Haricots et changements climatiques

Les jardins quittent leur prestance estivale pour prendre une note automnale. Une note d’abondance car septembre et octobre sont sans aucun doute les mois des plus grosses récoltes.


Avec les modifications en cours, on constate régulièrement des choses inhabituelles. Ainsi, ce matin, une fraise dont les graines ont germé dans le fruit. Bizarre, non ?

Après avoir écrit un article un peu théorique sur l’adaptation des pratiques de jardinage aux changements climatiques, j’envisage maintenant une série d’articles plus concrets sur ce thème en prenant les différents légumes concernés les uns après les autres.

Commençons par le haricot qui est un légume compliqué.


Pourquoi compliqué ? Parce qu’il aime les situations paradoxales. D’abord parce qu’il déteste le froid mais aime l’humidité ; or, froid et humidité sont souvent liés. Mais aussi parce que, à l’inverse, il ne supporte pas la sécheresse et aime la chaleur ; or, sec et chaud vont souvent ensemble. Pas du tout exigeant comme mec, hein ! Une terre humide et chaude représente donc l’optimal de culture de ce légume.

Mais, malgré ces fortes exigences, le haricot s’en sortait bien plutôt bien sous nos climats de l’Est de la France. Et ceux qui les semaient fin mai étaient assurés d’une belle récolte. Un petit dicton court d’ailleurs ici dans mon secteur : « A la St Didier, remplis ton panier ! » (la Saint-Didier, c’est le 23 mai).


Mais les conditions changent au fil des années. Le haricot qui aime pourtant la chaleur n’est pas du tout adapté aux canicules et les premiers semis n’ont rien donné, ou pas grand chose. Les haricots sont restés en quasi-léthargie, y compris ceux qui ont été semés à la période la plus favorable. Quasiment aucune récolte avant le 15 août ! Ou si peu …

Mais par contre, comme l’an passé, les récoltes d’automne battent leur plein. Et, si les conditions automnales se répètent, ce sera la deuxième fois dans ma vie de jardinier que je pourrai en récolter jusqu’en novembre. Mais rien n’est encore joué, il fait plutôt frisquet en ce moment (9°C le matin).

Comme pour d’autres légumes dont on parlera dans de prochains articles, les changements climatiques semblent donc impacter la culture des haricots de ces deux manières-là : difficulté de culture en plein été, mais en compensation un prolongement de la récolte d’au moins un mois à l’automne. Du plus et du moins donc.

Cette situation est un argument de plus en faveur de l’échelonnement des semis, de manière à ne pas mettre « tous ses haricots dans le même panier ».

Comment procéder cet échelonnement ?

Dans l’idéal, on peut semer une petite ligne de haricot toutes les trois semaines (j’en sème 12 ou 15 poquets à chaque fois) mais on peut se contenter de le faire une fois par mois. C’est ainsi que j’en sème habituellement à six reprises : début mai, fin mai, mi-juin, début juillet, fin juillet, mi-août. Parfois même sept fois comme cette année (j’avais plus de place que d’habitude au jardin).

Les jardiniers que je côtoie quotidiennement prennent aussi l’habitude d’en semer plus souvent. Jusqu’à présent, beaucoup n’en semaient qu’à deux reprises, beaucoup en sont à quatre aujourd’hui. C’est même la première fois cette année que (presque) tous en ont semé en août (je parle des 9 autres jardiniers avec qui je fais du jardin en plein champ). Globalement, on prend tous conscience que l’arrière-saison devient extrêmement intéressante.


Quelques images faites ce matin pour illustrer ce que je viens de dire. Si l’on va au jardin en cette fin septembre, plusieurs lignes de haricots se côtoient à des stades différents.


Il y a d’abord ceux qui sont en fin de course et dont la récolte vient de s’achever (dans quelques jours les fanes seront mangées par les lapins d’un habitant du village, rien ne se perd) :


Il y a aussi les nouveaux haricots que j’ai commencé de cueillir hier :


Vient ensuite une ligne de haricots qui sera bientôt fleurie :

Et il y a les derniers, semés très tardivement le 25 août, et dont la récolte ne pourra se faire qu’avec une très belle arrière-saison.


C’est sans doute au prix de cet échelonnement des semis que la culture du haricot peut nous donner encore satisfaction.

Dans l’un des prochains articles consacrés au jardinage, je vous parlerai de l’incidence des changements climatiques sur un légume emblématique : la tomate. Bonne récoltes d’ici là !!!

8 réflexions au sujet de “Haricots et changements climatiques”

  1. Cette année j’ai semé 3 espèces de haricots : phaseolus vulgaris (notre commun), ph. coccineus (haricot d’espagne) et ph. lunatus (haricot de lima), tous ramants. Lunatus a été semé le 22/5, il a encaissé sans broncher les coups de chaud qui ont sévi cette année (et qui reviendront)..il me semble qu’il a continué à fructifier, ce qui n’a pas été le cas pour les deux autres. Le lunatus est la variété « Panach », la seule que j’avais pu trouver. Le grain est bigarré, ce qui semble indiquer la présence de toxines. J’ai donc cherché des haricots lunatus « blanc »..Je me suis procuré un sac de haricot de la société JALPUR MILLERS (Inde), dont l’antenne de Leicester diffuse de l’alimentation en Angleterre pour la diaspora indo-pakistanaise. J’ai reçu les grains le 30/7, j’ai cuisiné une volée de haricots pour gouter, c’était excellent..8 grains ont été mis en culture, deux ont germés. J’ai actuellement ces deux belles plantes en pot, elles vont passer l’hiver au chaud, ayant déjà fructifié. Et l’an prochain, je ferai une rame avec ces haricots, résultat à suivre..

  2. J’ai cultivé la variété Panach il y a près de 10 ans, la saison était trop courte pour qu’ils fructifient jusqu’au grain sec.
    En ce moment, on mange beaucoup de haricots verts (variété cocktail), le mois de septembre est devenu « le » mois du haricot.

  3. Pour info, je recopie quelques notes prises sur le haricot de Lima :

    * 16 semaines pour atteindre la fructification à partir d’une graine
    * résistant à la sécheresse, mais apport d’eau régulier pour fructifier
    * en avril, les graines sont trempées 24 h, puis semées en poquet par pot de 20 cm ou plus car il faut éviter de perturber leurs racines.
    * minimum 18° C pour germer
    * repiqués en place après les derniers gels en démoulant soigneusement la potée sans toucher aux racines
    * système racinaire bien développé pouvant atteindre 2 mètres en profondeur
    * pollinisation par les insectes
    * vivace dans les zones non gélives
    * .. »une fois établie, la culture supporte des précipitations faibles..ils ont la réputation de très bien résister à la sécheresse en raison de leur système racinaire profond et bien développé.. »

    les mauvaises langues peuvent objecter : « oui, mais il faut de l’eau ». C’est très réducteur comme remarque, car sur l’essai en cours, irrigué régulièrement pour voir, c’est une explosion de fleurs, donc de récolte potentielle..

    à suivre..

  4. Moi aussi, j’ai eu deux fraises comme la tienne dans mon jardin.
    On pourrait les appeler fraises vivipares, comme on a le pâturin vivipare ou la renouée vivipare.

  5. Amis jardiniers franc-comtois, attention ! La température de jeudi est annoncée à 3°C, ce qui veut dire que des risques de gel sont possibles localement. Et les haricots sont des plantes très fragiles.

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