Idée de cadeau de Noël (7)

Allez savoir pourquoi, mais quand j’associe Noël à la musique, c’est la musique ancienne qui m’arrive aussitôt à l’esprit : chants grégoriens, danses du moyen-âge, chants de la renaissance, cantates baroques … Les articles que j’ai écrits les deux années précédentes à la même période vous le confirmeront : Dupdup est un vieux ringard qui écoute des trucs « vieux comme mes robes » (comme le dit Joëlle) !

Je ne parle dans cette rubrique que de coffrets de disques dont le coût unitaire est de moins de 5 € par disque (voire parfois beaucoup moins), considérant qu’au-delà C’EST DU VOL ! Ainsi mes six articles précédents : 1, 2, 3, 4, 5, 6. Je persévère dans cette rubrique, même si assez peu de lecteurs de ce blog sont sensibles à ce type de musique.

Aujourd’hui, parmi les cadeaux que vous pouvez offrir (ou vous offrir vous-même), la musique de l’Espagne antique (Espana Antigua) par le grand Jordi Savall accompagné par la soprano Montserrat Figueras (je crois d’ailleurs que tous deux sont mariés). Ce coffret est extraordinaire, il est une bonne synthèse de la musique pratiquée en Espagne pendant la période 1200-1700, période qui se ressent d’une longue influence arabe. C’est une époque espagnole riche sur le plan historique (l’avènement de Charles Quint, la découverte de l’Amérique par Colomb, la reddition de Grenade qui vit ensuite l’expulsion des Maures et des Juifs, l’Inquisition, les grands pèlerinages de Compostelle et de Montserrat, …).

Je conseillerais à l’auditeur qui ne connait pas la musique de cette époque d’écouter ce coffret de 8 disques en commençant au n° 3 et de garder les deux premiers, sans doute plus ardus, pour la fin. Quand au prix, il est bas et c’est à la fnac qu’on le trouve au prix le plus bas (23,78 € pour le coffret de 8 CD) (tiens, je me rends compte que la fnac devient moins chère qu’Amazon, alors qu’avant c’était l’inverse). Je peux prêter ce coffret aux amis de ce blog qui habitent sur le secteur de Besac.

Idée de cadeau de Noël (6)

En cette période de fêtes, je voulais vous parler de nombreux coffrets de disques que j’aime (du côté de la musique ancienne) et qu’on trouve à un prix abordable (moins de 5 € par disque, c’est la limite que je me suis fixée). Et puis le temps passe vite, Noël approche et il reste maintenant peu de temps pour mon projet. Voici donc un dernier article avant les fêtes.

L’une des grandes nouveautés de cette saison discographique est la parution d’un très beau coffret consacré à la musique sacrée par Harmonia Mundi (voir ici l’article que j’avais déjà consacré à ce label). Avec un coût de 1,40 € par CD, le prix du coffret défie toute concurrence. Comme à l’habitude chez Harmonia Mundi, les interprètes sont de très grande qualité (William Christie, Philippe Herreweghe, René Jacobs, …). Bien sûr, l’essentiel de la musique sacrée ne peut pas se résumer aux oeuvres présentées ici, mais je crois qu’il s’agit là de la meilleure entrée qu’on puisse rêver pour découvrir ce monde musical extraordinaire et qui échappe encore à certains.

51jzDiJG2bL._SL500_AA240_Voici par ailleurs, en vrac, quelques coffrets dont je connais tous les disques et qui méritent le détour, toujours pour des prix modiques (enfin, comparé aux prix habituels …). Il suffit d’aller cliquer sur les noms des coffrets pour accéder aux fiches descriptives (beaucoup de ces disques viennent du label Brilliant Classics, dont j’ai déjà parlé, et sont diffusés par Abeille Musique) :

Du côté de la musique instrumentale d’abord :
Purcell : intégrale musique de chambre (7 CD, 28 €)
Arcangelo Corelli : l’oeuvre intégrale (10 CD, 38 €)
François Couperin : musique de chambre (7 CD, 28 €)
Musique Europénne 1550-1650 par Jordi Savall (5 CD, 15 €).

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Du côté de la musique vocale ensuite :
Mysterium Laudis (chant grégorien) (3 CD, 15 €)
Thomas Tallis : l’oeuvre intégrale (10 CD, 38 €)
A sei Voci (musique de Josquin Desprez) (6 CD, 32,70 €)
Domenico Scarlatti : cantate de camera (2 CD, 10 €)
Telemann : cantates (2 CD, 10 €).

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Bonnes fêtes de Noël en musique !

Idée de cadeau de Noël (5)

Le legato, ça vous dit quelque chose ? C’est l’absence de silence entre les notes. Une manière donc de passer en douceur d’une note à l’autre, un liant entre chacune d’entre elles. Cela donne de la musicalité aux oeuvres de musique.

Le legato, Glenn Gould, lui, ne sait pas ce que c’est. Ou très peu. Ses notes sont presque toujours jouées bien séparées les unes des autres et donnent une impression de musique assez mécanique. Un peu comme la musique de Bach à qui beaucoup reprochent aussi le côté mécanique de l’écriture. Alors un « Bach mécanique » joué par un « Glenn Gould mécanique », je vous explique pas ! Plus mécanique que ça tu meurs ! Mais c’est de la mécanique bien huilée !

Autant vous dire que Glenn Gould on l’aime ou on le déteste. Moi j’aime. Comme beaucoup d’ailleurs.

Glenn Gould est un miracle : pourquoi une interprétation aussi glacée, aussi distanciée par rapport à Bach, sans nuance (presque pas d’utilisation de la pédale du piano), « sans états d’âmes » disent certains, qui semble jouée « à la hâte », laisse-t-elle une impression aussi forte sur beaucoup d’auditeurs ?

Il arrive souvent qu’avec les années qui passent, le prix des coffrets en vienne à diminuer. J’avais lorgné il y a cinq ans le coffret de l’édition Glenn Gould joue Bach. Et je l’ai acheté il y a une quinzaine de jours en m’apercevant qu’il était descendu au prix de 34 € (ce qui est peu pour un coffret de 12 disques).

41GB7ENNARL._SL500_AA240_En préparant cet article, je m’aperçois que cet article n’est plus dans les rayons de la fnac (ou alors d’occasion au prix de 64 €) mais qu’on peut le trouver sur Amazon au prix de 37,95 € (cliquer ici pour accéder à l’offre).

Quelques renseignements en vrac sur ce coffret : les enregistrements sont très soignés (y compris ceux des années 50). Il y a là l’essentiel de ce qu’a enregistré Gould sur Bach (dont deux versions différentes des Variations Goldberg séparées de 26 ans) mais n’y figurent pas les deux livres du clavier bien tempéré.

Quoi de mieux pour terminer cet article qu’une petite vidéo sur l’artiste. Ah, cette vidéo ! De l’apesanteur vous dis-je ! C’est enregistré en 81, un an avant la disparition de Gould. Mais à regarder la vidéo, Glenn Gould est-il si froid qu’on le dit ? Est-il si détaché que ça de l’oeuvre qu’il joue ? Moi, je le trouve plutôt, au contraire, extraordinairement « dedans ».

Idée de cadeau de Noël (4)

Poursuite de ma petite rubrique consacrée aux coffrets de disques de qualité que l’on peut acquérir à bas prix. Malheureusement pour les amateurs de rock, de chanson française, de jazz ou de world music, j’ai une fâcheuse tendance à ne parler dans cette rubrique que de musique ancienne (musiques de la Renaissance et de la période baroque étant les musiques que j’ai le plus tendance à écouter en cette période de l’année). Mais c’est aussi l’un des buts de ce blog : susciter la découverte.

J’aimerais aujourd’hui vous parler de la maison de disques Abeille Musique. Il faut dire que je cherche depuis longtemps à ne plus acheter de disques sur les sites d’Amazon et de la Fnac, ayant vite compris que ces deux maisons mettent surtout en avant les productions les plus formatées, celles qui se vendent le mieux, au détriment du reste, plus culturel. Quand j’ai découvert Abeille Musique et l’état d’esprit qui animait cette maison, j’ai décidé de rester fidèle à cette maison chaque fois que possible. Avant de continuer à lire cet article, il est presque indispensable (pour ceux que ce sujet intéresse) d’aller cliquer ici pour comprendre la démarche de cette maison (vous pouvez vous borner à ne lire que le premier chapitre intitulé « notre raison d’être : une passion minoritaire »).

Abeille Musique regroupe 190 labels indépendants. Je crois beaucoup aux petits labels car, pour subsister dans ce monde de requins dominés par quelques grandes maisons de disques, il faut innover en permanence, faire preuve d’audace, de foi dans les oeuvres enregristrées, et il est évident qu’au final la qualité est presque toujours au rendez-vous. Si vous souhaitez connaître une Nième version de la 5ème symphonie de Beethoven, ce n’est peut-être pas chez Abeille Musique qu’il faut vous adresser. Mais si vous êtes curieux et avez envie de partir à la découverte d’un répertoire différent, alors vous trouverez aisément votre compte chez cette maison de disques.

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Comme j’ai décidé de ne parler dans cette rubrique que des coffrets dont le prix de revient est de moins de 5 euros par disque, je m’attarderai essentiellement sur l’un des labels qui est promu par Abeille musique : il s’agit du label Brilliant Classics dont la politique en matière de prix est exemplaire et dont la mise sur le marché, ces dernières années, des intégrales « Mozart », « Beethoven » ou »Haydn » a montré toute l’exigence artistique de ce label (seules quelques élites méprisantes ont jugé indécent, qu’avec des disques à moins de 1 €, on puisse mettre Bach à la portée du premier venu). J’en profite pour dire au passage que sur le site d’Abeille Musique l’intégrale de Brahms (60 CD) vient de passer en quelques jours d’un prix de 80 € à …20 € (cliquer ici) et ça m’étonnerait fort que cette promo dure longtemps !

Quelques coffrets que l’on peut acheter les yeux fermés (et le portefeuille légèrement entrouvert quand même). Cliquer sur le nom des disques pour accéder aux détails de ces disques, je n’en parlerai pas de manière précise car ils sont abondamment décrits sur les pages dont je mets les liens).

Henry Purcell par Alfred Deller (29 € les 6 CD). Je connais les trois premiers coffrets de l’intégrale Alfred Deller, artiste à qui j’ai déjà consacré un dimanche musical, la qualité d’enregistrement est étonnante et il ne faut surtout pas se laisser arrêter par le fait que beaucoup de ces enregistrements datent des années 50.
Vêpres vénitiennes (21 € les 5 CD). A conseiller à tous ceux qui aiment la musique sacrée de la Renaissance italienne.
Edition Heinrich Schütz (21 € les 5 CD). J’ai présenté le volume 2 de cette édition mais les deux autres volumes sont de qualité identique. Schütz est l’un des musiciens que j’écoute le plus, il fait partie, avec Monteverdi, de « mon idéal musical ».
Les oeuvres vocales de Rossi (15 € les 3 CD). Je ne connaissais pas du tout ce compositeur obscur et je n’ai eu envie de le découvrir que parce qu’il fait partie de la même époque que Monteverdi. Le résultat a dépassé toutes mes espérances. Dieu, que cette époque est riche !
Les cantates profanes de Jean-Sébastien Bach (28 € les 8 CD). Moins connues que ses cantates sacrées, les cantates profanes de Bach sont pourtant de pures merveilles.
Anthologie de la musique religieuse orthodoxe russe (10 € les 2 CD). Musique profonde et d’une très grande sérénité qu’il nous faut absolument connaître, tant elle est belle.

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Petit concert

Petit concert ce soir vendredi à Besançon :

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Le même concert aura lieu demain soir samedi à 20H30 à la chapelle de Villers-le-Temple (près de Voray-sur-l’Ognon en Haute-Saône).

Idée de cadeau de Noël (3)

Troisième volet d’une série que j’avais entamée il y a deux ans (voir l’article 1 et l’article 2).

Je suis dans une période où j’écoute énormément de musique ancienne. Aujourd’hui, à l’heure où j’écris cet article, c’est  la musique des maîtres flamands qui irrigue mes oreilles. La période flamande, on la connaît en peinture, mais en musique ?

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C’est pourtant une musique qui a régné sur tout le 15ème et le 16ème siècle. Cette école était issue des anciens Pays-Bas (qui comprenaient grosso modo les Pays-Bas actuels, la Belgique, le Luxembourg et le nord de la France jusqu’à Arras). Même sous le joug successif des Ducs de Bourgogne et des Habsbourg autrichiens et espagnols, cette vaste région disposait d’une grande autonomie, sur les plans économique et politique, mais aussi et surtout culturel. D’où la spécificité de l’art, qu’il soit pictural ou musical, de cette région. Les musiciens issus de cette école flamande, presque tous originaires de la partie méridionale des anciens Pays-Bas, jouaient aussi bien à la cour de Charles Quint en Espagne qu’en Italie. C’est dire son influence sur la vie musicale de l’époque.

Le nom de Josquin des Prez, sans doute le plus illustre de ces musiciens, nous est resté ainsi que, dans une certaine mesure, ceux de Orlando de Lassus, Guillaume Dufay et Johannes Ockeghem. Mais pour le reste ? Jusqu’à la découverte du disque dont je vais vous parler, je ne connaissais pas les noms de Antoine Busnois, Gilles Binchois, Alexander Agricola, Loyset Compère, Joannes Prioris, Antonius Divitis, Pierre de la Rue, Heinrich Isaac, Nicolaas Gombert, Thomas Crequillo, Pierre de Manchicourt … et des tas d’autres. Et pourtant, que leur musique est belle !

Je reprends donc cette rubrique (que j’avais lâchement abandonnée) consacrée aux coffrets de disques que vous pouvez offrir, ou peut-être vous faire offrir, lors des prochaines fêtes. Et comme la politique de l’industrie du disque m’insupporte au plus haut point, je ne parlerai que des petits labels et que des coffrets dont le prix est de moins de 5 euros par disque.

Je n’ai pas d’action à la FNAC mais comme le coffret de 10 CD dont j’essaie de vous vendre l’idée n’est disponible a priori que sur ce site et surtout qu’il vous est possible d’y écouter des extraits de tous les morceaux de chacun des 10 disques, c’est donc sur ce site que je vous dirige : cliquer ici pour y accéder. Il s’agit là de musique essentiellement vocale.

MastersFromFlandersLe disque est édité par le label Et’Cetera et s’appelle « Masters from Flanders – Polyphony from the 15th & 16th century« . Un beau petit coffret de 10 CD pour la somme de 35 euros. Pour celles et ceux qui hésiteraient et qui habitent près de chez moi, je peux naturellement leur prêter ce coffret.

Quand la doulce jouvencelle …

Yves vient juste de poster un commentaire sur mon article musical d’hier consacré à la musique de la Renaissance, avec un lien sur une très belle vidéo. J’ai pensé utile d’intégrer cette vidéo à un nouvel article, tant elle est complémentaire des vidéos de l’ensemble Clément Janequin que j’avais présentées et tant elle permet de bien comprendre l’esprit et l’atmosphère particulière de la musique vocale de cette période faste qu’a été la Renaissance. Et comme l’a dit Christophe, il s’agit-là d’une musique d’une grande modernité. Sylvia Rhyne, soprano, et Eric Redlinger, luth et ténor, sont les deux artistes de cette vidéo.

Le plus ancien orgue jouable au monde

Joëlle et moi venons de passer deux jours dans le Valais en Suisse. Nous avons terminé ce très court séjour par un concert d’orgue donné à la basilique Valère dans la ville de Sion. La basilique est très belle, elle est construite en haut d’une colline et offre une belle vue sur la ville et les vignobles.
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Sa construction date du 11ème siècle et l’intérieur est un mélange harmonieux d’art roman et d’art gothique.

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L’orgue de la basilique Valère est le plus ancien orgue jouable au monde. Sa construction date du début du 14ème siècle, il a ensuite été agrandi en 1687 et vient de faire l’objet d’une restauration en 2004. Sa position dans l’église est étonnante, on dirait un nid d’hirondelle accroché au mur.

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Il s’agissait d’un concert donné dans le cadre du festival international de l’orgue ancien et de la musique ancienne dont c’est la 40ème édition. Nous avons eu le privilège d’écouter l’organiste Georges Athanasiadès qui fêtait là son … 80ème anniversaire. Et comme des anniversaires peuvent en cacher d’autres, il y avait au programme des oeuvres de Henry Purcell, dont nous célébrons cette année le 350ème anniversaire de sa naissance et de Joseph Haydn mort il y a tout juste 200 ans.

L’organiste était accompagné sur certaines oeuvres (de Marcello, Vivaldi et Tartini) par un grand violoncelliste Roumain : Alexandre Morosanu.

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Allez, faut que je vous avoue une chose : je me suis endormi quelques instants pendant le concert. Non pas que je m’ennuyais, bien au contraire, mais l’orgue et le violoncelle donnaient une telle atmosphère de sérénité dans l’église que je me suis senti bien … au point de piquer du nez.

Il y a tout jute 20 ans : Scott Ross

C’était il y a tout juste 20 ans aujourd’hui, le 13 juin 1989, Scott Ross disparaissait au terme d’une longue maladie. Un grand claveciniste nous quittait après avoir laissé un monument gravé sur disque : l’oeuvre complète des 555 sonates de Domenico Scarlatti. C’est un travail titanesque (et un défi sans doute) que s’était donné Scott Ross : enregistrer ces sonates en guère plus d’un an (juin 1984 à septembre 1985), à raison le plus souvent de deux sonates enregistrées par jour. La qualité d’interprétation des 34 CD qui sortiront est restée inégalée à ce jour.

Je me rappelle qu’au tout début des années 90, Roland m’avait prêté une cassette VHS. Il s’agissait d’une émission au cours de laquelle Scott Ross donnait une (ultime ?) leçon à l’un de ses élèves. Je me rappelle le côté pathétique de cette émission car je savais qu’elle avait été enregistrée quelques semaines seulement avant la mort de l’interprète. Scott Ross y apparaissait fatigué, malade, le regard vitreux. C’est en revenant tout à l’heure en voiture que j’ai entendu sur France-Musiques que c’était aujourd’hui l’anniversaire de sa mort. Je suis allé sur Youtube et j’ai retrouvé avec beaucoup d’émotion quelques extraits de l’émission. Vous pouvez retrouver sur le site toute l’émission qui est découpée en plusieurs tranches. Voici l’un des extraits de cette émission :

Je vous propose ensuite un extrait d’un concert que Scott Ross avait donné un an plus tôt. Il s’agit de l’une des fameuses sonates de scarlatti (K 209).

Oui, je sais, il n’y a qu’une personne sur cent qui aime le son crin-crin du clavecin. Tant pis donc pour ce que je vous inflige.

Deuxième étape vers un blog collectif …

Je rêve que ce blog devienne un jour collectif. Un jour où ce blog deviendra entièrement le vôtre. Un jour où je me mettrai en retrait pour mieux vivre ma décroissance.

Une première étape a été franchie avec des articles sur vos livres préférés (et j’en profite pour rappeler que mardi nous discuterons tous ensemble du livre de Jean Raspail « Qui se souvient des Hommes … » proposé par Oetincelleo – voir ici la règle que j’ai proposée).

Une deuxième étape sera réalisée demain dimanche. Stéphane nous proposera un petit dimanche musical. Vous pouvez aussi proposer vous-même un petit dimanche musical les semaines suivantes. La règle est simple : il suffit de m’envoyer un mail avec votre petit article et les liens sur les vidéos que vous avez choisies (pour ceux qui n’ont pas mon adresse email, il suffit de mettre un commentaire sur cet article, cela me suffit pour récupérer l’adresse de chacun). Je m’occuperai ensuite d’insérer les vidéos dans le texte de l’article que vous aurez proposé.

En attendant demain, voici une très belle vidéo sur la chanson stand by me : cliquer ici

Discographie de Brassens (9)

1969. J’avais quinze ans. C’est à cette époque que j’ai rencontré l’oeuvre de Brassens. D’abord par une seule chanson. Ensuite par un album. La chanson, c’était Les Trompettes de la Renommée (qui figure sur le disque 7). L’album, c’était le 9ème. J’étais en classe de seconde au lycée Gérôme à Vesoul. C’est à la chapelle du lycée que nous nous retrouvions, avec Corinne et d’autres, pour écouter ce disque. Les paroles de Brassens ont probablement dû faire se retourner le Christ de la chapelle sur sa croix. Mais comme il ne pouvait pas se boucher les oreilles (because les clous), c’est probable qu’il garde encore en mémoire aujourd’hui les chansons de l’album 9 et qu’il les connaisse par coeur. Désolé pour ce supplice qui lui a été affligé. Mais j’ai dans l’idée qu’il a peut-être aimé ! Merci à Jean, l’aumonier du lycée, plus tard mon ami, aujourd’hui décédé, d’avoir permis ces moments que je considère aujourd’hui comme surréalistes et qui ont été importants dans mon histoire.

Comme dans tous les disques de Brassens, le thème de la mort est omniprésent. Peut-être plus encore avec ce neuvième disque.

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La première chanson liée à ce thème est un modèle d’écriture. Cette Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, Brassens l’a travaillée pendant des années. J’avais lu qu’il avait écrit plus d’une cinquantaine de couplets et qu’il avait ensuite réduit la chanson à treize seulement. Mais même avec treize couplets, vidée des trois quarts de sa longueur, la chanson reste la plus longue jamais enregistrée par Brassens. Dan et Dom m’avaient offert un splendide coffret, reproduction des manuscrits de Brassens. C’est un livre enchanteur, on y suit à la trace la construction de certaines chansons. Voici par exemple un fragment de couplet, non terminé, que Brassens éliminera par la suite de la version finale :

Si l’on pouvait se faire enterrer n’importe où
J’aimerais qu’on creusât ma tombe sur la plage
De Sète mon petit village
Où le sable est si dégueulasse mais si doux.

Puis vient l’histoire cocasse d’une rencontre amoureuse entre Brassens et … un Fantôme de passage. Le sexe y est suggéré d’une manière très drôle : « Je conviai sournoisement, La belle à venir un moment, Voir mes icones mes estampes ». Mais ce genre d’histoire n’arrive pas dans la réalité, ce n’était qu’un rêve, le réveil est un peu brutal et un peu dur avec ce père qui secoue l’oreiller en criant « Vains dieux, tu vas manquer la messe ! ». Très belle chute. Ne dit-on pas d’ailleurs que Brassens commençait la chanson par la chute, puis qu’il la continuait à reculons, à rebours.

De toute l’oeuvre de Brassens, La fessée, est l’une de mes chansons préférées. Les mots sont si évocateurs qu’on imagine précisément la scène, dans tous ses détails. Le cadre est mortuaire, insolite (une chapelle ardente), l’histoire est amorale (draguer la femme d’un copain autour de sa dépouille funèbre), le sexe est plus que suggéré (« menteuse la félure était congénitale ! ») et il y a beaucoup d’humour (« un tablier de sapeur, ma moustache, pensez ») et de tendresse (« et le troisième coup ne fut qu’une caresse »). Du grand Brassens assurément. Une manière de désacraliser la mort. Pourquoi cette chanson n’est-elle pas plus connue ?

La mort donc mais aussi la maladie. Brassens fait taire les bruits qui courent sur son état de santé (ne dit-on pas qu’il est atteint d’un cancer) pour rendre la monnaie de la pièce à la profession journalistique qui colporte des rumeurs. C’est cocasse et il en reste ces vers qu’on gardera longtemps en mémoire :

Si j’ai trahi les gros, les joufflus, les obèses
C’est que je baise, que je baise, que je baise,
Comme un bouc, un bélier, une bête, une brut’
Je suis hanté le rut, le rut, le rut, le rut !

(ce dernier vers étant un pastiche du texte de Mallarmé :
« Je suis hanté : l’azur, l’azur, l’azur, l’azur ! »)

L’amour est l’un des thèmes forts de Brassens, même s’il traite ce thème avec toujours beaucoup de retenue. La non-demande en mariage ne déroge pas à la règle. Il y a beaucoup de pudeur dans ce texte et un immense respect pour l’Autre (« De servante n’ai pas besoin … »).

On a souvent comparé Brassens à un chêne. Mais le chêne, aussi solide puisse-t-il paraître, comporte en lui-même sa propre fragilité. On n’oserait lui mettre en concurrence un vulgaire roseau. Et pourtant … Avec Le grand chêne, nous avons là l’une de ces chansonnettes dont Brassens a le secret. L’histoire est anodine mais la mélodie facile et enjouée fait qu’elle est restée dans la tête du public. Là aussi, toute l’histoire converge vers la chute (de l’histoire, pas de l’arbre) et cette idée un peu folle qu’il pourrait y avoir des arbres qui accèdent au paradis. Belle idée !

Brassens plein de retenue et de pudeur n’a jamais écrit de textes purement autobiographiques. Ce disque contient pourtant deux histoires qui sont largement inspirées d’expériences très personnelles : « Les quatre bacheliers » dans laquelle Brassens revient sur un petit cambriolage auquel il a participé et « L’épave » dans laquelle un flic devient le héros de l’histoire. Le flic est à condamner en tant que symbole mais derrière se tient aussi un Homme. Le discours est nouveau. Mais Brassens reste avant tout un anarchiste et affirme haut et fort, dans une autre chanson « Le pluriel », qu’il croit plus à l’individualité qu’aux groupements de tous poils :

« Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on
Est plus de quatre on est une bande de cons.
Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens… »

Quelques années plus tôt, avec sa chanson « La complainte des filles de joie », Brassens avait pris parti pour cette profession. Dans ce 9ème disque, il va jusqu’au bout de sa démarche et n’hésite pas à montrer du doigt l’amour libre et celles qui font preuve d’une Concurrence déloyale à l’encontre de nos bonnes professionnelles du sexe. L’époque est à la libération des moeurs, Brassens tient là des propos que d’autres pourraient trouver quelque peu réactionnaires. Cette chanson, qui va à contre-courant de l’époque et de l’air du temps, est sans doute à rapprocher de celle qu’il écrira plus tard, une petite merveille d’écriture : « Chansonnette à celle qui reste pucelle ». Mais nous en reparlerons ultérieurement.

Brassens a toujours été tourné vers le passé. « Hors du temps, intemporel » diront les admirateurs, « passéiste », voire « vieux con » diront les plus critiques. Avec « le Moyenâgeux », Brassens affirme sans ambiguïté son attirance pour une époque lointaine. On sait que Brassens a vécu, même au sommet de la gloire, dans l’appartement de « la Jeanne » dans des conditions de confort plus que spartiates. Brassens n’a jamais eu besoin que du minimum vital. Et même le lit ne fait pas partie de ce minimum vital :

Je mourrai pas à Montfaucon,
Mais dans un lit comme un vrai con.
Je mourrai même pas pendard
Avec cinq siècles de retard.

Avec Le Moyenâgeux s’achève le 9ème album. Cette chanson est effectivement la conclusion d’un disque (« l’album de la maturité ») qui, écouté avec quarante ans de recul, n’a pas pris d’âge, est resté un peu hors du temps et garde aujourd’hui encore toute sa fraîcheur et sa portée.

Hey Joe !

Mon blog ne va quand même pas devenir une rubrique nécrologique, non ? Après Pavarotti, Jean-Baptiste Bizot, Voila-t-y pas qu’un géant du jazz nous quitte aujourd’hui : Joe Zawinul. Moi qui m’apprêtais à mettre en ligne un article sur la chèvre ventriloque, va falloir que ladite chèvre attende un peu que ces messieurs aient fini de mourir.

Il n’y a pas longtemps, j’avais entendu (ou lu ?) des propos d’un spécialiste du jazz qui disait que le jazz était une musique avant tout américaine et qu’il n’y avait que deux musiciens européens qui avaient apporté quelque chose à cette musique : Django Reinhardt et Joe Zawinul. Je ne sais pas ce que vaut ce jugement, n’accordant en général pas trop d’importance à ce que disent les « spécialistes » dont j’ai plutôt tendance à me méfier.

Ce que je peux dire, c’est que, comme toute une génération, j’ai été profondément marqué par la sonorité de Weather Report dans le début des années 70. Le son était inouï, il s’agissait là d’une tentative fabuleuse de fusionner le jazz et le rock. Joe Zawinul, musicien autrichien, avait fondé Weather Report avec le saxophoniste Wayne Shorter. S’était ensuite joint à eux l’un des plus grands bassistes de tous les temps : Jaco Pastorius dont le passage sur terre aura vraiment été trop court. Avec Miles Davis, John McLaughlin et Chick Corea, Joe Zawinul a été l’inventeur du jazz-rock. Plus tard, il avait créé le Zawinul Syndicate et avait alors permis au jazz d’approfondir ses racines africaines.

Joe Zawinul, « sorcier des claviers électriques et électroniques » , que l’on qualifiait de « jeune homme de 75 ans » avait une pêche d’enfer. Mais le cancer l’a rattrappé, comme tant d’autres. Le voici, toujours aux claviers, dans un document récent.

Les nouvelles vont vite, la mort de Joe Zawinul figure déjà dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia.

Décidément, le 11 septembre est encore à marquer d’une pierre noire.

Encore un très grand qui fout l’camp

C’était il y a quelques années, lors d’un apéro je crois. Maryse nous avait lu, à Joëlle, Roland et moi, un texte très émouvant de Guy Carlier sur la rencontre fortuite entre Mstilav Rostropovitch et Serge Gainsbourg dans la basilique de Vezelay. Cette rencontre avait eu lieu juste au moment même où Rostropovitch s’apprêtait enfin à enregistrer les six célèbres suites pour violoncelle de Bach. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’écouter, avec le même bonheur, ce même texte par Guy Carlier lui-même. On peut trouver ce texte sur internet, il est à lire absolument (aller directement au deuxième texte de la page web des éditions Robert Laffont).

Hier, à Forum, le hasard a voulu que je tombe sur le DVD de Rostropovich interprétant ces six suites à Vézelay. Hier soir, le DVD acheté nous a délivré d’autres moments d’émotion avec la première des six suites. Très très beau (bien que ma préférence aille toujours à l’interpétation qu’en a fait il y a quarante ans Pierre Fournier) !

Ce matin, en allant en voiture à Besançon, riche encore de la musique de « Slava » dans la tête, depuis la veille, j’apprends sur France Musiques que Rostropovitch est mort ce matin. Pourquoi ais-je eu envie justement de l’écouter hier soir ? Etait-ce une intuition ?

Un talent exceptionnel a permis à Rostropovitch de devenir le plus renommé des violoncellistes du XXème siècle, dépassant même en célébrité Pablo Casals, incontestablement le plus grand. Mais l’histoire retientra aussi et surtout l’engagement de cet homme qui a su braver l’autorité soviétique, faire une première fois acte de dissidence en soutenant Soltjenitsyne lors de son prix nobel (1970) et lors de la parution de son livre L’archipel du Goulag (1973), puis une deuxième fois en 1975 lors de l’attribution du prix nobel de la paix à Andreï Sakkharov. Cette deuxième rebellion lui vaudra même la suppression de la nationalité soviétique. On se souviendra aussi de cette scène inoubliable lors de la chute du mur de Berlin.

Dans le monde de la musique classique, l’engagement n’est pas si courant que ça, non ?

Les soirées « Mezzo-Jazz » chez Dupdup (1)

Il y a quelques mois, j’avais organisé pour les blogueurs qui fréquentent ce site une petite soirée « vidéos musicales en noir et blanc ». Bebo & Cigala, Arno, Trenet, Barbara et quelques autres étaient au rendez-vous.

Il y a quelques semaines, j’ai parlé des émissions de jazz que j’enregistrais sur la chaîne Mezzo. J’ai terriblement envie de faire connaître, au travers de ces émissions, les artistes qui font vivre le jazz d’aujourd’hui. Aussi, dans la continuité de la première soirée, j’organise une petite soirée vidéos consacrée à une douzaine d’artistes actuels de jazz. La soirée est prévue le vendredi 13 juillet, elle est ouverte à tous ceux qui fréquentent ce blog, connus ou inconnus. Je donnerai des précisions ultérieurement sur le déroulement de cette première soirée « Mezzo-Jazz » qui pourrait être suivie par d’autres.

Une bonne radio de jazz

J’adore travailler en musique. Quand je suis à mon boulot, il y a toujours une musique qui tourne sur mon ordinateur. Discrètement évidemment, pour ne pas gêner le bureau d’à côté. Au travail, j’écoute presque toujours du jazz, parfois du blues. J’aime travailler dans cette ambiance et j’ai l’impression d’être plus efficace. Mais, petit problème, je commence à connaître les 60 disques de la série « Triomphes du jazz » et « Triomphes du blues » presque « par coeur » (« Parker » aurait dit Charlie).

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Alors, j’ai cherché sur le net une radio où il n’y aurait que du jazz et pas de commentaires. Je suis tombé assez vite sur une très bonne radio. Elle s’appelle radio-jazz-international et a été fondée par un amateur éclairé de jazz (Philippe Zumbrunn) qui, depuis 60 ans, a accumulé plus de 50 00 disques et documents sonores. Quand je suis au boulot devant mon ordinateur, je suis maintenant connecté en permanence à cette radio. On y passe du jazz récent, du vieux jazz, du jazz péléolithique des années 30, du jazz métissé, un peu de blues, j’aime beaucoup.

Lorsqu’on est sur la page d’accueil, il faut aller cliquer sur radio live. Ensuite, il suffit de ne pas quitter votre navigateur et la radio continue même si vous allez sur d’autres pages internet ou si vous allez bosser sur votre ordi. C’est le principe même de toutes les radios (attention quand vous avez la radio en ligne, il faut fermer la page d’accueil, sinon on a une superposition de deux musiques, celle de la page d’accueil et celle de la radio, ce n’est évidemment pas agréable).

Voilà, c’était juste pour vous signaler l’existence de cette radio sur laquelle vous pouvez essayer d’aller faire un tour :
http://www.radiojazz.ch/

Et vous, vous connaissez des radios de ce type, en jazz, en blues, en rock, en classique, en chanson française … ?

Roland Dyens et ses chansons françaises

Les disques de guitare classique ont toujours eu une place de choix dans ma discothèque. J’écoute souvent ces disques car j’aime énormément le son chaleureux de la guitare. Je me suis souvent demandé pourquoi la guitare classique n’a jamais été considérée comme une instrument noble, au même titre que le piano ou le violon. Peut-être la guitare souffre d’avoir une histoire trop récente. Car, après des siècles d’évolution, la guitare n’a acquis sa forme définitive qu’au 19ème sous l’action des luthiers italiens mais surtout espagnols qui arrivèrent enfin à obtenir le son qu’on lui connait aujourd’hui, en modifiant la caisse de résonnance, en ajoutant une sixième corde et en lui donnant la bonne longueur de cordes.

C’est peut-être en raison de cette forme définitive tardive que la guitare n’a jamais eu un répertoire très important. Mais le 19ème siècle, qui fut l’âge de la guitare, regorge de compositeurs peu connus, qui ont donné à cet instrument ses véritables lettres de noblesse : Sor, Carcassi, Tarrega, Albeniz… Cet âge d’or de la guitare allait se prolonger sur le 20ème siècle en changeant de continent avec des compositeurs comme Agustin Barrio Mangoré et surtout Heitor Villa-Lobos.

A ceux qui voudraient se familiariser avec cet instrument, je conseille d’écouter les adaptations de chansons françaises par Roland Dyens qui a déjà publié deux disques extraordinaires . On découvrira sur ces disques des adaptations époustouflantes de chansons connues (je dis « époustouflantes » car, à l’écoute, on a bien souvent l’impression qu’il y a deux musiciens), parmi lesquelles des oeuvres de Brel, Barbara, Montand, Ferré, Gainsbourg, Nougaro, Piaf … Ce disque est un très bel hommage à ces grands chanteurs.

Je n’ai pas trouvé sur le net de vidéos montrant Roland Dyens jouant ces morceaux. Par contre, j’ai trouvé quatre documents qui montrent des musiciens (surtout amateurs) interprétant certaines de ces chansons françaises transcrites par Roland Dyens : La foule (Edith Piaf), Ne me quitte pas, La Chanson des vieux amants (Jacques Brel) et L’hymne à l’amour (Edith Piaf). (cliquer sur les liens en couleur pour accéder directement aux vidéos).

Roland Dyens, professeur au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, est aussi compositeur. On le retrouvera sur une vidéo où il joue lui-même l’une de ses propres oeuvres : Tango en Skaï. Superbe !

Jazz sur Mezzo

J’écoute beaucoup de jazz. Toutes les formes de jazz. Enfin presque, car je ne suis pas très amateur de big bands. Les gros orchestres, la grosse artillerie lourde avec 20 musiciens, très peu pour moi. C’est un peu comme pour la musique classique, je préfère de loin les petites formations.

Chaque année, je vais au festival de jazz de Franche-Comté et de temps en temps au festival des musiques libres et improvisées où le jazz se mélange à la musique électronique pour en faire un mélange souvent complètement déjanté. J’aimerais aller en juillet à Jazz à Vienne mais on y dépasse chaque année les 100 000 personnes (eh oui, le jazz est bien vivant en France), c’est devenu un peu les eurockéennes du jazz et les grandes foules « de type big band » n’ont, là aussi, pas ma préférence.

Heureusement pour moi, il reste Mezzo. C’est une super chaîne qui fait partie du bouquet CanalSat et du bouquet TPS mais qui nécessite un abonnement particulier. D’une manière générale, je n’aime pas la télé (je n’ai pas regardé un seul journal télévisé depuis au moins cinq ans) et je dois avouer que Mezzo est la seule chaîne que je regarde. La chaîne est en grande partie axée sur la musique classique mais, depuis l’automne dernier, le jazz y occupe une place plus importante (voir ici les grilles des programmes de janvier et février). Tous les jours, la chaîne retransmet un concert récent du New Morning, de Jazz à Vienne, de Juan-les-Pin, de Marciac … ou un documentaire jazzy.

Les concerts sont toujours bien filmés, la qualité du son est irréprochable. Il s’agit de jazz actuel, parfois très free, parfois flirtant avec la musique électronique, parfois métissé avec des musiques du monde. Le jazz manouche est souvent à l’honneur. Les concerts repassent plusieurs fois (la première fois à 19H, les autres fois à 22H45 ou beaucoup plus tard dans la nuit). En quelques mois, j’ai vu des dizaines de concerts de très grande qualité : Carla Bley, Joe Zawinul, John Zorn, Erik Truffaz, Michel Portal, Le sacre du tympan, Joshua Redman, Wynton Marsalis, Paolo Fresu, Enrico Rava, Madeleine Peyroux, Magik Malik, Collectif Slang, Trio Rosenberg, Bireli Lagrène, Steve Coleman, Marc Ribot, André Ceccarelli, Didier Lockwood, John McLaughlin, Jacky Terrasson…

Comme je me suis équipé récemment d’un lecteur-enregistreur avec disque dur, j’ai gravé sur DVD les concerts que j’ai aimés, soit déjà une quarantaine en quelques mois. Evidemment, je peux prêter ces DVD aux personnes de ce blog que je connais et qui voudraient les visionner.

Le blues de Sonny Boy

Image en noir et blanc. Pièce austère au décor très sobre. Au milieu, un grand bonhomme à l’allure déguingandée. Et qui semble un peu étranger à notre monde.

Le son de l’harmonica retentit. Première notes longues et plaintives. Puis un rythme lancinant qui s’installe. Caméra hésistante qui zoome lentement pour s’arrêter sur un visage étonnant. La voix retentit. Un peu lasse mais si émouvante. Les trois mots répétés ressemblent à un hymne incantatoire Bye bye Bird, Bye bye Bird, … Devant le visage, les mains évoluent de manière incroyable. A-t-on déjà vu des mains pareilles ? Les doigts se lient, se délient et jouent une danse reptilienne autour de l’harmonica. Ils semblent presque faire l’amour à l’instrument. Le corps est animé de mouvements chaloupés. L’homme fait corps avec sa musique. Le deuxième couplet est aussi dénudé. Pendant que résonnent les trois mots Bird I’m gone, la caméra refait le chemin inverse. Zoom arrière donc. L’harmonica est alors planté dans le bouche et les mains continuent ailleurs leur travail : les doigt claquent puis les mains se frappent.

La danse hypnotique se termine en douceur. Dos voûté, saluant timidement le public, Sonny Boy Williamson quitte le champ de la caméra sur la pointe des pieds. Le coeur du spectacteur bat alors très fort.

Scène filmée en 1963, avec une seule caméra. Sobriété de moyens typique de l’époque. Et qui sied à merveille à cette musique dépouillée. Toute la magie du blues condensée dans trois minutes d’émotion.