Un débat voué à l’échec

Le Grand Débat voulu par Macron et annoncé à grand renfort de communication, c’est du vent !

Si vous pensez par exemple que l’ISF doit être rétabli, que les transactions financières doivent être taxées et que l’évasion fiscale doit être sévèrement combattue, vous avez tout faux car vous n’aurez pas la possibilité de le dire. Les dés sont pipés : les questions qui vous seront posées vous sembleront diverses et ouvertes mais elles ont été formulées en fonction de ce que Macron veut en tirer comme conclusion (c’est une manière de faire très usitée, dans monde politique notamment mais pas seulement ). En aucun cas il n’est question que le bas-peuple puisse s’exprimer sur les vrais sujets. Or, si les revendications des Gilets Jaunes sont très hétéroclites (c’est le moins qu’on puisse dire), on peut reconnaître tout de même que le point commun entre toutes , c’est quand même bien la justice sociale et la justice fiscale. Comme le dit Pierre Dusquesne dans l’Huma de ce matin : « C’est une lettre aux Français qui ferme le débat avant de l’ouvrir ».

La lettre de Macron est ubuesque. Comment peut-il dire « Pour moi, il n’y a pas de questions interdites » alors qu’il n’autorise aucun des sujets qui fâchent. Qui est dupe de cette opération de comm’ ?

Il faut qu’on arrête de répéter que notre pays s’enfonce d’un point de vue économique. Ce n’est pas vrai, on nous ment continuellement. Le PIB de la France a énormément augmenté au cours des 20 dernières années (1 299 milliards en 1997, 2 291 milliards en 2017). Mais les Français n’en profitent pas. L’argent s’évapore, il est ponctionné au passage. On ne peut donc pas faire un véritable débat sans parler des riches et des actionnaires qui se goinfrent (en dix ans, la part des salaires dans le PIB a baissé de 9,8%, il n’y a aucune retombée de la croissance sur les salariés, bien au contraire car le pouvoir d’achat a diminué). Vous avez remarqué que le thème du pouvoir d’achat, sujet central des revendications mises sur la table par les Gilets Jaunes, n’apparaît pas dans la lettre du président ?

Mais pour que ça aille bien, il faut le vouloir. Politiquement parlant je veux dire. Et Macron ne le veut pas.

Cependant les solutions existent. Quelques exemples :

1 – Il y a deux chiffres que l’on peut comparer car ils sont globalement identiques : le déficit de la France (75 milliards) et l’évasion fiscale (de 60 à 80 milliards annuels selon les sources). Il suffirait de créer 20 000 postes d’inspecteurs des impôts (ce qui ne coûte pas grand-chose, vu l’enjeu : un peu moins d’un milliard) et qu’on leur donne toute latitude pour agir et récupérer une bonne partie du montant de cette évasion fiscale.

2 – Le CICE est un dispositif nébuleux. C’est censé servir la compétitivité et la création d’emploi. Or, le groupe Carrefour a touché 130 millions d’euros au titre du CICE alors que dans le même temps il licenciait 4 500 personnes ! Incroyable, non ? Je vous invite d’ailleurs à voir l’intervention très imagée à l’Assemblée de François Ruffin, inspirée d’une pièce de théâtre que j’adore (« Cyrano de Bergerac » de Rostand) sur le sujet.

Ce qui est tout aussi incroyable c’est que personne ne sait à quoi servent les 40 milliards d’euros, aucun dispositif d’évaluation n’a été mis en place. Je me souviens pourtant que dans ma vie professionnelle (associative), dès qu’on touchait un peu d’argent public on nous demandait sans cesse « Vous avez mis quoi en place comme dispositif d’évaluation de votre action ? ». L’Etat serait-il dispensé des obligations qu’il exige des autres ? L’Etat nous parle de 100 000 emplois « créés ou sauvegardés ». Vous avez vu la nuance : « sauvegardés » ! Donc on se doute bien que ce ne sont pas des créations d’emplois pour la plupart. Mais bon, faisons un calcul : 40 milliards pour 100 000 emplois, ça veut dire 400 000 euros par emploi créé ou sauvegardé (oui, oui, vous avez bien lu le chiffre !). Alors qu’un emploi coûte globalement 40 000 euros annuel, dix fois moins. Cela veut dire qu’avec 40 milliards annuels, l’Etat peut créer (ou faire créer par d’autres, des associations par exemple) un million d’emplois. Ce n’est donc pas rien, la question est même vitale. Les gens ne s’en rendent même pas compte car, que l’on parle en millions ou en milliards, nos concitoyens, pour certains, ne voient pas vraiment la différence, la représentation de telles sommes leur échappe complètement. Je suis très déçu que les Gilets Jaunes n’en parlent pas (mais comme on n’en a pas parlé dans les médias, peut-être que beaucoup sont passés à côté). Le CICE est pour moi, au contraire, au coeur du problème. Il ne s’agit pas (et je suis loin de tenir ce propos) qu’il faut le supprimer, je pense qu’il faut le redéployer d’une autre manière, notamment en direction des emplois d’intérêt général indispensables à la cohésion de notre société (travailleurs sociaux, infirmières, enseignants, services publics en milieu rural … je ferai prochainement un article sur le sujet) mais aussi en direction des petites entreprises qui sont le vrai tissu de notre économie.

3 – Les transactions financières qui servent à spéculer sur la valeur d’une matière première ou d’un bien immobilier sont immorales en elles-mêmes (vous avez remarqué qu’on ne parle jamais de ce problème dans nos journaux, nationaux ou régionaux, qui appartiennent tous à des hommes d’affaires ou à des banques ?). Leur valeur atteint des centaines de milliards en France. Attac a calculé qu’avec un taux très réduit de taxation, ce prélèvement  pourrait rapporter plus de 36 milliards d’euros par an en France (sommes qui pourrait être prélevées directement sur le lieu de négociation, c’est à dire la salle des marchés des banques, ou dans les centrales qu’utilisent les banques au niveau international).

4 – Il existe 450 niches fiscales en France, elles représentent un manque à gagner de 90 milliards d’euros. Certaines sont évidemment justifiées (notamment pour les activités d’intérêt général). Mais ne serait-il pas temps de réaliser une véritable évaluation de cette politique de niches fiscales ?

5 – Il y a en France près de 10 milliards d’euros d’aides aux énergies fossiles, en contradiction totale avec l’enjeu majeur des changements climatiques. C’est un sujet très délicat, comme on l’a vu avec les questions posées par les Gilets Jaunes, car les aides sur le prix du diesel à la pompe (entre 5 et 6 milliards d’euros) et la défiscalisation liées à l’utilisation du fuel par les agriculteurs et quelques autres professions (3,4 milliards) concernent avant tout les classes populaires, voire défavorisées (exemple des agriculteurs dont la société ne paie pas leur travail au prix juste). Sujet explosif donc. Et qui nécessite beaucoup de pédagogie pour expliquer les choses. Sans compter, dans les énumérations ci-dessus, les multiples autres dérogations en tous genres (pas de TVA sur les hydrocarbures en Outre-Mer, TVA réduite en Corse,  …).

Et sans doute bien d’autres mesures à prendre …

Autant de leviers d’action qui permettraient, en récupérant largement plus de 100 milliards d’euros, de régler à la fois la dette publique et de créer simultanément des centaines de milliers d’emplois dans les domaines sensibles liés aux enjeux d’aujourd’hui (social et environnement notamment). Mais encore faut-il le vouloir !

Pendant quelques années, je suis allé fréquemment sur les blogs de Droite, histoire de comprendre la vraie motivation de ce monde qui m’est, je dois le dire, assez étranger (il ne fait pas partie de mes gènes). Je n’y vais plus, j’ai absolument tout compris (je pourrais presque écrire un livre sur le sujet). Et je me suis rendu compte que partout, sur ces blogs, très réacs pour la plupart, et dans les discussions afférentes, on parlait des assistés de la SNCF, de la Poste, des enseignants, des bénéficiaires d’allocations familiales (bref … de tous les parasites de la société), que l’on prônait surtout le désengagement financier complet de l’Etat, mais qu’on ne parlait jamais de la gabegie étatique sur le CICE, les niches fiscales, les transactions financières, … car évidemment il faut faire comprendre que ce sont les petites gens, les chômeurs, … qui sont des assistés pour masquer le fait qu’en réalité, ce sont les riches qui sont les premiers assistés. En France comme nulle part ailleurs.

Allez, pour finir, une petite cerise sur le gâteau avec la vidéo que nous a proposée Christophe, il s’agit d’une intervention d’un élu local juste avant les voeux présidentiels du 31 décembre (j’étais passé à côté de ce moment d’anthologie).

Concernant la situation actuelle, tout est dit dans cette vidéo.

34 réflexions au sujet de “Un débat voué à l’échec”

  1. Ni dieu ni maître, voilà au delà de la formule une attitude qui m’a permis de longue date (c’est à dire aussi pendant que j’avais des dents ;-) d’accepter ce monde.
    Le profit, le pouvoir, la démocratie… Je n’y crois plus depuis mes 15 ans, ayant ensuite peu à peu compris ce qu’engendraient les guerres, les postures, les masques, et surtout grâce à aux artistes (écrivains puis peintres et musiciens) merci à eux.

    Le mouvement des gilets jaunes, je l’observe de près, j’y souscris, je suis allé avec lors de cet épisode 9, étonné un peu (pas beaucoup, pas du tout, passionnément), de causer avec des fachos, des vieux potes, des syndicats, etc. sans illusion.

    J’espère vaguement une maturité de ce mouvement, et franchement, si je pense qu’elle risque de se produire avant celle de notre président, je n’y crois guère en raison de l’inculture, politique notamment, de mes concitoyens. C’est normal, l’école est une fabrique de l’obéissance, pas du tout celle de l’émancipation. Je le sais, j’y bosse encore un peu. :smile:

    Quant aux points soulevés par Bernard, que je partage assez largement, je suis assez impatient car la plupart des besoins identifiés ne relèvent que partiellement de Macron, en tout cas rarement directement (CICE, ISF), et là il ne bougera pas. Il y aurait le pouvoir d’achat des fonctionnaires avec le gel du point d’indice, ça reste quand même conséquent mais bon… il commencera par lui et la caste qui le sert. J’ai été stupéfait d’apprendre qu’ils gelaient aussi leurs salaires, naïf, je croyais qu’ils étaient comme moi, dans la froidure de l’hiver, et qu’ils l’avaient fait comme moi. Menteurs.

    Il y a aussi l’exil fiscal et là c’est l’Europe qu’il nous faut attaquer, le Luxembourg par exemple.
    Il y a les salaires dans les PME, PMI, chez les artisans, avec les ubérisés, etc. et là, faut chopper le patron, et sûrement au-dessus des compétences de nos soi-disant élites… Les gilets jaunes n’en sont pas là, mais ils grandissent vite.

    D’accord surtout avec cette conclusion de Bernard : nous assistons les patrons.
    La semaine dernière, les gilets jaunes avaient choisi le thème des taxes.
    Je relève ce morceau de poésie : « Détaxons la vaseline. »

    Samedi 12, c’étaient les slogans. J’ai bien aimé celui d’une nénette à côté de moi et qui disait avoir compté 50 manifestants, prétextant n’être pas assez rémunérée pour faire son boulot, et disant qu’il y en avait en fait 70. Elle portait une pancarte avec écrit dessus « Foule sentimentale, soif d’idéal, faut voir comme on nous parle… »

    Nous n’en sommes guère qu’au constat de l’indignité.

    Restent la transition énergétique, les retraites, et d’autres broutilles !
    Il y a 2 quinquennats, avec un mandat d’administrateur d’APN (association de protection de la nature), j’ai refusé d’adhérer au Grenelle de l’Environnement.

    Je refuse aujourd’hui de ronger ce nouvel os et je n’irai même pas écrire dans un cahier de doléance.

    Enfin, il est juste de le rappeler, les accords de Grenelle n’ont jamais été signés, ce qui signale l’ironie de nos dirigeants.

  2. Merci Christophe pour ce long commentaire.

    Concernant l’évasion fiscale, il est souvent raconté que la France est le record des impôts et que c’est cela explique le montant élevé de l’évasion fiscale. Or, l’évasion fiscale est plus importante encore ailleurs. Le Parlement européen estime que la fraude fiscale est de 1000 milliards en Europe (chiffres extraits du Figaro). Pour un continent qui compte 741 millions d’habitants, cela représente une valeur de 1 350 € d’évasion fiscale par Européen. Pour la France qui compte 67 millions d’habitants, le montant (selon que l’on se place aux deux bouts de la fourchette 60 et 80 milliards) va de 895 € à 1 195 €.

  3. Pendant que les Gilets Jaunes manifestent (à juste raison) en tenant parfois des propos anti-environnement (surtout au début du mouvement, il y a une conscience politique qui est en train de s’acquérir sur le tas), 70 000 personnes manifestaient à Bruxelles en décembre lors d’une grande marche pour le climat. Et personne n’en a parlé ici dans les médias.
    Le mouvement prend de l’ampleur et les étudiants ont décidé de se retrouver tous les samedis. 13 000 jeunes lors de la dernière manif, c’est quand même pas rien !
    https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/01/17/a-bruxelles-mobilisation-surprise-de-milliers-de-jeunes-pour-le-climat_5410623_3244.html

  4. Au début on nous avait présenté l’augmentation des taxes sur le carburant ( des voitures) comme des sommes dédiées à l’écologie. Donc es contester devenait anti-écologique. Déjà, elle n’empêchait pas tous les gens, obligés, de rouler autant en polluant (contrairement au prix de la cigarette, par ex , qui fait baisser sa consommation) mais en plus :
    « la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques augmente de 4 milliards en 2019. »(mesure normalement prévue en 2018) « L’Etat en récupère 3,7 milliards au profit du budget général quand l’accompagnement à la transition énergétique ,indigent, se contente des miettes. Ainsi , 200 millions seront affectés au budget de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (AFITF) et 100 millions au compte d’affectation spécial de la transition énergétique … » (Que Choisir Dec. 2018).
    Donc l’écologie n’était qu’un alibi, une démarche bien connue de culpabilisation.
    La culpabilisation étant l’outil le plus employé : retraités, vous exploitez les actifs , euro-septiques, vous êtes xénophobes et populistes , chômeurs vous ne traversez même pas la rue etc, etc….

  5. Belle confession. En l’écoutant j’ai tout à coup pensé à ce flic qui a fait un tout petit signe de la main,discret, à ce jeune couple (mes parents) qui arrivait en retard au cinéma, et du coup, a fait demi-tour. C’était pendant la guerre, la séance allait se terminer par une rafle. Ce petit signe a peut être permis l’existence de mon frère et moi même.

  6. C’est un des mérites des Gilets Jaunes, c’est de pouvoir eux soulever ces problèmes transversaux , concernant tout le monde, désigner des multi-nationales, sans se limiter à des soucis de corporations.
    D’ailleurs on évoque régulièrement l’absence des syndicats dans la bataille en parlant de leur affaiblissement, sans tenter une once d’analyse en profondeur.
    Moi , longtemps syndiqué, je proposerais quelques éléments indépendamment du fonctionnement syndical lui même , qui n’y est pas pour rien (notamment le sectarisme).
    Je pense que l’âge d’or de la classe ouvrière est terminé. La classe ouvrière ou d’employés est complètement morcelée. Dans une même entreprise se côtoient les anciens titulaires, les C.D.I., les C.D.D., les intérimaires ( 1400 à P.S.A. Mulhouse par ex.) , les sous traitants,
    souvent des « déplacés  » ne parlant pas français. Personne n’a le même patron ou le même statut.Le syndicat reste impuissant. Même dans la fonction publique j’ai vu des gens (très compétents) en contrats précaires renouvelables tous les mois, n’osant pas émettre de critique, et encore moins évidemment faire grève.
    Par contre si ça leur chante ils peuvent en W.E. ou R.T.T. rejoindre aujourd’hui les Gilets Jaunes.
    Dans les Gilets Jaunes chacun peut reconnaître quelqu’un qui lui ressemble, le peintre en bâtiment, l’infirmière, l’auto-entrepreneur, l’employé municipal etc etc
    Cette indépendance et transversalité est leur grande force et la nouveauté.

  7. Je crois que le nombre de Gilets Jaunes est bien plus important que ce qui est dit dans les médias. Il y a, paraît-il, 80 000 policiers mobilisés. Or, il suffit de voir une seul manif ou voir ce qu’il se passe aux ronds-points pour constater qu’il y a infiniment plus de Gilets Jaunes que de policiers, donc bien plus de 80 000 manifestants. Sans compter qu’au niveau des ronds-points, il y a un gros turn-over, les gens se relaient, et que ce que l’on voit des Gilets Jaunes à l’instant T ne correspond qu’à une partie des gens impliqués.

  8. Dans les problèmes de fond qui sous-tendent les revendications des Gilets Jaunes, il y a la dérive monarchique du système présidentiel. Je ne sais pas à quoi joue Macron mais il alimente la grogne en signant aujourd’hui un traité avec l’Allemagne sans passer par un débat et un vote au Parlement. De toute façon il aurait eu une très large majorité pour lui. Alors pourquoi tient-il à montrer qu’il tient les parlementaires pour quantité négligeable ?

  9. Rien que le groupe de mots « gilets jaunes » me colle des boutons depuis un moment. :sick: pas tant à cause de ses représentants, mais en raison de ce qui suit ces mots, dans les discussions qui s’ensuivent.
    Plus grand chose ne ressort à mon goût de cela, il en est évidemment autrement des actions.
    Afin d’éclairer le débat, et puisque la question du pouvoir, de la démocratie, de l’égalité, du pouvoir d’achat sont au centre des discussions, et malheureusement pas plus loin je crois, je livre ici une vidéo que je pense éclairante.

    Visez un peu les précautions et l’incapacité des parlementaires face à leur enquête.
    Visez aussi la sérénité de Môssieur Benalla face au tournant de sa vie.
    Et pour ceux qui en ont le courage (visionnement + jugement), votre réaction m’intéresse beaucoup !

  10. Christophe, j’ai lu (comme tout le monde) pas mal de choses sur les affaires Benalla. Je n’avais pas envie de m’y replonger, mais voilà tu as insisté pour qu’on regarde, alors j’ai regardé. Epoustouflant. Ma première conviction : il y a là tous les ingrédients d’une affaire d’Etat. Aux Etats-Unis on aurait affaire à l’équivalent d’un Watergate.
    C’est là mon premier commentaire, j’en remets un tout à l’heure car je vais le regarder une deuxième fois, mais cette fois-ci en compagnie de Joëlle qui ne manquera pas de me donner elle-aussi son impression.

  11. Merci l’ami.
    Je suis bien content de ne pas être le seul sidéré à ce visionnage.
    La suffisance de Benalla et la contorsion de la commission d’enquête montrent à l’évidence une des limites de notre démocratie.
    J’ai bien peur qu’il n’en résulte rien, et j’ai grand espoir de me tromper.

  12. J’ai regardé entièrement une deuxième fois. Drôle d’impression que d’assister, non pas à une enquête mais à une pièce de théâtre. Pour une pièce de théâtre on est là à un très très bon niveau, c’est magnifiquement joué ! Et l’intrigue est assez extraordinaire : ce mec là jure de dire toute la vérité, rien que la vérité et il ne dit rien. Il refuse de répondre en disant qu’il a déjà longuement expliqué les choses alors qu’il n’a rien dit.
    Si Benalla prend le risque de faire deux ans de prison ferme pour avoir refusé de coopérer avec la commission sénatoriale, c’est qu’il est couvert en haut-lieu. Car on n’imagine pas qu’il ait pu renouveler son passeport diplomatique alors qu’il avait été viré haut et fort (sous le regard des médias) pour aller ensuite rencontrer quatre chefs d’état (dont un juste avant la rencontre entre Macron et l’un de ces chefs d’Etat) sans avoir pu bénéficier d’une très grosse couverture. Il était chômeur et voilà qu’il fait 23 voyages en avion en utilisant son passeport diplomatique pour rencontrer les grands de ce monde. Quand même ! Les ingrédients d’un watergate … !

  13. Ce qui est étonnant, c’est que les journaux ont présenté Benalla comme quelqu’un qui avait plutôt coopéré avec le Sénat, alors que ce n’est pas le cas. Mediapart a même dit : « Alexandre Benalla a changé de stratégie face au Sénat. Désormais, l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron fait profil bas… ». Vous pouvez répéter s’il vous plaît ? :blush:

  14. Je n’ai pas visionné la vidéo, j’avoue ne pas avoir pris le temps.
    Peut-être le ferais-je aujourd’hui ?
    Mais j’ai entendu une partie de « l’interrogatoire » par la commission du Sénat en direct à la radio, alors que j’étais en voiture.
    J’avais été sidérée moi aussi par l’aplomb de Benalla, et sa sérénité apparente, par ses refus réitérés de répondre à une question, même quand elle était posée plusieurs fois et qu’il était précisé qu’il avait obligation de répondre.
    La comparaison avec une pièce de théâtre me semble bien appropriée.
    Toute cette histoire est bien louche !

  15. Christophe parle des contorsions des membres de la commission d’enquête. Je pense que ces gens-là, au contraire peut-être de ce que pense Christophe, font très bien leur boulot. Ils poussent Benalla, et de toutes les manières possibles, dans ses retranchements afin de bien montrer que celui-ci refuse obstinément de répondre alors que les membres de la commission prennent beaucoup de gants avec lui. Ils sont très adroits, connaissent bien le dossier, connaissent bien la loi, les prérogatives qui sont attribuées aux membres de la commission d’enquête. Ils ne dépassent jamais les limites de leurs fonctions. D’autres qu’eux auraient rué dans les brancards devant l’impassibilité de Benalla et l’auraient secoué comme une bouteille d’orangina pour lui décoller la pulpe du fond (c’est ce que moi j’aurais fait à leur place), mais non ils y sont allés avec beaucoup d’adresse. On verra ce qu’il va sortir de tout ça. Sans doute pas grand chose et ça ira dans le sens de ce que dit Christophe. Mais peut-être pas … (je suis un grand naïf qui me fais parfois des illusions).

  16. Je viens de regarder la vidéo.
    En fait, j’avais quasiment tout entendu dans ma voiture.
    Bernard, tu dis qu’il est couvert en haut-lieu.
    Mon impression à moi, c’est aussi qu’il cherche à protéger une ou des personnes en haut-lieu.

  17. Mais qui ? :biggrin:
    Oui bien sûr, on comprend en creux ce qui se passe. Je pense que Benalla protège celui qui le protège et inversement. L’impunité présidentielle ruissellera t-elle sur ce suffisant personnage ? Les paris sont ouverts.
    Bernard compare cela à un Watergate et je partage ce point de vue à ceci près que l’indépendance de la justice américaine a éliminé Nixon alors que depuis Giscard et l’affaire des diamants, aucune affaire d’Etat n’a permis de torpiller un président français. Là où je rejoins ton propos, c’est sur l’intelligence du président Bas, notre haut président ferait bien de s’en inspirer. Mais que de fonctionnaires ou d’élus dévoués à une cause perdue d’avance me semble t-il* !
    Car enfin je reste à la fois sidéré et très inquiet : cette dérive visible et décriée ne semble donner lieu qu’à une discussion secondaire, ne pas soulever l’indignation des journalistes, appeler une impunité à laquelle nous nous résignons depuis longtemps. Il y a peu, Cahuzac pleurait sa frousse de la prison, il n’ira pas.
    Aucun gilet jaune, aussi craint soit-il, ne sera choyé à ce point par la république.
    La république est morte, vive la république. :angry:

    *Bémol : à une ou deux reprises, Benalla est tout de même en difficulté et montre une inquiétude, ce qui paraît étonnant quand on constate les dérapages et l’autosuffisance du bonhomme. Alors peut-être qu’un petit grain de sable pourrait bien perturber l’apparente belle mécanique Macronienne.
    Mon prochain sujet de préoccupation sera de connaître le nom de l’avocate de Benalla et ses accointances. Ça ne m’étonnerait pas outre mesure d’apprendre qu’elle est connue de l’Elysée. On parie ?

  18. Ce qui est assez habituel avec les hommes politiques comme Benalla c’est que le corps dit souvent l’inverse de la parole. Il est assez arrogant dès le début de l’entretien, tout en étant semble t-il plutôt serein, mais Joëlle m’a fait remarquer que dès le début de l’entretien (et notamment au minutage 1’25 » lorsqu’il se sert de l’eau) que son corps est plutôt fébrile.

  19. Un éclairage important sur la gabegie macronienne, de la part de notre sociologue des riches préférée. Un débat voué à l’échec dirait-elle.

  20. « 80 000 Gilets Jaunes ne vont pas décider pour tous les Français » disaient les Foulards Rouges il y a quelques jours.
    Heu, ce n’est pas 10 000 Foulards Rouges non plus, hein !

  21. Remarque en creux : aujourd’hui, juste après que Médiapart ait subi une tentative de perquisition par le parquet de Paris (suivons-le de près dans ses actes), ce média publie un nouvel enregistrement concernant l’insatiable Benalla et le fameux Craze.

    Bon ok, vous avez peut-être entendu parler de ça, moi oui à la radio sur France Q, mais ailleurs…

    Comment comprendre qu’un canard comme « Le Monde » n’en parle pas aujourd’hui même ?
    Macronolâtre est ma réponse a priori, à la suite de nombreuses positions que je juge suspectes de la part ce média… pas indépendant.

    Si notre république est menacée, ce n’est pas par les gilets jaunes, non plus par les nombreuses turpitudes de nos chères élites, mais bien par l’affaire Benalla et la tentative autoritaire de notre premier de la classe, Moncron 1er.

    Le journal Le Monde l’a bien compris : il n’en parle pas.
    Niveau crédibilité, ce journal passe en liste noire pour moi. Vendu à deux hommes d’affaires. Cherchons l’erreur.
    :whistle:

  22. L’article parle d »une trentaine de médias qui ont exprimé mardi leur vive préoccupation » (dans l’article annexe « les questions que pose……. »)sans s’y inclure apparemment -il l’aurait dit- et aurait été bien inspiré de citer quelques confrères….

  23. Ce qui est incroyable dans cette affaire, c’est que Mediapart permet de montrer la culpabilité de Benalla, la Justice aurait dû être contente qu’on lui mâche le boulot. Or, c’est l’inverse qui se passe, Pour la Justice, Benalla devient le gentil qu’on embête et il faut mettre un terme aux agissements de ses détracteurs. Beau renversement des rôles et belle inversion des valeurs ! C’est à mon avis très grave.

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