Histoire de planète déprimée

Je ne sais plus où et quand j’ai entendu cette histoire. C’était il y peut-être six mois, ou un an, ou même deux. Je ne sais même plus qui me l’a racontée (Dupdup, tu ferais pas un début d’Alzheimer, par hasard ?).

Ca racontait l’histoire d’une planète qui en rencontre une autre. Cette dernière a l’air fatiguée, déprimée. « Qu’est-ce que tu as, tu m’as pas l’air bien, tu as mal où ? « . L’autre lui répond « J’ai mal à l’humanité ». Et la première : « Oh tu sais, ça finit par passer ».

Voilà, c’était juste la petite histoire du soir, pour vous redonner le moral !

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A propos de la grippe aviaire (6)

Dans mon dernier article sur la grippe aviaire, la semaine dernière, je regrettais que des journaux considérés sérieux comme le Monde puissent continuer à montrer du doigt les oiseaux migrateurs sans prendre du recul et sans même relater les propos des scientifiques qui affirment de plus en plus que les élevages industriels sont à l’origine du problème. Ce soir, un article du Monde parle enfin de cette hypothèse, renforcée par le fait que l’évolution de la maladie se fait le long des routes commerciales et non selon les voies de migration des oiseaux. Il était temps !

Mais voilà aussi que le même journal nous apporte un éclairage nouveau et intéressant sur l’épizootie. L’article d’aujourd’hui s’intitule « soupçons sur les poissons et les porcs » et nous dit que « la pisciculture associée à l’élevage de la volaille et du porc (ou aquaculture intégrée) peut présenter un risque sanitaire. Dans ce type d’exploitation, généralement de taille moyenne, les fientes et les lisiers sont utilisés pour fertiliser l’eau douce où les poissons sont élevés. Or le guano d’un animal porteur du H5N1 est particulièrement infectieux. Et les particules virales peuvent demeurer actives plusieurs jours dans une eau à température moyenne – jusqu’à plusieurs semaines dans une eau à quelques degrés. Le virus peut alors se diffuser dans l’environnement et atteindre les oiseaux sauvages ». L’article nous dit aussi que c’est en Asie du sud-est que ce mode d’élevage est le plus pratiqué et que ça correspond justement aux zones où le virus pathogène est apparu.. Tiens, tiens … !

Quel dommage, c’est juste au moment où nous avons tous les yeux braqués sur le CPE que les journaux se mettent à publier sur la grippe aviaire autre chose que des âneries. Mais comme nous sommes focalisés (et avec raison) sur la crise sociale, les révélations du Monde passeront inaperçues ! Pourtant la chaîne qui est dénoncée, c’est aussi, quelque part, une sorte de CPE : Cochons – Poissons – Environnement.

On en apprend tous les jours : vous le saviez-vous que les poissons que vous mangez se nourrissent de merdes de cochons ? Saviez-vous par exemple qu’aux Pays-Bas, ce type d’élevage est de plus en plus pratiqué : les porcs sont au 1er étage, et chient directement sur les poissons qui sont l’étage en-dessous. On peut transposer cette image évocatrice à notre propre situation : nous ne sommes que des poissons : les grands lobbyings que sont les grandes filières de production se conduisent comme des porcs et nous chient dessus. Et nous : nous gobons ! Mais jusqu’à quand ? Nous ne sommes peut-être que des poissons (qui nageons de plus en plus en eau trouble, il est vrai) mais le pouvoir de révolte en plus !

Après la maladie de la vache folle due à des conditions d’alimentation du bétail anormales (farines animales données à des herbivores), la grippe aviaire due à des modes d’élevage concentrationnaires et peut-être aussi à des modes d’alimentation anormaux à base de fientes, toutes les conditions sont maintenant réunies pour qu’apparaissent, dans les années à venir, des problèmes viraux sur des tas d’animaux que nous consommons et notamment sur le poisson et le porc. Accusera-t-on alors les poissons de nos rivières ? Ou les sangliers sauvages ?

Vous avez encore envie de manger, vous ?

Tuons les hommes … par précaution !

Avant, lorsque je recevais Télérama, je filais droit à la chronique « mon oeil » d’Alain Rémond. Depuis, plusieurs années que la direction s’est séparée de son talent, Alain nous manque cruellement avec son impertinence et son humour-pince-sans-rire. Alors maintenant, chaque mercredi, mon réflexe premier est de courir, non pas à la chronique de son remplaçant, mais au courrier des lecteurs où je trouve souvent matière à réflexion, avec parfois beaucoup d’humour (les lecteurs de Télérama ont en général plus d’humour que les rédacteurs du journal, un peu coincés par leur académisme parisien très étroit).

Ainsi dans le numéro de la semaine dernière, ce courrier d’Elizabeth Giordano qui m’a fait beaucoup rire : « Une femme meurt tous les quatre jours de mauvais traitements conjugaux. Au nom du principe de précaution, je propose de tuer tous les hommes ». Ah, si les femmes se mettent à avoir autant de pulsions de violences que nous, les mecs, où va le monde ?

Annulation d’une conférence très attendue

Pierre Rabhi est l’un des chantres de la décroissance et le fondateur de Terre et Humanisme. J’étais très content par avance à l’idée d’aller écouter la conférence qu’il devait donner à Besançon cette semaine. Mais une dépêche vient d’annoncer que Pierre Rabhi ne pourra pas venir et qu’il est malade. Pas atteint du virus rabhique tout de même ?

En fait, Pierre Rabhi a attrapé le virus du paludisme en Afrique. Heureusement que dans son état, il ne vient pas à Besançon, la soirée aurait été « paludique pour un sou ».

Petit problème de synchronisation et de relais locaux : quel dommage que les associations aient fait de la pub pour cette conférence pendant tout le mois de mars, alors que Pierre Rabhi avait annulé toutes ses interventions … dès le 1er mars !

A propos de la grippe aviaire (5)

LA GRANDE MANIPULATION. Et s’il y avait un gros coup monté derrière toute cette histoire de grippe aviaire ? Le truc est quand même un peu gros : le virus commence à faire parler de lui dans les élevages industriels asiatiques et on en arrive, trois ans après, non pas à condamner les gros élevages concentrationnaires comme il aurait été logique de le faire, mais à interdire les petits élevages artisanaux ou amateurs de plein air et même à accuser sans retenue les oiseaux sauvages.

Le Canard Enchaîné de la semaine dernière nous donne des arguments convaincants, émanant de Juan Lubroth, expert à la FAO, et de l’ONG espagnole « Grain », qui accusent au contraire l’élevage industriel d’être le grand coupable dans cette affaire. Voici ces arguments qui s’appuyent sur des constats :

1 – C’est dans les pays où la production intensive de volailles est la plus développée, notamment dans des fermes industrielles intégrées à de grands circuits commerciaux, qu’est apparue la grippe aviaire.

2 – La propagation de la maladie ne s’est pas faite selon les itinéraires et les saisons de migration des oiseaux mais correspond aux voies de transport des volailles, oeufs à couver, aliments, notamment par la route et le chemin de fer.

3 – Il y a toujours eu des grippes aviaires dans les petits poulaillers mais qui n’ont jamais évolué vers des formes pathogènes, alors que ce virus, qui est plutôt bénin en temps normal, trouve dans les grandes concentrations industrielles de volailles (27 poules par mètre carré) des conditions idéales pour muter.

4 – Ce n’est pas un hasard si le Laos, bien que survolé par des millions de migrateurs, est l’un des rares pays asiatiques à ne pas être touché par le virus : il a interdit les frontières à la volaille industrielle de Thaïlande et les éleveurs laotiens élèvent leurs poules dans des conditions normales, c’est à dire que les volailles ne mangent ni matière fécales, ni litières … comme dans les autres élevages asiatiques (vous saviez, vous, que le poulet que vous dégustez le dimanche avait avalé tout ça !).

Finalement, avec un peu de recul, on peut dire que tous les ingrédients étaient réunis pour que la machine s’emballe : des lobbyings puissants, des politiques qui lèchent les bottes du patronat, des médias qui ne peuvent qu’en rajouter une couche de plus, au risque sinon de plus faire de l’audience, des occidentaux à qui l’on a inculqué la culture du « risque zéro » dans un monde qu’ils souhaitent aseptique et qui ont le trouillomètre à zéro dès que se pointe le moindre microbe (ah, les pauvres, s’ils savaient qu’on en respire 14 000 par heure en moyenne !).

Ce qui m’inquiète dans cette histoire, et tant que simple citoyen qui a droit à l’information, ce n’est pas qu’on ait cherché à me manipuler (mes articles montrent au contraire que je n’ai pas été dupe depuis le début), mais que nous sommes peut-être manipulés à tous les niveaux de l’information, sur tous les sujets. Même dans un journal comme leMonde.fr, plutôt du genre sérieux, que je lis tous les jours, je n’ai trouvé aucune des infos énumérées ci-dessus qui montrent du doigt les élevages industriels.

Justement, à propos de ce journal, je vais terminer cet article par un petit trait d’humour. Il y a quinze jours, leMonde.fr publiait un article censé montrer que les oiseaux migrateurs, en étant bouffés par les chats, pouvaient transmettre le virus au genre humain. Mais la photo qui illustrait l’article montrait un chat en train de croquer, non pas un oiseau sauvage, mais … un oiseau domestique ! Quelle art de la mise en scène !

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A propos de la grippe aviaire (4)

Les journalistes nous ont tellement raconté n’importe quoi à propos de la grippe aviaire, qu’on est en droit de se demander si on n’a pas atteint, avec cette affaire, le summum de la connerie. Et bien non, le maire de Saint-Baudille de la Tour (Isère), en allant encore plus loin dans le délire, a réussi à crever le plafond et atteindre le niveau 11 sur l’échelle de la bêtise humaine. Voici le texte qu’il a envoyé à ses administrés le 27 février dernier.
« Chers propriétaires de volailles,
Les nouvelles directives prises concernant la grippe avaire, m’obligent à vous informer : je vous rappelle donc qu’il y a nécessité de confiner localement tous vos volatiles dans un lieu coupé de tout contact extérierur. Ce dispositif préventif demeure, à mon avis, insuffisant : il doit être assorti d’autres mesures et en particulier, par l’éradiction d’un certain nombre d’espèces de charognards ou de carnassiers sauvages, des animaux ou oiseaux susceptibles de manger un canard contaminé et ensuite de transférer ensuite la grippe aviaire des plans d’eau, d’où elle est arrivée, jusqu’à vos basses-cours. Il s’agit, notamment, des renards, des fouines, des belettes, des putois, des corbeaux, des pies, des buses et d’autres rapaces sédentaires. Ces différentes espèces ont déjà provoqué chez nous un déséquilibre total de notre faune sauvage, elles sont aujourd’hui trop nombreuses et trop dangereuses dans le contexte actuel. Je vais donc demander à Monsieur le Préfet une autorisation de diminuer considérablement la population de ces prédateurs à haut risque et agir en concertation avec la société de chasse ».

Cela se passe de commentaires !

A propos de la grippe aviaire (3)

Voilà encore un journal que j’aime beaucoup : le Canard Enchaîné.

Le journal daté de ce jour rappelle qu’il n’est pas prouvé que les oiseaux sauvages soient responsables des foyers d’infection constatés au Nigéria et en Egypte. Le groupe de chercheurs Promed, spécialisé dans les maladies émergentes, affirme même au contraire que les contaminations proviendraient de traffics de volailles venant de pays infectés, comme la Turquie et la Chine. A suivre.

D’après le Canard, le Préfet de Haute-Normandie a envoyé une note à tous les maires du département pour qu’ils recensent les disponibilités et capacités de leurs cimetières, “dans l’hypothèse où une forte transmission inter-humaine du virus H5N1 de la grippe aviaire serait atteinte”. Le préfet ne fait-il que suivre les directives nationales ? Ou alors ne fait-il que de l’excès de z’ailes ?

A signaler deux jeux de mots du Canard Enchaîné, en titres : “Grippe aviaire : Villepingouin veut confiner Sarcoq” et “L’Europe sous la menace de la grippe aviaire : Mais que fait Interpoule ?”. Je rajouterais (mais c’est facile) : “Si ça continue ainsi, Interpoule va se faire rentrer dans les plumes”. 

Enfin, moi qui trouvais scandaleux qu’il puisse y avoir 10 poules par mètres carrés dans les élevages intensifs, voilà que je me trompais lourdement. Le Canard Enchaîné nous apprend que les députés européens réclament que les poules soient élevées dans des conditions plus décentes, c’est à dire que leur nombre soit limité à 20 seulement par mètre carré (au lieu de 23 actuellement) et que la température des poulaillers ne dépasse pas 33°C. Ces nouvelles mesures devraient permettre, d’après les députés européens, que « les considérations économiques et sociales ne priment pas sur le bien-être et la santé des animaux ». Ah bon, 20 par mètres carrés, c’est du bien-être ? Et si l’on mettait 20 eurodéputés par mètres carrés (pour raison de rentabilité économique par exemple), parleraient-ils aussi de bien-être ?

Tout ça pour dire qu’il ne faut jamais rater un numéro du Canard !

A propos de la grippe aviaire (2)

Le journal Le Monde titre ce soir : ‘l’Europe guette le retour des migrateurs ». Avec six milliards d’oiseaux qui transitent entre l’Afrique et l’Eurasie, je souhaite bien du courage à l’Europe, des bons yeux et surtout un nombre incalculable de paires de jumelles !

A l’époque de l’année où nous sommes, il y a bien déjà plusieurs centaines de milliers de migrateurs qui sont déjà revenus sur notre continent. Alors, quand le Monde nous apprend aujourd’hui que « des canards pilets, qui passent l’hiver en Afrique, viennent d’être observés en baie de Somme », je veux évidemment bien les croire, mais bon, c’est pas un scoop. Et dire que pour un journaliste parisien, il aura fallu tout un travail d’investigation pour en arriver aux observations que vous et moi faisons quotidiennement.

Pourquoi les migrateurs sont-ils ainsi montrés du doigt ? Et si c’était au contraire les volailles domestiques qui transmettent le virus aux oiseaux sauvages, et non l’inverse ? Je m’explique : il me semble que les conditions concentrationnaires qui existent dans les élevages sont des conditions idéales pour la multiplication des virus, voire même propices à l’apparition de mutations chez ces virus. Les conditions d’hygiène sont bien meilleures dans la nature. Bien sûr les médias nous diront qu’il y a des normes d’hygiène dans les élevages. OK, mais dix poules par mètre carré qui chient en permanence, normes d’hygiène ou pas normes d’hygiène, ça reste quand même dix poules qui chient en permanence (surtout qu’on les fait bouffer infiniment plus que si elles vivaient dans la nature) !

Les poulaillers attirent énormément les oiseaux du ciel. J’en citerai simplement deux : le moineau domestique et la tourterelle turque. Il est très difficile d’empêcher les moineaux de venir becqueter dans les poulaillers. Et j’imagine que c’est la même chose dans les élevages intensifs : les moineaux doivent s’y infiltrer partout (il suffit de voir comment les moineaux arrivent à entrer même dans les grandes surfaces – à Carrefour Valentin par exemple – pour imaginer que c’est encore plus facile d’entrer dans un poulailler). Lorsqu’il y a un virus dans un poulailler, il doit passer très facilement à la population de moineaux, puis par contacts successsifs, à une partie de la faune aviaire sauvage.

Le schéma que je décris n’est qu’une hypothèse mais celle-ci me semble bien plus plausible que d’imaginer un canard qui fiente au-dessus d’un poulailler. Oui, effectivement, un canard au vol peut faire ses besoins en passant au-dessus d’un poulailler mais il y faut beaucoup de hasard, alors que le nombre de moineaux européens s’infiltrant dans des poulaillers (amateurs ou industriels) est probablement de plusieurs millions.

Autre réflexion : et si c’était le pigeon domestique, qui vit dans nos villes, qui présentait le plus grand risque de transmission du virus ?

Encore une info : l’OMS a déclaré aujourd’hui que le risque de transmission du virus à l’homme n’était pas avéré. Mais bizarrement, cette info n’est pas relayée par nos médias … Elle a été affichée sur leMonde.fr, mais a été retirée au bout de quelques heures seulement, alors que d’habitude les infos restent consultables plusieurs jours. Bizarre, bizarre !

A propos de la grippe aviaire (1)

Décidément, la grippe aviaire est à l’honneur ces jours-ci. De trop ? Pas assez au regard des risques encourus ? Je n’en sais trop rien et je n’ai pas d’avis tranché sur la question. Toujours est-il que l’observation des oiseaux (qu’ils soient sédentaires ou migrateurs) est une activité qui me passionne et que, dans cette affaire, les oiseaux sauvages sont en première ligne et sont montrés du doigt. Cette histoire m’amène donc à quelques réflexions.

A priori, tous les oiseaux peuvent être atteints par le virus. Pourquoi alors ne parler que d’oiseaux migrateurs ? Surtout qu’il n’existe que très peu d’espèces strictement sédentaires, beaucoup d’espèces sont erratiques et se baladent de l’automne au printemps. Et puis, les populations migratrices sont largement en contact avec les populations sédentaires, et le virus, à partir du moment où il est présent quelque part, doit s’y répandre à la vitesse grand V et dans l’ensemble de la population d’oiseaux. Donc, première remarque : il n’y a pas à prendre des mesures différentes selon qu’il s’agisse de migrateurs, d’erratiques ou de sédentaires.

Examinons par ailleurs quelques chiffres dont on ne parle pas. Il faut savoir que le flot de migrateurs qui transitent entre l’Eurasie et l’Afrique est estimé annuellement à 6 milliards d’oiseaux. Ce flux migratoire est très accentué sur l’Europe occidentale et on peut estimer à peut-être un milliard le nombre d’oiseaux qui transitent par la France. C’est beaucoup à priori, mais réparti sur un territoire aussi vaste que la France … Sachant que tous ces oiseaux, pour la plupart petits, ne vivent que très peu (à mon avis, ça n’excède pas mille jours en moyenne toutes espèces confondues), ça voudrait dire, avec un calcul très rapide et plus qu’approximatif, que le nombre d’oiseaux qui meurent chaque jour en France est peut-être de l’ordre du million. Impressionnant, non ? Ces chiffres nous apportent un éclairage nouveau sur le problème de la grippe aviaire et sur l’impuissance de l’homme a pouvoir juguler une quelconque dispersion du virus, car il ne s’agit pas seulement de quelques oiseaux dont il faudrait se prémunir mais plutôt de l’ordre du milliard à l’échelle de notre seul pays. C’était la deuxième remarque.

Il y a surtout un autre aspect qui m’intrigue beaucoup, c’est le constat que les oiseaux retrouvés morts sont essentiellement des cygnes. Cela s’explique d’ailleurs très facilement, si l’on y réfléchit bien, car lorsqu’un cygne meurt, ça ne passe pas inaperçu et il est retrouvé dans quasiment 100% des cas (c’est le plus gros des oiseaux d’Europe et sa couleur d’un blanc pur, qui est rare dans la nature, ne passe pas inaperçue). Par contre, lorsqu’il s’agit d’un petit oiseau, le cadavre de celui-ci n’est quasiment jamais retrouvé, il disparaît toujours incognito. D’un point de vue statistique, si l’on part de ce constat mais aussi de l’hypothèse que tous les oiseaux, petits ou gros, peuvent être atteints par la maladie, on peut en déduire une conclusion intéressante. Car cela voudrait dire que pour un cygne retrouvé mort porteur du virus, il existe des milliers, voire des dizaines de milliers d’autres petits oiseaux qui meurent aussi de la maladie mais sans qu’on puisse jamais retrouver (et en plus, les petits oiseaux erratiques et grégaires du genre verdiers ou chardonnerets me semblent avoir infiniment plus de contact entre eux que n’en ont les cygnes). Fort de ce constat, le nombre de cygnes retrouvés morts pour cause de virus étant déjà actuellement de plus d’une centaine (135 simplement pour l’Iran), on peut extrapoler et imaginer que le nombre de petits passereaux morts pour la même raison est infiniment supérieur. Ce qui voudrait dire que la grippe aviaire est déjà largement répandue, au moins dans les pays où les cygnes ont été découverts. C’était la troisième remarque.

Voilà, les chiffres énumérés ci-dessus peuvent nous donner un peu le vertige et nous foutre la frousse car on imagine l’ampleur que peut prendre très rapidement le phénomène. Mais, les mêmes chiffres peuvent au contraire nous rassurer car s’il existe déjà une centaine de cygnes morts de la grippe aviaire, et donc à fortiori au moins des dizaines de milliers de petits oiseaux décimés par le même virus (peut-être même déjà autour de nous), il y a peut-être aussi matière à être optimiste car nous ne sommes toujours pas atteints.

Tout cela me parait très complexe. En tous les cas, les mesures draconiennes qui sont prises actuellement par la plupart des pays occidentaux me semblent être décidées en haut lieu sans tenir compte de la réalité de terrain (nombre réel d’oiseaux, dynamiques de population, différents types de migrations, mouvements saisonniers, …). Comment par exemple peut-on ignorer le risque dû aux chats qui prélèvent chaque année en France cinq millions d’oiseaux, dont une partie aux postes de nourrissage hivernal où viennent se nourrir des migrateurs venant des pays plus au nord ?

Enfin, que dire du comportement des pouvoirs publics qui me semble très incohérent : avez-vous remarqué que nous n’avons plus du tout entendu parler de la grippe aviaire en décembre ? Il fallait bien vendre les volailles en période de fête, non ! Et pourquoi avoir prolongé de quinze jours la chasse aux grives et aux merles dans certaines régions françaises alors qu’on nous raconte que les manipulations d’oiseaux morts présentent un risque susceptible d’engendrer ni plus ni moins qu’une pandémie au niveau de toute la planète ? Légèreté d’un côté, moyens lourds et disproportionnés de l’autre ?

J’avoue que je suis un peu perdu mais garde un certain scepticisme quant aux infos qui sont distillées dans les médias. Alors, si vous avez des avis sur la question … !

Il brouillasse dans ma chambre

Le premier article de mon blog s’appelait « il pleut dans leur tête ». Je ne sais pas si c’est parce que j’ai dit du mal des autres dans cet article, mais voilà-t-y pas que depuis, « il brouillasse dans ma chambre ».   

Je m’explique : les mauvaises langues disent que la vallée de l’Ognon est toujours pleine de brouillard (ah bon, vous trouvez aussi !). Je croyais que c’était quelque peu exagéré, mais hier matin, Joëlle a ouvert les fenêtres de la chambre et le brouillard s’est mis à entrer par une fenêtre et à ressortir par l’autre. Vous me direz, c’est pratique, on peut rester au lit et visualiser, sans même se lever, dans quel sens va le vent. Avantage minime, je vous l’accorde, y’a sûrement des choses plus intéressantes dans la vie. Mais je me dis tout de même que j’habite une vallée extraordinaire car je pourrais vivre dans un endroit … où le brouillard se permettrait de rentrer dans les chambres et de ne plus en ressortir. Mais non, chez nous la chance est de notre côté, il ressort … et exactement à la même vitesse que celle à laquelle il est rentré. Mais bon, cette petite singularité n’est peut-être pas à mettre sur un dépliant touristique. Ah, quelle belle vallée tout de même !