Les oiseaux de ce printemps

Dans l’un de ses commentaires en réponse à l’un de mes articles, Roland s’inquiétait de la baisse des effectifs d’hirondelles mais constatait par ailleurs une très forte présence, ce printemps, de certaines espèces, dont la fauvette à tête noire et le rossignol.

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Effectivement, ce printemps apporte, comme chaque année, son lot de bonnes et mauvaises surprises. Ainsi, quelques espèces me semblent être en forte diminution, c’est le cas du verdier, du chardonneret, du rouge-gorge ou du martin-pêcheur alors que d’autres ont plutôt des effectifs en hausse comme effectivement la fauvette à tête noire ou le rossignol. Il en est même qui me semblent reprendre un peu « de la plume de la bête » après quelques années difficiles, comme l’hirondelle de rivage ou le faucon hobereau.

Mais gardons nous des conclusions hâtives ! Des conditions locales qui prévalent à tel endroit peuvent sans doute expliquer de fortes variations d’effectifs alors que ce constat ne sera pas valable ailleurs, même parfois dans des zones assez proches. Ainsi Roland a dit dans son commentaire que la fauvette grisette était peu commune cette année alors que je n’en ai jamais vu autant près de la gravière de Geneuille. Il est difficile d’analyser avec certitude ces fluctuations et de leur trouver une explication objective.

Je suis souvent admiratif de la capacité qu’ont les oiseaux à reconstituer leurs effectifs. Le cas le plus frappant me semble être celui du martin-pêcheur qui semble parfois avoir complètement disparu après un hiver rigoureux mais qu’on retrouve dès l’été en grand nombre le long de nos rivières (Paul Géroudet dit qu’il peut faire jusqu’à trois nichées de 7 petits dans l’année, soit une vingtaine d’oiseaux, je vous dis pas les allocations familiales… !). Je me souviens aussi des pie-grièches écorcheurs qui étaient peu communes dans les années 80, qui sont revenues en masse au début des années 90 mais dont les effectifs sont à nouveau faibles aujourd’hui. Les effectifs varient souvent « en dents de scie » et je crois que c’est le cas de beaucoup d’espèces et que ça a toujours été ainsi.

Là où par contre je suis inquiet, c’est de constater qu’il y a globalement, au fil des années, une baisse générale de la quantité d’oiseaux. Une étude menée sur l’ensemble de l’Europe a montré qu’en dix ans, une quarantaine d’espèces plutôt communes, avaient vu leurs effectifs diminuer, quelque soit l’endroit en Europe, y compris des espèces que l’on pense commune comme le moineau domestique ou la pie bavarde.

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Il est donc difficile de démêler ces deux phénomènes différents, d’une part une propension naturelle des espèces à avoir des effectifs qui varient de manière sinusoïdale, et d’autre part une dégradation générale des conditions de vie avec des conséquences négatives sur la plupart des espèces. En gros, pour résumer, je dirais que les effectifs d’oiseaux prennent l’allure d’une sinusoïde à la pente descendante. Comme le dit si justement Roland, je pense qu’il y a une vraie inquiétude à avoir pour certaines espèces comme les hirondelles, qu’il s’agisse de l’hirondelle rustique ou l’hirondelle de fenêtre.

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Pour beaucoup d’espèces donc, la courbe descend, avec des sursauts épisodiques nous laissant parfois croire à un léger mieux, mais globalement, y’a pas de doute, ça va plutôt vers le bas !

Et vous, avez-vous fait des constats de ce genre, ce printemps plus particulièrement mais aussi les années passées ? Vincent, tu en penses quoi de l’évolution des martinets de Besançon ?

Sous les cocotiers

Parmi la masse d’informations qui nous arrivent quotidiennement, il en est deux dont j’aimerais vous entretenir aujourd’hui :

1) La première information concerne les singes, espèces connues du monde entier pour leur habitude à vivre dans les arbres, et notamment dans les cocotiers. La presse a fait état d’une découverte très intéressante : le singe à la crinière hirsute qui avait été photographié l’an passé en Tanzanie a pu être étudié en détail, d’un point de vue morphologique, et il apparait qu’il s’agit là, non seulement d’une nouvelle espèce de singe, mais qu’il appartiendrait à une famille de primates jusque là inconnue. Les scientifiques du Museum d’Histoire Naturelle de Chicago, peu inspirés, l’ont appelé Rungwecebus Kipunji.

2) La presse « people », et la presse tout court, nous ont longuement abreuvé des mésaventures survenues les temps derniers au guitariste des Rolling Stones. En effet, Keith Richard a dû être transporté à l’hôpital après être tombé … d’un cocotier.

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A priori, il n’y a aucun rapport direct entre ces deux informations. Sauf que mon ami René prétend que si. Il est vrai que cette affirmation s’est produite à table, chez moi, après l’ingurgitation d’une Orval, d’une cuvée jurassienne Bethanie et d’une bouteille de Vendanges tardives.

Evidemment, je ne cautionnerai jamais de telles allégations (bien que ça me fasse rire en douce). Et vous, qu’en pensez-vous ?

Ecureuil pépiniériste

Depuis le début de l’hiver, un écureuil plutôt sombre a pris l’habitude de venir manger sur le rebord de la fenêtre. C’est un vrai bonheur que de le voir tous les matins à trente centimètres de soi, en train de décortiquer noix et noisettes placées là à son intention. Il s’agit probablement d’une femelle, car je l’ai vue régulièrement pendant l’hiver dans le bois derrière chez moi en compagnie d’un autre écureuil, beaucoup plus roux, qui avait plutôt un comportement de mâle.

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Petite surprise, depuis une quinzaine de jours, un deuxième écureuil, beaucoup plus roux et beaucoup plus clair, a pris l’habitude de venir, lui aussi, dérober quelques noix et noisettes tous les matins sur le rebord de la fenêtre. Il s’agit probablement d’un jeune né ce printemps, comme le laissent supposer les traits plutôt fins du visage.

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(les deux photos sont de Joëlle, la nouvelle photographe de la maison)

Ce jeune écureuil a un comportement très prévoyant. Beaucoup des fruits qu’il prend ne sont pas mangés sur place … mais cachés par lui un peu partout dans la pelouse. Il vient prendre une noisette, part aussitôt l’enterrer, chaque fois dans un endroit différent, puis revient aussitôt en prendre une autre, et ainsi de suite, parfois dix fois d’affilée.

Je m’attends donc à voir pousser un de ces jours une forêt de noisetiers et de noyers autour de la maison car, tel un pépiniériste, il en plante un peu partout ! Si mes amis ne retrouvent plus ma maison dans quelques années, ce sera très facile : juste au milieu de la forêt de noyers !

Festival de faucons hobereaux

Il y a quelques semaines, j’ai raconté la capture étonnante d’un chardonneret par un épervier. Il ne m’est pas donné souvent d’observer ce genre de spectacle.

Mardi dernier, j’étais dans mon bureau (eh oui, je bosse de temps en temps, y’a pas que le blog dans le vie, faut bien becqueter et je n’ai pas les moyens physiques d’attraper des chardonnerets) lorsqu’une hirondelle de fenêtre est arrivée dans la cour, « à fond les gamelles », suivie par un faucon hobereau qui la talonnait à moins d’un mètre. Tous deux ont disparu de mon champ de vision mais je n’aurais pas donné cher de la peau de l’hirondelle, son sort semblait scellé d’avance.

Vingt minutes plus tard, un faucon hobereau (le même ?) traverse la cour au ras du sol, alourdi par une grosse proie qu’il tenait entre les serres. Les deux scènes ont été très fugitives, ce qui est souvent le cas pour ce genre d’observation.

Le soir même, lors d’une petite balade sur la gravière de Geneuille, peu de temps après avoir aperçu une femelle de busard des roseaux en migration, un faucon hobereau débouche dans le paysage et attaque les hirondelles qui tournoyaient au-dessus du plan d’eau (il y avait là des hirondelles rustiques, des hirondelles de fenêtre ainsi que des hirondelles de rivage, la totale quoi !). Il loupe une première hirondelle, plonge entre les arbres, une hirondelle en sort, poursuivie rapidement par le faucon hobereau qui remonte dans les airs « en chandelle », la loupe et replonge au milieu des arbres avant de quitter le site. La scène a duré un certain temps, le faucon hobereau me semble être un chasseur beaucoup plus endurant que l’épervier (qui s’arrête vite de chasser s’il a raté sa proie, le temps au moins de reprendre des forces).

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(photographie réalisée en captivité)

Jusqu’à présent, j’avais observé trois fois ce genre de scènes en vingt sept années d’observation ornitho. Et là, trois fois dans la même journée ! Les dieux seraient-ils avec moi ?

Voilà, c’était ma rubrique « Le saviez-vous ? » car si certaines personnes ignorantes du monde des oiseaux, pensaient que nos petits hommes politiques locaux étaient les seuls petits hobereaux connus à ce jour (leur nombre étant en augmentation rapide, conséquence de la décentralisation), mon article aura au moins le mérite de leur faire savoir qu’il existe d’autres hobereaux, les vrais, un peu moins rapaces mêmes, ceux qui ont un peu plus de panache et qui, du haut du ciel, ont un peu plus de hauteur de vue ! (c’était mon petit coup de griffes de la journée ! Mais n’en disons pas plus pour l’instant, c’est un sujet que je garde en réserve pour plus tard).

Danse macabre autour d’un sarcophage

S’il y a un mot qui me fait rigoler en ce moment, c’est bien le mot « sarcophage ». Car je viens juste d’en découvrir le sens et je crois qu’il signifie, éthymologiquement parlant « qui mange du Sarko ». Moi qui côtoie des gens qui bouffent du Sarko à longueur de journée, me voilà donc dans un univers morbide, entouré de sarkophages.

Mais ce mot a aussi une résonnance moins drôle, car le sarcophage est ce nom donné au dispositif qui a été construit autour des ruines fumantes des réacteurs de Tchernobyl en 1986. Savez-vous que ce sarcophage fuit aujourd’hui de toutes parts ? Hervé Kempf (dans leMonde.fr) a consacré à ce problème un article intéressant il y a une quinzaine de jours. L’article commence de la manière suivante :« Le compteur s’agite. Tic-tic-tic, crachote son petit haut-parleur, tel un réveil devenu fou, pendant que les chiffres défilent sur l’écran. Au bout d’une minute, il atteint 545 : ce n’est pas un score de jeu vidéo, mais le nombre de désintégrations radioactives enregistrées à 200 mètres de ce qui reste du réacteur n° 4 de la centrale ukrainienne de Tchernobyl ».

Les « liquidateurs de Tchernobyl » ont construit ce sarcophage à la hâte en 1986. Mais l’enveloppe de béton et la ferraille se sont très vite fissurés et la surface des trous atteint aujourd’hui 100 mètres carrés (oui, oui, vous avez bien lu !). Par ailleurs, tout peut aller très vite car d’après EDF « c’est un vrai Lego, dont le toit ne tient que sur deux poutres, et dont la dalle, comme le sol est sablonneux, a tendance à s’affaisser ». On peut donc s’attendre à ce que 4 tonnes de poussières radioactives soient libérées d’un seul coup. En attendant, ayons tout de même une petite pensée pour ces centaines d’ouvriers qui travaillent aujourd’hui à retaper ce sarcophage et que l’on rechange souvent pour ne pas qu’ils soient exposés à des doses trop massives.

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La BERD (Banque Européenne de Reconstruction et de Développement) a déjà voté 850 millions d’euros pour reconstruire un nouveau sarcophage mais la situation est complétement bloquée depuis pas mal de temps, pour des raisons politiques d’abord mais aussi pour des raisons techniques qui valent le coup d’être dévoilées car, si les officiels nous disent que le réacteur contient encore près de 95 % du combustible originel, soit 190 tonnes (ce qui est énorme), l’Ukrainien Georgi Lépine affirme : « il ne reste que moins de 10 % du combustible ». Le reste, évidemment, se serait échappé par les fameux trous.

A notre niveau de connaissance, en tant que simples citoyens, il nous est évidemment impossible de dire qui a raison mais la situation est grave. Car, si les officiels ont raison, il n’en reste pas moins que 95 % du combustible peut nous sauter à la gueule d’un moment à l’autre. Dans le deuxième cas, si c’est Geori Lépine qu’il faut croire, on l’a pris en pleine poire dans les années passées, mais sur une longue durée, de manière insidieuse, sans que personne n’ait rien dit (mais peut-être que là aussi, ça s’est arrêté aux frontières).

Lors du vingtième anniversaire de Tchernobyl, le 26 avril dernier, les slogans étaient plutôt du genre « Tchernobyl, plus jamais ça ! » comme s’il s’agissait d’un problème passé. Non, non, Tchernobyl c’est aussi aujourd’hui que ça se passe !

Bob Dylan, le premier album

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Me voilà donc parti dans une aventure qui va durer quelques années, au rythme d’un article tous les mois. Merci à Anne et Vincent qui vont me suivre dans ce truc un peu fou. Merci aussi à mon ami Jean-Louis qui écrit « à tours de bras », et avec beaucoup de talent, des traductions des textes de Dylan. Les lecteurs de mon blog pourront en profiter dès le prochain article au début juin.

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Avant de parler du premier album, qui s’intitule tout simplement Bob Dylan, parlons un peu de Dylan en cette année 1961. Dans les derniers jours de décembre 1960, le jeune Robert Zimmermann, qui n’a pas encore vingt ans, venait d’arriver à New York avec sa guitare et son harmonica, et dans la tête la musique des joueurs de country, de rock ‘n roll et de blues qui avaient nourri son adolescence. Il venait de quitter subitement l’université, sans un regard en arrière, s’inventant même un passé (il racontait qu’il n’avait pas connu ses parents, était un vagabond, avait été forain …) et quittant son nom pour prendre celui de Bob Dylan (en référence au poète Dylan Thomas).

Dès son arrivée à New York, Dylan fit plusieurs rencontres décisives avec son idole, le grand musicien Woody Guthrie, alors mourant sur son lit d’hôpital. Pendant ses premiers mois au Greenwitch Village, Dylan rencontre des gens qui vivent en marge de la société : poètes, musiciens, activistes politiques … La vie au Village y est intense, la musique folk est en train de s’y imposer, comblant le vide laissé par la quasi-disparition du rock ‘n roll.

Le soir, dans les cabarets, le jeune Dylan a l’occasion de monter sur scène (par exemple en première partie de John Lee Hooker) et d’y jouer la musique qu’il aime. C’est là que deux hommes reconnaissent aussitôt le génie qui est en lui : Robert Shelton, journaliste au New York Times, et surtout John Hammond, « découvreur de talents » (c’est lui qui a découvert Billie Holliday, Benny Goodman et Count Basie). En très peu de temps, l’histoire de Dylan s’emballe, il obtiendra un contrat d’enregistrement de cinq ans et entrera dans les studios de Colombia dès octobre pour y enregistrer son premier disque, bouclé en quelques jours seulement.

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Nous voici donc à ce premier opus (on peut cliquer ici pour écouter des extraits de 30 secondes de chacune des chansons de l’album). Le premier disque de Dylan contient avant tout des reprises d’autres musiciens, à part deux compositions personnelles. Dylan y égrène tour à tour des blues, des chansons country, du gospel avec une maîtrise sans égale. On sent que Dylan s’est nourri de toutes ces musiques, qu’il en est l’héritier direct. C’est une véritable éponge qui a emmagasiné tout ce qu’il a entendu au cours de son adolescence (Hank Williams, Little Richard, Big Joe Williams … l’ont profondément marqué) mais aussi depuis qu’il a commencé de cotoyer les musiciens de Greenwitch Village. Les blues que chantent Dylan sont de vrais blues que les meilleurs bluesmen ne renieraient pas, les spirituals qu’il chante sont de vrais spirituals (et d’ailleurs Josh White qui est l’auteur de In my time of dyin’ figurant sur cet album a reconnu que la version de Dylan était supérieure à la sienne).

Mais ce qui me plait le plus dans ce premier disque, c’est l’énergie qui se dégage de l’ensemble et la hargne avec laquelle Dylan attaque la plupart des chansons. Il chante les textes avec beaucoup de foi, avec la même conviction qu’un bluesman noir (la maison de disque Vanguard Records avait d’ailleurs refusé d’enregistrer Dylan, jugeant que sa musique était trop « viscérale », ce que l’on comprend aisément à l’écoute de ce disque). Le rythme de la plupart des chansons est très rapide, le dialogue guitare/harmonica donnant à l’ensemble un côté parfois endiablé. Il me semble qu’on ne retrouvera dans aucun des disques ultérieurs de Dylan cette symbiose entre guitare, voix et harmonica (symbiose qui apparaît à de nombreuses reprises sur le disque, notamment dans la chanson Baby, let me follow you down). Du haut de ses vingt ans, armé d’une fougue de jeune cheval, Dylan donne l’impression de partir à l’assaut du monde avec une foi inébranlable. Ce disque est habité par un sentiment d’urgence, c’est pour moi l’impression la plus forte de ce disque.

Notons que la chanson House of the rising sun qui figure sur ce disque fut reprise par les Animals qui en feront le tube que l’on connaît (en France, Johnny Halliday la reprendra sous le titre les portes du pénitencier). La chanson est une complainte qui raconte l’histoire d’une femme que l’on mène à la prostitution. Contrairement à l’usage qui voulait que lorsqu’un homme reprenait une chanson de femme, il devait changer le genre du texte, Dylan a laissé les paroles au féminin.

Ce disque ne contient que deux compositions originales de Dylan. La première Talking New York est ce qu’on appelle un Talking-blues, une forme ancienne de blues née à la fin des années 20, dans laquelle le discours est presque parlé sur un accompagnement très simple à la guitare. Le texte est déjà du Dylan classique, il y développe un humour sarcastique à l’égard des métiers de la musique :
Or, comme je chemine en ce monde
Je vois un tas de drôles de gens
Les uns vous volent avec un six-coups
Les autres avec un stylo-plume…

La deuxième composition originale de Dylan, Song to Woody est née de la rencontre entre Dylan et Woody Guthrie, alors sur son lit de mort. Dylan a écrit cette chanson au bar d’un hôtel (habitude qu’il prendra par la suite, beaucoup de grands textes de Dylan ont été griffonés dans des cafés). Beaucoup d’émotion se dégage de cette chanson.

Dans ce premier disque, Dylan a mis toute sa foi pour nous faire découvrir les chansons traditionnelles de blues, gospels et country qui l’ont marqué. Mais il nous livre aussi ses deux premières compositions qui sont déjà du « vrai Dylan » et qui préfigurent les disques qui allaient suivre. Robert Shelton a d’ailleurs écrit : « le premier album était le testament d’un Dylan et le signe avant-coureur d’un nouveau Dylan ». Effectivement, lorsque le disque paraîtra en mars 62 (cinq mois après les séances d’enregistrement qui datent de novembre 61), Dylan regarda ce premier disque comme quelque chose faisant partie du passé, sorti d’un vieux tiroir. Il était déjà passé à une autre étape de sa vie.

Le disque se vendit mal (5 000 exemplaires seulement). Le producteur John Hammond s’était-il trompé de cheval ? Dans Greenwitch Village, Dylan fut surnommé avec dédain « la lubie de Hammond ». Mais Dylan préparait déjà ce qui allait être son premier « coup de maître », le disque mythique « Freewheelin’ Bob Dylan » dont je parlerai dans le prochain article qui paraîtra au début juin.

Nouveau marché bio dans le Jura

Saluons l’initiative de quelques habitants du Jura qui viennent de mettre en place un petit marché bio sur la commune de Mesmay. Ce marché a lieu le premier vendredi de chaque mois (de mai à octobre) de 17H à 20 H.

C’était le premier marché hier soir. L’ambiance était sympa, très « bon enfant », il y avait même deux musiciens. Le public était au rendez-vous, malgré un gros orage vers 17H30, pour venir acheter fromages, viandes, miel, pains, replants de légumes … On y trouve même la Franche, très bonne bière artisanale du Jura que je vous conseille.

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Le village de Mesmay est magnifique, juste à côté de la Loue. Ce n’est pas très loin de Besançon. Pour y accèder, entrer dans Quingey, tourner à droite sur la place de Quingey. A Lombard prendre à gauche en direction de Mesmay.

Plantons des tomates

LE COIN DU JARDINIER (7)
Je viens tout juste de mettre en ligne une première série d’images consacrée à la tomate et illustrant leur diversité. D’autres séries d’images viendront plus tard dans la saison.

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Les tomates varient beaucoup dans leurs formes, leurs couleurs et évidemment leur goût (les jaunes sont moins acides, les vertes ont une saveur souvent délicate et particulière, ce sont mes tomates préférées). Pourquoi se passer de cette diversité qui nous est offerte ? Aujourd’hui, plusieurs producteurs de semences proposent des graines de nombreuses variétés. Mais c’est auprès de Kokopelli, militant de la défense de la biodiversité cultivée, que l’on trouvera les variétés les plus intéressantes.

Mais il est tard dans la saison et voici le moment, non pas de semer, mais de repiquer des plantes. Les jardineries et les maraîchers proposent souvent quelques variétés originales de couleur, mais pas forcément parmi les meilleures. Pour trouver à cette saison un grand éventail de variétés de tomates, on pourra utilement se rendre à la foire aux plantes de Bezouotte en Côte d’Or le week-end du 13-14 mai (y aller surtout le samedi matin, on risque sinon d’avoir du mal à circuler au milieu de la dizaine de milliers de visiteurs). Pour les francs-comtois lecteurs de ce blog, Bezouotte n’est pas très loin, c’est l’un des premiers villages de la Côte d’Or, situé entre Pontailler-sur-Saône et Mirebeau-sur-Bèze.

QUELQUES CONSEILS POUR PLANTER VOS TOMATES
Il est conseillé de mettre une poignée d’orties au fond du trou de plantation pour favoriser les défenses naturelles des plantes. Planter le pied de tomates assez profondément car il se formera des racines supplémentaires utiles au développement de la plante (on peu même incliner, voire coucher, la partie inférieure de la plante dans le sol pour augmenter la longueur de la tige en terre).

Choisir de préférence des variétés anciennes, dites « à croissance indéterminée » qui donneront des fruits plus tard à l’automne (tant que la saison le permet) alors que les variétés modernes, dites à croissance déterminée, s’arrêtent de grandir dès que la plante a atteint un certain développement et leur durée de production de fruits en est nettement moindre (eh oui, il n’y a pas encore de CPE chez les tomates, les contrats sont très classiques et restent à durée déterminée ou inderminée. Par ailleurs, le gel à l’automne ne serait pas compatible avec une période d’essai de deux ans).

Contrairement à une idée répandue, on peut planter les tomates plusieurs années au même endroit car les racines développent des substances anti-mildiou qui vont rester dans le sol l’année suivante.

Mini-krach à la bourse du carbone

La Bourse dégringole. Non pas la Bourse de Wall Street ou celle de Tokyo. Non, celle de Powernext qui essuie depuis quelques jours un mini-krach. Powernext s’appelle plus exactement Powernext Carbon et régule, non pas le taux de carbone de la planète (ça se saurait), mais les échanges commerciaux relatifs au droit de polluer.

Le principe est limpide. Chaque état s’est vu attribuer un quota de gaz carbonique, ceci pour tenter d’enrayer l’émission de gaz à effet de serre. Celà part d’un bon sentiment … sauf que le législateur (s’appelait-il Machiavel ?) a permis aux pays trop pollueurs (qui dépassent donc leurs quotas) de continuer à polluer en leur donnant la possibilité d’acheter des droits à polluer aux pays qui ne polluent pas assez. Vous me suivez ? Une vraie usine à gaz !

Il apparaît que certains pays ont pollué moins que les quotas qui leur étaient alloués. C’est le cas de la France qui s’est vue attribuer 156 millions de certificats (un certificat = 1 tonne de CO2), dont 21 millions seulement pour EDF (tiens, tiens, EDF qui nous rabat les oreilles avec son discours sur son énergie propre !) mais qui en a rejeté 18 millions de moins. C’est aussi le cas des Pays-Bas, de la république Tchèque et de la Belgique.

Il n’y a pas de quoi pavoiser de ce résultat car la pollution, évidemment, demeure énorme. On peut juste dire qu’on va à peine moins vite dans le mur. Mais de là à dire qu’on inverse la vapeur … ! D’autant plus que cette baisse est peut-être due tout simplement au fait que l’allocation des quotas a été trop généreuse.

En conséquence de ces baisses d’émission de CO2, les entreprises ont de plus en plus de mal à vendre leurs droits à polluer à la Bourse Poxernext Carbon, d’où une baisse très forte de leur valeur, qui conduit à un mini-krach boursier (perte de 55% en moins de dix jours). La situation est même dramatique pour ceux qui ont misé fort dans cette affaire (on imagine même l’effet pervers du système, certains groupes industriels pouvant à juste titre se dire : « Merde, on n’aurait pas dû faire autant d’efforts pour moins polluer, on n’arrive même plus à vendre notre droit à polluer ! »).

Jean-Michel Bezat consacre un article à la question dans l’édition du Monde de samedi dernier. Son article est ignoble. Le journaliste place son propos uniquement sur le plan économique. Je cite quelques phrases : « L’amélioration imprévue de la qualité de l’air ne fait pas le bonheur des spéculateurs », « Les émissions de CO2 n’ont pas atteint le niveau attendu et de nombreux certificats risquent donc de ne pas trouver preneur … leurs détenteurs ne pourront pas en reporter l’utilisation ». L’article ressemble à une lamentation du genre « les pollueurs sont bien à plaindre ». Juste un petit bémol : il y a quand même trois mots pour l’environnement, mais noyés dans une phrase tout aussi ignoble que les autres : « Un bien pour la santé publique, mais un coût pour des groupes qui, comme Rhodia, ont beaucoup investi ». C’est nouveau, ça vient de sortir : on peut maintenant investir sur la destruction de la planète.

Je suis, une fois de plus, scandalisé.

Plantons des espaliers

LE COIN DU JARDINIER (6)
Les arbres fruitiers du jardin fleurississent. La semaine dernière, c’était les pêchers, c’est maintenant au tour des pommiers et des poiriers de fleurir les uns après les autres. J’aime beaucoup ce moment de l’année et je me demande souvent pourquoi les gens plantent des arbres exotiques d’ornement alors qu’un fruitier, c’est si beau ! Et en plus, ils donnent des fruits à l’automne !

Si j’aime beaucoup les vergers traditionnels avec leurs arbres de plein vent qui sont un élément irremplaçable du paysage, je dois dire qu’en tant que jardinier amateur, j’ai un faible pour les petits arbres, ceux que l’on appelle « espaliers ».

Ces arbres ont plein d’avantages. D’abord, ils donnent des fruits très rapidement, au bout de trois années seulement, alors qu’avec des formes plus classiques, il faudra attendre une dizaine d’années. Ensuite parce qu’on peut les tailler, récolter les fruits, … à hauteur d’homme, à hauteur des yeux, ce qui présente un avantage certain quand on a, comme moi, la fâcheuse idée de vieillir (et qu’on est de moins en moins à l’aise sur des escabeaux ou des échelles). Et enfin parce que sur un espace limité, on peut mettre un grand nombre de variétés différentes car on peut espacer les arbres de 1,5 m seulement avec deux mètres entre les lignes (alors qu’habituellement, il faut 8 mètres en tous sens). Mes 25 espaliers (25 variétés différentes) prennent ainsi peu de place.

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Si les gens ne plantent pas d’espaliers en général, c’est d’abord parce que leur plantation est plus difficile (il faut installer des poteaux et du fil de fer car ces arbres, greffés sur des porte-greffes faiblement vigoureux, ont un système racinaire faible et doivent donc être palissés) mais aussi parce que leur taille est beaucoup plus compliquée. Alors que pour un arbre de plein vent, on peut se contenter de ne tailler qu’une fois par an en début de formation, puis tous les deux ou trois ans ensuite, les espaliers necessitent qu’on s’occupe d’eux plusieurs fois chaque année : d’abord pour former les arbres, les diriger pour leur donner la forme qu’on veut, souvent sur un seul plan, mais aussi pour attacher les branches, ajouter des baguettes verticales (de noisetier par exemple) pour y attacher les cordons …

Mais pour moi, ce surcroît de travail n’est pas un inconvénient, au contraire. Car à force d’intervenir en permanence sur ces arbres, on finit par bien les connaître, la moindre branchette nous est alors familière dans ses moindres détails, on s’y attache beaucoup. Un jardinier qui possède des espaliers leur porte en général beaucoup d’affection. Quand il va au jardin, il coupe en passant une petite branchette qui dépasse dans l’allée, il incline telle autre pour favoriser la mise à fruits sur cette branche … car sur les espaliers, il y a toujours quelque chose à faire, pour le plus grand plaisir de ceux qui, comme moi, ont le sécateur qui les démange en permanence.

Si vous aimez vous occuper d’arbres fruitiers, plantez des espaliers, votre plaisir sera alors multiplié par dix. Mais surtout ne les achetez pas, il vous suffit d’acquérir des jeunes plants de l’année (que l’on appelle scions) et de les former vous-mêmes. C’est alors un vrai travail de création.

Faire le tour de la terre en allant au lycée

Il est très fréquent que les parents amènent leurs enfants en voiture à l’école, plutôt que de les laisser aller à pied ou prendre les transports collectifs.

Le lycée Ernest Perochon de Parthenay a fait l’objet d’une étude précise quant aux déplacements des élèves, des professeurs et du personnel, entre le domicile et le lycée. Ca n’a l’air de rien, mais un petit déplacement + un autre petit déplacement … ça finit par faire un gros déplacement. Ainsi, les 761 personnes qui vont au lycée (635 élèves, 72 professeurs et 54 autres membres du personnel) ont parcouru en voiture, de leur domicile au lycée, 2 870 000 km au cours d’une seule année scolaire, soit l’équivalent de 72 fois le tour de la terre.

72 fois le tour de la terre, ça fait un beau voyage ! Sauf que le rejet de CO2 par les véhicules dans l’atmosphère a été estimé à 166 tonnes-équivalent-carbone. Quant on sait qu’un arbre adulte est capable d’éliminer en moyenne 72 kg-équivalent-carbone par an, le calcul est vite fait : il faut 2 300 arbres pour éliminer la pollution induite par les déplacements domicile-lycée d’un seul établissement scolaire (et encore ! Le gaz carbonique n’est pas le seul rejet toxique des pots d’échappement, loin s’en faut !).

Un article sur l’étude réalisée au lycée de Parthenay est paru dans le journal Territoires (numéro de mars 2006), mais vous pouvez avoir accès à l’étude complète sur le site internet du lycée et la télécharger au format pdf.

Je me sens très concerné par ces chiffres, non pas que mes enfants soient encore en âge d’être amenés par leur père au lycée, mais simplement parce que dans ma vie de tous les jours, je prends facilement la voiture, par exemple pour aller jusqu’au village qui n’est qu’à 600 mètres (alors que je pourrais y aller à pied), pour aller à mon jardin qui est à 1,5 km (alors que je pourrais facilement y aller à vélo) … Moi qui ne suis pas un grand voyageur, je fais bien trop souvent le tour de la terre, finalement !

Et vous, ça vous inspire quoi ces chiffres ?

Les plantes s’aiment ou se détestent

LE COIN DU JARDINIER (5)
Il y a des gens qu’on aime et d’autres qu’on n’aime pas. Le monde est ainsi fait. Allez savoir pourquoi certaines personnes vous hérissent alors que vous vous sentez en harmonie avec d’autres. Les plantes connaissent elles-aussi aussi le même type de problèmes existentiels : le voisinage de certaines leur convient bien alors que d’autres plantes leur sont indésirables.

L’homme, doué d’intelligence, a toujours inventé des tas de solutions selon les personnes qu’il a en face de lui, qu’il aime ou qu’il n’aime pas selon le cas : insulter le voisin qu’il déteste et le forcer même à déménager, casser la gueule à un rival, draguer une personne avec qui il estime avoir des affinités … Les plantes n’ont pas toute cette panoplie à leur disposition. D’autant plus que l’absence de mobilité est un facteur limitant. Impossible d’aller casser la figure à la plante voisine par exemple. Elles ont alors recours à des moyens plus limités certes mais très spécifiques au monde des plantes.

Ainsi, de nombreuses plantes émettent par leurs racines (mais aussi parfois par leurs fruits) des gaz ou des acides qui ne sont pas problématiques pour certaines plantes voisines mais qui en perturbent d’autres. Par ailleurs, à l’opposé, le développement de certaines plantes favorise le développement dans le sol de micro-organismes qui ont plutôt un impact favorable sur d’autres plantes du voisinage. Les plantes entretiennent donc entre elles des relations qui sont soit favorables, soit néfastes, soit neutres.

Dans la nature, les plantes sont disposées de manière plutôt harmonieuse, les millénaires qui se sont succédés ayant bien régulé les choses, et l’on trouve souvent ensemble des plantes dont les influences réciproques sont plutôt favorables. Mais le jardinier, en imposant la présence de plantes à d’autres, perturbe cet ordre naturel et oblige certaines plantes « qui ne s’aiment pas » à cohabiter.

Depuis les premiers travaux de scientifiques publiés pour la première fois en 1908 par le biologiste allemand Küster, le jardinier possède cependant quelques éléments dont il peut s’inspirer pour aménager son jardin. Les connaissances se sont affinées pendant tout le 20ème sièce et l’on sait maintenant que l’on a intérêt à faire cohabiter le poireau et la carotte car le poireau éloigne la mouche de la carotte alors que la carotte éloigne le ver du poireau. A l’inverse, certaines associations défavorables sont aussi bien connues et il faut éviter par exemple de planter des haricots ou des pois à côté des oignons car les bactéries fixatrices d’azote qui se trouvent sur les racines des légumineuses sont inhibées par les composés sulfurés émis par les oignons.

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Ces effets bénéfiques ou au contraire indésirables durent dans le temps et il l’on peut utilement en tenir compte pour la rotation de ses cultures. Par exemple, on sèmera avantageusement de la salade dans un coin où il y aura eu des radis l’automne précédent et où l’on mettra l’année suivante des choux ou des concombres.

La liste de toutes les associations favorables ou défavorables est longue et c’est un peu compliqué (aussi compliqué que chez l’homme, ce n’est pas peu dire !). Un livre est paru sur le sujet : il s’agit d’un ouvrage de Hans Wagner, intitulé « le poireau préfère les fraises » aux éditions Terre vivante, qui permet de trouver tous les renseignements utiles sur le sujet. Coût : 14,48 euros. Mais si vous cherchez dans ce livre comment vous débarasser de certaines personnes, en émettant certaines substances particulières, sachez que le livre ne dit rien de tout ça. Dommage ! Tout ouvrage a ses limites !

Des oiseaux, en veux-tu, en voilà ! (8)

SUITE ET FIN DE MON AVENTURE
Depuis quelques mois, je raconte l’histoire assez étonnante qui m’arrive avec les oiseaux du voisinage que j’ai habitués à venir manger sur ma main. Tout au long de l’hiver, je suis allé de surprise en surprise, avec l’arrivée d’espèces que je n’attendais pas. Les nouveaux lecteurs de mon blog pourront se reporter aux articles « des oiseaux, en veux-tu, en voilà », n°1 à 7 dans la rubrique ci-contre « coups d’ailes ».

Assez confortablement installé dans mon affût, les mains dépassant de la toile et les yeux pouvant observer, grâce à une petite visière, les oiseaux à moins de trente centimètres, j’ai pris l’habitude de noter au fur et à mesure, dès le début de l’hiver, le nombre et la liste des espèces qui sont venues et de reporter toutes mes données sur un fichier excel sur mon ordi.

Avec l’arrivée du printemps, ma petite aventure se termine pour cette année (elle se termine en beauté grâce à un véritable festival de gros-becs le week-end dernier). Voici donc le moment de faire le bilan de mes observations hivernales. Je vous livre les chiffres, tel que l’ordinateur les a additionnés, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois (pour les années après années, revenez faire un tour sur mon blog dans cinquante ans !) :

– les oiseaux sont venus mangés 23 125 fois (oui, oui, vous avez bien lu !) dans mes mains, soit une moyenne de presque 1000 fois chaque semaine (le week-end en général), avec un total de 15 espèces différentes.

– deux espèces se partagent le haut du tableau et représentent environ chacune 30% des données : la mésange bleue (7 080 fois ; 31,1%), la mésange charbonnière (6 668 fois ; 29,3 %)

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– quatre espèces se situent à environ 10% ou à peine moins et sont venues à peu près 2 000 fois chacune : le tarin des aulnes (2 284 fois ; 10%), la mésange nonnette (2 068 fois ; 9,1%), la sittelle torchepot (2 028 fois ; 8,9%) et la mésange boréale (1 915 fois ; 8,4%)

– le pic épeiche est venu régulièrement tout au long de l’hiver (434 fois ; 1,9%) (la peau de mon avant bras, écorchée par les griffes acérées du pic, se souvient bien du passage de l’oiseau)

– cinq espèces, dont un mammifère, sont venues de manière irrégulière et ne représentent au total qu’1% des données : le gros-bec (179 fois), le chardonneret (36 fois), l’écureuil (35 fois), le verdier (17 fois), le geai (16 fois).

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– enfin, trois espèces ne sont venues que très occasionnellement : le pinson du nord (3 fois), l’accenteur mouchet (1 fois) et la buse variable (1 fois) qui est sans doute l’oiseau le plus exceptionnel de la liste.

– virus H5N1 : zéro

Après l’hiver qui fût la période du nourrissage des oiseaux, voici le printemps qui est celle du jardinage. Allez, je file compter les vers de terre !

Débats au Sénat

Fin mars, un ami m’a fait passer un texte de Christian Velot, chercheur et enseignant en biologie à l’Université Paris-Sud et animateur de conférences sur les OGM. Christian Velot faisait partie de la délégation de militants anti-OGM qui est allée au Sénat écouter les débats sur le projet de loi et le compte-rendu qu’il en fait est assez édifiant. En voici le texte dans sa quasi-intégralité :

« Premier coup derrière les oreilles : le nombre de sièges vides. Sur 331 sénateurs, seulement 49 étaient présents en ouverture de séance, et il n’en restait plus que 35 après une demi-heure ! Je me dis alors qu’il doit au moins y avoir tous ceux qui sont (ou qui prétendent être) concernés par le sujet, et notamment qui sont censés défendre nos positions. On a bien cherché (c’était facile, ils n’étaient pas nombreux) : pas de Dominique Voynet, qui était pourtant venue le matin même faire de belles déclarations lors de la conférence de Presse ! Aucune présence non plus de Jean-Luc Mélenchon, proche de José Bové depuis la campagne contre le TCE, et pour lequel il est sans doute moins payant de venir faire son boulot au Sénat que se pavaner debout sur un banc du trottoir du boulevard Arago pour être certain de bien être remarqué pendant le passage de la manif anti-CPE de samedi dernier…

Au delà de cet absentéisme pitoyable, reste le déroulement des « débats » : à pleurer (ou hurler mais on ne pouvait pas) ! Un brouhaha incroyable ! Personne ou presque n’écoute l’intervenant qui fait (ou plutôt qui lit) son discours. Chacun parle dans son coin avec ses voisins ou y va de ses petites activités personnelles. J’ai dix fois moins de bruit dans un amphithéâtre de 200 étudiants d’une moyenne d’âge de 20 ans, et sans que j’ai besoin d’exercer la moindre autorité. L’intervenant pourrait s’adresser à la porte de ses chiottes, ça ferait le même effet.

Du balcon où nous étions situés, nous avions une vue plongeante sur les pupitres des sénateurs du groupe UMP. Pas un seul n’avait le projet de loi sous les yeux ! Raffarin et ses potes ont passé leur temps de présence (environ 30 minutes) à causer entre eux et se marrer, certains tournant carrément le dos à l’intervenant. D’autres remplissaient des dossiers, regardaient leur agenda. Deux sénatrices au fond de l’hémicycle (et donc juste en dessous de nous), après avoir regardé ensemble un album photo, s’échangeaient leur permis de conduire, leur pièce d’identité, sans doute pour mieux constater… les dégâts provoqués au cours du temps par les crèmes à l’ADN végétal de chez Dior. Un autre montrait à son voisin des photos d’une maison imprimées en couleur sur du papier A4, probablement la résidence secondaire qu’il vient de s’acheter avec les 120 000 euros annuels qu’il perçoit pour venir se gratter les couilles au Sénat, une autre encore réorganisait ses papiers et ses billets de 20 euros dans son portefeuille… Et le plus drôle (enfin, façon de parler), c’est qu’à la fin d’une intervention, et uniquement s’il s’agissait bien sûr d’un intervenant de leur groupe, ils applausissaient comme des automates.

En ce qui concerne les interventions elle-mêmes, les âneries de ceux qui défendaient le texte étaient à la hauteur de leur méconnaissance du dossier. Quand à ceux qui étaient censées intervenir dans notre sens, il est clair que je ne les choisirais pas comme avocats, à moins que je ne souhaite être assuré de faire de la prison à vie : mous du genoux sur le fond, monocordes et sans aucune conviction sur la forme. Eux non plus n’avaient probablement pas lu le projet de loi, …à moins qu’ils n’aient tout simplement pas vraiment envie de s’y opposer.

Bref, à pleurer vous dis-je … »

Voilà. Braves gens, vous pouvez dormir tranquilles, vos sénateurs ont le sens de leur responsabilité politique.

Un pari fou : une intégrale Bob Dylan !

Ca fait trois mois que l’idée d’écrire un article sur Bob Dylan me trotte dans la tête. Mais comment condenser tout ce qu’on a envie d’écrire en un seul article ? Et comment surtout éviter de ne dire que des généralités ? Il y a beaucoup trop de choses à dire sur ce personnage ambivalent et sur sa musique.

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Finalement, j’ai décidé ce soir de me lancer, tête baissée, dans une grande aventure : écrire un article sur chacune des productions de Dylan. J’ai donc en projet d’écrire une quarantaine d’articles sur ses disques + quelques autres sur ses DVD parus à ce jour.

Je n’irai pas vite, il va falloir que je réécoute toute son oeuvre, que je relise aussi quelques écrits. Le rythme d’un article par mois me semble faisable. A ce rythme, j’en aurai pour trois ou quatre ans. Vous n’avez pas fini de bouffer du Dylan !

Je parlerai de ses disques de manière chronologique, c’est la manière qui me semble la plus simple pour ne pas trop égarer le lecteur. Je crois que je vais faire une rubrique spéciale pour ranger ces articles : « coups de … « . Si vous avez des idées, elles sont les bienvenues … !

Le premier article paraîtra au début du mois de mai, il parlera du tout premier disque intitulé tout simplement « Bob Dylan » qui date de 1961. Si certains lecteurs ont l’occasion de l’écouter d’ici là, ça pourrait alimenter les conversations sur mon blog, non !

Me suivrez-vous dans ce pari fou ?

Ces vieux qui nous gouvernent

Devient-on un peu plus con, ou un peu moins con en vieillissant ? Brassens a donné son point de vue dans une chanson écrite à l’époque où il balançait entre deux âges : « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con … ». Vous la connaissez peut-être !

Aujourd’hui, je n’ai pas un avis définitif et tranché sur la question, je pense qu’il n’y a aucun mérite, ni à être jeune, ni à être vieux (ni évidemment à être con !). Pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, j’étais tenté de penser qu’en vieillissant on devait acquérir un peu de hauteur de vue, un peu de sagesse – le mot est un peu grand, disons « de bon sens » – mais quand j’écoute ou quand je lis les propos de vieux qui sont sous le feu de l’actualité, souvent des politiques, mais aussi des scientifiques, des responsables syndicaux, des journalistes, des hommes ou femmes du show-bizz … je me dis que Brassens devait avoir un peu raison quelque part, ces gens ne semblent pas s’être spécialement bonifiés en vieillissant, le temps ne fait effectivement rien à l’affaire.

Je n’ai évidemment rien contre les vieux (d’autant plus que j’y arrive à grandes enjambées !) mais je pense qu’actuellement ils sont beaucoup trop présents dans la vie publique (notamment dans la vie politique), qu’il pourrait y avoir un rééquilibrage en faisant une grosse place pour des gens nouveaux. J’aimerais entendre des gens différents à l’antenne, pendant les campagnes politiques, pendant les journaux télévisés (je dis ça, mais c’est un peu hypocrite, car de toute façon je ne regarde jamais). Vous n’avez pas envie d’un peu de fraîcheur, vous ?

Le journal « les Inrockuptibles » n° 537 du 14 mars dernier nous donne une info intéressante : en vingt ans, l’âge moyen d’un homme politique ou d’un responsable syndical est passé de 45 ans à 59 ans. Pendant le même laps de temps, le nombre de députés de moins de 45 ans est passé de 38% à 15%.

Ca vous inspire quoi ces chiffres ?

DVD « American Folk Blues Festival »

J’ai toujours écouté beaucoup de musique, mais je dois dire que celles qui me touchent le plus sont, la plupart du temps, des musiques très simples d’un point de vue musical. Peut-on trouver plus pauvre (musicalement parlant) que le blues ? La plupart du temps, trois accords (MI7, La7 et Si7), et c’est tout ! Mais cette forme simple, techniquement peu élaborée (c’est le moins qu’on puisse dire !), permet aux musiciens de s’exprimer sur un autre registre que celui de la richesse musicale, celui de l’émotion et du feeling. Le blues, ce n’est pas très beau, c’est quelque chose de rapeux, les voix sont généralement très hard (il y a du « grain » dans les voix), mais on sent derrière la musique une vraie vie qu’on ne retrouve pas forcément dans des musiques plus actuelles, plus « fabriquées » et plus neutres.

Le blues est arrivé tardivement en France, au début des années 60, propulsé par des musiciens blancs tels que les Stones ou John Mayall, mais aussi par l’arrivée de bluesmen noirs authentiques sur notre vieux continent. Je me souviens ainsi avoir découvert en 69 les disques de Big Bill Broonzy et de Memphis Slim, deux musiciens qui avaient choisi de s’exiler en Europe (le blues ne faisant plus recette outre-Atlantique, mais y a-t-il jamais vraiment fait recette ?).

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(image copyright Terry Cryer) © Terry Cryer

De 1962 à 1969, des concerts réunissant les plus grands musiciens noirs américains de l’époque, furent donner en Europe occidentale. Ces tournées intitulées « American Folk Blues Festival » contribuèrent beaucoup à faire connaître le blues, non seulement en France, mais dans le monde entier. La tournée européenne durait un mois chaque automne et réunissait des musiciens illustrant tous les courants du blues, aussi bien rural qu’urbain.

Les amateurs de blues connaissent probablement les disques qui retracent cette aventure. Ils ont été réédités en CD depuis longtemps. Avec l’arrivée du DVD, nous pouvons redécouvrir ces concerts sous un nouvel aspect (je suis très amateur de DVDs musicaux, je trouve que l’image apporte souvent beaucoup d’émotion à la musique). A ce jour, trois DVD sont déjà parus et s’intitulent tout simplement American Folk Blues Festival, vol. 1, 2 & 3. Tous sont en noir et blanc, un type d’image qui sied bien aux musiciens de blues ou de jazz. Les images sont très expressives (ainsi les gros plans sur le visage de John Lee Hooker ou la manière de filmer Willie Dixon en contre-plongée) ; elles permettent de mettre des visages sur les voix très connues de musiciens tels que Mississippi Fred McDowell, Big Joe Williams, Lonnie Johnson …, musiciens dont on possède peu d’images, aussi bien photographiques que cinématographiques (les bluesmen ont souvent été dédaignés de leur vivant).

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Le volume 1 permet d’admirer, outre les 5 musiciens cités ci-dessus, les plus grands musiciens de l’époque : T.Bone Walker, Sonny Terry & Brownie McGhee, Memphis Slim, Otis Rush, Sippie Wallace, Eddie Boyd, Junior Wells, Sonny Boy Williamson, Otis Spann et bien entendu Muddy Waters. J’ai particulièrement apprécié la profondeur du blues chanté par Willie Dixon à la guitare (je ne le connaissais que comme contrebassiste), la joie communicative d’Otis Spann, le final joué et chanté par une dizaine de musiciens et l’émotion qui se dégage de tous ces vieux bluesmen.

Je parlerai plus tard des volumes 2 et 3, mais ils peuvent de toute façon être achetés les yeux fermés car cette musique fait partie, d’une certaine façon et malgré sa provenance d’un autre continent, de notre héritage musical.

Une scène spectaculaire à quelques mètres !

Il y a quelques semaines, j’ai écrit un petit article sur la nécessité de continuer le nourrissage hivernal des oiseaux jusqu’au mois d’avril, ce mois étant particulièrement difficile pour tous les oiseaux de la famille des fringilles (verdiers, chardonnerets, tarins, gros-becs…). Comme pour confirmer mes propos, le nombre d’oiseaux qui viennent à mes mangeoires augmente de jour en jour. Hier matin, il y avait une trentaine de gros-becs (en vingt-cinq années de nourrissage hivernal, je n’en avais jamais vu autant !). Ce nombre est passé à 50 aujourd’hui en début de matinée puis à 90-100 vers midi. A chaque alarme due à un danger quelconque, la troupe s’envole et c’est un spectacle rare de voir un groupe aussi important de gros-becs en vol.

Ce matin, vers 11 H, j’étais dans le jardin en train d’éliminer mes « mauvaises herbes », une oreille toujours à l’écoute des sons de la nature, et j’ai brusquement levé la tête, attiré par des piaillements inhabituels d’oiseaux, qui me semblaient particulièrement excités. Dans le ciel, un milan noir passe, puis un autre rapace qui me semble être un busard des roseaux, mais mes yeux fatigués de quinquagénaire ne me permettent pas de l’identifier avec certitude (dommage, ça aurait été la centième espèce vue depuis la maison et j’ai promis qu’à 100 j’ouvrais une bouteille de champagne !).

C’est au moment ou j’observe un autre petit rapace, haut dans le ciel, l’EPERVIER, que je comprends pourquoi les petits oiseaux poussaient des cris d’alarme (je suis habitué à la présence de l’épervier, il attaque régulièrement chaque hiver les petits passereaux à mon poste de nourrissage, parfois plusieurs fois par jour). Au moment où une petite troupe de verdiers affolée passe au-dessus de moi, l’épervier qui est encore haut dans le ciel, fonce soudain dans ma direction en battant fortement des ailes, puis se laisse d’un seul coup tomber comme une masse, les ailes plaquées contre le corps, ce qui lui permet de prendre beaucoup de vitesse. Je suis alors persuadé qu’il va s’en prendre à la troupe de verdiers partis en direction de la vallée, mais non, il arrive à sept-huit mètres de ma tête à une vitesse qui me semble vertigineuse, et capture de plein fouet un chardonneret perché au-dessus de moi sur le bouleau. La capture est précédée d’un gros bruit, dû à une décélération violente, à la suite de l’ouverture subite des ailes pour limiter la violence de l’impact.

Jusqu’au moment de la capture, je n’avais pas remarqué qu’une petite bande de chardonnerets s’était réfugiée au-dessus de moi. Celui qui a été capturé n’a pas eu le temps de voir venir l’épervier, il a quasiment été « cueilli » sur la branche, sans avoir eu le temps de fuir. L’épervier est parti aussitôt, sa proie entre les serres. Une minute plus tard, verdiers, chardonnerets et gros-becs revenaient progressivement au poste de nourrissage, ils savaient que l’épervier avait eu sa proie et qu’ils avaient maintenant quelques heures devant eux avant qu’une nouvelle attaque ne se produise.

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J’ai déjà assisté à une dizaine de captures de passereaux par l’épervier, celle-ci a sans doute été la plus spectaculaire de toutes.

Ah, si nous étions des chardonnerets et si la mort était aussi prompte !