NDDL, un nouveau combat ?

Les temps derniers, j’ai lu en long en large et en travers les articles liés à Notre Dame des Landes. Globalement les journaux de sensibilité de gauche saluent, à quelques petites nuances près, la décision présidentielle, les journaux de droite répétant plutôt qu’il n’y a pas de gagnants dans cette affaire. Euh si, l’environnement quand même, non ? Et la démocratie aussi, non ?

Si je dis « la démocratie » c’est qu’il est rare que les citoyens obtiennent gain de cause contre la raison du plus fort, représentée en général par l’Etat. Et ce combat, dont la première étape a été gagnée, est celui de deux générations d’opposants (vous imaginez ce que veut dire une lutte de 50 années ?). On comprend les larmes des plus âgés d’entre eux. On les partage. Et comme je viens d’un monde paysan attaché à la terre nourricière, celle qui nourrit à la fois le corps et l’âme (on aurait tort de dissocier les deux), la réaction de ces paysans-là fait vibrer des choses qui sont  bien inscrites en moi et qui viennent de très loin, car ces valeurs-là ce sont finalement l’héritage que j’ai reçu et que je dois ensuite partager.

Le pot de terre gagne rarement contre le pot de fer. Et si Notre Dame des Landes nous rappelait que le contraire est possible, tout comme l’ont montré auparavant Plogoff et le Larzac ?

Evidemment, ce ne sont pas les arguments écologiques qui ont permis d’emporter la décision finale. Mais plutôt le fait qu’il n’y avait pas d’arguments d’ordre économique en face. Quand les opposants disaient qu’on était loin de la saturation (5 millions seulement de passagers alors que l’aéroport uni-piste  de Genève, infiniment plus actif, en accueille près de trois fois plus), il n’y a pas eu une seule réponse valable à cet argument. Quand les défenseurs du projet ont imaginé un référendum inique en le formatant au seul territoire qui leur était favorable et en formulant la question de la manière la plus favorable au projet, tout le monde a bien vu que c’était du bidouillage. Et quand on a proposé d’investir des fonds publics inconsidérés pour que des compagnies privées engrangent ensuite tous les bénéfices, personne n’a été dupe (au fait, vous avez remarqué que les libéraux de tout poil sont toujours prompts a dénoncer la dépense publique, sauf quand elle revient au final aux compagnies privées ?). Tout cela était cousu de fil blanc, la ficelle était bien trop grosse.

Et Hollande savait bien qu’il refilait à son successeur « un bâton merdeux ».

Il y a plein de manière d’analyser la décision présidentielle. Peut-être que Macron, finalement, n’a fait que choisir la solution qui lui était la plus favorable. Mais faisons comme s’il ne s’agissait que de courage politique et ne boudons pas trop notre plaisir. Quand même !

Mais que de temps perdu ! Car si la lutte contre les changements climatiques a été affichée comme priorité à partir d’un moment donné, ce dont on ne peut que se féliciter, cela aurait dû faire tomber, de fait et dans les minutes suivantes, le projet de nouvel aéroport de NDDL.

Les Zadistes ont occupé le terrain. Cela ne s’est pas fait sans opposition avec les paysans locaux (enfin, ceux qui restaient !), eux-aussi défenseurs de la zone. Mais finalement ils ont appris à dialoguer, appris à vivre ensemble. Car NDDL est faite de diversité et de cohésion.

Et, mois après mois, année après année, Notre-Dame des Landes est devenue un lieu d’expérimentation où se se sont construits une nouvelle manière de vivre (ex : de nouveaux habitats auto-construits), un nouveau fonctionnement démocratique, une manière originale de gérer un espace et des rapports différents avec la nature (on fait « avec » plutôt que de faire « contre »). En un mot, Notre-Dame des Landes est devenue un laboratoire. A la fois un laboratoire d’idées et un laboratoire de mise en application, au service du développement durable d’un territoire.

Evidemment, si j’étais à la place du gouvernement et si je réfléchissais bien – mais rien n’est moins sûr de la part de nos élus nationaux – je regarderais d’un bon oeil ce qui s’est construit collectivement à NDDL. Et comme notre société est confrontée à de nombreux enjeux qui se retrouvent pleinement à NDDL (la cohabitation de communautés différentes – le fameux « vivre ensemble » – la gestion d’un espace, le maintien du monde du Vivant, la survie économique d’une partie de la population, …), tous les débuts de réponses et toutes les petites solutions proposées par les Zadistes devraient être écoutées d’une oreille attentive par les pouvoirs en place (l’Etat et les collectivités locales).

NDDL est un combat à la fois symbolique (car c’est un lieu de résistance à la casse économique, sociale et environnementale) et concret (car c’est là aussi qu’on  essaie de faire naître certaines réponses aux enjeux du futur).

Alors, ne baissons pas la garde, une étape a été gagnée, mais ce n’était qu’une étape !

Continuons le combat !

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9 réponses à NDDL, un nouveau combat ?

  1. élodie dit :

    bernard tu seras à notre dame des landes le 10février? :blush:

  2. Fifitoutcourt dit :

    NDDL : Notre DupDup Lutte ? :whistle:

  3. Christophe dit :

    :smile:
    Ça c’est pour les commentaires précédents.

    En réponse au titre un tantinet provocateur de cet article je réponds derechef : NDDDDDLLL c’est mort !
    D’abord parce que la ténacité de certains, une certaine lâcheté politique et finalement une décision logique, ont enterré le projet. Et là, sans être paysan mais pour l’avoir été un peu, je rejoins à 100% Bernard. Bravo,aux opposants, locaux ou pas. Et que vivent les différentes graines, locales ou non. Je ne crains évidemment pas les 300 furieux zadistes, j’ai rencontré leurs copains au Larzac, à la Hague, et j’irai peut-être voir leurs enfants à Bure, sur un autre tombeau de l’humanité, ils ne font peur à personne.

    Je pense que l’issue de NDDL est heureuse pour diverses raisons : faisabilité, opposition, enjeux « nouveaux ». D’autres projets aussi pourris pourraient être soutenus par l’état (minuscule encore pour moi avec ce vocable contre la règle, j’attends mieux de la chose). Ici, c’est une décision logique, mais ça donne un peu de cœur au ventre.

    Que vivent surtout les projets solidaires, collaboratifs, et foin de ces adjectifs qui deviennent insupportables : des projets humains, vivables, qui respectent la terre, donnent le sourire aux gens, avec la musique, les familles, les générations ensemble, les communautés d’intérêts non financiers… Ben c’est simple non ?
    Non, ça l’était, il faut le ré-inventer, comme à NDDL je pense, sans y être allé, avec un peu d’utopie, mais aussi quelques réalités qui en surgissent.

    On verra la suite, mais à ce que j’en comprends, notre président ne connaît pas la terre, ses enjeux, son avenir. Puisse t-il me faire mentir.
    Vite : la COP 21 ne suffira pas, Hulot non plus, il faut aussi des trucs vrais, immédiats, comme NDDL (d’accord ça a mis le temps pour l’immédiateté !), ou comme le kéfir et les graines de tomates.
    Ça suffit pour coincer la machine.

  4. Bernard dit :

    Elodie, j’ai reçu plein d’infos concernant le rassemblement du 10 mais je ne serai pas de la partie. J’avais un moment hésité mais on a pris des places pour un concert dans le Territoire de Belfort le 9 au soir. Si Joëlle avait été en retraite, ça aurait changé un peu la donne car on aurait pu prendre un peu de temps, en profiter pour se balader en Bretagne du Sud et donc faire d’une pierre deux coups.

  5. Bernard dit :

    Très très bon article dans Basta sur le sujet :
    https://www.bastamag.net/Notre-Dame-des-Landes-retour-sur-un-mouvement-ecologique-et-social-victorieux

    Et un autre article (plus ancien) sur le même sujet, qui permet de mieux comprendre ce qu’il se passe là-bas :
    https://www.bastamag.net/Maraichage-boulangeries-entraide-les-vrais-visages-de-la-ZAD-de-Notre-Dame-des

  6. Avis aux drôles d’oiseaux du blog.. :

    Ce WE, comptage national des oiseaux des jardins 2018

    https://resistanceinventerre.wordpress.com/2018/01/26/ce-we-comptage-national-des-oiseaux-des-jardins-2018/

  7. Bernard dit :

    Il me semble que ce comptage national a été bien moins relayé par la presse que les années passées.

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