Discographie de Brassens (5)

Il y a un mois, j’ai entrepris de parler sur ce blog des différents disques de Brassens, les douze de l’intégrale vinyle Philips. Et, en toute logique, j’ai commencé par le n°1. Mais comme nous sommes une quinzaine de personnes à nous retrouver tous les mois, depuis septembre dernier, pour chanter les chansons de Brassens et que nous en sommes déjà au disque 5, je suis en train de revoir mon plan. Finalement, histoire d’être plus en phase avec ce que fait notre petit groupe musical, je passe directectement au disque n°5. Tant pis, je parlerai plus tard des disques 2, 3 et 4.

Ce disque n°5 est peut-être le plus court de la discographie de Brassens, il ne contient que 10 chansons enregistrées entre 1956 et 1960 (Le vieux Léon – La ronde des Jurons – A l’ombre du coeur de ma mie – Le pornographe – La femme d’Hector – Bonhomme – Le cocu – Comme une soeur – Le père Noël et la petite fille – Les funérailles d’antan).

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Parmi ces dix chansons, Le Vieux Léon a ma préférence. D’abord parce que c’est l’une des deux plus belles valses qu’ait composé Brassens (l’autre étant incontestablement La Marine sur le 1er disque). Et puis, je dois dire que c’est la chanson qui m’a le plus usé les phalanges, à force de la gratter sur la guitare… depuis trente cinq ans ! Enfin, je dois dire que j’aime en général les rimes courtes et celles-ci ne font que quatre pieds, un vrai délice à l’oreille « Y’a tout à l’heur’, Quinze ans d’malheur… ».

Parmi les autres chansons, j’aime beaucoup Les funérailles d’antan qui nous parle d’un monde qui était en train de disparaître à l’époque où Brassens a écrit cette chanson, un monde où l’on prenait le temps de vivre et aussi celui de mourir. Ce texte me parle particulièrement car, dans le petit village de mon enfance, le corbillard était tiré par un cheval. Et comme le cimetière était à un kilomètre de l’église, ça durait, durait longtemps.

Une troisième chanson, La Ronde des Jurons, est également très axée sur le passé. Les jurons d’autrefois, que Brassens nous énumère, valent bien notre Merde devenu si omniprésent (que Brassens ne cite pas dans cette chanson, celà eut été dommage, mais qu’il réserve un peu plus loin pour la chanson Le pornographe). Brassens était, à mon avis, un homme entièrement tourné vers le passé, et ce disque en est la plus grande illustration.

Le disque comprend deux très beaux portraits féminins : La Femme d’Hector qui nous fait étrangement penser à La Jeanne (que Brassens interprètera quelques années plus tard) et Bonhomme qui est une très belle chanson sur le thème de la fidélité.

Après le thème de la fidélité, vient en contrepoids celui de l’infidélité avec lequel Brassens s’amuse dans la chanson Le cocu. Avec ce texte, Brassens inaugure une série de chansons sur le thème de l’adultère, thème qu’il retournera dans tous les sens et pour lequel il imaginera les situations les plus cocasses (viendront donc plus tard sur d’autres disques La traîtresse, La femme adultère et Lèche-cocu).

On retrouve sur ce disque plusieurs petites chansonnettes, petites histoires dont Brassens a le secret. Ainsi Comme une soeur et surtout A l’ombre du coeur de ma mie et Le père Noël et la petite fille, toutes deux chargées de beaucoup de poésie.

Et vous, ça vous inspire ce disque ?

74 réflexions au sujet de “Discographie de Brassens (5)”

  1. Quelques indices biographiques :

    A cette période, Brassens est devenu une véritable vedette. Ses chansons commencent à passer à la radio (notamment sur la nouvelle station Europe 1). Il multiple les récitals :
    – oct 55 : Olympia
    – jan 56 : Bobino
    – mar 57 : Olympia
    – oct 57 : Alhambra
    – nov/déc 57 : Bobino
    – oct/nov 58 : Olympia
    – fév 59 : Bobino
    – avr 59 : Algérie
    – jan/fév 60 : Olympia
    – avr 60 : Bobino
    etc.

    Fin 55-début 56, plutôt que de suivre les conseils de sa maison de disque et prendre un imprésario, il a réussi à convaincre Pierre Onteniente (dit « Gibraltar »), rencontré en Allemagne pendant le STO, de quitter la fonction publique pour devenir son secrétaire.

    Financièrement à l’aise, il a pu acheter, impasse Florimont, la maison de Jeanne (ainsi que celle qui était mitoyenne), faire installer l’eau et l’électricité et permettre à son mari, Marcel, d’arrêter de travailler. Il a également acquis le moulin de la Bonde (entouré de 14 ha) à Crespières (Yvelines)… même s’il continue à loger le plus souvent chez Jeanne et Marcel.

    En 56 enfin, il a joué, avec Pierre Brasseur, dans « Porte des lilas » de René Clair, inspiré du roman de son ami René Fallet « La grande ceinture ». Pour les besoins du film, il a composé (et interprété à l’écran) « Au bois de mon coeur » et « Le vin » (album 4). Même s’il tire de ce passage au cinéma des satisfaction certaines (le film et sa prestation sont très bien accueillis), il jure de ne jamais recommencer, au point qu’il refusera 10 ans plus tard de jouer pour Marcel Pagnol le rôle du berger dans « Les lettres de mon moulin ».

  2. « Un homme entièrement tourné vers le passé, et ce disque en est la plus grande illustration », dis-tu. Oui, comme en témoignent ses choix thématiques et stylistiques (…vestimentaires aussi, qui porte encore des polos à manches longues ?). Mais en même temps, hyper en avance sur son époque en matière de morale (libertaire et anti-bourgeoise bien avant 68). Etonnant paradoxe, nan ?

  3. Vincent présente Brassens comme étant un libertaire. Il faut savoir que Brassens, avant de chanter, a écrit pendant deux ou trois ans (jusqu’en 1947 je crois) dans la revue anarchiste « le libertaire » sous les pseudos de Géo Cédille, Pépin Cadavre, Gilles Colin ou Gilles Corbeau. La fantaisie de Brassens n’était pas du goût de tous dans la Fédération Anarchiste et Brassens, finalement,  a été amené à rompre avec cette fédération « sans rancune ni fracas ».

  4. Le Vieux Léon était un accordéoniste qui jouait chaque jour dans la rue de Vanves. Brassens et sa bande de copains avait décrété qu’ils n’aimaient pas l’accordéon.
    Et puis un jour, Léon est mort. Et ils se sont rendu-compte que l’accordéon leur manquait. Et qu’en fait, ils aimaient bien l’accordéon. Et Brassens a écrit Le Vieux Léon.

    Dans la Ronde des jurons, Brassens énumère toute une série de vieux jurons. Beaucoup se terminent par « bleu », qui remplaçait « dieu », (nom de bleu), pour jurer sans blasphémer.
    Parmi les jurons de la chanson, le « jarnicoton » trouve son origine dans la bouche… d’Henri IV. Celui-ci jurait énormément. Son confesseur, qui s’appelait Cotton, lui avait suggéré, pour ne plus citer Dieu dans ses jurons d’utiliser son propre nom. Jarnidieu, qui voulait dire je renie Dieu, est devenu Jarnicoton.
    Un autre juron intrigant dans cette Ronde est « Cornegidouille », c’est un juron inventé par Jarry dans Ubu Roi.

    Dans Le pornographe, Brassens parle d’un turlupin. Du XIIe au XIVe siécle, les turlupins appartenaient à une secte qui prétendait que l’idéal chrétien était d’aller presque nu et qu’il n’y a nul péché à satisfaire ses passions et les désirs des sens…
    L’acteur français Henri le Grand (1587-1637) se faisait aussi appeler Belleville ou Turlupin.

    Dans Le funérailles d’antan, Brassens parle du croque-mort. Avant que la loi n’oblige qu’un médecin signe un permis d’inhumer, l’ employé des pompes funèbres, pour vérifier que le mort n’était pas simplement profondément endormi, lui mordait très fort un doigt !

  5. Bravo pour toutes ces explications, Anne. Où est-ce que t’es allée dégotter tout ça ? Je ne connaissais pas l’origine des mots, mais je dois dire que conegidouille ou jarnicoton, même sans explication, sont des mots qui ont de l’allure et que m’ont toujours plu. Alors, avec l’explication en plus … !
    Pour le Vieux Léon, ça ne m’étonne pas que la bande de Brassens ait eu un véritable rejet de l’accordéon. Par opposition à la génération d’avant, on a souvent tendance à rejeter systématiquement ce qu’écoutaient nos parents. C’est vrai que le musette a été tellement présent à une époque et synonyme de tellement de légéreté que celà explique que deux générations au moins aient cru bon de jeter cette musique aux orties. Mais finalement, c’était pas si mal, non ?

    Quand j’étais gamin, je rejettais la musique d’avant-guerre. Et puis, un jour, j’ai entendu Brassens qui chantait des chansons de Trenet et de Mireille. Plus tard, j’ai entendu un dénommé Vincent (eh oui, celui de ce blog !) qui chantant Mexico de Luis Mariano et depuis, je trouve cette musique extraordinaire. Alors, Brassens et sa bande ont pu, eux-aussi, se tromper quant à leur perception de l’accordéon.

  6. A propos de Pierre Ontoniente, dit « Gibraltar », dont parle Vincent, c’est l’un des tous derniers vivants de la bande à Brassens, il était présent mercredi dernier à la petite cérémonie donnée lors du départ de Pierre Louki.

    Il y a quelques années, lors d’un concert de Louki, j’avais rencontré l’un des autres membres de la bande à Brassens, René Iskin (qui avait fait le STO avec Brassens en Allemagne) et qui venait d’ailleurs de sortir un disque consacré aux chansons de Georges, dont plusieurs inédits.

  7. Quelques questions, en vrac (…et plus ou moins finaudes) :

    1) A L’OMBRE DU COEUR DE MA MIE : La fabliole précieuse et médiévale ne masque-t-elle pas une chanson paillarde ? Ne nous prévient-il pas d’ailleurs, dans la chanson suivante, qu’une « adorable bucolique » peut rapidement dans sa bouche devenir « pornographique » ? Quel est vraiment, du coup, cet « oiseau endormi, caché au « coeur de l’ombre de la mie », sur lequel il veut « déposer un baiser », en se « mettant à genoux » ? Et cette « arbalète » qu’il prend en main, dans les bois, une fois qu’il se retrouve éconduit ? Vous voulez un dessin ?

    2) LE PORNOGRAPHE : « Turlupin » a-t-il un rapport avec « turlupiner » ?

    3) LE PERE NOEL ET LE PETITE FILLE : Quel est selon vous la morale de cette histoire ? Et pourquoi le « IL » a mis les mains sur tes hanches… devient au dernier vers « ON » a mis les mains sur tes hanches ?

    4) LE FEMME D’HECTOR : Etes-vous sûrs qu’il s’agit de Jeanne ? (J’ai des sources qui affirment que ce serait plutôt Raymonde Laville, la femme de son ami d’enfance Victor Laville) ? Et comment faut-il selon vous entendre la « tendresse et les économies de caresses » qu’elle dispense à tous quand vient « le mois de mai, le joli mois d’aimer » et qu’ils « hurlent à l’amour » ?

    5) BONHOMME : Est-il bien sûr que la mort du bonhomme soit comme il le prétend peut-être avec un peu trop d’insistance « naturelle » ? Car si c’est le cas, pourquoi continue-t-elle de ramasser du bois alors qu’elle le sait déjà mort ? Et comment cette « voix de malheur » peut être sûre qu’il le sera, justement, « déjà mort tout à l’heure » ? Est-elle vraiment différente de la « sombre voix » qui lui rappelle qu’il fut infidèle ?

    6) LE COCU : Qui est le plus cornu ? Car si sa femme, « cueillie dans son dos », est la « tendre primevère qui tient le dessus de son panier de fleurs », cela ne veut-il pas dire qu’il a d’autres fleurs, donc d’autres femmes ? Est-ce vraiment « à la pêche » qu’il va donc tous les jours « s’ennoblir » ?

    7) COMME UNE SOEUR : Encore une « gamine » (elle ressemblait à sa poupée !) qui le séduit et qu’il tente de séduire. N’est-ce pas la même « petite fille » que celle qui est poursuivie par le vieux « Père Noël »… et devant laquelle il s’est fait, le disque d’avant, « tout petit »… et s’est fait « grignoté les amandes » ?

    Sacré coquin, le tonton Jojo, non ?

  8. Turlupin, un rapport avec turlupine ? Oui, effectivement, pourquoi pas. En tous les cas, ça ne mange pas de pin !

    Merci, Vincent, pour toutes ces questionnements. Je vais de ce pas relire tonton Georges à la lumière du nouvel éclairage que tu apportes à toutes ces chansons !

  9. Tu es gentil, Bernard, mais je ne suis pas certain que mes questions précédentes « éclairent » grand chose… Tout juste peut-être que Brassens savait se limiter à suggérer les choses (plutôt que les asséner)… et que cela laisse à chacun la possibilité d’interpréter comme il convient.

    Michel Tournier expliquait, je ne sais plus où, que le conte pour fonctionner devait se situer entre la fable (à la morale transparente, explicite) et la nouvelle (sans morale). La morale du conte doit selon lui être en effet « translucide » : on doit sentir qu’il y en a une sous-jacente, mais on n’est jamais sûr de bien savoir laquelle. A chacun, selon sa lecture, son besoin… de se la créer.
    Je trouve que cette description convient bien aux chansons de Brassens.

    Mais la « valeur » des chansons de Brassens est, je crois, bien ailleurs… et comme la rose d’Hölderlin, « sans pourquoi » ! Je citerai, en vrac encore :

    – l’amicale des feux follets
    – rigoler pour faire semblant de ne pas pleurer
    – moins froid dans nos coeurs que dans le Panthéon
    – faire son trou au fond des cieux
    – le parti des myosotis
    – le p’tit bleu des vignes du Seigneur
    – jurer à langue raccourcie
    – un oiseau endormi à l’ombre du coeur de ma mie
    – faire semblant d’être la Belle au Bois Dormant
    – la rumeur qui fait peur aux enchantements
    – faire rouler en avalanche perles et rubis dans tes sabots
    – la p’tite soeur des pauvres de nous
    – raccomoder les malheurs de fils de toutes les couleurs qui font des arcs en ciel à nos chaussettes
    – moissonner du bois mort de ses doigts gourds
    – la mort avait fait des petits
    – mourir plus haut que son cul
    – avoir du cerf sur la tête
    – on fait force de trous dans ma lune de miel
    – ne plus savoir où donner de la corne
    – que la Faucheuse vienne couper l’herbe aux pieds de ce grigou
    etc

    Quel talent !
    Là n’est plus le domaine des questions sans réponses… mais des réponses sans questions. Brassens, comme on disait de Picasso, ne cherche pas, il trouve !!!!

    (Et je ne parle pas de l’ajustement de ces mots avec la musique, car je ne sais pas le faire… le mieux à faire, en la matière, le meilleur commentaire étant de faire ce qu’on fait chaque mois : simplement les chanter !)

  10. Pour celles et ceux qui prendraient en route cette conversation « Brassens » qui a débuté il y a deux mois, je rappelle qu’il existe un site très bien fait sur lequel on peut accéder à chacune des chansons de chacun des disques (sur la page d’accueil, aller cliquer sur « album ») et qui permet d’écouter chacune des chansons en entier, de lire les commentaires qu’en avait fait René Fallet (écrivain, ami de Brassens) et de rajouter vos propres commentaires.

  11. Ah ben… merci. Ca fait des jours que je cherche sur le net les textes de René Fallet sur chaque album et que je ne les trouve pas (sur les différents forums où j’ai posé la question… on n’a pu que me renvoyer vers le bouquin de Fallet sur Brassens). Comme quoi… même à ceux qui tentent de suivre les conversations depuis le début, il faut parfois dire les choses plusieurs fois !!!

  12. Brassens était un homme du passé. OK. S’il avait été avec nous ce soir, au réveillon, il aurait donc plutôt fêté l’année qui se termine que celle qui va commencer ?

  13. « Je sais bien que « le grand art » consiste à éviter les effets, plutôt qu’à les rechercher. Mais dans la chanson, on n’a pas le choix. Vous êtes obligés de faire des effets, sinon une majorité du public ne vous entend pas et si une majorité du public ne vous entend pas, vous ne vendez plus de disques et vous ne remplissez plus les salles. Et si vous ne remplissez plus les salles, alors le petit public d’initiés qui vous aime bien ne sait plus que vous existez. C’est très simple. (…) Pour faire des effets, je pense à des chansons où j’essaye d’être drôle, avec plus ou moins de bonheur, par exemple « Le Pornographe »… »

    (Georges Brassens, entretien avec Philippe Nemo, France-Culture, 1979)

  14. A propos du « Pornographe », tu connais l’origine de « fesse-mathieux » Anne ? Et le sens de « bobèches » ?

  15. « Moi, je n’ai connu l’amour que dans l’adultère. Etant donné que je ne pouvais épouser personne, vu qu’on ne pouvait pas, à ce moment-là, avoir de rapports sexuels avec une femme sans être obligé de lui promettre le mariage. (…) On ne pouvait coucher avec une fille sans être marié avec elle. Avec une jeune fille ? Mais alors c’était « une fille », à ce moment-là, qui passait pour une pute aux yeux de tout le monde. Alors, dans ce cas-là, je ne me gênais pas. Mais je ne me fusse pas permis de déflorer une fille, par exemple. Alors que maintenant… Je suis trop vieux, bien sûr, pour m’adonner à ce genre de plaisanteries, mais maintenant je le ferais sans scrupules si j’avais à le faire. Vous comprenez pourquoi ? Parce que maintenant, ça n’a plus d’importance tout ça. Maintenant je sais bien que la virginité… quoique, ça puisse encore se discuter. Ils font semblant d’être libres, alors qu’en réalité, ils y tiennent. Ils n’y tiennent pas tellement les types, qu’on leur baise leur femme. Enfin ça, c’est une autre question. Mais, si vous voulez, du temps où j’avais quand même besoin de… – puisque nous sommes sur la terre, ne l’oublions jamais, surtout, uniquement pour continuer l’espèce -, j’avais quand même des besoins sexuels comme tout le monde. Les autres satisfont leurs besoins sexuels dans le mariage, en prenant cette espèce de biais de la société. Moi, je ne l’avais pas, alors je me tournais vers les femmes qui s’emmerdaient avec leur mari quoi ! Et il y en avait plein. Surtout à Paris, il y en avait partout. Partout, il y en avait beaucoup. Seulement en province, elles n’osaient pas le manifester. A Paris, c’était plus facile. (…) En réalité, je n’ai pas choisi l’adultère parce que c’était un péché, mais parce que c’était la seule solution pour moi. Comme je n’aimais pas non plus – d’abord je n’en avais pas les moyens et je suis contre – la prostitution bien sûr. Et puis, ça ne me viendrait pas à l’idée, même si j’avais les moyens, de payer une femme pour avoir des rapports… (…) Moi, je n’ai jamais eu de rapports avec une prostituée. Je veux dire : je n’ai jamais eu de rapports avec une prostituée en la payant. D’abord, j’étais contre le principe : je suis contre le commerce. C’est un truc satanique, comme disait Baudelaire, et je n’en avais pas les moyens… Mais j’en eusse eu les moyens, je ne l’aurais pas fait, puisque je pouvais le faire autrement. Parce que j’aurais eu honte de faire ça »

    (Georges Brassens, entretien avec Philippe Nemo, France-Culture, 1979)

  16. A propos des funérailles d’antan, j’avais lu que Brassens allait très souvent aux enterrements, y compris lorsqu’il s’agissait de gens qu’il connaissait à peine. Il y a une anecdote assez cocasse à ce propos : lors de l’enterrement du chanteur René-Louis Lafforgue (l’auteur de la chanson à succès Julie la rousse) en 67, le corbillard a croisé un autre corbillard, Brassens s’est trompé, aurait suivi le mauvais corbillard, entraînant avec lui les autres membres du cortège. René-Louis Lafforgue a dû se sentir bien délaissé ce jour-là ! Je ne sais plus où j’ai lu ou entendu cette anecdote. Si quelqu’un en connaît la source …. !

  17. Pour répondre à Vincent :
    Les fesse-Mathieu sont des avares, des usuriers. L’origine vient de fesser Saint Mathieu, patron des changeurs.
    Une bobèche est la partie du bougeoir qui retient la cire fondue, mais c’est surtout le nom d’un clown qui a exercé ses talents dans les foires, sous l’Empire et la Restauration.

  18. J’ai lu a plusieurs reprises que Brassens aurait été fidèle à Püppchen, qu’il avait rencontrée en 1947 (il avait 26 ans). Mais toutes ces femmes dont il parle, il ne peut les avoir toutes « rencontrées » avant 1947 ! Est-ce que la fidélité dont il est ici question voudrait alors dire qu’il n’a pas été amoureux d’une autre femme après Püppchen ?
    Sur le site officiel de Brassens, Gibraltar raconte qu’il tombait souvent amoureux et qu’à chaque fois, c’était comme un ouragan qui bouleversait sa vie.

  19. J’imagine qu’il faisait peut-être juste la distinction entre « fidélité » et « exclusivité »… bref, avec un peu d’avance, la même chose que mon supermarché qui me propose une carte de « fidélité » qui se moque de savoir si je vais de temps en temps ailleurs à partir du moment que je reviens toujours à lui.

    Sur le sujet, je viens d’en trouver une bonne…
    Peut-être étiez-vous au courant, mais j’ai plutôt l’impression que c’est encore un peu « tabou ». On pouvait s’en douter, notamment en apprenant qu’en aménageant impasse Florimont son lit était placé au pied de l’escalier menant à la chambre de Jeanne et que celle de Marcel, son mari, était reléguée de l’autre côté de la cour, dans un appenti à côté des volailles (ce qui avait pour lui l’avantage de lui donner un accès direct à la sortie donnant sur les bistrots) et qu’elle était d’une jalousie féroce, ne supportant pas la présence d’une femme dans ses murs, ni même qu’un simple prénom de femme y soit prononcé, y compris à la radio… mais là, je viens d’en avoir la confirmation dans le livre écrit par Christian Mars d’après le témoignage de l’ami d’enfance de Brassens : Victor Laville (« Brassens, le mauvais sujet repenti »). Page 118, on trouve en effet :

    « Sachant que Jeanne, la maîtresse de Georges, a le même âge que sa mère Elvira, soit trente ans de plus que lui ; que Joha [« Püpchen »], son autre maîtresse, a le même âge que sa soeur Simone, soit neuf ans de plus que lui ; que Georges a vécu avec sa mère et sa soeur à Sète jusqu’à 18 ans, et qu’il va vivre ensuite avec Jeanne et Joha à Paris jusqu’à ce que la mort les sépare, quelles conclusions peut-on en tirer ? « Double inceste par projection ! » disent les psychanalystes, « Foutaises et coïncidences ! » répondent les membres du fan-club. « Troublant en effet », songe Victor, et Raymonde, « la femme d’Hector », d’ajouter perplexe : « Oui, c’est vraiment curieux tout de même, j’aurais dû lui poser la question. »

    Dans le même livre, est cité le témoignage suivant de Patachou :
    « On n’a pas vécu ensemble très longtemps, mais cela a été très intense. Il y avait les tournés en France, une cinquantaine de villes en province, et quelques-unes en Belgique et en Suisse. On ne se quittait pas, il s’arrêtait sur la route près des cimetières pour m’offrir des fleurs qu’il allait chiper sur des tombes, il avait une imagination poétique extraordinaire, il ne reculait devant rien, il était totalment imprévisible et se foutait de tout et surtout de ce que pouvaient penser les gens. On était faits pour s’entendre. (…) Il m’appelait sa « négresse blonde », à cause du recueil de poèmes érotico-délirants de Georges Fourest, ou encore « son pommier », c’était bien sûr à cause de ma plastique. Dans la chambre qui nous servait de nid, il lui arrivait à la bonne saison, de vider un plein cageot de pommes pour se rappeler à mon bon souvenir ; c’était la chambre de la rue Pigalle, celle du poète, Pierre, celui que Georges appellera plus tard Gibraltar. Il nous la prêtait gentiment, et je ne l’ai jamais entendu râler à cause du rangement qu’il y avait à faire après notre passage. Le voleur de pommes de la chanson La mauvaise réputation, en réalité, c’était bien Georges… etc. »

    Je précise, en passant, que Patachou était mariée à Jean Billon.

    Ca répond à ta question, Anne ?

  20. Merci Anne, je ne connaissais pas l’origine de l’expression « fesse-matthieu ». J’ai entendu un jour Mag qui disait à son copain « occupes-toi de tes fesses, Mathieu » et j’avais crû que c’était elle qui avait inventé l’expression. Merde alors, je suis terriblement déçu !

  21. Pour ce qui est de sa tendance passéïste… souvenons-nous qu’il a fondé, juste après la guerre, avec André Larue (Plésiosaure indécis) et Emile Miramont (Corne de roc, devenu ensuite Corne d’aurochs), le PARTI PREHISTORIQUE. Farce de potaches ou manifeste politique ? Tous les trois, en tous cas, étaient convaincus que le progrès faisait courir l’humanité à sa perte et que la seule solution était le retour à l’âge des cavernes ! Son surnom à lui était « Oeil de mammouth ».

    N’est-ce pas son cri qu’il faut entendre dans le fameux « J’aurais jamais dû m’éloigner de mon arbre » ?

  22. J’ai peut-être la réponse à ta question, Bernard.

    Voilà ce que je viens de lire, toujours dans le « Brassens, mauvais sujet repenti » de Mars et Laville (p. 169) :

    « La « bande de cons » se sent bien à Crespières. Elle y élit domicile les week-ends, pendant les ponts et les petites vacances. (…) Victor y rencontre aussi René-Louis Lafforgue, un « copain » encombrant celui-là, « entre la sangsue et la bernique », dit-il, débarquant à n’importe quelle heure avec n’importe qui chez Jo pour qu’il l’aide à finir une chanson. Celui que Georges décrivait comme « un gentil cabotin exubérant et volubile » avait connu un vrai succès avec « Julie la Rousse ». Il se tue en 1967, à 39 ans, au volant d’une grosse voiture achetée pour faire les tournées. Pour une fois, Georges avait bien failli laisser René-Louis filer seul à l’anglaise avec son croque-mort : Gibraltar, qui suivait le corbillard d’un volant distrait, s’aperçut un peu tard que les fleurs accrochées sur le convoi ne portaient pas les mêmes inscriptions qu’au départ ! Ils suivaient un autre enterrement… Un demi-tour, et les copains rattrapèrent le bon sapin « le coeur serré, en rigolant pour faire semblant de n’pas pleurer », comme dans « Le vieux Léon »… »

  23. Elle me travaille cette histoire de passéïsme de Brassens…

    Parce que d’un côté, c’est vrai qu’il ressemble un peu à l’oncle Vania de la fable préhistorique « Pourquoi j’ai mangé mon père » de Roy Lewis, qui a chaque nouvelle invention (le feu, les outils…) prévoit les problèmes que ça va engendrer et bougonne son sempiternel « Back to the trees ! » (Retour aux arbres !).

    D’un autre côté, malgré ses allures un peu réac, il a fait avancer beaucoup plus de choses que la plupart des agités zêlateurs du progrès.

    Je me demande si la clé de ce paradoxe n’est pas dans une question de « vitesse » déjà esquissée récemment suite à je ne sais plus quel article : Brassens défendrait avant tout les valeurs de la tortue, qui n’est pas immobile ou tournée vers le passé, mais avance simplement lentement (mais sûrement), contre celles du lièvre qui tel les « salauds » des funérailles d’antan finissent dans le mur (« aplatis sur un arbre en bois dur ») d’être allés « à cent quarante à l’heure », bref… d’avoir voulu mettre la charrue avant le tracteur… heu… les boeufs !

  24. C’est étonnant de voir que Brassens, alors qu’il était entièrement tourné vers le passé, ait pu, finalement être l’un des précurseurs de mai 68. Car je crois qu’il l’a été un peu à sa façon, tout comme Ferré d’ailleurs. Etonnant, ce paradoxe !

  25. « Je ne veux pas être une vedette. Je veux être un ami. Comme je ne peux pas aller chez chacun, on se réunit dans une salle, à l’Olympia, à Bobino, ou ailleurs, et je considère que c’est une réunion amicale ».
    (Georges Brassens, 1960)

  26. Passéiste, oui, comme toute personne un tant soit peu cultivée à ce qu’on appelait les humanités. Il est vrai cependant que cette profondeur de champ, cette mémoire, à l’époque où le héros est le pseudo « self made man », semble une vertu archaïque. Mais force est de constater qu’il « choisit » dans le passé de s’affilier non pas avec les représentants de l’ordre et de la vertu (Platon, Kant, Hegel, Goethe…) mais de ce qu’on pourrait appeler la tradition libertaire, qui court tout au long de l’histoire (Villon, Rabelais, Molière, Montaigne…), bref son lien avec un certain passé lui sert de terreau pour fertiliser le présent… Nan ?

  27. Vincent, les réflexions que tu fais à propos du passé m’incitent à faire une comparaison un peu osée entre Brassens et …. Bach (tiens, tiens, ça fait longtemps qu’on avait pas parlé du père Jean-Sébastien !).

    Jean-Sébastien Bach, à une époque où c’était la fin de l’ère baroque et où le classissisme n’était pas bien loin (Haydn et Mozart étaient sur le point d’arriver) a eu à coeur de synthétiser plusieurs siècles de musiques qui l’ont précédé. Il a été relativement insensible aux tendances musicales du moment, il s’est au contraire acharné à transcender et magnifier les musiques du passé. Il y a dans Bach, à lui seul, deux siècles de musique.

    Georges Brassens, à une époque où la langue française allait perdre de sa densité et de sa richesse (on dit que beaucoup de gens ont actuellement un vocabulaire limité à 250 mots), a eu à coeur de ciseler des textes très riches d’un point de vue vocabulaire et qui sont des perfections d’écriture. On peut considérer qu’avec Brassens, le public populaire, qui ne lisait pas de grande littérature, avait accès au « must » de la langue française. Il y a dans Brassens plusieurs siècles d’écriture. Lui aussi a été indifférent à l’évolution du langage de l’époque.

    Et puis, comme certains affirment aujourd’hui que Bach a été le premier jazzman et que, à y regarder de près, la musique de Brassens est du vrai jazz, il y probablement d’autres points de comparaisons entre ces deux grands bonhommes.

  28. Quelques traces de son érudition (en formes de clin d’oeil) dans ses chansons :

    LE GORILLE (disque 1) : « Elle fit feu des deux fuseaux », expression empruntée à Romain Rolland.

    LES AMOUREUX DES BANCS PUBLICS (disque 2) : référence à « Il y a un jardin public, tout plein le soir, d’amoureux sur les bancs » de Jeanne Ramel-Cals.

    GRAND-PERE (disque 4) : « Chez la belle Suzon, pas d’argent pas de cuisses ! » ressemble étrangement à « Point d’argent, point de Suisse ! » de Racine.

    EMBRASSE-LES TOUS (disque 6) : « Embrasse-les tous, Dieu reconnaîtra le sien ! » fait écho à « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ! » cri de guerre lancé lors de la croisade contre les Albigeois.

    LE TEMPS NE FAIT RIEN A L’AFFAIRE (disque 7) : le titre est extrait du Misanthrope de Molière.

    LE MOUTON DE PANURGE (disque 8) : « Les Vénus de la vieille école, celles qui font l’amour par amour » fait référence à « Dans le mariage, on fait l’amour par besoin, par devoir. Dans l’amour, on fait l’amour par amour » de Paul Léautaud.

    LE BULLETIN DE SANTE (disque 9) : « Je suis hanté : le rut, le rut, le rut ! » est une transformation de « Je suis hanté. L’Azur ! L’Azur ! L’Azur ! » de Stéphane Mallarmé.

    MOURIR POUR DES IDEES (disque 11) : « Et c’est la mort, la mort, toujours recommencée » est inspiré par « La mer, la mer, toujours recommencée ! » de Paul Valéry.

    LE BOULEVARD DU TEMPS QUI PASSE (disque 12) : « Pauvre sépulcre blanchi » est emprunté à Bossuet.

    L’ANDROPAUSE (disque 15) : « Ô ne riez jamais d’une verge qui tombe ! » est détourné de « Ô n’insultez jamais un efemme qui tombe » de Victor Hugo.

    S’FAIRE ENCULE (posthume) : « La lune s’attristait, on comprend sa tristesse, on tapait plus dedans… » est inspiré de « La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs… » de Stéphane Mallarmé.

    Etc.

  29. A propos de la phrase « elle fit feu des deux fuseaux » extraite de la chanson Le Gorille dont parle Vincent, j’avais lu que Brassens, qui travaillait avec beaucoup de soins chacun des vers, n’aimait pas celui-là. Ce n’est pas que l’expression lui semblait mal dite, simplement il trouvait qu’elle ne correspondait pas tout à fait au sens qu’il voulait donner à la phrase.

    Derrière les exemples « d’emprunts » à d’autres auteurs que tu donnes, Vincent, on se rend compte de la culture énorme de Brassens.

  30. « Ma musique préférée, c’est la musique de jazz. Oui, je suis un forcené de la musique de jazz. Parce que j’ai été – pour employer encore un terme à la mode, voyez qu’on ne peut pas s’en sortir – conditionné par la musique de jazz. Je suis né en 1921 et sur tous les phonographes, après 1925-1926 évidemment, la musique de jazz nous est venue… »

    (…)

    « J’ai une façon de chanter en décalant, qui est particulière aux Noirs et que très peu de Français ont, en dehors d’Aznavour et peut-être d’un ou deux autres. Vous savez, le jazz, c’est une fanfare. C’est une espèce de marche militaire doublée. On peut faire « La Marseillaise » en jazz très facilement. D’ailleurs, Django Reinhart et Stéphane Grapelli, à la Libération, ne s’en sont pas privés. N’importe quelle musique peut être de la musique de jazz. Le jazz, c’est une question de rythme et de syncope. (…) D’ailleurs, en faisant « Play Bach », Loussier l’a prouvé : Bach, c’est du jazz. »

    (Georges Brassens, entretien avec Philippe Nemo, France-Culture, 1979)

  31. Hé, depuis le début de ce blog il y a moins d’un an, il y a déjà eu 140 commentaires sur Brassens. Vous croyez quà ce rythme, vous allez continuer pendant 20 ans ?

  32. « Je ne suis pas plus tourné vers le passé que vers l’avenir, mais le premier me semble plus important que le second perce que je peux le consulter quand je le veux. J’attache une importance au passé parce que j’écris des chansons et que j’aime bien ajouter une petite note nostalgique dans ce que j’écris. Hormis cette réalité, je n’attache pas plus d’importance au passé qu’à l’avenir. Le passé a l’avantage d’être connu. Enfin, on croit le connaître. L’avenir, quant à lui, je ne sais pas ce que c’est. »

    (Georges Brassens, entretien radiophonique avec Louis Nucéra, RTL, 1974)

  33. Puisque Bernard parle de Bach, ça me rappelle une petite brève vécue « live » il y a quelques jours :
    B : Tiens, c’est du Johann Sebastian qu’on écoute
    A : Eh non !
    B : Si, c’est du Jean-Sébastien Bach qu’on écoute
    A : Eh, non !
    B : Ah, si, j’en suis sûr, c’est Bach
    A : Eh, non. (lui collant le disque sous le nez) c’est du Yehudi Menuhin

  34. Oui, Anne, elle est très rigolote ton anecdote, d’autant plus que la personne qui a affirmé que ce n’était pas Bach était la propriétaire du disque… !

  35. BRASSENS ET LA MORT
    « J’ai toujours accepté la vie telle qu’elle est. Et elle va vers la mort. Il m’arrive de prendre la position de la mort, du cadavre, le soir dans mon lit. J’imagine ce qui va se passer immédiatement après. Je pense aux réactions des amis dès qu’ils seront prévenus. Je vois leur peine et je suis embêté pour eux. Et puis je me mets à penser à leur propre mort. J’avais un copain, le con, il est mort … Chaque fois que je perds quelqu’un, je meurs ».

    (Georges Brassens, propos recueillis par Nicole Ligney et Cécile Abdesselam)

  36. Sur le passéïsme :

    La longueur du saut en avant ne dépend-il pas de la profondeur de l’élan, pris en arrière ?

  37. Meilleurs voeux à tous, en musique! Mais aussi en danse et en rire…
    Cette année sera-t-elle aussi « blogueuse »?, aussi « brassensseuse »?
    En tout cas, c’est bien beau de couper les cheveux en quatre sur le pourquoi du comment de la vie privée de Brassens et de ses inspirations, et du sens caché des chansons, mais… y en a qui ferait mieux de bosser leurs accords pour la prochaine soirée….!!!!
    Dis, Vincent, tu vas bientôt être fin prêt pour rédiger un article pour Gala, ou Paris Match… nan?
    Comme titre: « Brassens, comme vous ne l’avez jamais vu! » (ou comme vous n’avez jamais voulu le voir! Car après tout, il ne se cachait pas de ses frasques…)
    Enfin, ça fait ben causer tout ça!!!
    Ce doit être les « trompettes de la renommée » qui font cette effet…

  38. Ton anecdote, Anne, mériterait de figurer dans les fameuses « Brèves de comptoir ». Elle me fait d’ailleurs un peu penser à celle-ci :

    « Si je devais amener qu’un disque de Mozart, un seul, sur une île déserte, je prendrais la 5e symphonie de Beethoven. »

  39. …ou alors à cette blague, déjà citée sur le blog je crois (mais y’a longtemps !), extraite de « Sur la musique » de Jacques Drillon :

    « Au concert, un auditeur se penche vers son voisin :
    – Dites-moi, le troisième violon à partir de la gauche, ce ne serait pas Mozart ?
    – Fichez-moi la paix. Vous embêtez tout le monde. Et puis Mozart est mort il y a plus de deux siècles !
    Quelques instants plus tard, le premier revient à la charge :
    – C’est bizarre : il me semble que je l’ai vu bouger. »

  40. Tiens, ben… par association d’idées, le même Drillon, grand spécialiste de la musique et de la langue française, fait une analyse très subtile (et sans complaisance) des chansons de Brassens dans le numéro spécial que Télérama lui avait consacré pour les 20 ans de sa mort.

    Voici deux-trois petits extraits qui concernent les chansons de cet album 5 :

    « Les mélodies, en revanche, sont beaucoup plus subtiles (Le vieux Léon, Au bois de mon coeur), et c’est grand plaisir de les voir couler leurs sinuosités dans le lit strict des accords qui les accompagnent – d’autant que Brassens ne chante jamais deux couplets sur le même air exactement. »

    « Il chante d’ailleurs, dans certaines chansons, horriblement faux (Le Père Noël et la petite fille, la Traîtresse, le 22 septembre); cela est dû souvent à une écriture mélodique et/ou harmonique peu sûre. L’Amandier est entièrement fausse, à la limite du publiable : les notes de « Mais sa joli’ bouch’ gourmande/ En baisers m’a tout rendu ! », nul ne saurait mettre un nom dessus ! »

    « C’est ici l’origine la plus profonde du charme qui émane de ses chansons : l’absence presque complète de redondance. Pour lui, comme pour Stravinski, la musique n’exprime rien – rien qui relève de l’expressivité. La distribution des notes longues et brèves se calque rarement sur celle des syllabes : la métrique musicale aussi est indépendante et peut courir, identique, sur deux vers dissemblables. Le même rythme accompagne Philistins (chanson antibourgeoise) et Le Vin – qui n’a rien à voir – ; quant au Vieux Léon, une réussite totale, son épitaphe est chantée sur un air de java. »

  41. A propos du soit-disant chanter faux de Brassens, on sait qu’il ne faisait très souvent qu’une seule prise pour l’enregistrement de ses disques. Il n’enregistrait les chansons qu’une fois qu’elles avaient été rodées longtemps sur scène (au grand dam de son éditeur). J’ai lu, je ne sais plus où, qu’un jour, ingénieur du son insistait pour que Brassens accepte une nouvelle prise de son en finissant par lui dire qu’il chantait un peu faux. Brassens lui aurait rétorqué : Quand vous dites « Je t’aime », vous parlez juste, vous ?

  42. ????
    Tu es sûre de ce que tu dis, Anne, sur le fait que Brassens rodait d’abord ses chansons sur scène avant de les enregistrer ? C’était peut-être vrai pour les chansons des premiers disques qui avaient été composées à des périodes différentes les unes des autres, mais pour les disques suivants, j’en doute un peu. Je crois plutôt que Brassens travaillait son nouveau disque pendant des mois complets avant de l’enregistrer et qu’il ne donnait aucun concert pendant cette période de travail.

  43. Je pense que Drillon exagère en disant que Brassens chante horriblement faux. Je pense que les chansons citées sont compliquées d’un point de vue musical. Je pense à « la traîtresse » ou à « l’amandier », elles me semblent très complexes au niveau de l’écriture (ce ne sont pas des grilles d’accords usuelles). Je ne crois pas que Brassens les chantent faux, ils les chantent comme elles sont écrites. Simplement, elles sont bizarrement écrites. Donc, peut-être que l’autre remarque de Drillon est juste, à savoir qu’il s’agit là d’une « écriture mélodique et/ou harmonique peu sûre ».

    Tiens donc, Brassens se prenait pour Dylan (ou l’inverse) : il entre en studio et enregistre tout d’une seule prise, même quand les autres lui font comprendre qu’il ferait mieux de recommencer !

  44. Dans « Brassens, un copain d’abord » (Télérama, Hors Série, 2001) je trouve ceci qui confirme (ou précise) 2-3 choses déjà évoquées ici :

    1) « A l’enterrement de René-Louis Lafforgue, les copains, tous derrière, et Brassens, devant, suivaient le corbillard. Tout le monde se disait : « Brassens, les cimetières, les corbillards, tout ça, ça le connaît ! » Sauf qu’il s’était trompé de corbillard. »

    2) « A son premier ingénieur du son, André Tavernier, qui lui laissait entendre que, peut-être, parfois il chantait faux, Brassens eut cet aveu : « Vous avez déjà dit « Je t’aime » en parlant juste, vous ? » »

    3) « Après ce travail à l’ancienne au contact du public, après bien des semaines, il prenait le chemin du studio. En quelques prises, l’affaire était réglée. Sobrement. »

  45. « Avant, les choses se passaient autrement : un artiste faisait des chansons, les chantait en public, et on ne mettait sur le disque que l’essentiel. On faisait exactement le contraire de ce qui se passe aujourd’hui. C’est seulement quand une chanson avait un écho auprès du public qu’on l’enregistrait. A part Tino Rossi, les artistes ne gardaient que l’essentiel sur la cire.

    Avant, c’est le public qui exigeait l’enregistrement. Maintenant, on lui donne un produit manufacturé, tout prêt. C’est la faute à personne, on n’y peut rien, c’et comme ça. C’est du prêt-à-porter, prêt-à-chanter. D’ailleurs, on vendra bientôt au public les accompagnements de nos chansons, et il lui suffira de chanter dessus. »

    (Brassens, un copain d’abord, Télérama Hors Série, 2001)

  46. Je vais finir par espérer que l’ensemble du groupe qui chante (et joue) Brassens ne lis pas le blog… Je n’ai plus une seule anecdote inédite pour ce soir là !

  47. Anne, si tu es en manque d’anecdotes, voilà ce que tu pourrais ajouter qui n’a pas encore été dit ici (extrait aussi du site d’explication des textes donné en lien par Bernard) :

    LE VIEUX LEON
    – Sainte-Cécile : patronne des musiciens
    – Les « Gentils » : les païens
    – Les « Pierrots » : clowns blancs, éternels rêveurs, souvent représentés avec la larme à l’oeil et une guitare à la main.
    – Le Parti des « Myosotis » : fleur qui selon la légende dit « Ne m’oubliez pas ! »
    – Rue de Vanves : à côté de l’impasse Florimont où logeait Brassens chez Jeanne
    – « chant de navets » : image pour évoquer le « cimetière » qui sera reprise dans « Les Quatr’Z’arts » (disque 8) et « Le revenant » (disque posthume)

    LA RONDE DES JURONS
    – Le 3e des 10 commandements énonce « Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain »… d’où le remplacement de Dieu par bleu dans les jurons
    – « Ventre Saint-Gris » est lui aussi (comme « Jarnicoton ») attribué à Henri IV
    – « Tonnerre de Brest » évoque le canon qui tonnait pour annoncer l’arrivée d’un ennemi ou l’évasion d’un forçat
    – « Bougre » : nom donné aux Albigeois (Cathares) venus de Bulgarie
    – « Saperlipopette » : frapper au coeur des fesses (de « saper » : détruire les fondements, « lipo » : graisse, « petto » : au coeur)

    A L’OMBRE DU COEUR DE MA MIE
    – Voir plus mon allusion à une possible interprétation salace

    LE PORNOGRAPHE
    – « Turlupin » : surnom d’Henri le Grand (acteur farceur des Trétaux de Foire du XVIIe) et secte des XII et XIVe accusée de se livrer aux plus honteux désordres (prônant la vie simple et pauvre et l’innocence des passions et désirs des sens)

    LE PERE NOEL ET LE PETITE FILLE
    – Comment entendre le passage au « on » final ?

    LA FEMME D’HECTOR
    – Le « guignon » : la malchance (de « guigne »)… et possible allusion à Stéphane Mallarmé qui en fait le titre d’une de ses poésies
    – Dans la mytholoie grecque la femme d’Hector (Andromaque), roi de Troie, est un modèle de vertu domestique et familiale, mais là…
    – « Danser devant le buffet » : ne plus rien avoir àmanger
    – « Fesse-Mathieu » : avare, usurier (mais avec un vrai problème étymologique pour déterminer son origine exacte)
    – « paltoquet » : de « paletot » (vêtement de paysan)
    – « bobèche » : voir définition donnée plus haut

    BONHOMME
    – Mort vraiment « naturelle » ?
    – Chanson vraisemblablement écrite au STO et faisant pendant au « Pauvre Martin » écrit à la même époque
    – « A la disparition de son grand-père, Brassens entend cette expression « mort de mort naturelle », elle lui chemine en tête, et devient Bonhomme » (Télérama HS, 2001)

    LES FUNERAILLES D’ANTAN
    – « Diable Vauvert » : expression déjà présente dans Rabelais (Vauvert est près de Nîmes)
    – « 140 Km/h » : seule allusion dans toute l’oeuvre de Brassens à la modernité

    LE COCU
    – origine des « cornes » : peut-être Cernunos (dieu celte à bois de cerf, symbole de fertilité, maintes fois trompé par la déesse Terre)
    – « faire un trou à la lune » : partir, s’enfuir de nuit pour une mauvaise affaire
    – « écornifleur » : pique-assiettes (titre d’un epièce de Jules Renard)
    – « couvert de safran » : le safran donne une teinte jaune (couleur attribuée aux cocus)

    COMME UNE SOEUR
    – « tête coupée » : la tête qui sort de l’eau ? ou expression signifiant « la main à couper » ?
    – « Le bec dans l’eau » : magnifique double sens
    – « cachalot » : magnifique double sens
    – « Lolita » de Nabokov est sorti en anglais 2-3 ans avant cette chanson, Brassens ne l’a sûrement pas lu mais le thème était d’époque !

    …Mais on risque de ne plus avoir le temps de chanter !!!

  48. Hé Vincent, tu ne connais plus tes classiques ? Les « 140 km/h » des Funérailles d’antant ne sont pas l’unique allusion de toute l’oeuvre de Brassens à la modernité. Il y en a très peu, certes, je te l’accorde mais tu te souviens des phrases « le Trou de la pomme de pin n’est plus qu’un bar américain », « Synthétique comme il se doit », « Dans un sleeping du Paris-Méditerranée » ?
    Pour ta punition, je te laisse le soin de nous dire de quels titres sont tirés ces extraits ! (mdr)

  49. Anne, tu es sure que tu n’as plus rien à nous dire sur ce disque ? Ce n’est pas toi qui avait relevé une erreur de liaison entre les mots … ?

  50. « Synthétique » c’est dans le « Faussaire », ça c’est sûr.
    « Le sleeping méditerranée », je crois que c’est dans « La supplique »
    En revanche, le « bar américain », je ne vois pas… Un indice siouplé ?

  51. Allez, un petit indice supplémentaire : c’est dans la même chanson que « Y’a quelque chose de pourri au royaume de truanderie ».

  52. Ben, j’vois toujours pas… j’dois pas connaître.
    Et en plus j’suis parasité par « Y’a quelque chose de pourri au royaume de… France » qui me vient en tête quand je lis ton indice, sans que je sache d’où ça vient (C’est pas dans une chanson de Le Forestier ?)
    Help ! Quelqu’un peut-il m’aider ?

  53. L’erreur de liaison (ou plutôt, l’absence) en question est dans A l’ombre du cœur de ma mie, quand Brassens chante Je cours les voies et les chemins, il ne chante pas les voies zet les chemins. Je faisais cette remarque à Bernard qui me soutient que Brassens en fait d’autres mais je n’en vois pas, sauf quand il s’agit d’un nombre de pieds dans le vers, c’est à dire quand la liaison rajouterait un pied. Vu le nombre d’écoutes de chaque album pour la préparation des soirées Brassens, s’il y en a d’autres, elles ne devraient pas nous échapper.
    A propos de ce vers, dans une première version, Brassens chantait Je cours les bois et les chemins.

    Vincent, j’adore ton humour… je parlais d’anecdotes INÉDITES.

  54. Si si, il y a une autre erreur de liaison … dans le même disque, d’ailleurs. Anne, tu paries une bière ?

    Réponse à Vincent : Il s’agit de la chanson « Le Moyenâgeux ».

    Je viens de relire tous les commentaires. j’ai bien aimé la phrase citée par Vincent « La longueur du saut en avant ne dépend-il pas de la profondeur de l’élan, pris en arrière ? ».

  55. Si tu veux la replacer en société, cette citation magnifique, pleine de profondeur, de pertinence et d’a-propos, Bernard, n’oublie pas de signaler qu’elle est de… moi ! (mdr) Mais fais gaffe, je demande cher en droit d’auteur !

  56. Vincent, les droits d’auteur, sur ce blog, se mesurent en « bière ». C’est l’unité de valeur qui a été retenue d’un commun accord entre Anne et moi et à laquelle les autres doivent obligatoirement se soumettre. Alors, tes prétentions, en tant qu’auteur de cette belle phrase, tu les évalues à combien de demis ?

  57. La mise ? En bière ? Comme pour les « funérailles d’antan » ?

    Je propose en tout cas une « valeur fluctuante » inversement proportionnelle à son « effet ». En gros, si elle est employée n’importe comment, ça sera au moins 5 bières (voire la tournée générale !!!), si elle tombe « juste » en revanche… c’est moi qui en offre une. Ca va comme ça ?

  58. Suite à la remarque de Bernard, j’ai trouvé l’autre erreur de liaison de l’album 5. Dans La femme d’Hector, Brassens chante De nos cœurs aux pourceaux, et non De nos cœurs zaux pourceaux.
    J’ai échappé de justesse à devoir encore une bière à Bernard.
    Mais comme le même jour il m’a emmenée voir des hiboux moyen-duc, que je voyais pour la première fois (certains ornithos appellent ça « faire une coche »), je lui en dois une quand-même… et une bonne.

    Une autre anecdote à propos de cet album : à la fin d’une soirée bien arrosée en compagnie de l’acteur Michel Simon, celui-ci lui propose une petite séance de lanterne magique, l’ancêtre des appareils de projection. Connaissant la salacité de Michel Simon, on se doute du caractère des images projetées…
    Pour lui signifier son refus, Brassens aurait dit « Pornographe du phonographe, oui, mais pas pornographe du photographe ».

  59. Aïe, aïe, aïe, je me demande Bernard, si nous ne faisons pas erreur en pensant que Brassens a fait une faute de liaison dans Nos Cœur(s) aux pourceaux. Je viens de lire, dans un article de Jacques Drillon :
    D’ailleurs il [Brassens] sait des choses oubliées. Qu’on fait des liaisons en parlant (ou en chantant) : Quand les héritiers-z-étaient contents », Le temps-z-a grand coup de faux ; il sait que le d d’Archibald ne se prononce pas plus que celui de Léopold ; qu’une consonne, après une liquide(l, m, n, r) ne se lie pas toujours au mot suivant et qu’on prononce « for-inquiétant » ou « de par-et-d’autre ».
    Voilà qui me laisse muette.
    Tu sais, Vincent, ce que ça veut dire « ne se lie pas toujours » ? Où trouve t’on cette règle ?

    Sinon, je suis assez énervée contre télérama car cet article est dans le numéro hors-série de 1991 qui commémorait les 10 ans de la mort de Brassens et dans le hors-série de 2001 qui commémorait les 20 ans. Exactement le même, à la virgule près, comme la plupart des autres articles ! Je pensais que télérama avait plus de confiance que ça en la longévité de ses lecteurs.

  60. Je n’ai pas le privilège, Anne, d’avoir à disposition un fameux « Grevisse » (dictionnaire de référence sur le « bon usage du français ») qui permettrait de répondre à ta question… et il y a bien longtemps que les professeurs des écoles (dont la formation est désormais réduite à… un an, pour apprendre à enseigner de la maternelle au CM2) ne sont plus formés à ce genre de subtilités !
    Je sais juste que les « règles » de liaisons ont plein de cas particuliers, d’exceptions, de jurisprudences formés par l’usage.
    Un exemple parmi d’autres qui m’a toujours posé question : comment doit-on prononcer correctement, dans Mon amant de Saint-Jean, « …quand ils sont DITS AVEC les yeux… » et selon quelle règle ?

  61. Oups… désolé… c’était bien moi qui causait ci-dessus.

    Entre temps j’ai pu trouver ce site : http://www.latl.unige.ch/safran/data/phono/mod8/liaison/principe/index.htm

    …dans lequel je lis que « toute liaison est interdite entre un participe passé et son complément »… donc entre « dits » (participe passé du verbe dire) et « avec les yeux » (complément citrconstanciel de manière… selon l’ancienne terminologie).

    Professeurs des écoles (et d’ailleurs), si vous voulez parachever votre formation plus que succinte… venez donc surfez avec nous sur le blogadupdup !!!

  62. Vincent, tu prends comme exemple « avec les yeux ».
    Mais les liaisons, c’est de l’oral, ça serait pas plutôt « avec les oreilles » ?

  63. Saint-Matthieu (avec 2 « t ») est le patron des changeurs (commerçants effectuant des opérations de change). Il faut en rechercher l’explication dans la bible car l’apôtre de Jésus, Matthieu, était douanier, fonctionnaire chargé des opérations de change. « A Capharnaüm, il y avait un poste de douane. Le fonctionnaire qui tenait ce poste s’appelait Lévi ou Matthieu. Il était fils d’Alphée. Un matin, Jésus l’appelle, Matthieu laisse ses registres et suit Jésus. »

  64. Bonjour. Heureux d’avoir découvert ce blog au hasard de mes recherches pour mon site http://www.georgesbrassens.fr (sur lequel j’ai mis un lien) et, pardon pour l’auto-pub, un petit livre sur Brassens que je termine et qui sortira bientôt..
    Et pardon d’arriver après la bataille sur ce blog…
    Petites remarques sur cette page :
    Pour Bernard : Brassens a écrit dans Le Libertaire, mais quelques mois, de septembre à décembre 46 (plus une critique de spectacle en 47). Brassens précurseur de mai 68 : cent fois oui ! Si on regarde les enquêtes rapportées par Charpentreau dans son livre de 1960, on y voit que Brassens était très populaire chez les lycéens à la fin des années 50… les plus jeunes seront étudiants en 68. Brassens et Bach ? Paco Ibáñez répète à tout le monde : « Brassens est le JS Bach de la chanson française », et j’ai une anecdote. Un soir, à Sète en 2006, j’ai eu l’immense plaisir de dîner avec Paco et Eduardo Peralta (chanteur chilien qui traduit – magnifiquement – Brassens et le chante – superbement – tous les lundis soir à Santiago – il en est en 2008 au 330ème « lundi brassénien »). Eduardo, donc, a ajouté : « Non, Paco, tu te trompes, c’est Bach qui est le Brassens de la musique classique » (il faut dire que le repas était très arrosé…). Plus sérieusement, Paco m’a expliqué plus tard que Brassens était proche de Bach de deux façons : en tant que compilateur des œuvres qui l’ont précédé et en tant que qu’artiste fonctionnant comme un musicien, par variations autour d’un nombre limité de thèmes.
    Pour Anne : Bravo ! Quelle érudition ! Encore plus fort que Loïc Rochard (« Brassens orfèvre des mots »).
    Pour Vincent : Après de longues conversations avec l’ami Victor Laville (que son co-auteur a massacré, soit dit en passant), j’en ai conclu que la femme d’Hector est 50% Raymonde, 50 % Jeanne. D’ailleurs, tous les personnages de Brassens sont des mix de personnes réelles.
    Attention au rythme sous lequel on connaît les chansons de Brassens. D’abord, c’est très complexe, à cause du décalage (il y a 2 partitions « officielles » de Bonhomme, une en 3/4, l’autre en 4/4…). Ensuite, Brassens adorait chanter ses chansons sur un autre rythme et il affirmait que le rythme définitivement choisi l’était souvent par crainte de lasser l’auditeur en utilisant trop souvent le même. J’ai été ravi d’entendre Jacques Yvart (qui est tout de même le seul compositeur vivant pouvant se vanter d’avoir eu une chanson chantée par Brassens et qui fut un vrai ami de Georges) chanter l’Auvergnat et La Marine en 4/4 (je l’en ai bien remercié… j’adore faire pareil… talent en moins…). Le Vieux Léon n’a pas besoin d’être une java pour être beau. On a tous un jour rigolé pour faire semblant de ne pas pleurer, accordéon ou pas.
    Je ne sais pas si j’en mérite une, mais la bière me rappelle un vieux souvenir :
    Un vieil alcolo du coin était mort. Commentaire d’un de ses amis : on l’a mis dans sa dernière bière.

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