Il y a tout jute 20 ans : Scott Ross

C’était il y a tout juste 20 ans aujourd’hui, le 13 juin 1989, Scott Ross disparaissait au terme d’une longue maladie. Un grand claveciniste nous quittait après avoir laissé un monument gravé sur disque : l’oeuvre complète des 555 sonates de Domenico Scarlatti. C’est un travail titanesque (et un défi sans doute) que s’était donné Scott Ross : enregistrer ces sonates en guère plus d’un an (juin 1984 à septembre 1985), à raison le plus souvent de deux sonates enregistrées par jour. La qualité d’interprétation des 34 CD qui sortiront est restée inégalée à ce jour.

Je me rappelle qu’au tout début des années 90, Roland m’avait prêté une cassette VHS. Il s’agissait d’une émission au cours de laquelle Scott Ross donnait une (ultime ?) leçon à l’un de ses élèves. Je me rappelle le côté pathétique de cette émission car je savais qu’elle avait été enregistrée quelques semaines seulement avant la mort de l’interprète. Scott Ross y apparaissait fatigué, malade, le regard vitreux. C’est en revenant tout à l’heure en voiture que j’ai entendu sur France-Musiques que c’était aujourd’hui l’anniversaire de sa mort. Je suis allé sur Youtube et j’ai retrouvé avec beaucoup d’émotion quelques extraits de l’émission. Vous pouvez retrouver sur le site toute l’émission qui est découpée en plusieurs tranches. Voici l’un des extraits de cette émission :

Je vous propose ensuite un extrait d’un concert que Scott Ross avait donné un an plus tôt. Il s’agit de l’une des fameuses sonates de scarlatti (K 209).

Oui, je sais, il n’y a qu’une personne sur cent qui aime le son crin-crin du clavecin. Tant pis donc pour ce que je vous inflige.

Deuxième étape vers un blog collectif …

Je rêve que ce blog devienne un jour collectif. Un jour où ce blog deviendra entièrement le vôtre. Un jour où je me mettrai en retrait pour mieux vivre ma décroissance.

Une première étape a été franchie avec des articles sur vos livres préférés (et j’en profite pour rappeler que mardi nous discuterons tous ensemble du livre de Jean Raspail « Qui se souvient des Hommes … » proposé par Oetincelleo – voir ici la règle que j’ai proposée).

Une deuxième étape sera réalisée demain dimanche. Stéphane nous proposera un petit dimanche musical. Vous pouvez aussi proposer vous-même un petit dimanche musical les semaines suivantes. La règle est simple : il suffit de m’envoyer un mail avec votre petit article et les liens sur les vidéos que vous avez choisies (pour ceux qui n’ont pas mon adresse email, il suffit de mettre un commentaire sur cet article, cela me suffit pour récupérer l’adresse de chacun). Je m’occuperai ensuite d’insérer les vidéos dans le texte de l’article que vous aurez proposé.

En attendant demain, voici une très belle vidéo sur la chanson stand by me : cliquer ici

Discographie de Brassens (9)

1969. J’avais quinze ans. C’est à cette époque que j’ai rencontré l’oeuvre de Brassens. D’abord par une seule chanson. Ensuite par un album. La chanson, c’était Les Trompettes de la Renommée (qui figure sur le disque 7). L’album, c’était le 9ème. J’étais en classe de seconde au lycée Gérôme à Vesoul. C’est à la chapelle du lycée que nous nous retrouvions, avec Corinne et d’autres, pour écouter ce disque. Les paroles de Brassens ont probablement dû faire se retourner le Christ de la chapelle sur sa croix. Mais comme il ne pouvait pas se boucher les oreilles (because les clous), c’est probable qu’il garde encore en mémoire aujourd’hui les chansons de l’album 9 et qu’il les connaisse par coeur. Désolé pour ce supplice qui lui a été affligé. Mais j’ai dans l’idée qu’il a peut-être aimé ! Merci à Jean, l’aumonier du lycée, plus tard mon ami, aujourd’hui décédé, d’avoir permis ces moments que je considère aujourd’hui comme surréalistes et qui ont été importants dans mon histoire.

Comme dans tous les disques de Brassens, le thème de la mort est omniprésent. Peut-être plus encore avec ce neuvième disque.

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La première chanson liée à ce thème est un modèle d’écriture. Cette Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, Brassens l’a travaillée pendant des années. J’avais lu qu’il avait écrit plus d’une cinquantaine de couplets et qu’il avait ensuite réduit la chanson à treize seulement. Mais même avec treize couplets, vidée des trois quarts de sa longueur, la chanson reste la plus longue jamais enregistrée par Brassens. Dan et Dom m’avaient offert un splendide coffret, reproduction des manuscrits de Brassens. C’est un livre enchanteur, on y suit à la trace la construction de certaines chansons. Voici par exemple un fragment de couplet, non terminé, que Brassens éliminera par la suite de la version finale :

Si l’on pouvait se faire enterrer n’importe où
J’aimerais qu’on creusât ma tombe sur la plage
De Sète mon petit village
Où le sable est si dégueulasse mais si doux.

Puis vient l’histoire cocasse d’une rencontre amoureuse entre Brassens et … un Fantôme de passage. Le sexe y est suggéré d’une manière très drôle : « Je conviai sournoisement, La belle à venir un moment, Voir mes icones mes estampes ». Mais ce genre d’histoire n’arrive pas dans la réalité, ce n’était qu’un rêve, le réveil est un peu brutal et un peu dur avec ce père qui secoue l’oreiller en criant « Vains dieux, tu vas manquer la messe ! ». Très belle chute. Ne dit-on pas d’ailleurs que Brassens commençait la chanson par la chute, puis qu’il la continuait à reculons, à rebours.

De toute l’oeuvre de Brassens, La fessée, est l’une de mes chansons préférées. Les mots sont si évocateurs qu’on imagine précisément la scène, dans tous ses détails. Le cadre est mortuaire, insolite (une chapelle ardente), l’histoire est amorale (draguer la femme d’un copain autour de sa dépouille funèbre), le sexe est plus que suggéré (« menteuse la félure était congénitale ! ») et il y a beaucoup d’humour (« un tablier de sapeur, ma moustache, pensez ») et de tendresse (« et le troisième coup ne fut qu’une caresse »). Du grand Brassens assurément. Une manière de désacraliser la mort. Pourquoi cette chanson n’est-elle pas plus connue ?

La mort donc mais aussi la maladie. Brassens fait taire les bruits qui courent sur son état de santé (ne dit-on pas qu’il est atteint d’un cancer) pour rendre la monnaie de la pièce à la profession journalistique qui colporte des rumeurs. C’est cocasse et il en reste ces vers qu’on gardera longtemps en mémoire :

Si j’ai trahi les gros, les joufflus, les obèses
C’est que je baise, que je baise, que je baise,
Comme un bouc, un bélier, une bête, une brut’
Je suis hanté le rut, le rut, le rut, le rut !

(ce dernier vers étant un pastiche du texte de Mallarmé :
« Je suis hanté : l’azur, l’azur, l’azur, l’azur ! »)

L’amour est l’un des thèmes forts de Brassens, même s’il traite ce thème avec toujours beaucoup de retenue. La non-demande en mariage ne déroge pas à la règle. Il y a beaucoup de pudeur dans ce texte et un immense respect pour l’Autre (« De servante n’ai pas besoin … »).

On a souvent comparé Brassens à un chêne. Mais le chêne, aussi solide puisse-t-il paraître, comporte en lui-même sa propre fragilité. On n’oserait lui mettre en concurrence un vulgaire roseau. Et pourtant … Avec Le grand chêne, nous avons là l’une de ces chansonnettes dont Brassens a le secret. L’histoire est anodine mais la mélodie facile et enjouée fait qu’elle est restée dans la tête du public. Là aussi, toute l’histoire converge vers la chute (de l’histoire, pas de l’arbre) et cette idée un peu folle qu’il pourrait y avoir des arbres qui accèdent au paradis. Belle idée !

Brassens plein de retenue et de pudeur n’a jamais écrit de textes purement autobiographiques. Ce disque contient pourtant deux histoires qui sont largement inspirées d’expériences très personnelles : « Les quatre bacheliers » dans laquelle Brassens revient sur un petit cambriolage auquel il a participé et « L’épave » dans laquelle un flic devient le héros de l’histoire. Le flic est à condamner en tant que symbole mais derrière se tient aussi un Homme. Le discours est nouveau. Mais Brassens reste avant tout un anarchiste et affirme haut et fort, dans une autre chanson « Le pluriel », qu’il croit plus à l’individualité qu’aux groupements de tous poils :

« Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on
Est plus de quatre on est une bande de cons.
Bande à part, sacrebleu ! c’est ma règle et j’y tiens… »

Quelques années plus tôt, avec sa chanson « La complainte des filles de joie », Brassens avait pris parti pour cette profession. Dans ce 9ème disque, il va jusqu’au bout de sa démarche et n’hésite pas à montrer du doigt l’amour libre et celles qui font preuve d’une Concurrence déloyale à l’encontre de nos bonnes professionnelles du sexe. L’époque est à la libération des moeurs, Brassens tient là des propos que d’autres pourraient trouver quelque peu réactionnaires. Cette chanson, qui va à contre-courant de l’époque et de l’air du temps, est sans doute à rapprocher de celle qu’il écrira plus tard, une petite merveille d’écriture : « Chansonnette à celle qui reste pucelle ». Mais nous en reparlerons ultérieurement.

Brassens a toujours été tourné vers le passé. « Hors du temps, intemporel » diront les admirateurs, « passéiste », voire « vieux con » diront les plus critiques. Avec « le Moyenâgeux », Brassens affirme sans ambiguïté son attirance pour une époque lointaine. On sait que Brassens a vécu, même au sommet de la gloire, dans l’appartement de « la Jeanne » dans des conditions de confort plus que spartiates. Brassens n’a jamais eu besoin que du minimum vital. Et même le lit ne fait pas partie de ce minimum vital :

Je mourrai pas à Montfaucon,
Mais dans un lit comme un vrai con.
Je mourrai même pas pendard
Avec cinq siècles de retard.

Avec Le Moyenâgeux s’achève le 9ème album. Cette chanson est effectivement la conclusion d’un disque (« l’album de la maturité ») qui, écouté avec quarante ans de recul, n’a pas pris d’âge, est resté un peu hors du temps et garde aujourd’hui encore toute sa fraîcheur et sa portée.

Hey Joe !

Mon blog ne va quand même pas devenir une rubrique nécrologique, non ? Après Pavarotti, Jean-Baptiste Bizot, Voila-t-y pas qu’un géant du jazz nous quitte aujourd’hui : Joe Zawinul. Moi qui m’apprêtais à mettre en ligne un article sur la chèvre ventriloque, va falloir que ladite chèvre attende un peu que ces messieurs aient fini de mourir.

Il n’y a pas longtemps, j’avais entendu (ou lu ?) des propos d’un spécialiste du jazz qui disait que le jazz était une musique avant tout américaine et qu’il n’y avait que deux musiciens européens qui avaient apporté quelque chose à cette musique : Django Reinhardt et Joe Zawinul. Je ne sais pas ce que vaut ce jugement, n’accordant en général pas trop d’importance à ce que disent les « spécialistes » dont j’ai plutôt tendance à me méfier.

Ce que je peux dire, c’est que, comme toute une génération, j’ai été profondément marqué par la sonorité de Weather Report dans le début des années 70. Le son était inouï, il s’agissait là d’une tentative fabuleuse de fusionner le jazz et le rock. Joe Zawinul, musicien autrichien, avait fondé Weather Report avec le saxophoniste Wayne Shorter. S’était ensuite joint à eux l’un des plus grands bassistes de tous les temps : Jaco Pastorius dont le passage sur terre aura vraiment été trop court. Avec Miles Davis, John McLaughlin et Chick Corea, Joe Zawinul a été l’inventeur du jazz-rock. Plus tard, il avait créé le Zawinul Syndicate et avait alors permis au jazz d’approfondir ses racines africaines.

Joe Zawinul, « sorcier des claviers électriques et électroniques » , que l’on qualifiait de « jeune homme de 75 ans » avait une pêche d’enfer. Mais le cancer l’a rattrappé, comme tant d’autres. Le voici, toujours aux claviers, dans un document récent.

Les nouvelles vont vite, la mort de Joe Zawinul figure déjà dans l’encyclopédie en ligne Wikipedia.

Décidément, le 11 septembre est encore à marquer d’une pierre noire.

Encore un très grand qui fout l’camp

C’était il y a quelques années, lors d’un apéro je crois. Maryse nous avait lu, à Joëlle, Roland et moi, un texte très émouvant de Guy Carlier sur la rencontre fortuite entre Mstilav Rostropovitch et Serge Gainsbourg dans la basilique de Vezelay. Cette rencontre avait eu lieu juste au moment même où Rostropovitch s’apprêtait enfin à enregistrer les six célèbres suites pour violoncelle de Bach. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’écouter, avec le même bonheur, ce même texte par Guy Carlier lui-même. On peut trouver ce texte sur internet, il est à lire absolument (aller directement au deuxième texte de la page web des éditions Robert Laffont).

Hier, à Forum, le hasard a voulu que je tombe sur le DVD de Rostropovich interprétant ces six suites à Vézelay. Hier soir, le DVD acheté nous a délivré d’autres moments d’émotion avec la première des six suites. Très très beau (bien que ma préférence aille toujours à l’interpétation qu’en a fait il y a quarante ans Pierre Fournier) !

Ce matin, en allant en voiture à Besançon, riche encore de la musique de « Slava » dans la tête, depuis la veille, j’apprends sur France Musiques que Rostropovitch est mort ce matin. Pourquoi ais-je eu envie justement de l’écouter hier soir ? Etait-ce une intuition ?

Un talent exceptionnel a permis à Rostropovitch de devenir le plus renommé des violoncellistes du XXème siècle, dépassant même en célébrité Pablo Casals, incontestablement le plus grand. Mais l’histoire retientra aussi et surtout l’engagement de cet homme qui a su braver l’autorité soviétique, faire une première fois acte de dissidence en soutenant Soltjenitsyne lors de son prix nobel (1970) et lors de la parution de son livre L’archipel du Goulag (1973), puis une deuxième fois en 1975 lors de l’attribution du prix nobel de la paix à Andreï Sakkharov. Cette deuxième rebellion lui vaudra même la suppression de la nationalité soviétique. On se souviendra aussi de cette scène inoubliable lors de la chute du mur de Berlin.

Dans le monde de la musique classique, l’engagement n’est pas si courant que ça, non ?

Les soirées « Mezzo-Jazz » chez Dupdup (1)

Il y a quelques mois, j’avais organisé pour les blogueurs qui fréquentent ce site une petite soirée « vidéos musicales en noir et blanc ». Bebo & Cigala, Arno, Trenet, Barbara et quelques autres étaient au rendez-vous.

Il y a quelques semaines, j’ai parlé des émissions de jazz que j’enregistrais sur la chaîne Mezzo. J’ai terriblement envie de faire connaître, au travers de ces émissions, les artistes qui font vivre le jazz d’aujourd’hui. Aussi, dans la continuité de la première soirée, j’organise une petite soirée vidéos consacrée à une douzaine d’artistes actuels de jazz. La soirée est prévue le vendredi 13 juillet, elle est ouverte à tous ceux qui fréquentent ce blog, connus ou inconnus. Je donnerai des précisions ultérieurement sur le déroulement de cette première soirée « Mezzo-Jazz » qui pourrait être suivie par d’autres.

Une bonne radio de jazz

J’adore travailler en musique. Quand je suis à mon boulot, il y a toujours une musique qui tourne sur mon ordinateur. Discrètement évidemment, pour ne pas gêner le bureau d’à côté. Au travail, j’écoute presque toujours du jazz, parfois du blues. J’aime travailler dans cette ambiance et j’ai l’impression d’être plus efficace. Mais, petit problème, je commence à connaître les 60 disques de la série « Triomphes du jazz » et « Triomphes du blues » presque « par coeur » (« Parker » aurait dit Charlie).

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Alors, j’ai cherché sur le net une radio où il n’y aurait que du jazz et pas de commentaires. Je suis tombé assez vite sur une très bonne radio. Elle s’appelle radio-jazz-international et a été fondée par un amateur éclairé de jazz (Philippe Zumbrunn) qui, depuis 60 ans, a accumulé plus de 50 00 disques et documents sonores. Quand je suis au boulot devant mon ordinateur, je suis maintenant connecté en permanence à cette radio. On y passe du jazz récent, du vieux jazz, du jazz péléolithique des années 30, du jazz métissé, un peu de blues, j’aime beaucoup.

Lorsqu’on est sur la page d’accueil, il faut aller cliquer sur radio live. Ensuite, il suffit de ne pas quitter votre navigateur et la radio continue même si vous allez sur d’autres pages internet ou si vous allez bosser sur votre ordi. C’est le principe même de toutes les radios (attention quand vous avez la radio en ligne, il faut fermer la page d’accueil, sinon on a une superposition de deux musiques, celle de la page d’accueil et celle de la radio, ce n’est évidemment pas agréable).

Voilà, c’était juste pour vous signaler l’existence de cette radio sur laquelle vous pouvez essayer d’aller faire un tour :
http://www.radiojazz.ch/

Et vous, vous connaissez des radios de ce type, en jazz, en blues, en rock, en classique, en chanson française … ?

Roland Dyens et ses chansons françaises

Les disques de guitare classique ont toujours eu une place de choix dans ma discothèque. J’écoute souvent ces disques car j’aime énormément le son chaleureux de la guitare. Je me suis souvent demandé pourquoi la guitare classique n’a jamais été considérée comme une instrument noble, au même titre que le piano ou le violon. Peut-être la guitare souffre d’avoir une histoire trop récente. Car, après des siècles d’évolution, la guitare n’a acquis sa forme définitive qu’au 19ème sous l’action des luthiers italiens mais surtout espagnols qui arrivèrent enfin à obtenir le son qu’on lui connait aujourd’hui, en modifiant la caisse de résonnance, en ajoutant une sixième corde et en lui donnant la bonne longueur de cordes.

C’est peut-être en raison de cette forme définitive tardive que la guitare n’a jamais eu un répertoire très important. Mais le 19ème siècle, qui fut l’âge de la guitare, regorge de compositeurs peu connus, qui ont donné à cet instrument ses véritables lettres de noblesse : Sor, Carcassi, Tarrega, Albeniz… Cet âge d’or de la guitare allait se prolonger sur le 20ème siècle en changeant de continent avec des compositeurs comme Agustin Barrio Mangoré et surtout Heitor Villa-Lobos.

A ceux qui voudraient se familiariser avec cet instrument, je conseille d’écouter les adaptations de chansons françaises par Roland Dyens qui a déjà publié deux disques extraordinaires . On découvrira sur ces disques des adaptations époustouflantes de chansons connues (je dis « époustouflantes » car, à l’écoute, on a bien souvent l’impression qu’il y a deux musiciens), parmi lesquelles des oeuvres de Brel, Barbara, Montand, Ferré, Gainsbourg, Nougaro, Piaf … Ce disque est un très bel hommage à ces grands chanteurs.

Je n’ai pas trouvé sur le net de vidéos montrant Roland Dyens jouant ces morceaux. Par contre, j’ai trouvé quatre documents qui montrent des musiciens (surtout amateurs) interprétant certaines de ces chansons françaises transcrites par Roland Dyens : La foule (Edith Piaf), Ne me quitte pas, La Chanson des vieux amants (Jacques Brel) et L’hymne à l’amour (Edith Piaf). (cliquer sur les liens en couleur pour accéder directement aux vidéos).

Roland Dyens, professeur au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, est aussi compositeur. On le retrouvera sur une vidéo où il joue lui-même l’une de ses propres oeuvres : Tango en Skaï. Superbe !

Jazz sur Mezzo

J’écoute beaucoup de jazz. Toutes les formes de jazz. Enfin presque, car je ne suis pas très amateur de big bands. Les gros orchestres, la grosse artillerie lourde avec 20 musiciens, très peu pour moi. C’est un peu comme pour la musique classique, je préfère de loin les petites formations.

Chaque année, je vais au festival de jazz de Franche-Comté et de temps en temps au festival des musiques libres et improvisées où le jazz se mélange à la musique électronique pour en faire un mélange souvent complètement déjanté. J’aimerais aller en juillet à Jazz à Vienne mais on y dépasse chaque année les 100 000 personnes (eh oui, le jazz est bien vivant en France), c’est devenu un peu les eurockéennes du jazz et les grandes foules « de type big band » n’ont, là aussi, pas ma préférence.

Heureusement pour moi, il reste Mezzo. C’est une super chaîne qui fait partie du bouquet CanalSat et du bouquet TPS mais qui nécessite un abonnement particulier. D’une manière générale, je n’aime pas la télé (je n’ai pas regardé un seul journal télévisé depuis au moins cinq ans) et je dois avouer que Mezzo est la seule chaîne que je regarde. La chaîne est en grande partie axée sur la musique classique mais, depuis l’automne dernier, le jazz y occupe une place plus importante (voir ici les grilles des programmes de janvier et février). Tous les jours, la chaîne retransmet un concert récent du New Morning, de Jazz à Vienne, de Juan-les-Pin, de Marciac … ou un documentaire jazzy.

Les concerts sont toujours bien filmés, la qualité du son est irréprochable. Il s’agit de jazz actuel, parfois très free, parfois flirtant avec la musique électronique, parfois métissé avec des musiques du monde. Le jazz manouche est souvent à l’honneur. Les concerts repassent plusieurs fois (la première fois à 19H, les autres fois à 22H45 ou beaucoup plus tard dans la nuit). En quelques mois, j’ai vu des dizaines de concerts de très grande qualité : Carla Bley, Joe Zawinul, John Zorn, Erik Truffaz, Michel Portal, Le sacre du tympan, Joshua Redman, Wynton Marsalis, Paolo Fresu, Enrico Rava, Madeleine Peyroux, Magik Malik, Collectif Slang, Trio Rosenberg, Bireli Lagrène, Steve Coleman, Marc Ribot, André Ceccarelli, Didier Lockwood, John McLaughlin, Jacky Terrasson…

Comme je me suis équipé récemment d’un lecteur-enregistreur avec disque dur, j’ai gravé sur DVD les concerts que j’ai aimés, soit déjà une quarantaine en quelques mois. Evidemment, je peux prêter ces DVD aux personnes de ce blog que je connais et qui voudraient les visionner.

Le blues de Sonny Boy

Image en noir et blanc. Pièce austère au décor très sobre. Au milieu, un grand bonhomme à l’allure déguingandée. Et qui semble un peu étranger à notre monde.

Le son de l’harmonica retentit. Première notes longues et plaintives. Puis un rythme lancinant qui s’installe. Caméra hésistante qui zoome lentement pour s’arrêter sur un visage étonnant. La voix retentit. Un peu lasse mais si émouvante. Les trois mots répétés ressemblent à un hymne incantatoire Bye bye Bird, Bye bye Bird, … Devant le visage, les mains évoluent de manière incroyable. A-t-on déjà vu des mains pareilles ? Les doigts se lient, se délient et jouent une danse reptilienne autour de l’harmonica. Ils semblent presque faire l’amour à l’instrument. Le corps est animé de mouvements chaloupés. L’homme fait corps avec sa musique. Le deuxième couplet est aussi dénudé. Pendant que résonnent les trois mots Bird I’m gone, la caméra refait le chemin inverse. Zoom arrière donc. L’harmonica est alors planté dans le bouche et les mains continuent ailleurs leur travail : les doigt claquent puis les mains se frappent.

La danse hypnotique se termine en douceur. Dos voûté, saluant timidement le public, Sonny Boy Williamson quitte le champ de la caméra sur la pointe des pieds. Le coeur du spectacteur bat alors très fort.

Scène filmée en 1963, avec une seule caméra. Sobriété de moyens typique de l’époque. Et qui sied à merveille à cette musique dépouillée. Toute la magie du blues condensée dans trois minutes d’émotion.

Discographie de Brassens (1)

Nous sommes une douzaine de personnes à nous retrouver tous les mois pour jouer et chanter Brassens : quelques jeunes mais aussi des vieux quinquas comme moi. Bah, on se dit pour se rassurer que le temps ne fait rien à l’affaire !

Le principe de nos soirées est assez simple : aborder chaque mois l’un des disques du maître. Même si les chansons de Brassens font partie de mon quotidien, j’aime bien cette idée de revisiter toute son oeuvre de manière systématique, sans mettre de côté une seule des chansons. Je crois que chacune d’entre elles fait partie d’un tout et le vrai personnage de Brassens ne prend toute sa cohérence qu’à la lecture de l’ensemble.

En marge de ces soirées entre copains, j’ai pensé qu’il pouvait être sympa aussi de parler sur ce blog de chacun des disques concernés. Oh je sais, les textes et les paroles des chansons de Brassens se suffisent à eux-mêmes et il n’y a rien, absoument rien, à rajouter. Mais ça peut permettre, en en parlant aussi avec d’autres, en dehors du cadre fermé de ces soirées, de donner un peu plus de corps et d’ouverture à ce projet. Peut-être que la tentative est vouée à l’échec, mais bon, essayons toujours … Tous les commentaires sont les bienvenus, qu’il concernent directement les textes eux-mêmes ou des anecdotes et des précisions sur la vie de Brassens à l’époque du disque traité.

Notre groupe amateur ayant débuté de manière très originale par … le disque n°1 (notre référence est « l’intégrale classique » dont le premier vinyle est paru en 1965 et qui comprend 12 disques), commençons nous-aussi par ce disque qui comprend 12 titres. Dans l’ordre : La mauvaise réputation – Le fossoyeur – Le gorille – Le petit cheval – Ballade des dames du temps jadis – Hécatombe – La chasse aux papillons – Le parapluie – La marine – Corne d’aurochs – Il suffit de passer le pont – Comme hier.

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Ma chanson préférée du disque est incontestablement Le fossoyeur. J’aime cette chanson qui parle de la mort, « le » thème de prédilection de Brassens. Lorsque j’ai commencé ce blog en début 2006, j’avais écrit un article complet sur cette chanson avec un titre un peu osé « Brassens, bluesman ? ». Les nouveaux lecteurs de ce blog le retrouveront dans la rubrique « coups de coeur » ci-contre, l’article date du 5 février.

Ce qui me frappe dans le fossoyeur mais aussi dans plusieurs autres chansons de ce disque, c’est la facilité avec laquelle Brassens nous raconte une histoire, dresse un tableau, en très peu de mots. Quatre ou cinq couplets seulement et tout est dit. Cette concision est la marque de fabrique des débuts de Brassens. On la retrouvera encore sur les disques suivants, puis de plus en plus rarement. Dans l’eau de la claire fontaine (sur le 7ème disque) sera l’ultime chanson courte et cloturera définitivement cette époque. Viendra ensuite le temps des chansons-fleuves dont nous reparlerons bien plus tard. Plusieurs chansons de ce disque seront interdites à leur sortie. En se penchant sur les paroles du gorille, on comprend un peu pourquoi. Mais en écoutant la très touchante scène champêtre qu’est la chasse aux papillons, on reste dubitatif sur les raisons de son interdiction. Les années 50 et 60 étaient-elles répressives à ce point ? On a du mal à se l’imaginer aujourd’hui.

C’est vrai que les écrits de Brassens sont lourds de sens. C’est la première fois qu’apparaît sur la scène française des textes avec un tel poids des mots. La chanson le gorille est l’un des meilleurs exemples dans l’oeuvre de Brassens de cette force du verbe. Il n’y aura probablement plus jamais, dans une seule chanson française, une chute aussi puissante que ces quatre vers : Car le juge au moment suprême, Criait maman pleurait beaucoup, Comme l’homme auquel le jour même Il avait fait trancher le cou. Et c’était écrit dès 1946 ! Cette chanson est musicalement plutôt pauvre (alternance sur deux accords seulement) mais je crois qu’une musique plus aboutie aurait enlevé de la force aux mots. Pour que les paroles s’incrustent dans la tête de l’auditeur, il fallait cette sobriété, ce rythme qui ressemble plus à une marche militaire qu’à une chanson, et cette manière hachée de scander les mots. Pur génie de Brassens ?

J’ai un faible pour la chanson la Marine, écrite par Paul Fort. Je suis un inconditionnel des valses écrites par Brassens. Il en écrira malheureusement assez peu dans sa carrière. Dans notre petit groupe de musiciens amateurs, la marine est devenue notre chanson de ralliement, celle que l’on chante et joue à chaque fois, parfois plusieurs fois de suite et ce n’est pas un hasard. Car cette chanson s’impose par la simplicité et la force de sa mélodie.

Il y a 25 ans : Brassens

Le 25ème anniversaire de la mort de Brassens a eu lieu dimanche dernier, 29 octobre. Je m’attendais à ce que les médias s’apesantissent sur l’oeuvre du bonhomme mais non, peu de choses ont paru dans la presse. La couleur de la jupe de Ségolène avait sans doute plus d’importance. Même Télérama n’a pas été de la fête ! Jusqu’à quand ce journal – le plus parisien de tous les journaux parisiens – va-t-il continuer de baisser dans mon estime ? Celà va t-il s’achever par le non-renouvellement de mon abonnement ?

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Signalons toutefois le dernier numéro de la revue trimestrielle Chorus, qui consacre 57 pages au maître. Je n’avais pas lu cette revue depuis plusieurs années, et je dois dire que j’ai d’abord été agréablement surpris par sa présentation très claire et bien illustrée. Et puis je m’attendais au pire car presque tout a été dit sur Brassens. Il faut dire que de son vivant, il était devenu au fil des années une véritable et vénérable institution, qu’il s’était « statufié » et que son « histoire officielle » s’est définitivement écrite dans les années 60 et 70. Histoire écrite dans le marbre. Plus rien donc à ajouter. Et puis Brassens est devenu tellement consensuel … !

Justement, le premier article de Chorus (écrit par Bertrand Dicale) a pour titre « Brassens, en danger de consensus » et rappelle que Brassens n’est pas seulement l’auteur de textes que l’on trouve dans les livres de français et aux épreuves scolaires, mais aussi celui qui a écrit de véritables textes subversifs, tels que « les patriotes », que l’Education Nationale ne proposera jamais à la réflexion des élèves.

Un excellent article signé également de Bertrand Dicale s’appelle « la prière du mécréant » avec comme sous-titre « Et si Georges Brassens le mécréant avait conservé pour la religion de son enfance une nostalgie inavouée ? ». Là aussi, la question posée n’est pas habituelle et ce n’est pas pour me déplaire. Le contenu de l’article est à la hauteur de ce que semblait laisser espérer le titre.

Un autre article est consacré à une interview de Patachou, qui avait permis à Brassens de chanter pour la première fois en public en mars 1952. Patachou avait toujours refusé de parler de Brassens. Mais voilà qu’à 88 ans, elle se livre un peu au travers de deux petites phrases : « Mon histoire avec Brassens, ça se résume à peu de choses ….mais au fond je crois que c’était surtout l’histoire d’un homme et d’une femme qui se sont aperçus qu’ils avaient une furieuse envie l’un de l’autre. Ils ont fait ce qu’ils avaient envie de faire ensemble, pour le temps que ça a duré, c’est à dire un an, jusqu’à ce que je parte pour l’Amérique ». Tiens, tiens, c’était pas dans l’histoire officielle, tout ça… !

Parmi les autres articles de la revue, je retiendrai celui où des chanteurs actuels donnent leur sentiment sur l’oeuvre de Brassens. Parmi eux : Aldebert, Alexis HK, Benabar, Vincent Delerm, Jamait, ….

A acheter donc sans réserves, même si le prix (13 euros) est un peu élevé. Attention, la plupart des bureaux de tabac n’ont pas cette revue. Il faut donc chercher un peu avant de trouver.

J’ai toujours aimé Brassens pour la manière dont il traite la mort dans ses chansons. J’avais envie d’écrire un petit article sur le sujet mais voilà que leMonde.fr, qui me gonfle beaucoup en ce moment, s’est rattrapé hier, jour de la Toussaint, en publiant un excellent article de Francis Marmande. Avec un nom pareil – la marmande étant une super variété de tomate – je dois dire que j’ai lu l’article avec un a-priori plutôt positif !

« Bianco y negro » par Bebo & Cigala

L’expression « noir et blanc » est souvent utilisée pour qualifier une chose qui est sans nuances. Exemple de phrase entendue : « le monde n’est pas noir et blanc, il est bien plus nuancé que ça ». S’il est un domaine où le noir et blanc est au contraire synonyme de nuances, c’est bien celui de l’image. La photographie et le cinéma en noir et blanc, par exemple, offrent toute une gamme de nuances que la couleur est incapable de proposer. Quel plaisir que de contempler le visage de vieux jazzmen ou de vieux bluesmen que la pellicule de l’époque – forcément en noir et blanc – a immortalisé ! N’avez-vous pas remarqué que les photos en noir et blanc de Brassens dégagent beaucoup plus d’émotion que celles qui ont été faites en couleur ?

En ce moment, je regarde quelques vidéos musicales dont les artistes (il s’agit d’artistes actuels) ont délibérément opté pour le noir et blanc. Par exemple celle du chanteur belge Arno dont je parlerai un jour sur ce blog. Et celle de Bebo & Cigala … !

Ah, Bebo et Cigala … ! Le concert live débute par une superbe intro à la guitare. Un visage apparaît dans l’obscurité, celui de Bebo qui chante une magnifique mélodie en espagnol, d’une très belle tristesse. Les paroles ne sont pas très joyasses : « Il est un lieu où les arbres pleurent et où je pleure sans fin ». L’image noir et blanc convient à merveille à cette ambiance de tragédie. Et puis d’un seul coup, changement de rythme, le piano prend le relais dans un registre plus festif, très inspiré de la musique cubaine et joué par un vieux monsieur qui semble avoir 80 ans, qui possède de longues mains démesurées incontestablement faites pour le piano, et dont le visage ressemble à celui d’un criquet (vous savez : le criquet qui est dans le film Pinocchio !), d’où j’imagine son nom de Cigala. La voix et le piano se rejoignent majestueusement, la guitare restant au deuxième plan. Le percussionniste et le contrebassiste sont ensuite de la partie et le morceau qui s’achève est un parfait modèle d’équilibre entre les différents instruments.

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Dans un commentaire sur ce blog, Vincent avait proposé une soirée chez lui autour de la musique de Nougaro. Nous nous étions retrouvés à quatre en juillet à Besançon pour une belle soirée consacrée aux textes très émouvants du chanteur toulousain.

Aujourd’hui, je reprends momentanément l’idée de Vincent (en espérant que d’autres se l’accapareront aussi par la suite) et propose une petite soirée à la maison, à une douzaine de kilomètres de Besançon, à la frontière de la Haute-Saône. Je ne sais pas encore ce qu’il y aura exactement au programme : des extraits de concerts en noir et blanc de Bebo & Cigala, peut-être Arno, quelques vieux bluesmen des années 60 et puis probablement quelques extraits du DVD Swinging Bach dont j’avais parlé au tout début de ce blog, en janvier dernier. Le rendez-vous est à 19H30 mardi prochain 31 octobre (le lendemain, c’est férié !). Je prévois quelques petites bricoles à grignoter, quelques bières évidemment.

Ceux qui ne me connaissent pas peuvent simplement mettre un commentaire disant qu’ils viendront. Comme leur adresse e.mail m’est systématiquement transmise par ailleurs, je leur enverrai les renseignements pour trouver la maison. Il n’y a pas beaucoup de place mais on peut toujours se serrer. Avis donc aux amateurs ! C’est un peu expérimental comme type de soirée mais bon, on verra bien ce que ça donne !

Ces vieux qui tiennent encore la route !

Je n’éprouve qu’un plaisir limité à écouter les rockers vieillissants dans leurs musiques d’aujourd’hui. Il est rare que l’inspiration des débuts soit encore au rendez-vous. Les Rolling Stones continuent, année après année, à mouliner une espèce de rock ‘n roll toujours dynamique mais sans vraiment de surprise pour l’oreille. Les plus complaisants des auditeurs diront que les Stones sont devenus « une véritable institution », les plus critiques « une caricature d’eux-mêmes ». Une chose est sûre : le spectacle a remplacé la musique … même si c’est du bon spectacle (et même du très grand spectacle !).

Mes véritables émotions musicales des dernières années viennent de musiciens beaucoup plus jeunes : Devendra Banhart, Bright Eyes, Sufjan Stevens ou Cat Power.

Mais bon, ne jetons pas tous les vieux à la poubelle (car je pourrais malencontreusement les y rejoindre) il y en a qui arrivent encore à donner le meilleur d’eux-mêmes alors qu’ils ont allègrement dépassé la soixantaine, c’est par exemple le cas de Van Morrison (le célèbre chanteur de Them, auteur de Gloria en 1966) qui continue au fil des années de sortir des disques très inspirés.

L’année 2006 aura été marquée par deux grands disques réalisés par des rockers d’un autre siècle et qui ont tenu cette année le haut de l’affiche de l’actualité musicale : Paul Mc Cartney (qui a sorti en début d’année le meilleur disque peut-être de toute sa carrière, un disque digne de l’époque des Beatles) et puis surtout Bob Dylan.

Il y a un réel phénomène Dylan depuis le 28 août dernier, date de la sortie de son dernier disque. C’est la première fois dans l’histoire de la musique qu’un artiste de 65 ans est n°1 des ventes (aux Etats-Unis mais aussi dans d’autres pays) (Dylan n’avait plus été au sommet des ventes depuis la sortie de son disque Desire en 1975) et il semblerait qu’il fasse un tabac un peu partout. La presse française a été nombreuse à relayer l’événement. 192 000 CD ont été vendus dès la première semaine aux Etats-Unis (celà dit, les chiffres des ventes n’ont souvent qu’un lointain rapport avec la qualité des disques et ne prouvent rien !).

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Comme je parle chaque mois, de manière chronologique, des disques de Dylan, que je n’en suis qu’au 5ème et que ce dernier disque ne sera chroniqué que dans 3-4 ans, je ne vais pas trop anticiper. Simplement dire que Modern Times, n’est pas, contrairement à ce que pourrait suggérer le titre, une musique très moderne. On est plutôt proche des racines de la musique qui a marqué la première moitié du 20ème siècle : blues countrysant, rythm’ n’ blues et ballade.

L’ambiance générale du disque est plutôt calme malgré un Rollin’ and Tumblin’ débridé. Il y a quelque chose de très nouveau dans ce disque de Dylan, peut-être que c’est à cause de la voix qui est plus lente que d’habitude et mise en tout premier plan. Ce disque ressemble plutôt à la confidence d’un proche.

Le Monde.fr a écrit que Dylan semblait dans ce disque plus dégoûté par le monde que révolté. Peut-être que les paroles expliquent cela mais j’ai plutôt le sentiment d’écouter un Dylan en paix avec lui-même et avec le reste du monde. Il y a un je ne sais quoi de magique et d’envoûtant dans ce disque, c’est la première fois d’ailleurs que dans la voiture j’écoute le même CD en boucle depuis dix jours et je n’ai pas l’impression que cela ait un rapport avec un quelconque Althzeimer naissant !

A acquérir donc sans hésiter !

Nouvelle intégrale des éditions Brilliant

Le monde de la distribution du disque classique a subi un electrochoc l’an passé avec la mise sur le marché, par les éditions Brilliant, de l’intégrale Mozart. Non pas qu’il s’agisse d’une deuxième intégrale Mozart, ce qui est déjà un événement en soi, mais à cause et surtout de son prix incroyable : 99 euros pour 170 CD, mettant le CD à moins de 60 centimes.

La surprise a été aussi du côté de la qualité : les critiques ont été quasiment unanimes pour saluer la richesse des interprétations (supérieure même à celles de la première intégrale Phillips, parue en 1991 lors du bicentenaire de la mort de Mozart) et la qualité technique des enregistrements. Le succès a été au rendez-vous malgré quelques critiques venant de quelques « coincés-du-cul » pour qui il est proprement inadmissible que l’on mette Mozart à la portée de la plupart des bourses, voir à ce propos un article intéressant du directeur des éditions Abeillemusique.com.

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En février 2006, 100 000 coffrets Mozart étaient déjà distribués en France et il semblerait aujourd’hui que le nombre de disques de cette intégrale vendus soit supérieur à tout ce qu’il se vend comme disques de musique classique. Le marché du disque classique en a été boosté comme jamais. Bon nombre de personnes qui n’avaient jamais écouté Mozart se sont vues offrir un coffret à Noël. Espèrons au moins qu’elles auront la curiosité de mettre un disque sur la platine… !

Bien sûr, on peut se poser la question de la nécessité de cet achat qu’on mettra toute une vie à digérer (d’autant plus que 2006 étant le 250ème anniversaire de la naissance de Mozart, nous sommes tous un peu victimes d’indigestion, non ?) et sur cette nouvelle manie, très liée à notre époque, de « consommer de la musique au kilomètre » (et malheureusement je ne suis pas le dernier !).

Les éditions Brilliant ont récidivé, avec un coffret consacré à ce grand compositeur qu’est Chostakovitch (assurément le plus grand symphoniste depuis Beethoven, bien que je sois plutôt un accro de ses quatuors pour cordes) : 27 CD pour 63 euros environ. Il ne s’agit pas là d’une véritable intégrale car il y manque les oeuvres vocales, les oeuvres pour piano solo et les opéras.

Tout ça pour vous signaler un nouvel événement discographique : les éditions Brilliant sortent demain 31 août une « intégrale Jean-Sébastien Bach », la première sur le marché : 155 CD pour un prix de 89 euros. L’événement est de taille, il était annoncé depuis un an.

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Bach étant moins facile, moins « immédiat », moins médiatisé aussi que Mozart, on peut se demander si le succès sera aussi au rendez-vous. Il y a pourtant tellement plus de modernité dans Bach !

Auprès de son arbre

Parmi les nombreux DVD musicaux sortis récemment, signalons la sortie d’un très beau document consacré à Georges Brassens. Ce DVD intitulé Auprès de son arbre est composé de deux parties, la première consacrée exclusivement à Brassens, la deuxième aux chansons qu’il n’a pas eu le temps de chanter avant sa mort.

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Les 27 chansons de la PREMIERE PARTIE sont essentiellement des extraits d’émissions télé réalisées par André Frédérick. Aucune surprise dans cette première partie, Brassens reste Brassens, toujours égal à lui-même. Même si les chansons de Brassens m’accompagnent presque quotidiennement, c’est toujours un grand plaisir de revoir son visage chaleureux et d’y surprendre quelques sourires. Sourires d’autant plus généreux que Brassens est souvent entouré sur le plateau télé de ses amis, notamment Raymond Devos (qui joue même de la clarinette), Lino Ventura, Fred Mella (des Compagnons de la Chanson)…

Les chansons de ce disque sortent un peu des sentiers battus (Marquise, Stances à un cambrioleur, Les amours d’antan, …) et c’est très bien ainsi ! On notera un très beau passage, Brassens interprétant La plus ceci la plus cela en présence de Mireille, qui est l’auteur de la chanson. Juste un petit bémol à cette première partie : quelques arrangements un peu douteux ont été plaqués sur certaines chansons (notamment Les amoureux des bancs publics, La femme adultère et Le Petit cheval). Dommage car la contrebasse de Pierre Nicolas et la guitare de Joël Favreau suffisent largement à mettre en valeur les textes du Maître.

La SECONDE PARTIE de ce DVD est une vraie surprise. Il s’agit du Grand échiquer de Jacques Chancel enregistré en novembre 82, un an après la mort de Brassens. Jean Bertola vient y chanter 9 chansons que Brassens n’a pas eu le temps de chanter. J’ai été surpris d’apprendre que Brassens, un an avant sa mort, avait déjà anticipé sa disparition et souhaité par écrit que d’autres se penchent sur ses chansons, citant d’ailleurs Jean Bertola comme interprète possible.

J’aime beaucoup la modestie dont fait preuve Jean Bertola tout au long de l’émission et son effacement derrière l’oeuvre de Brassens. La qualité d’enregistrement de l’émission est très bonne, les arrangements ingénieux des chansons en font, à mon avis, des modèles d’équilibre (on pourrait regretter que l’esprit Brassens ne soit pas complétement respecté avec l’ajout d’un piano – remarquablement tenu par Maurice Vander – mais c’est un parti-pris qui peut être défendu).

Et puis il y a sur ce plateau du Grand échiquier les proches de Brassens qui apportent tous leur caution au choix de Jean Bertola comme interprète des dernières chansons. Tous les amis présents amènent un éclariage particulier, très émouvant, sur Georges Brassens (ses musiques, ses derniers mois de sa vie,…) : Bertola d’abord, qui était aussi un ami de Georges, mais aussi Pierre Nicolas (le contrebassiste, irrésistible lorsqu’il parle des techniques musicales de Brassens), Eric Battista (l’ami sportif, à qui Brassens avait confié certaines de ses dernières mélodies), Pierre Onteniente (dit Gibraltar, secrétaire particulier et détenteur des derniers manuscrits de Brassens) et le Docteur Bousquet (chez qui Brassens mourra).

9 chansons donc, entrecoupées de paroles et de témoignages aussi émouvants les uns que les autres ! Avec évidemment en plus « l’esprit Brassens » qui plane en permanence sur cette émission.

Le prix du DVD varie de 19 à 22 euros selon l’endroit où on l’achète. Un argument de plus : la durée qui est très généreuse : 2H15 de musique qui sont aussi 2H15 de vrai bonheur (et même beaucoup plus, car longtemps après, les chansons de Brassens vous habitent encore !)

John Mayall, figure de légende (1)

Le blues a imprégné de manière durable toute la musique occidentale et influence encore de nombreux groupes rock d’aujourd’hui. Cette musique est née dans les années 20 aux Etats-Unis mais y est restée plus ou moins confidentielle, concurrencée fortement pas le jazz. Ainsi, la plupart des bluesmen pionniers de cette époque ont vite sombré dans l’oubli. Au début des années 60, la jeunesse blanche américaine redécouvrait certains de ces authentiques musiciens (c’est par exemple le cas de Skip James dont traite le film de Win Wenders : the Soul of a man, que je vous conseille) mais la plupart des musiciens créateurs du blues étaient morts à cette époque, certains n’ayant même pas été enregistrés par les producteurs. Probablement que l’impact considérable du rock ‘n roll, joué surtout par des musiciens blancs (Elvis Presley, Eddy Cochran, Gene Vincent …), musiciens qui avaient finalement repris le cadre musical du blues (avec ses trois accords de Mi7, La7 et Si7) a conduit la jeunesse américaine à se replonger dans les racines du rock et à découvrir cette filiation directe avec le blues.

Rejetés ou incompris dans leur pays d’origine, certains bluesmen authentiques n’ayant pas trouvé le succès aux Etats-Unis sont venus s’installer en France dans les années 60 et ont contribué à faire connaître cette musique dans notre pays. C’est notamment le cas du guitariste Big Bill Broonzy et du pianiste Memphis Slim (dont il existe un somptueux enregistrement live de l’époque, au caveau des Trois Mailletz à Paris en 1962).

Mais ce sont surtout les musiciens blancs qui ont contribué à faire connaître le blues en Europe. Les Rolling Stones étaient de vrais amoureux du blues (ils étaient en particulier fans de Muddy Waters) et leurs cinq premiers disques témoignent de leur profond attachement à cette musique … l’énergie rock en plus ! Plus tard, les Stones deviendront cette immense institution que l’on connaît aujourd’hui.

John Mayall fut celui qui contribua le plus à perpétuer cette musique en Europe. Après avoir fait ses armes musicales avec des groupes divers dès 1956, il fonde en 1963 le légendaire « Bluesbreakers » qui eut une influence considérable sur la musique de cette époque. Les musiciens des années 60 qui passèrent à l’école « Mayall » connurent des destins prestigieux : d’abord Eric Clapton (aujourd’hui infiniment plus connu que le maître), Jack Bruce (qui fonda avec Clapton le groupe Cream) et Mick Taylor qui alla ensuite rejoindre les Stones (dont il fait encore partie aujourd’hui) après la mort de Brian Jones. L’année 1969, avec la sortie du célèbre disque « Turning Point » marque la fin des Bluesbreakers (que Mayall reformera de manière épisodique dans les années 80) et le départ du bluesman pour les Etats-Unis qu’il ne quittera plus. John Mayall est un musicien « accompli » qui joue aussi bien de l’harmonica, de la guitare que du piano. Aujourd’hui, John Mayall a plus d’une cinquantaine de disques à son actif et je pense d’ailleurs parler prochainement dans mon blog d’une petite sélection de ses disques incontournables (il me faudra aussi parler des deux autres grands musiciens de blues blancs : Rory Gallagher et Johnny Winter).

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En 2003, John Mayall a fêté ses 70 ans, entouré d’Eric Clapton et de Mick Taylor, lors d’un concert mémorable à Liverpool.Cet article dans mon blog n’a qu’un but, certains l’avaient peut-être déjà compris : vous dire que le vieux bluesman qui vient se produire le 23 mars prochain à Besançon n’est pas n’importe qui !

Vladimir Vissotski, l’écorché vif

Il y a un chanteur dont il me faut absolument parler, tant il occupe une place particulière et marginale dans la chanson, et tant il a marqué son pays natal, la Russie, par son passage éclair, tel un météore.

Mort à 42 ans en 1980 d’une crise cardiaque, après de nombreux excès dus à l’alcool et au tabac, Vladimir Vissotski a été découvert par hasard : après avoir composé des chansons plutôt confidentielles, un ami décide de l’enregistrer. La cassette est alors copiée et colportée, de main en main, « sous le manteau » dans toute la Russie. C’est à ce moment que débute sa courte mais extraordinaire carrière de chanteur (il a été écouté par des millions de russes), boostée par le fait que toutes ses chansons, trop politiques, ont été officiellement interdites et, par réaction, se sont mises à circuler partout, tant elles reflètaient le triste sort et le quotidien de la population russe, alors sous emprise communiste.

C’est au début des années 80 que j’ai découvert Vladimir Vissotski. Il y a plus de vingt ans, Joëlle est tombée sur une émission de Bernard Pivot au cours de laquelle était invitée la veuve de Vladimir, l’actrice française Marina Vlady (qui avait été mariée avant à Robert Hossein et qui épousera après la mort de Vladimir, Léon Schwartzenberg). Dans cette émission, un reportage étonnant montrait Vladimir hurlant sur sa guitare.

Le mot « écorché vif » est celui qui sied le mieux à ce poète. Il m’est impossible de décrire l’impression que me laisse à chaque fois l’écoute de Vladimir Vissotski. C’est pourquoi je préfère citer Marina Vlady : « Cette voix que l’on ne peut confondre avec aucun autre. Poète violent et rare, les consonances des mots s’entrechoquent et donnent encore plus de force au cri… Il peut hurler comme un loup blessé, puis chanter l’amour avec douceur et tendresse, crier son indignation, sa colère, son désespoir en s’arrachant la glotte ou passer du ton gouailleur des faubourgs au lyrisme le plus pur. Ceux qui l’ont entendu chanter, qui l’ont vu jouer, ne peuvent oublier l’émotion ressentie. ».

Le disque « le vol arrêté » paru aux éditions du Chant du monde, est le plus beau témoignage discographique de l’œuvre de Vladimir Vissotski. Les textes sont en russe mais le livret est magnifique, il présente une très belle traduction et on arrive à peu près à suivre les paroles. Mais attention, l’écoute n’est pas facile, on n’en ressort pas indemne car la voix est dure, rauque, rapeuse (accentuée par le caractère un peu guttural de la langue russe), on ne peut rester indifférent à une telle manière de chanter. Les textes sont souvent d’une noirceur absolue (il suffit d’ailleurs de lire la traduction des titres pour se faire une idée : « les cabans noirs », « à l’hôpital », « le vol arrêté », « l’écho fusillé », « la poursuite », « la demeure étrangère », « la voile déchiré », « l’ornière », « la chasse aux loups », « l’homme fini »).

Ceux qui aiment les choses lisses, un peu aseptiques, passeront leur chemin. Quant à ceux qui aiment les émotions fortes, ce disque est pour vous … !

Brassens, bluesman ?

En ce moment, comme j’ai la gorge un peu enrouée depuis plusieurs semaines, je ne peux pas m’exercer sur les chansons de Brassens (et en plus, Stéphane m’a emprunté ma seule guitare … pour le concert de la Nef des Fous qui a lieu ce soir). Plusieurs semaines sans être accompagné des chansons de Georges, c’est un peu dur, moi qui en ai fait mon quotidien ! Alors, j’en profite pour réécouter les disques du maître, chose qui ne m’arrive pas très souvent. A leur écoute, plusieurs commentaires me viennent et ça me donne envie d’écrire quelques articles à ce propos. Il pourrait donc y avoir plusieurs articles sur Brassens dans les semaines qui viennent. Oui, je sais, je m’étais promis de parler de plein de gens peu connus (Louki, Caussimon, Haillant, Jonas, Bertin…) avant d’évoquer Brassens. Mais je suis désolé, j’y reviens toujours et inlassablement. Et puis, j’ai encore du temps pour parler des autres (d’autant plus que vous avez été plusieurs à souhaiter longue vie à mon blog).

Brassens n’a jamais écrit de chansons vraiment tristes, l’humour finit toujours par l’emporter, même – et surtout – lorsqu’il parle de la mort, qui est son thème de prédilection (« les funérailles d’antan », « la ballade des cimetières » , par exemple, regorgent de traits humoristiques). Même dans la chanson « le testament » qui est un sujet grave et qui compte quelques passages très noirs (« je serai triste comme un saule », « est-il encore debout le chêne ou le sapin de mon cercueil ? », « me v’la dans la fosse commune, la fosse commune du temps »), Brassens ne peut s’empêcher de prendre les choses un peu à la rigolade, comme s’il faisait la nique à la mort, en émaillant son texte de mots d’esprit et de propos ironiques. Si l’on excepte « Pensées des morts » que Brassens a mis en musique tardivement (mais dont le texte superbe est de Lamartine), les très rares chansons foncièrement tristes qu’il a écrites lui-même datent toutes de ses débuts de chanteur.

Parmi ces rares chansons, il y en a une qui retient particulièrement mon attention, il s’agit du « fossoyeur » qui figure sur son tout premier disque. La chanson est bouleversante, c’est une véritable complainte, complainte de celui qui refuse la mort et ne peut se résoudre à faire ce triste travail qui est d’accompagner à la fosse ses « clients ».

Mais au-delà des paroles, c’est aussi la musique qui me frappe. Elle colle si bien au texte, elle est si évocatrice, avec son rythme lancinant, qu’on imagine même le décor de la chanson : au bord d’une tombe, un pauvre fossoyeur égrène quelques notes et paroles tristes. A chaque écoute, la chanson me fait immanquablement penser à un blues. D’abord par sa noirceur et sa tristesse sans fond, par la sobriété de la ligne mélodique et par un très bel accord de La7M qui souligne ce sentiment de tristesse. Cette impression est peut-être renforcée par le fait qu’on y trouve les trois accords classiques du blues (Mi7, La7 et Si7).

Mais c’est surtout par l’ambiance générale de la chanson, son côté plaintif et résigné (on a l’impression que tout le poids du monde pèse sur les épaules de ce fossoyeur), que cette chanson s’apparente vraiment à un blues, peut-être pas d’un strict point de vue musical, mais en tout cas par l’esprit. Bien sûr, le blues ne peut pas se restreindre à ce côté plaintif et résigné. C’est vrai. Mais je fais surtout référence à la première période du blues, celle qui a vu naître les génies de Robert Johnson, Blind Willie McTell ou Skip James (oui je sais, vous n’étiez pas nés … moi non plus) dans les années 20 ou 30 et non du blues tel qu’on l’entend aujourd’hui, avec ses longs solos de guitare électrique, mis à la sauce du public blanc par des gens de talent que sont John Mayall (qui a formé Eric Clapton. Au fait, le saviez-vous, Mayall passe à Besançon le 23 mars) et par les Stones.

Mais revenons à la chanson. Ce fossoyeur, on l’imagine aussi très solitaire (même si Brassens parle des copains qui « s’amusent de moi, y’m’disent mon vieux par moment, t’as une figure d’enterrement ») ! Là aussi, il y a encore un autre point commun car le blues aussi est une musique de solitaire (contrairement au jazz, et encore plus au gospel, également nés en Amérique, qui sont avant tout des musiques communautaires et collectives).

Alors Brassens, bluesman ? Ce concept vous choque-t-il ? Mon ami Vincent va-t-il encore dire que j’ai fumé la moquette ? Quelqu’un a-t-il un avis sur la question ?

Maxime et les chansons du Maître.

Hier soir, Maxime Leforestier était à Besançon au Kursaal pour interpréter les chansons de Brassens. En arrivant plus d’une demi-heure avant le spectacle, j’espérais être dans les premiers rangs mais la salle était ouverte et une bonne partie était déjà pleine (la soirée fonctionnait à guichets fermés). Je me suis donc trouvé relégué au 20ème ou même peut-être au 30ème rang.

Une voix d’aéroport (mais en moins sexy, très monocorde, presque déprimée et sans même l’accent franc-comtois de circonstance) nous a demandé d’éteindre nos portables. La lumière a diminué progressivement puis Maxime est arrivé. Tenue simple, sourire chaleureux, très détendu, à l’image même du concert qui allait suivre.

Avec sa seule guitare pour accompagnement, il a entonné la première chanson « le temps ne fait rien à l’affaire ». A partir de la deuxième, la soirée s’est déroulée telle une loterie : les spectateurs choisissaient un nombre de 1 à 99 et Maxime chantait la chanson correspondante. Il y a bien sûr quelques inconvénients mineurs à cette méthode aléatoire (les 10 premières chansons étaient presque sur le même rythme, il n’y a eu aucun rythme de valse, quasiment aucune chanson des disques 7,8, 9 et 10 de Brassens n’a été tirée au sort). Mais la méthode a surtout beaucoup d’avantages. Elle permet surtout d’écouter des chansons peu connues et même rares (sur scène, Brassens lui-même chantait beaucoup de chansons connues car il n’était pas sûr que les autres soient appréciées). Cette méthode aléatoire nous a donc permis d’apprécier ou de réapprécier des chansons que l’on pourrait qualifier de petites histoires mineures (« les lilas », « l’amandier », « la fille à cent sous »), d’autres grands textes que Brassens lui-même n’aurait peut-être pas oser chanter sur scène (notamment l’une de ses plus belles chansons « le blason ») mais aussi des chansons de la dernière période, celle où Brassens est, à mon avis, un peu désabusé, notamment par rapport au sexe féminin (« si seulement elle était jolie » et « les casseuses »).

Il y a eu un moment très drôle lorsque Maxime a refait l’histoire de la chanson « voir le nombril de la femme d’un flic » en chantant deux autres versions antérieures : « Carcassonne », dont le texte est de Gustave Nadaud, et surtout « la chaude-pisse » que Brassens, avec un humour de potache, avait composé pour ses copains de chambrée lorsqu’il était au STO en Allemagne. Nombreux rires dans la salle !

Beaucoup de spectateurs savaient les textes par cœur, c’était un public de connaisseurs qui a repris en chœur plusieurs refrains. A ce propos je mettrais un petit bémol, non plutôt un gros, à la chanson « le roi des cons », la seule de toute l’œuvre chantée par Brassens que je n’aime pas du tout (ce n’est pas du tout à cause des paroles, que j’apprécie), et que Maxime n’arrive pas à rehausser, bien au contraire (il la chante sur un rythme un peu trop lent et même cassé, ce qui fait que la reprise des paroles par le public tombe un peu à plat). Enfin, ceci est un avis très personnel. A ce petit détail près, j’ai adoré le concert.

Maxime a un très grand respect pour l’œuvre et les musiques de Brassens. La voix est nuancée et très chaleureuse. Le tempo est généralement plus lent que dans les enregistrements de Brassens, ce qui permet de prendre un peu plus de temps pour savourer les paroles. Le texte est évidemment respecté … à un détail près : dans la chanson « la fille à cent sous », Leforestier remplace le prénom de Ninette par Nina, et en insistant sur ce prénom : nul doute que Maxime connaît une Nina qu’il identifie à l’héroïne de la chansonnette. Au total : 29 chansons dont je vais mettre la liste dans les jours qui viennent dans un commentaire lié à cet article. Leforestier aime Brassens, ça se sent tout au long du concert. Remercions-le pour contribuer ainsi à faire vivre l’œuvre du maître, vingt cinq ans après, notamment auprès de publics plus jeunes.

Il paraît que Maxime repasse ce printemps, en juin à Besançon à Micropolis, et je ne sais trop quand à Baume-les-Dames. Quelqu’un connaît-il les dates ?