johnny Halliday. Le défunt devait être un vrai fan … ou un Suisse. Mais c’est une autre tombe qui m’a frappé. Il y avait enterré là un couple de chorégraphes de l’opéra de Paris, Pierre et Micheline, morts il y a une dizaine d’années. Plutôt insolite dans ce petit cimetière campagnard. Et puis surtout, gravée sur la pierre, une citation de Nietzche. Un texte de l’auteur de l’Antechrist sur une tombe, avouez que celà a de quoi surprendre !

« Et que soit perdue la journée où l’on ait pas dansé une seule fois. Et que soit fausse la vérité où il n’y ait pas un seul éclat de rire ».

La première moitié de cette citation nous invite à danser tous les jours de notre vie. Elle est très belle.

Demain soir, après l’annonce du résultat de l’élection présidentielle, la moitié de la population aura effectivement envie de danser. L’autre moitié pourra-t-elle, comme le suggère Nietzche, danser quand même malgré le désespoir et le découragement ? Ce sera difficile, mais c’est quand même une belle philosophie de la vie, non ?

36 réflexions au sujet de “J’irai lire sur vos tombes”

  1. « Rire, chanter, danser », je ne vois – pour ma part – pas de meilleur programme. Pas de plus hautes valeurs. Pas de signes de plus grande santé !

  2. Dimanche soir, l’envie de rire/chanter/danser sera, je pense, des deux côtés… et il n’est pas certain qu’il faille être du côté des victorieux : n’est-ce pas en effet les chants/danses/rires du désespoir qui sont les plus beaux ?

  3. Il me faudrait retrouver le nom, si je l’ai jamais su, d’une grande dame, rescapée des massacres ordonnés par les staliniens aussi bien que des exécutions en masse commandés par les franquistes, et qui disait dans un sourire, au soir de sa vie : « Nous avons perdu la guerre mais nous avions les plus belles chansons. »

    (Jack-Alain Léger, Maestranza, ni essai ni roman ce qu’on voudra, Gallimard, 2000)

  4. A vrai dire, j’ai un peu de mal à réaliser que demain soir nous aurons un nouveau ( ou une nouvelle ;) ) président(e) de la république …
    Qui des 2 clans danseront, chanteront, riront ?? : tous les médias et organismes de sondages aiment à dire que ce sera Sarko de toute évidence, mais rien est joué !!!
    Je fais partie de ceux qui comme Bernard, pensent que Sarko ne vaincra pas, pas cette fois !! (ou en tous cas je l’espère vivement !!) … mais pour l’éventuelle défaite de Sarko, je n’irais pas jusqu’à parier la fameuse petite bière tant attendue par les « Dupdupophiles » !! lol :D

  5. Je me rappelle que ce blog avait un jour fait l’objet d’attaques sous forme de propos très durs qui m’avaient déstabilisé. Cess m’avait alors dit : « Ce type-là ne rit probablement jamais et ne danse jamais ». Peut-être que le rire et la danse limitent l’agressivité naturelle.

  6. Il est certain que le simple fait de rire et de danser montrent une certaine joie de vivre, un côté détendu et bien dans sa tête et dans son corps, le contraire même de l’agressivité …
    En Afrique par exemple, dans certaines contrées, les gens dansent et chantent, rient et ils me semblent heureux paradoxalement à leur grande pauvreté … qui pourraient leur donner de bonnes raisons d’être agressifs …

  7. « Savoir danser avec les pieds, avec les idées, avec les mots : faut-il que je dise qu’il est nécessaire de le savoir avec la plume. » (Le crépuscule des idoles)

    ***

    « Notre première question pour juger de la valeur d’un livre, d’un homme, d’un morceau de musique, c’est de savoir si il y a là de la marche et, mieux encore, de la danse… […] oh ! combien nous devinons vite comment un auteur est arrivé à ses idées, si c’est assis devant son encrier, le ventre enfoncé, penché sur le papier : oh ! combien vite alors nous en avons fini avec son livre ! » (Le gai savoir)

    ***

    « Ce n’est pas la graisse, mais une plus grande souplesse et une plus grande vigueur que le bon danseur demande à sa nourriture, – et je ne saurais pas ce que l’esprit d’un philosophe pourrait désirer de meilleur que d’être un bon danseur. Car la danse est son idéal, son art particulier, et finalement aussi sa seule piété, son « culte »… » (Le gai savoir)

    ***

    « Dès qu’un homme arrive à la conviction fondamentale qu’il faut qu’il soit commandé, il devient « croyant » ; il y aurait lieu d’imaginer, au contraire, une joie et une force de souveraineté individuelle, une liberté du vouloir, où l’esprit abandonnerait toute foi, tout désir de certitude, exercé comme il l’est à se tenir sur les cordes légères de toutes les possibilités, à danser même au bord de l’abîme. Un tel esprit serait l’esprit libre par excellence. » (Le gai savoir)

    ***

    « La démarche de quelqu’un laisse deviner s’il marche déjà dans sa propre voie. […] Celui qui s’approche de son but, celui-là danse ». (Ainsi parlait Zarathoustra)

    ***

    « Ceci est ma doctrine : qui veut apprendre à voler un jour doit apprendre à se tenir debout, à marcher, à courir, à grimper et à danser : on n’apprend pas à voler du premier coup ! » (Ainsi parlait Zarathoustra)

    ***

    « C’est ainsi que je veux l’homme et la femme : l’un apte à la guerre, l’autre apte à engendrer, mais tous deux aptes à danser avec la tête et les jambes. Et que chaque jour où l’on n’a pas dansé une fois au moins soit perdu pour nous ! Et que toute vérité qui n’amène pas au moins une hilarité nous semble fausse ! » (Ainsi parlait Zarathoustra)

    ***

    « Il vaut mieux encore être fou de bonheur que fou de malheur, il vaut mieux danser lourdement que de marcher comme un boiteux. Apprenez donc de moi la sagesse : même la pire des choses a deux bon revers, même la pire des choses a de bonnes jambes pour danser : apprenez donc vous-mêmes, ô hommes supérieurs, à vous placer droit sur vos jambes ! Désapprenez donc la mélancolie et toutes les tristesses de la populace ! » (Ainsi parlait Zarathoustra)

    ***

    « Que tout ce qui est lourd devienne léger, que tout corps devienne danseur, tout esprit oiseau : et, en vérité, cela est mon alpha et mon oméga ! » (Ainsi parlait Zarathoustra)

    ***

    « O qui donc trouverait le vrai nom pour baptiser et honorer un pareil désir ! « Vertu qui donne » – c’est ainsi que Zarathoustra appela jadis cette chose inexprimable. Et c’est alors […] que sa parole fit la louange de l’égoïsme, le bon et le sain égoïsme qui jaillit de l’âme puissante : – de l’âme puissante, unie au corps élevé, au corps beau, victorieux et réconfortant, autour de qui toute chose devient miroir : – le corps souple qui persuade, le danseur dont le symbole et l’expression sont l’âme joyeuse d’elle-même. La joie égoïste de tels corps, de telles âmes s’appelle elle-même : « vertu ». (Ainsi parlait Zarathoustra)

  8. Je ne pense pas que le rire et la danse (…et le chant) « limitent » (Bernard) ou « sont le contraire » (Nico) de l’agressivité : pour moi, simplement ils la « détournent »

  9. Rire, chanter et danser, c’est le nouveau pacte républicain ?
    Ça me plaît assez, en remplacement de ces vieilles valeurs révolues : liberté, égalité et fraternité. Doux rêveurs que vous êtes !
    A part ça, je dois dire que j’aime aussi baguenauder dans les vieux cimetières, on y trouve des choses étonnantes. Allez donc voir celui qui se trouve à côté de l’église de Mont sur la commune de Courcelle, dans la vallée de l’Ognon.
    Avec des sortes de gargouilles sur le monument, une petite marche pour y accéder depuis le village en cotoyant les orchidées de marais (epipactis) et celles de pelouses ou de lisières, puis l’étonnant cimetière où se trouve même une tombe sans croix chrétienne portant une épitaphe du genre ni dieu ni maître. Ce qui y est particulièrement intéressant, c’est le grand nombre de très vieilles tombes.
    Il faudra que j’aille retrouver ce petit texte étonnant pour vous le livrer et faire deux ou trois clichés…

  10. Et si on n’est pas d’accord avec ta nuance pinailleuse, Vincent, tu nous en colles une, c’est ça ?

  11. Rire, chanter, danser… j’adhère, évidemment…
    Mais je crois que parfois, il faut savoir être un peu sérieux aussi… et rire, chanter, danser pour se détourner de son agressivité d’accord, mais ça peut aussi parfois servir à se détourner de ses responsabilités… et là, je n’adhère plus du tout, parce que ça s’apparente à de l’égoïsme!
    Je connais des personnes qui savent rire, chanter, danser… mais juste pour se rassurer de savoir échanger et partager, tant leur part égoïse leur fait peur…
    Autrement dit, il y a peut-être un temps pour tout…
    Mais ce soir, quoi qu’il en soit, rions, chantons et dansons! De toute façon, ça ne changera rien au scrutin, juste à notre façon de le considérer…

  12. Je n’ai ni envie de danser ni de chanter, je reste, triste et immobile devant un écran devant lequel un fou devient président. Il va pas falloir lui laisser une majorité aux législatives …

  13. Franchement, c’est dans des moments comme ça que j’espère de tout coeur m’être trompée dans les grandes largeurs…
    Pourvu que je me sois plantée sur son compte… j’en rêve!

  14. Nous avions rendez-vous, quelques uns du groupe Brassens, près de la Basilique Saint-Fergeux, avant-hier, en fin d’après-midi. Comme nous étions en avance (ou plutôt, comme tous les autres étaient en retard), nous avons décidé, Vincent et moi, de marcher un peu.
    Je n’avais pas encore vu cet article sur le blog, et j’ai proposé une balade dans le cimetière. C’est d’autant plus curieux que, si les cimetières étaient des lieux de promenade réguliers quand j’habitais Paris, cela faisait plusieurs années que je n’y avais pas mis les pieds.

    Nous lisions les épitaphes, espérant en trouver une suffisamment originale pour être signalée ici (Vincent m’avait informée, entre temps, du sujet du dernier article du blog).
    On en a lu une qui ressemblait à quelque chose comme :
    Fauvette, quand tu voleras au-dessus de cette tombe, chante-lui ta plus douce chanson
    On s’est dit que, bien que très cucul la praline, elle était touchante.
    Mais quand, deux allées plus loin, nous avons relu exactement la même, on a déchanté ( un coup marketing d’une entreprise quelconque de pompes funèbres ?).
    Désillusion d’autant plus grande que cette citation était inscrite sur une céramique où figuraient, en illustration, deux magnifiques… mésanges charbonnières !

  15. Au risque de passer (encore !) pour le « vilain petit canard », je pense sincèrement que – même si le candidat élu n’est pas celui qu’on soutenait – il y a (du moins pour ceux qui n’aiment pas se complaire dans les « passions tristes ») de nombreuses raisons de se réjouir (avoir envie de « rire, chanter, danser ») de cette élection :

    – Déjà parce que c’en est une, et sans soupçon de triche de la part de l’équipe en place qui l’a organisée, ce qui tout de même, aujourd’hui encore, est loin d’être le cas dans tous les pays. Réjouissons-nous donc d’être déçus, en quelque sorte, car cela indique que l’on a pu objectivement espérer… ce qui, à l’échelle de la planète, est un sacré luxe.
    (Je ne suis pas le dernier à me plaindre de la mascarade que peut d’un certain point de vue être cette foire électorale, mais tout de même… quel pied d’y participer et de sentir, chacun à sa façon, tant de gens impliqués !)

    – De pouvoir également – en toute liberté – critiquer (voire carrément insulter) le gagnant sans risquer une quelconque délation pouvant entraîner l’emprisonnement, l’exil ou je ne sais quelle réjouissance de cet ordre.

    – D’entendre celui-ci, après sa victoire, exprimer son respect pour les idées et les électeurs de son adversaire et appeler immédiatement au rassemblement. Même à considérer que ce n’est pas sincère (ni souhaitable)… qu’importe au regard de ces pays – loins d’être rares – où les leaders exacèrbent la haine menant souvent droit à la guerre civile !

    – Etc.

    Cela n’empêche évidemment pas de rester vigilant, mobilisé et (sainement) en colère. Bien au contraire. Ni de se plaindre après tout, mais à considérer toutefois, comme Gilles Deleuze, que la plainte n’est alors avant tout qu’une « joie qui a la délicatesse de se cacher » !

  16. Une chose étonnante tout de même, hier soir (jouissive pour certains ?) : la droite dans la rue !!!

    On n’avait pas vu ça depuis la défense de l’école privée !

    Ils ont donc un visage… et savent même sourire ?

    On a même vu ça… qui va sûrement se développer désormais que la droite est « décomplexée » : http://www.dailymotion.com/video/x1tl2l_manif-de-droite

  17. Quelques épitaphes célèbres (ou qui mériteraient de le devenir) :

    « Non fui – Fui – Nin sum – Non curo » (Je n’ai pas été – J’ai été – Je ne suis plus – Je m’en fiche)

    Anonyme, Romain

    ***

    « Fontes, amicos, uxorem delixit » (Il aima les sources, ses amis et sa femme)

    Marcel Pagnol, romancier

    ***

    « S’il faut que maintenant, en la fosse je tombe,
    Qui ay toujours aimé la paix et le repos,
    Afin que rien ne pèse à ma cendre et mes os,
    Amis, de mauvais vers ne chargez pas ma tombe. »

    Jean Passerat (1534-1602), poète

    ***

    « J’ai vécu sans nul pensement
    Me laissant aller doucement
    A la bonne loi naturelle ;
    Et je m’étonne fort pourquoi
    La mort pensa jamais à moi
    Qui ne pensai jamasi à elle. »

    Mathurin Régnier (1573-1613)

    ***

    « Passant, ne fais ici de bruict
    Garde que ton pas ne l’éveille
    Car voici le première nuict
    Que le pauvre Scarron sommeille ! »

    Scarron (1610-1660), poète, premier mari de Madame de Maintenon et insomniaque notoire

    ***

    J’avais mesuré les cieux
    Maintenant je mesure les ombres de la terre.
    Mon esprit venait du ciel
    Ici gît l’ombre de mon corps. »

    Johannes Kepler (1571-1630), astronome

    ***

    « Ici il n’y a qu’un tas d’ossements
    sans importance. Passant, fous le camp ! »

    William Shakespeare (1564-1616)

    ***

    « Jean s’en alla comme il est venu
    Mangeant son fonds avec son revenu
    Croyant trésor chose peu nécessaire.
    Quant à son temps, bien sut le dépenser :
    Deux parts il fit dont il soûlait [avait l’habitude de] passer
    L’une à dormir et l’autre à n erien faire. »

    Jean de la Fontaine, fabuliste

    ***

    « Mes chers amis, quand je mourrai
    Plantez un saule au cimetière.
    J’aime son feuillage éploré
    La pâleur m’en est douce et chère
    Et son ombre sera légère
    A la terre où je dormirai. »

    Alfred de Musset, poète

    ***

    « Versez sur ma mémoire chère
    Quelque larmes de Chambertin
    Et sur ma tombe solitaire,
    Plantez des soles… au gratin ! »

    Charles Monselet, gastronome

    ***

    « L’oiseau s’en va, la feuille tombe
    L’amour s’éteint, car c’est l’hiver
    Petit oiseau viens sur ma tombe
    Chanter quand l’arbre sera vert. »

    Théophile Gautier, poète

    ***

    « Ci-gît Paul Léautaud
    Plus connu : Maurice Boissard
    Quand on l’enterra : « C’est bien tôt ! »
    Dirent quelques-uns, mais à part,
    Beaucoup pensèrent : « C’est bien tard ! »

    Paul Léautaud (1872-1956), écrivain

    ***

    « Je cherche l’or du temps. »

    André Breton (1896-1966), poète

    ***

    « Ici, enfin, je repose. »

    Elisabeth Vigée-Lebrun (1755-1842), peintre

    ***

    « Elle est venue.
    Elle a souri.
    Elle a passé. »

    Jane Henriot (1878-1900), actrice

    ***

    « Ici reposent les restes et la semence de paul Claudel »

    Paul Claudel (1868-1955), poète

    ***

    « Au secours ! »

    Louise de Vilmorin

    ***

    « O terre, sois-lui légère
    Elle a si peu pesé sur toi. »

    Anonyme

    ***

    « Ma femme, je t’attends…
    5 janvier 1843
    X, capitaine de gendarmerie en retraite »

    « Mon ami, me voici !
    5 décembre 1877
    Z, veuve de X »

    Anonyme

    ***

    « Je vous l’avais bien dit que j’étais malade ! »

    Anonyme

    ***

    « Ci-gît ma femme : Oh ! quelle est bien
    Pour son repos et pour le mien ! »

    Anonyme

    ***

    « Ci-gît, dans une paix profonde
    Cette Dame de Volupté
    Qui pour plus grande sûreté
    Fit son paradis en ce monde. »

    Marie-Françoise Catherine de Boufflers (1711-1787), marquise,
    ou Jeanne de Luynes de Verrue (1670-1736), comtesse

    ***

    « Dieu éternel richement l’étoffa.
    Ci-gît un rien où tout triompha. »

    Françoise de Foix, maîtresse de François 1er

    ***

    « Harry, je sais maintenant où tu dors ce soir ! »

    Anonyme

    ***

    « Tous ces morts ont vécu ! Toi qui vis tu mourras !
    L’instant fatal approche et tu n’y penses pas ! »

    Vitré, imprimeur

    ***

    Etc…

  18. Tiens… Tant que j’y suis, voici la mienne :

    « Mais que fais-tu donc ici ?
    N’aurais-tu pas meilleur temps
    D’honorer les vivants ? »

    (Bernard, je compte sur toi pour la faire graver sur ma stèle au cas où 1) je parte le premier, 2) je ne choisisse pas plutôt de me faire incinérer, 3) je n’ai pas d’ici là exprimer – ici ou autre part – de meilleur idée… ok ?)

  19. ‘Tite correction. Que ce soit plutôt :

    « Ci-gît… suis j’y reste
    Enfin parti pour une longue sieste !

    Mais toi, passant, que viens-tu faire
    Dans un cimetière ?
    Ne devrais-tu pas, tant qu’il est temps,
    Honorer plutôt les viants ?

  20. « Je n’ai plus aujourd’hui qu’une seule ambition : ce serait d’avoir une bonne épitaphe. »

  21. Pour moi ça sera :

    « Sur cette tombe pas d’épitaphe
    On a tous autre chose à foutre
    Que de s’amuser à ça ! »

    ou alors :

    « Attention, votre braguette est ouverte ! »

  22. Et moi je demanderai qu’on mette un miroir à la place de ma photo, et au lieu de mon nom, juste cette inscription : AU SUIVANT !!!

  23. OK Vincent, mais tu ferais mieux quand même de choisir quelqu’un de plus jeune que toi pour faire inscrire un texte sur ta tombe !!! Dans la logique des choses, je devrais être parti de ce bas-monde bien avant toi.

  24. SUR LA JOIE (le rire, le chant, la danse) :

    « Devant ce qui te blessait le plus, tu commençais par éclater de rire. Tu n’es plus là mais j’ai retenu ta leçon, aujourd’hui je l’écris ansi : « Dans ce qui prétend nous ruiner, grandit notre trésor. »  »

    ***

    « Dans ce monde, il n’y a que la joie qui m’intéresse. Ce que j’appelle « joie » est de même envergure que la vie – quelque chose de brillant comme une larme sur un visage et comme un bouton d’or dans l’herbe, sans que l’on puisse distinguer entre ces deux lumières. »

    ***

    « Rosa Luxemburg, révolutionnaire, dans une de ses lettres écrites en prison, quelques mois avant de mourir assassinée par ses geôliers, en 1919 : « La vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle quand on sait l’écouter. »  »

    ***

    « Le désenchantement est plus à craindre que le désespoir. Le désenchantement est un rétrécissement de l’esprit, une maladie des artères de l’intelligence qui peu à peu s’obstruent, ne laissent plus passer la lumière. »

    ***

    « Ce que j’ai et ce qui me manque : tout me donne de la force et me réjouit également. »

    ***

    « Vous avez pour vous la raison. J’ai pour moi ma gaieté. Nous verrons bien. »

    SUR LA MORT (et les cimetières) :

    « Hier j’ai vu ta tombe, pas celle où on t’a mise (je l’ai vue aussi) mais celle dont tu sors sans arrêt en souriant : hier tu étais momentanément installée dans un bouquet de myosotis. Un peu plus tard je t’ai devinée dans les fantaisies de la pluie sur l’autoroute, et quand j’ai poussé la porte de l’appartement tu étais déjà là, dans le silence d’une fin de jour. »

    ***

    « La vérité, ce n’est pas un trou dans la terre. La vérité, c’est l’infini d’amour parfois reçu dans cette vie quand nous n’avions vraiment plus rien. Il suffit d’une seconde pour le connaître et comprendre – même si « comprendre » n’est pas le mot – que cet infini nécessairement a un lieu qui doit nécessairement être lui aussi infini. Un trou dans la terre, ce n’est pas assez large pour contenir tout ça. »

    ***

    « Je me demande où tu es. Le cimetière, la terre, le cercueil cela ne me suffit pas comme réponse. »

    ***

    « Je viens de passer huit jours dans le village où tu es enterrée. Je ne suis allé sur ta tombe qu’une seule fois, les mains vide. Devant le portail du cimetière, il y avait des petites fleurs jaunes. J’en ai prélevé une pour la mettre sur la pierre, à côté de ta photographie. Le vent l’aura très vite emmenée près de toi : ailleurs – loin, très loin de la loudeur du marbre et de la terre humide. »

    ***

    « Devant ta tombe surchargée de fleurs et de plaques, j’ai parfois pensé que ton corps sans défense méritait un vêtement plus simple : une pierre blanche et nue où la lumière viendrait griffer ses poèmes – ou un drap d’herbes vertes comme dans les cimetières anglais. Aujourd’hui ce désordre me plaît. Il ressemble à celui dont tu étais coutumière pour ton bureau. J’y redécouvre ta vertu première de n’avoir jamais songé qu’à l’amour : pas de place dans un tel songe pour les manies de l’ordre et du chic. »

    ***

    « J’ai retrouvé une lettre de toi, vieille de deux ou trois ans. Tu y évoques un poème dont tu dis que tu l’aimerais un jour sur ta tombe : « D’un coeur léger, avec des mains légères, prendre la vie, laisser la vie. » Ta grande fille souhaite faire graver une plaque avec ces mots-là. Une plaque en bois, pas en marbre, précise-t-elle. Elle a raison. Le marbre, c’est pour les morts et tu n’es pas morte, toi qui l’es. »

    SUR LA MORT ET LA JOIE (ben oui… y’a un lien) :

    « Je pense parfois à ma mère morte et parfois ça me fait triste, et parfois non, mais je n’y pense jamais quand je joue » – oui, petite fille, et c’est peut-être là, dans le milieu de tes rires, quand la joie mange tes yeux, c’est peut-être là que ta mère revient te voir, qu’elle remonte au jour : la joie est en nous bien plus profonde que la pensée, elle va beaucoup plus vite, beaucoup plus loin. »

    ***

    « Je parle beaucoup de mort dans ces carnets, mais je n’ai pas le choix de mes mots et si, me lisant, cela donne envie de goûter un bon vin, de rendre visite à quelqu’un que l’on aime ou d’arriver en retard au travail, eh bien, ce livre aura trouvé sa vraie gaieté. »

    ***

    « Finalement je n’aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie – pas celle que l’on subit, mais celle avec laquelle on danse. »

    ***

    « Voici mon histoire. Elle est sans histoires : j’apparais et puis je chante. Je gèle, je brûle, parfois d’un jour à l’autre, et je chante encore. Je suis banal, sans importance et unique. Un jour je disparais. Personne ne s’en aperçoit. Ma fin n’est pas plus bruyante que mon début. Ma fin n’est pas une fin. Après ma disparition, mon chant demeure. (Autobiographie du brin d’herbe.) »

    (Christian Bobin, Autoportrait au radiateur, Gallimard, 1997)

  25. Tiens, voilà un exemple de ce que je choisirais comme texte. Enfin, ya rien de définitif et puis, j’ai encore du temps ! :

    « Ami, trépigne avec force autour de ma tombe
    Et que le bruit de tes pas ponctue mon sommeil.
    Je n’entendrai pas car morte est mon oreille,
    Mais mes vieux os en vibreront pendant des plombes. »

  26. Dans la série des épitaphes rigolotes :

    Il s’ouvre comment le parachute de secouuuuuuuuurs…

    Ne crains rien, les champignons c’est moi qui les ai cueillis.

    Qu’est-ce qui se passe si on touche ces deux fils ensembzzzz…

    La bombe atomique, ils n’oseront jam…

    Je vais réinstaller ouinedose jusqu’à temps que ca marche !

    Tiens ma bière et regarde bien ca !

    C’est vachement doux un testicule de pitbull !

    Mon amour, tu peux remettre le courant !

    Chérie, ton maillot n’a pas rétréci depuis l’année dernière ?

    Y’a un truc coincé dans l’hélice du hors bord

    Arrête d’avoir peur ! C’est que du sucre et du desherbant, apres tout ! !

    D’ici je verrai toutes les voitures de la course !

    M’en fous que vous soyez des zouligans ou quoi, le foot est un sport de tapettes, point !

  27. Très drôle ! ha ha ha ha hahaaaaaa….. glargl !…….
    Bref : mdr (mort de rire)

  28. Mais… ce ne sont pas là des « épitaphes », Christophe, plutôt des « dernières paroles » ! Ce n’est pas tout à fait pareil !

    Si je me réfère encore à l’excellent « Pour tout l’or des mots » de Claude Gagnière (Bouquins, Robert Laffont, 1996) – d’où étaient extraites les épitaphes citées plus haut – les derniers mots célèbres sont moins drôles que ceux que tu a recensés-là (est-ce la célébrité qui rend sérieux, pompeux, ou le sérieux et la pompe qui aident à devenir célèbre ?).

    En voici un florilège :

    Les puissants :

    CHARLES QUINT (tendant la main vers un Crucifix) : « C’est le moment ! Jésus ! »

    LOUIS XIV (s’adressant à Mme de Maintenon) : « Madame, j’espère vous revoir bientôt dans l’Eternité »

    LA MARQUISE DE POMPADOUR (retenant le curé par la manche) : « Un moment, monsieur le curé, nous partirons ensemble ! »

    LOUIS XV (énervé par les ordres de ses médecins) : « Il faut !… Il faut !… Il faut !… Il faut ! »

    EDWARD THURLOW (homme d’Etat anglais) : « Que je sois pendu si je ne suis pas en train de mourir ! »

    NAPOLEON : « Mon fils !… Tête !… Armée ! »

    SIMON BOLIVAr : « Les trois personnages les plus ennuyeux de l’Histoire ont été Jésus-Christ, Don Quichotte et moi ! »

    EDME PATRICE, COMTE DE MAC-MAHON (se revoyant pendant la guerre de Crimée) : « A moi les Turcaillots ! En avant ! »

    MARECHAL FOCH : « Allons ! »

    GEORGES CLEMENCEAU (voyant arriver le prêtre avec l’extrême onction) : « Enlevez-moi ça ! »

    MARECHAL PETAIN : « J’ai faim ! »

    Morts violentes :

    ARCHIMEDE (absorbé par ses calculs, pendant que les soldats romains entraient dans Syracuse) : « Ne dérangez pas mes cercles ! »

    NERON (égorgé, sur son ordre, par son esclave) : « Quel artiste périt avec moi ! »

    HENRI IV : « Je suis blessé ! »

    ROBERT DAMIENS (torturé pour avoir frappé Louis XV d’un coup de canif) : « Allons ! La journée sera rude ! »

    LOUIS XVI : « Je meurs innocent »

    MARIE-ANTOINETTE (après avoir marché sur le pied du bourreau) : « Pardon, monsieur, je ne l’ai pas fait exprès ! »

    CHARLOTTE CORDAY (alors que le bourreau cherchait à lui cacher la guillotine en se plaçant devant elle) : « Hé, laissez ! J’ai bien le droit d’être cureuse. Je n’en ai jamais vu ! »

    ANDRE CHENIER (se touchant la tête du doigt) : « Pourtant j’avais quelque chose là ! »

    GEORGES DANTON (désignant sa tête au bourreau) : « Tu la montreras au peuple ! N’oublie pas ! Elle en vaut la peine ! »

    LE GENERAL NEY (commandant lui-même le peloton d’exécution) : « Soldats ! Droit au cœur ! »

    HENRI LANDRU : « Eh bien, quoi ! Ce n’est qu’un mauvais moment à passer ! »

    Ecrivains :

    FRANÇOIS RABELAIS : « Tirez le rideau. La farce est terminée ! »

    PHILIPPE DESPORTES : « J’ai 30 000 livres de rente… et je meurs ! »

    LOPE DE VEGA : « Je peux vous le confier, Dante m’a toujours ennuyé ! »

    BLAISE PASCAL : « Dieu ne m’abandonne jamais »

    DOMINIQUE BOUHOURS : « Je m’en vais ou je m’en vas, car l’un ou l’autre se dit ou l’un et l’autre se disent. »

    BERNARD DE FONTENELLE : « Il est temps que je m’en aille ! Je commençais à voir les choses telles qu’elles sont ! »

    ALEXIS PIRON (répondant à son ami LA PLACE qui lui demandait « Alors ? Cela va-t-il ? ») : « Non cela s’en va ! »

    VOLTAIRE : « Je m’arrêterais de mourir s’il me venait un bon mot ou une bonne idée ! »

    SEBASTIEN CHAMFORT : « Je vais faire semblant de ne pas mourir ! »

    JACQUES BERNARDIN DE ST-PIERRE : « Je sens que je quitte la terre et non la vie ! »

    ANTHELME BRILLAT-SAVARIN : « Je vais avoir un Dies Irae aux truffes ! »

    JOHANN VON GOETHE : « Ouvrez donc les volets. De la lumière ! Plus de lumière ! »

    HONORE DE BALZAC : « Bianchon ! Appelez Bianchon [médecin célèbre dans La Comédie humaine] ! Lui seul me sauvera ! »

    ALFRED DE MUSSET : « Dormir… enfin ! Je vais dormir ! »

    CHARLES BAUDELAIRE : « Non ! Crénom ! »

    CHARLES SAINTE-BEUVE : « Rien dessus, rien dessous ! »

    HENRI MONNIER : « Il va falloir être sérieux là-haut ! »

    VICTOR HUGO (en alexandrins) : « C’est ici le combat du jour et de la nuit ! » puis « Il est bien temps que je désemplisse le monde »

    JEAN-MARIE VILLIERS DE L’ISLE-ADAM : « Eh bien ! Je m’en souviendrai de cette planète ! »

    OSCAR WILDE (recevant la note de son médecin) : « Je peurs vraiment au-dessus de mes moyens »

    JULES VERNE : « Soyez bons ! »

    JULES RENARD : « Marinette ! Pour la première fois, je vais te faire une grosse, une très grosse peine ! »

    FREDERIC MISTRAL : « Quel jour est-on ? Mercredi ? Alors, il sera mercredi toute la journée ! Que je suis bien ! »

    GUILLAUME APOLLINAIRE : « Je veux vivre ! J’ai tout à faire ! »

    MARCEL PROUST : « Vous savez, elle est venue ! Elle est très grosse et très noire ! Elle est toute noire ! Elle est affreuse ! Elle me fait peur ! Nul ne peut la toucher ! Elle est implacable et devient de plus en plus horrible ! Maman ! »

    ANATOLE FRANCE : « Eh bien ! C’est donc cela mourir ! C’est bien long ! » puis « Maman ! »

    FRANZ KAFKA (répondant à son médecin qui disait : « Ne craignez rien, je ne m’en vais pas ! ») : « Moi, si ! Je m’en vais ! »

    FRANCIS DE CROISSET : « Je m’ennuie déjà ! »

    GEORGES BERNANOS : « A nous deux ! » puis « Que c’est bouleversant ! Que c’est admirable ! Jeanne ! »

    ANDRE GIDE : « Tout est bien »

    CHARLES MAURRAS : « Mon chapelet ! » puis (alors qu’il était devenu sourd) « Pour la première fois, j’entends quelqu’un venir ! »

    PAUL CLAUDEL : « Qu’on me laisse tranquille ! Je n’ai pas peur ! »

    PIERRE TEILHARD DE CHARDIN : « Cette fois je sens que c’est terrible ! »

    LOUIS-FERDINAND CELINE : « Pas de médecin ! Pas de piqûre ! Pas d’hôpital ! »

    LOUIS ARAGON : « Je fais ce que je peux ! »

    Peintres :

    ANTOINE WATTEAU : « Otez-moi ce crucifix ! Comment un artiste a-t-il pu rendre aussi mal les traits de Dieu ! »

    JEAN-BAPTISTE COROT : « Je n’ai jamais vu d’aussi admirables paysages. J’espère de tout mon cœur qu’on peut peindre au ciel ! »

    HENRI DE TOULOUSE-LAUTREC : « Maman ! Rien que toi ! » puis se tournant vers son père « Le vieux con ! »

    AUGUSTE RODIN : « Et on prétend que Purvis de Chavannes ça n’est pas beau ! »

    AUGUSTE RENOIR : « Donnez-moi ma palette ! Changez de place ces bécasses. Vite des couleurs. Rendez-moi ma palette ! »

    RAOUL DUFY : « Pourquoi a-t-on éteint la lumière ? »

    MAURICE UTRILLO (montrant les tuyaux de perfusion dans son bras) : « Qu’on me retire tous ces trucs ! Vous m’emmerdez tous ! »

    Musiciens :

    JEAN-PHILIPPE RAMEAU : « Que diable me chantez-vous là, monsieur le curé, vous avez la voix fausse ! » puis « Laissez-moi mourir tranquille ! »

    LUDWIG VAN BEETHOVEN : « N’est-ce pas, Humel, que j’avais du talent ? »

    NICOLO PAGANINI : « Ecarte le rideau ! »

    FREDERIC CHOPIN : « Maintenant, je suis à la source du bonheur ! »

    ROBERT SCHUMANN : « Je reconnais »

    HECTOR BERLIOZ : « Ah ! Quel talent je vais avoir demain ! » puis « Enfin ! on va maintenant jouer ma musique ! »

    FRANZ LISZT (répondant à son domestique qui lui demandais « Souffrez-vous ? ») : « Plus ! »

    JOHANNES BRAHMS (après un verre de vin) : « Ah ! c’est bon ! »

    GUSTAV MALHER : « Mozart ! »

    Comédiens :

    MOUNET-SULLY : “Mourir, c’est difficile quand il n’y a pas de public !”

    SARAH BERNHARDT (posant la main sur la tête de Jean Yonnel) : « Aime ! »

  29. Et si ça se trouve :

    NICOLAS SARKOZY : « Nooooon ! Pas la veille de ma prise de fonction !!! »

    (On ne lui souhaite pas, bien sûr, mais ça serait tout de même une belle ironie de l’histoire)

  30. Bernard, j’ai une épitaphe pour toi, si tu l’acceptes :

    « Il aimait tant la bière qu’il fallait bien qu’il finisse pas plonger dedans ! »

  31. MOTHER
    Il faut imaginer un petit cimetière dans les Ardennes et une vieille femme qui a perdu deux de ses enfants, déjà. Elle demande à ce qu’on la descende dans la fosse du caveau familial pour y nettoyer les ossements de son fils et de sa fille, puis de les mélanger. La fille se prénommait Vitalie, le fils Arthur. La vieille dame était née Cuif, épouse Rimbaud.

    ***

    LE CIMETIERE DANOIS
    Pour fleurir la tombe de Kierkegaard, j’avais cette année-là pris la direction de Copenhague. Le ciel était bien gris, couleur de plomb, les toits verts et le rythme d’une lenteur étonnante, générait sinon la mélancolie, du moins un léger soupçon de tristesse. J’eux toutes les peines du monde à trouver la sépulture; mon mauvais anglais se mélangeant à ce que les autochtones prenaient certainement pour des efforts dans leur langue puisque Kierkegaard signifie chez eux quelque chose comme : le jardin de l’église – ou plutôt, le cimetière… Quiproquos. Je fus pourtant renseigné. Le lieu était calme, d’un vert généreux, apaisant, qui transformait le carré de tombes en jardin pour flâner, méditer, se reposer. Sur la dalle où apparaissait le nom du philosophe, derrière un enclos austère en fer forgé, se trouvait déjà un bouquet de roses.

    ***

    LE CERCUEIL AUX LIVRES
    Une vieille femme singulière du village de mon enfance m’avait toujours été présentée comme une folle, un peu dangereuse, sinon maniaque et imprévisible. Elle habitait une grande maison, toute seule. La bâtisse, en sa façade, portait une jolie frise d’émaux colorés – elle avait aussi servi de quartier général pour la Gestapo pendant la dernière guerre. Pour montrer combien cette grand-mère était détraquée, on racontait qu’à la mort de son mari, elle avait placé dans le cercueil quelques livres pour adoucir les suites de son trépas. Pour cette même raison, elle m’est aujourd’hui sympathique et son geste d’amour m’émeut.

    ***

    LE PATRONYME ECORCHE
    Dans un cimetière de campagne délaissé par les vivants – ceux qui font dire à Baudelaire que les morts ont de grandes douleurs – mon père m’avait conduit. Sur la tombe d’un vieil oncle, il devait fixer une plaque de fonte au son mat avec son nom, ses dates. L’ancêtre arborait une superbe moustache blanche, il avait tout particulièrement aimé les femmes et l’eau-de-vie, dont il buvait, octogénaire, un litre par jour. Mon père sortit l’objet d’un papier journal. Le défunt s’appelait Henri Chorin, le marbrier avait fait fondre Henri Chopin. Je ne compris pas que mon père fût fâché. Aujourd’hui, je trouverais la chose amusante.

    ***

    LE CIMETIERE DE MON VILLAGE
    Athée convaincu, matérialiste rédhibitoire et désillusionné congénital, il m’importe peu que mon cadavre soit enterré ici, là, ou ailleurs. Pourquoi donc m’est-il venu à l’esprit que dans le cimetière de mon village natal, non loin du donjon, entre les prés où, enfant, je m’amusais et les blés où, adolescent, je batifolais, la terre serait bonne pour accueillir la pourriture de mon corps ?

    ***

    FLEURS DE CIMETIERE
    Le bouquet idéal pour une tombe : hélénie, immortelle jaune et scabieuse, c’est-à-dire pleurs, souvenirs et deuil. Car dans leur absolu silence, les fleurs parlent.

    ***

    EAU-DE-VIE
    En pays d’Auge, un homme a plongé le corps de sa femme dans un cercueil plombé rempli d’eau-de-vie. Etait-il abusé par la charge de promesse contenue dans le nom du liquide ? Je songe parfois à la vieille confite en voyant des fruits nageant dans des bocaux d’alcool.

    ***

    L’ILE DES MORTS
    A Venise, dans l’île des morts, Isola San Michele, j’ai aimé la sobriété de la tombe de Stravinski, sa blancheur, les odeurs de la lagune et celle des résineux – dont les fruits, tombés, jonchaient le sol. Au loin, léger, le bruit des bateaux qui passaient. Ici, le silence, après la furie païenne du
    Sacre du Printemps.

    ***

    Etc…

    (Michel Onfray, Ars Moriendi, cent petits tableaux sur les avantages et les inconvénients de la mort, Les cahiers Folle Avoine, 1995)

  32. L’épitaphe de Paul Claudel peut-être comprise de deux façons différentes :
    – soit il a voulu nous dire que ses restes humains – y compris ses cellules germinales- étaient inhumés sous la pierre tombale ;
    – soit il a voulu associer à sa dépouille son petit bourgeon d’enfant inhumé à ses côtés et décédé en bas-âge…
    Quelqu’un a-t-il la réponse ?
    NB : j’aime bien l’épitaphe de Shakespeare.

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