Chipie la renarde
Beaucoup d’amis me parlent du film “le renard et l’enfant”. Le simple fait de me parler du scénario de ce film m’a replongé dans une histoire incroyable qui nous est arrivée, à Joëlle et à moi, et qui s’est terminée il y a tout juste dix ans.
C’est en effet en janvier 1998 que nous avons définitivement perdu la trace de Chipie, la renarde que nous avions élevée en complète liberté. Les amis de cette époque se souviennent de ce petit “bout de chou” que nous est arrivé un jour de mars 97 et que nous avions décidé de sauver de l’euthanasie. Elle avait été récupérée auprès d’un terrier détruit par des “déterreurs de renards” (ben oui, ce genre de personnages existe dans nos campagnes) dans une forêt du Jura et amenée au zoo de la Citadelle de Besançon. Evidemment, le zoo n’a pas vocation à élever tous les bébés animaux sauvages qu’on leur apporte et j’imagine qu’il n’y a bien souvent pas d’autre alternative que l’euthanasie.
Je me souviens de ce soir là, j’étais revenu tard dans la soirée, j’étais allé observé des blaireaux devant leur terrier. Lorsque je suis rentré, Joëlle m’a dit “Le zoo de la Citadelle vient d’appeler et demande si ça t’intéresse d’élever un renardeau. Tu peux les appeler tard ce soir, ils sont en réunion, mais je te préviens c’est Non”. J’ai appelé la Citadelle pour décliner leur offre mais mon interlocuteur m’a dit “Enfin, si tu changes d’avis, appelle demain avant 10 H, on ne le tuera qu’à ce moment là”. On dit que la nuit porte conseil. Et effectivement, le lendemain matin au lever du jour, j’étais à la Citadelle. Joëlle a craqué devant cette petite renarde. Et pendant neuf mois, nous avons vécu une aventure extraordinaire que peu de gens ont eu l’occasion de vivre. Il s’est passé beaucoup de choses entre le moment où ont été prises ces deux photos, celle de l’accueil et celle du départ :
Sur ma galerie d’images, cinq séries d’images, avec un total de 85 photos, retracent cette aventure (vous pouvez cliquer sur chacune des photos pour les avoir en grand format ou même en format fond d’écran).
La première série nous montre Chipie à son arrivée à la maison, ses repas goulus et ses premiers pas à l’extérieur.
La deuxième série est consacrée aux premiers jeux et à la découverte de l’environnement proche.
Puis vient la période de la liberté complète, un risque que nous avons pris lorsque Chipie est devenue invivable et avant que l’intérieur de la maison ne soit complétement détruit.
Dans la troisième série, “notre” renarde est encore dépendante, elle vit autour de la maison mais reste encore à proximité de nous.
La quatrième série est celle de l’émancipation. Désormais, Chipie chasse pour elle-même. Elle nous a même ramené un jour à la maison une énorme poule et un très beau ragondin. Je me rappelle qu’elle était très fière de ses premières proies.
La dernière série nous montre Chipie revenant le soir à la maison pour nous faire un petit coucou avant de repartir chasser dans la nature. A cette époque, elle n’approchait plus que sa famille d’adoption et fuyait le reste de la société humaine (aurait-elle déjà vécu quelques mauvaises expériences ?). Ce seront les dernières images. Au début décembre 1997, Chipie est restée une semaine sans revenir puis est réapparue comme par miracle. Ce sera la dernière fois.
Vers la fin janvier 1998, j’ai senti l’odeur très forte de la renarde dans la cour. J’ai appelé, personne n’est venu. L’espoir a disparu progressivement au fil des mois puis des années. La renarde était devenue une vraie renarde, indépendante de l’homme mais vivant dans un environnement hostile : maladies, piégeage, chasse, déterrage, empoisonnement, voitures … Lequel de ces dangers a-t-il eu raison d’elle ?


31 janvier 2008 à 19:59
Le renard et l’enfant……je suis également allé le voir et j’ai été transporté dans tout ce que j’aime, un vrai film “nature” qui ne laisse personne indifférent, pour moi c’est une pure merveille.
Votre experience elle aussi est fabuleuse, c’est vrai que ce film (si vous l’avez vu) vous a certainement rappelé beaucoup de souvenirs et de similitudes avec ce qu’a vécue cette jolie gamine dans le film…
Ce qui me frappe c’est le côté fascinant de pouvoir “adopter” et “domestiquer” un animal sauvage comme le renard !
Et puis je suis étonné de voir qu’un renardeau ressemble incroyablement à s’y méprendre à certaines races de chiots ! …
Enfin, je me demandais combien d’années peut espèrer vivre un renard ? (pourriez vous dans l’absolu et par miracle croiser à nouveau son chemin ???)
Bravo en tous cas pour cette belle aventure et pour avoir sauvé ce petit bout de chou d’une mort certaine.
31 janvier 2008 à 20:11
J’ai ici un autocollant de l’ASPAS.
Il représente un renard, avec ce commentaire “Le renard est utile et beau”.
J’essaye de ne voir que le renard parce que le commentaire m’agace. J’y vois un pléonasme gros comme le nez au milieu de la figure. S’il est beau, il est forcément utile. Par contre, la réciproque n’est pas vraie. Il y a bien des choses que l’on peut considérer comme utiles et qui ne sont pas belles.
Perso,je m’en moque qu’il soit utile, le renard! Je comprends bien évidemment la démarche de l’ASPAS qui est une bien belle asso, mais quelle triste société où pour contrer les anti-nature, il faut mettre en avant son “utilité”.
31 janvier 2008 à 20:16
Je me souviens d’elle … j’ai eu la chance de la rencontrer, un soir, en passant avec ma soeur. Elle commençait à devenir un peu plus sauvage je pense, elle était venue manger sa gourmandise du soir (une cuiller de pâtée pour chat, non ?) mais nous ne devions pas trop l’approcher. Je me souviendrai toujours la voir débouler du sous bois suite à vos appels … cela a dû être en effet une expérience magnifique, je me suis régalée en allant regarder tes photos.
1 février 2008 à 7:59
La famille entourant la petite Chipie. Quelle joie profonde !
Je n’ai pu m’empêcher de penser qu’elle a été la “fillette” métaphorique qui en 9 mois a marqué votre quotidien : tant de bonheur et de complicité…
Et le plus émouvant n’est pas tant qu’elle soit partie (il le fallait bien), mais qu’elle ne soit pas revenue…
Crainte que ce monde cruel ait eu raison de sa merveilleuse vivacité.
Beauté de Chipie. Vilainie du monde.
Image bouleversante de notre présence ici.
1 février 2008 à 8:11
Oui Nico, tu as raison de dire qu’un petit renard ressemble énormément à un petit chien.
Je crois qu’il n’y a aucune différence visible entre une petit renard, un petit chien et un petit loup.
1 février 2008 à 8:17
Jenofa, moi non plus je n’aime pas cette formule “le renard est utile et beau”. Tout comme toi je n’aime pas cette introduction par les écolos du concept d’utilité. Ce n’est pas mieux que le concept de nuisible inventé par les chasseurs. Les relations entre les êtres vivants sont si complexes qu’on ne peut les réduire à des choses aussi sommaires, dans les deux sens.
Mais ce qui me gêne autant que le mot “utile”, c’est le mot “beau” ajouté dans la formule de l’ASPAS. Un animal n’a pas à être beau pour justifier son existence. La beauté est contenue dans la vie elle-même. Le renard existe. Point barre.
1 février 2008 à 8:36
Quel joli roman-photo pour commencer la journée! Ca met du baume au cœur.
Au fait, j’ai entendu le merle.
Décidément, cette journée s’annonce magnifique …
1 février 2008 à 9:29
Je suis d’accord, Bernard, “un animal na pas à être beau pour justifier son existence”, ni utile non plus et je comprends que, cela venant de l’ASPAS, te choque un peu.
Mais, il y a aussi l’importance de la beauté des choses et des êtres (animaux et humains), des idées et des oeuvres… dans le plaisir que nous avons à exister. Et cette beauté-là hélas, par manque d’éducation et de culture, n’est pas assez mise en valeur, et pire encore est sacrifiée.
Tiens, quand les américains conquièrent Bagdad, après avoir copieusement bombardé la ville, ils saccagent le Musée national d’Archéologie. Et bien, le gros con qui flingue Chipie ou sa soeur au coin d’un bois, c’est exactement la même barbarie aveugle.
Sans la beauté des choses, il n’y a plus de poésie. C’est la guerre !
Un des mots d’ordre des franquistes était : “Viva la muerte !” et c’est à ce cri qu’ils ont assassiné le plus grand poète espagnol alors vivant : Fédérico Garcia Lorca.
“La beauté est contenue dans la vie elle-même” écris-tu, MAIS L’HORREUR AUSSI ! Le critère d’appartenance à la vie ne suffit donc pas à assurer l’homme d’être humain.
Vivre dignement, c’est peut être tenter de prendre le parti de la beauté contre celui de l’horreur. Il y faut de l’intelligence et du coeur, c’est à dire, encore une fois, éducation et culture.
Connaître pour comprendre et comprendre pour aimer.
Autrement, c’est ignorance, aveuglement et haine. Point barre.
1 février 2008 à 11:44
Je suis d’accord, Robert, à donf.
N’empêche que quelque chose, tout au fond de moi, me dit que Bernard n’a pas tout à fait tort (euh—j’ai un ch’tit peu de sang normand dans les veines). Parce que, le renard n’a pas à être respecté parce qu’il est beau, mais parce qu’il est, tout simplement.
N’empêche, il est sacrément beau!
J’en ai entendu un hier soir. Giono disait “Il peut y avoir toute une forêt dans un aboiement de renard”.
1 février 2008 à 11:47
Oui, Robert, je souscris à tes propos. Mais il me faut préciser ma pensée car je ne crois pas que ce que j’ai écrit soit contradictoire avec ce que tu dis.
Je pense que la beauté est intrinsèque à la vie elle-même et qu’elle dépasse le côté esthétique qu’on accorde en général au sens du mot “beauté”. Dans la nature en général, il y a une force de vie qui émane, pour qui sait regarder, de la moindre plante, du moindre insecte. Cela est très bien traduit par une expression devenue assez commune “la beauté de la vie”. On retrouve cette beauté, cette force de vie, par exemple dans le renard. Mais le renard a de la chance, il est naturellement beau, la beauté de sa queue, la finesse de son visage, la couleur de son pelage font qu’il attire plutôt la sympathie des gens. Et c’est très bien ainsi. Mais d’autres animaux qui n’ont pas, à nos yeux humains, ce même esthétisme, n’ont pas cette cette chance. Or, la force de vie les anime autant que le renard. Il n’y a aucune raison que l’expression “beauté de la vie” ne les caractérise pas, eux-aussi.
Il me semble que dans le monde animal et le monde végétal, le mot “horreur” n’a jamais (ou alors très rarement) cours. Il y a la vie, il y a la mort. Point barre. La mort n’est pas synonyme d’horreur dans ce monde-là. La prédation ne relève pas de l’horreur me semble-t-il. Et peut-être plus de la vie que de la mort d’ailleurs.
Mais dans les exemples que tu donnes, qu’il s’agisse de Bagdad ou de Garcia Lorca, il est évident que, dans le monde humain, la beauté n’est pas dans toute chose. Le coeur de l’Homme contient les meilleures et les pires des choses. La beauté et l’horreur, je te l’accorde. Et c’est bien au nom d’un certain idéal de beauté qu’il faut se battre aujourd’hui.
1 février 2008 à 11:50
Je n’avais pas lu le commentaire de Jenofa avant de mettre mon commentaire. J’aime bien cette expression : “le renard n’a pas à être respecté parce qu’il est beau, mais parce qu’il est, tout simplement”.
1 février 2008 à 12:19
Oui ! Et cette reconnaissance de l’existence en tant que telle (de l’être en tant qu’être) est déjà une élaboration éminente de l’esprit humain. C’est elle qui fonde ce respect.
Et non pas l’utilité (pour les hommes d’ailleurs) ou la beauté (pour eux encore).
Dans le rapport des hommes aux autres hommes, aux autres créatures (dont le renard), aux autres éléments du réel, etc. les valeurs du beau, du bien, du juste et du vrai sont là pour chercher la lumière, c’est à dire pour donner du sens.
Leur absence trop fréquente met un voile noir sur l’avenir du monde.
Et si mon propos n’est pas tout à fait clair, c’est parce qu’il appartient aussi à celui qui lit de chercher en lui la lumière.
Et pas seulement parce que c’est utile, beau, respectable… mais parce que c’est la seule manière d’y voir soi-même mieux.
1 février 2008 à 12:24
A propos de beauté, ton histoire de renard m’a donné l’occasion d’aller jeter un coup d’oeil justement sur “les coups d’oeil”, de ton blog. Magnifiques photos. J’ai retrouvé l’émotion des paysages du Jura lorsque j’y vivais…avec la neige, l’eau, les lacs, la forêt… Veinard, va!
1 février 2008 à 12:51
Ah!!! Chipie… pendant plusieurs années, quand on se relevait la nuit, on guettait dehors pour voir si elle était de retour…
1 février 2008 à 15:30
Et, chaque nuit, ça continue.
Je me relève pour voir si une autre chipie ne revient pas que je n’ai pas revue depuis trop longtemps…
1 février 2008 à 16:22
Beauté du vivant… on dit quand même “moche comme un pou” !
Le pou, lui, trouve t-il le renard beau ou seulement bon ?
Il me semble que se dessine là aussi une vision anthropocentrique de la beauté : il est probable que la beauté d’un mammifère laisse de marbre la cohorte des invertébrés. Il est possible aussi qu’un renard nous trouve très moche (sans référence à ses actes). Il est même envisageable que certains poux soient d’une beauté éblouissante !
Le rapprochement vivant/beau est très intéressant, autant que la mort peut être laide. Le beau peut alors être plus définissable dans le champ du semblable, par comparaison, au sein de l’espèce.
Cela expliquerait mon attrait encore puissant pour la beauté humaine… en dépit de sa bonté ! Car il semble aussi qu’aucune espèce sauvage ne soit capable d’irrespect envers le vivant, envers ce qui permet son existence.
1 février 2008 à 19:48
Dans le film “Le renard et l’enfant”, le renard est magnifique bien sûr (comment ne le serait-il pas ?), la petite fille aussi évidemment, mais également tout le reste : les arbres, le moindre brin d’herbe, les grenouilles, le lynx (ah! le lynx !), les paysages, … , la chambre de l’enfant (Ah! cette chambre!), …tout est beau (dans le sens tout bête : que l’on a plaisir à regarder).
Nul doute que vous retrouveriez dans ce film beaucoup de ce que vous avez vécu avec Chipie.
1 février 2008 à 20:47
Allez tous voir le lien du site officiel du film “le renard et l’enfant”, il comporte vidéo, photos, explications du tournage (difficulté, etc..), bref il y a tout et de plus on est berçé par la musique envoutante du film qui est aussi belle que le film lui-même !
Voici le lien : http://www.lerenardetlenfant.com/
1 février 2008 à 22:23
On dit moche comme un pou mais on n’est pas obligé de trouver qu’un pou est moche.
Perso, un pou, je ne trouve pas ça moche. Et le Pou dit à sa femelle, viens, ma Pou belle.
2 février 2008 à 9:45
Oui, Jenofa ! Et la Poue parisienne dit à son gamin : “Viens mon petit Pou l’ beau !” et le mec à sa mignonne :”Viens Poue Poue le, viens Poue Poue le, viens !”